Tiens, j'ai (re)vu The Red Shoes (Les chaussons rouges), de Powell et Pressburger, en copie restaurée. A première vue, l'histoire racontée aurait pu en rester au niveau d'un banal mélodrame...
Spoiler :
Ascension d'une jeune fille au sein d'une troupe prestigieuse, sous la coupe d'un mentor-Pygmalion implacable ayant décidé d'en faire son étoile. Rapidement, tout lui réussit... Mais elle va devoir choisir entre l'amooooûûûr, et sa carrière. Comment cela va-t-il se finir? |
Mais c'est complètement sublimé par le traitement. Le ballet (pleinement cinématographique) n'est pas seulement un écho de l'histoire principale, mais aussi et surtout un reflet fantastique des perceptions et sentiments du personnage principal. Le côté caricatural des personnages (cependant pas manichéens, il n'y a au fond pas de "gentil" dans l'histoire - à part peut-être la ballerine), l'absence de volonté de réalisme... renforcent un aspect de fable. Le tire-larme attendu s'efface derrière une parabole sur l'art, à niveaux multiples. Avec Lermontov en démiurge manipulateur et implacable, figurant non seulement Diaghilev et Korda mais aussi tous les créateurs exigeants d'une oeuvre collective, dont entre autres les cinéastes.
Et puis, c'est beau et superbement filmé, quoi. Bref, une grosse claque.
Message édité par Gros Boulet le 04-05-2010 à 00:44:10