elkhoul Everybody be cool | Yo, comme pour Man Of Steel, je viens déposer mon avis sur Batman v. Superman.
J'avais évoqué l'attente de voir Batman intervenir dès le second film et l'une des raisons pour lesquelles je ne suis déjà pas déçu par le film est qu'il conserve la mémoire de l'opus précédent : de la chute du vaisseau qui servait de forteresse de la solitude, ici, réutilisé, et l'impact de l'invasion sur les témoins humains.
Je vais essayer de décortiquer ce que j'ai retenu du film puis donner mon avis en tout dernier.
Ce qui est gras sont des rajouts.
Spoiler :
Tout de suite, je trouve l'invasion bien plus angoissante du point de vue de Bruce Wayne notamment en raison de l'incompréhension de la technologie et de la force qui lui tombe dessus. La situation et sa position de faiblesse l'oblige à être ce qu'il est réellement à visage découvert qui tout de suite dégage une aura bienfaisante et inspirante. La fin de l'invasion et le sort des parents de la fille qu'il vient de sauver fait écho à son passé et le renferme tout de suite dans le personnage de Batman.
Cette introduction est d'autant plus inspirée qu'intelligente grâce au générique qui révèle un souvenir mi-réel mi-fantastique de l'enterrement des Wayne à la découverte de la cave sous le Manoir par Bruce et de la malédiction, de la rage et les convictions qui animent sa personnalité justicière. Je pense que l'on ne doit chercher sa haine plus loin que dans le prologue, suffisamment forte pour justifier ses actions dans le film.
Comme dans la plupart des films de Zack Snyder, la première heure et demie s'ouvre sur le quotidien des différents protagonistes qui révèle Batman, le détective, dont l'intellect est stimulé puis rebondit sur le charisme et la sagesse d'Alfred. Ce dernier fait toujours office de mentor, de partenaire actif dont on a retiré le statut de majordome pour arriver directement à celui de père de substitution. Il manifeste le désir que son fils renonce à ses frasques paranoïaques au profit d'une vie de famille. Bruce Wayne a également l'attitude d'un fils envers son père, incapable de lui cacher ses démons, ses vérités mais aussi attaché et reconnaissant de sa loyauté et à ses enseignements. J'ai trouvé le plan où Bruce offre le café à Alfred très évocateur, malgré la banalité du geste, il en dit long sur la nature de la relation.
Bruce Wayne est également plus proche de son homologue dessiné avec une pointe que je trouve plutôt rafraîchissante : en plus d'être un séducteur, il révèle une addiction mesurée pour l'alcool, ce qui n'est jamais exploité pour accentuer la perfection morale du personnage, et une passion pour les lieux clandestins où s'organisent des fights clubs. Bruce Wayne est riche, il est ouvertement hédoniste en plus d'être un peu roublard. Ce n'est pas la traditionnelle façade à proprement parler, c'est clairement une partie de lui tout à fait authentique, ce qui par extension le rend beaucoup moins suspect quand il se trouve dans des lieux où socialement il n'a rien à faire. Petite remarque cependant sur cet aspect, Zack Snyder est passé à côté de Matches Malone, l'autre identité secrète de Bruce pour infiltrer le milieu de la pègre, acte manqué ou référence trop obscure, c'est un détail sans importance mais qui aurait pu être sacrément plaisante à voir.
Concernant le Batman, il retrouve la fluidité des gestes dans les combats, sa souplesse très empruntées à son homologue des jeux Arkham, les combats semblent par ailleurs inspirés voire calqués de ces jeux, à tel point que l'on s'attend voir s'afficher les combos. On retrouve également la gestuelle du personnage propre au comics. Il a également retrouvé une violence poussant à des morts collatérales que Nolan avait littéralement effacée en respect à la règle de ne pas tuer du personnage. Gros lecteur de Batman, je trouve que les deux positions se défendent. Snyder a voulu un Batman Millérien, loin d'être mon préféré pour son attitude homophobe, asociale qui le pousse à établir des avis trop vulgaires pour le personnage. L'avantage est qu'ici, ces travers sociaux sont littéralement effacés pour ne laisser que des méthodes rodées de combat, de réflexion que l'on attend d'un Batman de 40 ans. Méthodes auxquelles il accède des exceptions tout simplement parce qu'il est désormais un personne empirique mais aussi las d'établir des stratégies pour sauver tout le monde dans ses interventions. Il sait mathématiquement que l'un de ses adversaires se mettra de lui-même en danger et qu'il ne pourra rien y faire. Ces situations interviennent aussi bien dans les comics que dans les précédents films dont on peut trouver facilement des traces sur YouTube.
Pour ce qui est des marquages au fer rouge, il s'agit d'une inspiration de The Dark Knight Returns qui est un prétexte pour marquer la différence entre Batman et Superman dans les méthodes d'action mais aussi une licence scénaristique en vue du dernier affrontement avec Lex Luthor, en prison.
Pour Superman, j'ai beaucoup moins à dire, je trouve qu'il n'y a aucun équilibre établi entre lui et Clark Kent si bien que l'on se fout royalement du journaliste, qui n'est utilisé que pour découvrir l'identité du Chevalier Noir au cours d'une réception de Lex Luthor. Il reste tout de même intéressant dans la mesure où il n'est pas tout à fait lisse : il n'est clairement pas bien dans ses bottes et pensait clairement que la maîtrise de son pouvoir et la reconstruction de Métropolis achevée allait plaider en sa faveur envers les humains. Il en est tout autre puisque le gouvernement le considère comme un électron libre qui crée plus de problèmes qu'il n'en résout. Cette réflexion est faite à juste titre, Superman intervient pour sauver Loïs la majorité du temps et, au mieux, tente de résoudre des catastrophes humaines ou naturelles auxquelles l'humain a des solutions pour lesquelles il n'oppose aucune réflexion quant à l'usage de ses pouvoirs si ce n'est sa force. Superman est limité et il le sait (j'espère qu'il s'agit d'un choix, plutôt qu'un oubli).
Il est intéressant de le voir prendre connaissance de ses défauts et sa volonté à chercher comment il pourrait évoluer, avant de renoncer temporairement.
Le personnage liant les deux héros est Lex Luthor qui souhaite mettre fin au règne de Superman en se payant Batman au passage en utilisant la psychologie et la ruse pour y arriver. Lex Luthor fait tout pour discréditer Superman : l'explosion du Congrès en sa présence pour démontrer que tout ce qu'il touche s'enflamme. Bien qu'il n'en soit pas tenu pour responsable, on le sent se dire "et tu vas voir que ça va encore être de ma faute, tiens !" (ce qui est à la fois un ressors involontairement comique mais aussi un déclic pour lui). Quant à Bruce Wayne, celui-ci se fait berner par les tentatives de Lex qu'il impute à Superman. D'ailleurs, c'est un peu trop facile à mon goût, mais il s'agit d'une ficelle libre d'interprétation dont Lex donne juste le fil conducteur, c'est tout de même appréciable pour le spectateur.
Son ingérence dans les événements est d'autant plus marquante qu'il est profondément convaincu que les méta-humains ne sont pas dignes de vivre parmi les mortels au point de développer des nombreuses armes "au cas où". Sa frustration naît du refus de ses idées, son égocentrisme le pousse à blâmer Superman qui lui fait de l'ombre. Je trouve par ailleurs l'interprétation d'Heisenberg plutôt intéressante et pas si éloignée du personnage du comics, hormis le physique.
Le centre du film, qui est le combat, fait ici office de pivot ouvrant la collaboration et introduisant les prémices de la Justice League. Superman est manipulé par Luthor en tout dernier ressort poussant l'Homme d'Acier à réagir comme un humain sans conscience de ses pouvoirs : pour retrouver sa mère kidnappée, il doit tuer Batman. À l'inverse, il souhaite son aide. Batman est à ce moment borné, bien décidé à le tuer pour finalement réaliser que son adversaire a une mère, des sentiments, ce qu'il ramène à une condition d'humain qui le confronte à son propre vécu. Je pense qu'il s'agit du moment où Batman réalise qu'il a perdu le fil qui l'a conduit à porter une cape. Ceci ne l'empêchant de signer un dernier baroud d'honneur pour le final du film.
Wonder Woman est un personnage trop effacé pour pouvoir en tirer quelque chose de foncièrement intéressant et attrayant si ce n'est qu'elle le lien direct entre ce film et la Justice League apportant son lot de séquences pour les initiés au comics, notamment l'introduction d'autres membres de la JL. Je me permets à ce titre de râler quant à l'absence de Martian Manhunter et qui m'inquiète pour la suite. Pour en revenir à Diana Prince, je trouve que sa quête personnelle amène habilement à teaser son film prévu pour 2017, à lui donner un semblant d'origine sans trop en tartiner mais aussi à rendre légitime la position de Batman en tant que leader de la JL puisqu'elle lui exprime ses craintes quant à une réunion tout en lui reconnaissant l'idée sans s'y opposer frontalement. Au delà de ça, elle restera transparente dans le film tant que son film ne sera pas sorti.
Les séquences de rêves sont ce qu'elles sont, elles introduisent également la Justice League et ne font que très peu de résonance au propos du film. Par contre, je pense que ces rêves ne sont pas là pour rallonger le film ni même l'alourdir. Ils appuient effectivement les craintes de Batman mais ils font également un lien à venir avec l'intrigue du prochain film puisqu'il est amené à rêver de Darkseid, de l'Armée de Superman (qui est sans doute un rajout de la conscience de Bruce qui justifie un combat à mort), de Flash qui vient l'alerter à travers un Tunnel Boom qui sont autant d'éléments qui seront sans doutes inclus prochainement. A suivre donc.
Je me passe également de donner mon avis sur Doomsday, qui est somme toute plutôt réussi mais qui constitue un bonus à une intrigue riche et bien menée cependant essentielle pour amener à la mort de Superman qui n'est pas étonnante en soi et qui permet également de nombreuses suppositions quant à l'ouverture des prochains films. Ce qui est certain, c'est que Superman reviendra et travaillera à hiérarchiser et contrôler ses pouvoirs en fonction des situations, il sera sans doute assagi et son statut d'icône l'amènera à se ranger derrière le gouvernement Américain pour cadrer les actions d'une JL qui sera sans doute mal perçue au début. |
Pour conclure, je ne comprend pas vraiment les critiques du film : l'exploitation et le développement des personnages principaux et des seconds couteaux récurrents sont très bons, le scénario est bien amené et bien développé, les nombreux rappels ne sont pas choquants outre mesure dans le sens où les comics ont également recours à ce genre de manœuvre. Zack Snyder étant un adepte de ces adaptations, il est plutôt cohérent.
Là où je mettrais le bémol est que j'ai l'impression que le film s'est arrêté en cours de chemin pour proposer des minutes supplémentaires pour donner au spectateur lambda ce qu'il veut : du combat à la sauce ralenti et effets spéciaux chargés. Man Of Steel était également équipé de ce genre de séquences et elles ne peuvent s'apprécier qu'avec plusieurs visionnages. Pour le moment, ça ne donne rien chez moi.
Il n'en reste pas moi que vu les références, le film est peut-être accessible à un public assez ignorant des comics mais il prend tout son sens pour celui qui connaît les références et je pense que l'incompréhension des critiques viennent de là : elles pensaient voir The Dark Knight Returns et elles se retrouvent avec des références supplémentaires à des comics moins connus du grand public et plutôt marquées (que je préfère ne pas citer car ça spoilerait trop).
Bref, moi j'ai kiffé et je comprends les dissonances concernant les critiques sans les approuver totalement (beaucoup de critiques sont tout de même du bashing gratuit, qui m'a offensé pour Ben Affleck (pas sur HFR, je précise), qui a de toute évidence très très bien travaillé).
Voilà. En bref, allez le voir, c'est un super film, un super divertissement. Lire les comics qui y sont rattaché est plus-value non négligeable.  |