Les minarets sont nos baïonnettes
Les coupoles de nos casques
Les minarets sont nos casernes
Et les croyants nos soldats »
Lactuel premier ministre turc, Recep Tayyip Erdogan, citant les vers du poète Ziya Gökalp , père du nationalisme turque : http://www.liberte-cherie.com/article.php?id=69
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La Turquie a activement participé à la rédaction de lactuelle projet de constitution européenne. Cest en particulier grâce à son « amicale » pression que lon doit labandon de toute référence aux racines judéo-chrétiennes de lEurope. Les pays européens qui étaient favorables à cette référence (Italie, Pologne
) ont été fermement priés par les Etats-Unis, avant tout soucieux, pour des raisons géostratégiques qui leur sont propres, de faire coïncider le périmètre européen de lOTAN avec lUnion européenne, et donc très favorables à lentrée de leur allié turc dans lUnion, de mettre leur souci identitaire en sourdine. Après avoir signé lacte final de la constitution européenne, le premier ministre turc, de retour à Ankara, y fut acclamé comme « le vainqueur de lEurope ». La « grosse » presse française, aux ordres, ne sest évidemment jamais fait lécho des articles délicieusement national-islamistes auquel cet événement a donné lieu dans la presse ankariote. Elle na jamais non plus publié la photo dErdogan et de son ministre des affaires étrangères signant lacte final de la constitution à Rome, le 29 octobre 2004 :
http://www.liberte-cherie.com/article.php?id=69
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Un autre 29 mai :
Ce jour-là : 29 mai 1453, chute de Constantinople, jour de deuil. Ce fut vraiment la fin d'un monde, la mort d'une part de notre héritage grec et européen.
Par Philippe Conrad, article paru dans La Nouvelle Revue dHistoire, n° 18, mai-juin 2005
« Toute l'armée, celle de terre et celle de mer, inondant la ville, depuis la pointe du jour jusqu'à la nuit tombante, la pilla et la saccagea, emportant tout le butin dans le camp et sur les vaisseaux [ ... ] C'est ainsi que cette ville entière fut vidée, dépeuplée, et que, comme par un incendie, elle fut détruite et changée en tombeau. »
C'est en ces termes que Critobule d'Imbros, auteur d'un De rebus gestis Mehemetis, rend compte du martyre que subit la malheureuse capitale de l'Empire byzantin dans les heures et les jours qui suivirent sa chute, à l'issue de l'ultime assaut lancé par les forces ottomanes dans la nuit du 28 au 29 mai 1453
Lorgueilleuse cité, qui avait survécu pendant un millénaire à la chute de la Rome d'Occident en défiant victorieusement ses assaillants successifs, nétait plus en mesure de faire face à la formidable menace ottomane. Présents dans les Balkans depuis un siècle, vainqueurs des Serbes, des Croisés occidentaux et des Hongrois, les sultans ottomans resserraient depuis longtemps l'étau sur Constantinople. Celle-ci avait résisté victorieusement au siège de 1422 mais elle avait perdu l'une après l'autre les positions quelle contrôlait encore en Thrace ou en Grèce pendant que sa population se divisait sur la question de l'Union avec l'Église latine décidée lors du concile de Florence. Les appels au secours lancés par l'empereur Constantin Dragasès intervinrent trop tard pour inverser le cours d'une histoire qui portait naturellement le sultan Mehmed II à la conquête de la ville dont il entendait faire la capitale de son Empire.
Un blocus naval est mis en oeuvre dès novembre 1452 et le siège commence dans les premiers jours d'avril de l'année suivante. Alors que le Grec Phrantzès recense dans sa Grande Chronique 4 973 défenseurs byzantins auxquels il ajoute deux à trois mille étrangers, principalement des Vénitiens et des Génois, on peut évaluer à soixante mille combattants les effectifs engagés par Mehmed II. Les forces du Sultan sont appuyées par une formidable artillerie, formée de quatorze batteries comprenant chacune quatre pièces auxquelles il faut ajouter trois énormes canons, dont l'un explosera en tuant ses servants, non sans avoir sérieusement endommagé auparavant les fortifications de la Porte Saint-Romain où se livrera l'assaut final.
La destruction des villages proches de la capitale suffisait à convaincre les habitants du sort qui les attendait en cas de victoire turque. Les forces grecques sont réparties tout au long des remparts dont la défense est organisée en quatorze secteurs. Avec quatre cents hommes, le Génois Jean Giustiniani tente même une sortie pour contrecarrer les préparatifs de l'ennemi mais elle se solde sur un échec. Le bombardement des murailles commence le 11 avril et leur inflige de sérieux dommages, mais un premier assaut est repoussé le 18. Le lendemain, une tentative des navires ottomans de forcer l'entrée de la Corne d'Or échoue complètement. Le 20 avril, trois galères génoises parviennent à franchir en force le barrage que tente de leur opposer la flotte ottomane. Le Sultan réagit en faisant transporter par terre une partie de ses bateaux depuis Péra jusquà la Corne dOr afin de prendre à revers les navires chrétiens qui sy trouvent. La supériorité de ceux-ci nest pas en cause, mais la défense des murs maritimes de la ville se trouve fragilisée, contraignant l'Empereur à répartir différemment ses forces en affaiblissant ainsi certains secteurs. De nouveaux assauts ottomans sont repoussés les 7 et 12 mai. Le 16 mai, le Vénitien Trevisano brise une nouvelle attaque de la flotte turque et, le 18, une tentative d'escalade des murs à l'aide d'une tour roulante est également repoussée. Le doute s'installe alors dans le camp ottoman où l'on craint l'intervention d'une flotte de secours et le grand vizir Khafil Pacha conseille même de lever le siège. Mehmed II ne l'entend pas ainsi et quatre nouveaux assauts sont lancés dans le secteur du palais des Blachernes entre le 21 et le 25 mai. Le 23, l'empereur Constantin refuse la capitulation exigée par le Sultan qui menace la population d'un massacre général et, à l'issue d'un conseil tenu le 26, Mehmed II décide de déclencher une attaque générale dans la nuit du 28 au 29. Après quarante jours de bombardement, trois brèches ont été ouvertes à hauteur de la Porte d'Andrinople, de la Porte Caligaria et de la Porte Saint-Romain.
À la veille du choc, une farouche exaltation submerge le camp ottoman. Critobule rapporte comment, dans les heures précédant l'ultime attaque, Mehmed II fait miroiter aux yeux de ses troupes les bienfaits que leur vaudra la victoire: « Cette magnifique cité regorge de richesses infinies. Partout vous trouverez des meubles précieux, des vases d'or et d'argent. Puis vous vous emparerez d'une foule de hauts hommes, dont une partie vous servira d'esclaves et dont vous vendrez les autres à très haut prix Ensuite, une multitude de femmes ravissantes, des milliers de jeunes filles nubiles de familles nobles, que I'il d'aucun homme n'a encore déflorées, seront aussi votre partage. Des unes vous ferez vos femmes et vos esclaves. Vous vendrez les autres. Vous vous emparerez de même d'une foule de femmes ravissantes, de beaux adolescents des plus nobles familles byzantines. »
Lattaque générale commence au cours de la nuit suivante, vers une heure trente du matin. Accablée de projectiles, la première vague de bachi bouzouks ne peut franchir le fossé et doit reculer après deux heures de combat. Les contingents anatoliens de la deuxième vague sont rejetés à leur tour après avoir consenti en vain de terribles sacrifices. C'est au lever du jour que Mehmed Il se décide enfin à engager le corps d'élite des janissaires, tenu jusque-là en réserve. C'est un combat furieux qui se livre alors à hauteur de la Porte Saint-Romain où les chrétiens résistent toujours, malgré la blessure du Génois Giustiniani qui, éloigné du champ de bataille et embarqué sur un navire, mourra peu après en haute mer. Critobule rapporte « les cris, les blasphèmes, les injures et les menaces; on se heurtait, on était heurté; on frappait, on était frappé; on tuait, on était tué; enfin c'était un spectacle horrible de fureur et de rage ».
Les assiégés tiennent toujours quand ils voient tout à coup l'étendard du sultan flotter dans la ville où les assaillants ont pu se glisser par une simple poterne située non loin de la Porte d'Andrinople et laissée sans surveillance. Les défenseurs de la Porte SaintRomain poursuivent le combat mais ils sont bientôt submergés et Constantin Dragasès n'a plus d'autre issue que se jeter avec quelques fidèles au cur de la mêlée pour y trouver la mort que lui impose son titre impérial. Rien ne peut plus arrêter la marée ennemie et la ville est rapidement envahie pour être livrée au massacre et au pillage. Auteur d'une Chronique universelle, Doukas rapporte que « ce pillage fut systématique. Certaines bandes s'attaquaient aux riches demeures ; d'autres se consacraient au pillage des églises, d'autres encore mettaient à sac les magasins et les maisons de moindre importance. Toutes ces bandes féroces parcouraient la ville dans toutes les directions, tuant tous ceux qui résistaient, réduisant en esclavage, sans égard pour leur condition, tous ceux qui leur tombaient sous la main, hommes, femmes, enfants, prêtres, hommes de loi ». Critobule rapporte pour sa part que « aucune tragédie ne pourra jamais égaler celle-ci en horreur. Les soldats turcs, enragés des souffrances du siège, ne faisaient aucun quartier [ ... ] Quand ils eurent assez massacré et qu'il n'y eut plus aucune résistance, ils ne pensèrent plus qu'à piller et s'éparpillèrent, volant, détruisant, tuant, pillant, violant, faisant captifs hommes, femmes, enfants, vieillards, jeunes gens, prêtres, moines, hommes de tout âge et de toute condition [ ... ] Des femmes jeunes et sages, appartenant à de grandes familles, vierges charmantes issues de familles illustres, étaient violemment arrachées de leurs demeures et entraînées avec la plus grande brutalité. Il y en eut qui furent surprises dans leur sommeil par ces brigands aux mains sanglantes. Cette cohue de toutes les nations, ces brutes effrénées se ruaient dans leurs maisons, les arrachaient, les traînaient, les forçaient, les déshonoraient, les violentaient dans les carrefours. Il y eut aussi des vieillards qui, traînés par leurs cheveux blancs, furent impitoyablement frappés et de beaux enfants nobles qui furent enlevés; il y eut des prêtres conduits en captivité comme un troupeau, de tendres enfants au berceau brutalement arrachés au sein de leurs mères, des filles impitoyablement livrées à d'étranges et horribles noces, en un mot mille choses terribles ». Lampleur du pillage n'est pas moindre que celle des massacres et des viols: « Les temples furent déshonorés, saccagés et pillés, les objets sacrés jetés à terre avec mépris, les saintes icônes et les vases sacrés Profanés. »
Lorsque toute résistance a cessé, Mehmed II - qui vient de gagner ce jour son surnom de Conquérant - fait son entrée dans la ville et se dirige vers la cathédrale Sainte-Sophie pour en faire une mosquée. Il y récite la prière puis, pénétrant au cur du sanctuaire, il monte sur l'autel pour le fouler aux pieds, [il trempera également sa main dans le sang chrétien qui coule à flots dans la ville et limprimera sur lun des murs de lédifice : on peut encore actuellement « admirer » cette marque sanglante, bien que les guides touristiques turcs se soient faits très discrets depuis quelques années au sujet de cette curiosité
] mettant ainsi un terme au millénaire byzantin et faisant symboliquement de Constantinople Istamboul, nouvelle capitale de cet Empire ottoman qui allait faire trembler l'Europe pendant plus de deux siècles.
Philippe Conrad
Lire : « Chute et mort de Constantinople », de Jacques Heers, éd. Perrin, 2005