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« Israël en Palestine » : une vieille idée.
Il apparaît, daprès cette étude, corroborée pas la majorité des autres, que la volonté détablir un Etat juif, notamment en Palestine, est plus ancien quon ne le dit et le sait généralement. Il fut le fait de dirigeants chrétiens. Cest ce que lauteur appelle : « Un sionisme politique chrétien ».
« En France, en 1642, Issac La Peyrère adjura Louis XIII de racheter la Palestine et dy établir le royaume temporel des juifs. A la même période, le général français, le Comte Maurice de Saxe défendit la même idée. Lors de la campagne dEgypte de 1798, Napoléon Bonaparte appela les juifs à se joindre à lui pour instaurer un Etat au Sinaï et à Gaza. Devenu Empereur, il publia en 1808 des décrets antisémites. En 1869, Le secrétaire personnel de Napoléon III, Ernest Laharanne, publia " La question dOrient " où il exposa les fondements dun Etat Juif en Palestine et lintérêt pour lEurope chrétienne de linstauration dun tel Etat au Moyen-Orient. Le Prince autrichien Ligne, en 1730, uvra, lui aussi, pour la création dun Etat juif mais en Amérique. En Angleterre en 1839, la revue " Globe " publia des articles allant dans ce sens, sous linspiration de Palmerston alors ministre des affaires étrangères. Vers 1840, la revue berlinoise " Orient " ne fut pas en reste. (Abensour, Léon. Larousse mensuel. article n ème163) »
Pour autant, à ces époques, la population juive restait indifférente à cette idée et ce dautant plus que la philosophie des droits de lhomme issue de la révolution française rencontrait une conception similaire, plutôt universaliste de très nombreux juifs.
Tout allait changer au 19ème siècle avec lapparition des nationalismes exacerbés en Europe. La conséquence en fut notamment le développement de nombreux pogroms en Europe centrale, ou laffaire Dreyfus en France. Ces crimes allaient favoriser larrivée de lidéologie sioniste.
Sionisme messianique contre sionisme politique.
Tel quest présenté le sionisme aujourdhui, tel que ses idéologues actuels le présentent eux-mêmes, il est difficile pour un non initié de savoir quil y a un peu plus de cent ans, les religieux juifs étaient opposés à la construction dun Etat Juif en Palestine. Mais il est important de le savoir, ne serait-ce que pour comprendre limmensité de la manipulation qui a cours aujourdhui.
Il existait, à la fin du 19ème siècle et au début du 20ème, deux sortes de sionismes : le sionisme politique, uvre de Théodore Herzl, théorie écrite en 1896 sous le titre : « LEtat Juif ». Et il existait un « sionisme messianique » complètement opposé aux théories de Herzl. Que pensaient les partisans du sionisme messianique de la création dun Etat juif et ceci avant même lidéologie de Herzl ? Voici la réponse de la conférence Rabbinique de Philadelphie en 1869 : « ... Le but messianique dIsraël nest pas la restauration de lancien Etat juif... ce qui impliquerait une deuxième séparation avec les autres nations, mais lunion de tous les enfants de Dieu qui confessent le Dieu unique, afin que soit réalisée lunité de toutes les créatures douées de raison. » (Jewish Encyclopedia, Vol. II, p 214)
Et la conférence de Montréal en 1897 précisait : « ...Nous désapprouvons totalement toute initiative visant à la création dun État juif. Des tentatives de ce genre mettent en évidence une conception erronée de la mission dIsraël que les prophètes juifs furent les premiers à proclamer... Nous affirmons que lobjectif du judaïsme, nest ni politique, ni national, mais spirituel... Il vise une époque messianique où tous les hommes reconnaîtront appartenir à une seule grande communauté pour létablissement du Royaume de Dieu sur la terre... » ("LAffaire dIsraël." p.71)
But essentiel du sionisme politique.
« Le sionisme politique sinscrit dans le contexte politique, social et culturel européen. Il se donne comme but lémancipation des juifs dans un cadre national propre. »
Théodor Herzl, en 1889, fonde « La société of Jews ». Ses buts sont les suivants : « La société of Jews, enregistrée comme société de droit britannique aura pour but dorganiser et de négocier du choix du territoire, des traités de transfert et de transplantation des juifs... » (Manor, Yohanan. » (Naissance du sionisme politique." p 85 )
Parallèlement, dautres projets existaient : « Introduit dans le milieu aristocratique viennois, Herzl prit connaissance du projet du Baron de Hirch, fondateur en 1891 de " lassociation juive de colonisation ". Ce projet consistait en la création en Argentine dun Etat pour les juifs. »
Dautres songeaient à lOuganda... A la mort de ce baron, et après la mort en 1904 de Théodore Herzl, il y eut une longue période pendant laquelle les sionistes cherchèrent des alliances avec lAngleterre, lAllemagne et surtout la Turquie en pleine déliquescence, mais dont dépendait la Palestine. (Voir sur le site de lAFPS de Toulouse pour en savoir plus concernant ces tractations, ou sur dautres sites, bien sûr.)
Le cas britannique :
« LAngleterre du Premier ministre anglais, Lord Salisbury, trop occupé par les développements de la guerre des Brs en Afrique du Sud, ne donna pas suite aux sollicitations du mouvement sioniste. Mais, la persécution des juifs en Roumanie et en Russie, devenue intolérable, entraîna une forte immigration juive vers lAngleterre ce qui poussa le gouvernement britannique à se pencher sur la question juive telle quelle est posée par le mouvement sioniste. Herzl fut invité le 22 mai 1902 par le gouvernement anglais pour en débattre. Chamberlain alors secrétaire dEtat aux colonies écarta " la solution Chypre " tout en étant favorable à une implantation au Sinaï et dans lactuelle Gaza. »
Cependant, « ...le gouvernement égyptien refusa toute concession échappant à son autorité. Ce nouvel échec du mouvement sioniste survient après latroce pogrom de Kichinev du 6 au 8 avril 1903. La volonté de stopper limmigration juive et sans doute des considérations dordre humanitaire décidèrent Chamberlain à proposer au mouvement sioniste une concession dans lEst-africain. A la veille de louverture du 6 ème congrès ( 14 août 1903), Herzl reçoit une lettre de la division Protectorat au Foreign Office où il est fait mention de " ... La concession dune vaste superficie de terres, la nomination dun fonctionnaire juif comme chef de ladministration locale, toute latitude pour ce qui touche à la législation municipale et à ladministration des affaires religieuses... » (Manor, Yohanan. Naissance du sionisme politique. p 155 ).
La nature coloniale du sionisme.
Il se trouve encore aujourdhui des partisans du sionisme qui nient la tare originelle du sionisme, cest-à-dire une évidente volonté coloniale. Pas un dirigeant israélien na dérogé à cette règle et cette volonté farouche, quil appartienne à la droite ou la gauche de léchiquier politique de ce pays. La meilleure réponse à donner aux négationnistes de ce fait avéré reste de citer ce quen disait Théodore Herzl lui-même dans un courrier à Cécil Rhodes : « Le grand homme daffaire britannique et colonialiste avéré Cécil Rhodes dont le nom donna celui de Rhodésie fut sans doute pour quelque chose (ndlr : dans la proposition concernant lEst-africain). Hypothèse non dénuée de sens quand on prend connaissance de la lettre envoyée le 11 janvier 1902 par Herzl et qui linterpelle sans détour : Je vous en prie, envoyez-moi un texte disant que vous avez examiné mon programme et que vous lapprouvez. Vous vous demanderez pourquoi je madresse à vous, Monsieur Rhodes. Cest parce que mon programme est un programme colonial.. ». (HERZL, "Tagebuch", Vol. 3, p 105).
Herzl, en bon européen de son temps, néchappe pas à la mentalité désastreuse des dirigeants européens de ce temps. Les colonies, cest naturel ; la colonisation est une uvre de « bienfaisance » : les peuples dAfrique et dAsie sont forcément des arriérés. Il y a là un racisme plus ou moins déguisé qui ira en samplifiant contre les Arabes. « Le mouvement sioniste sinscrit dans la mission civilisationelle et coloniale de lEurope. En effet, Herzl pense lEtat juif comme un Etat tampon entre lOrient et loccident : " Pour lEurope nous constituerons là-bas un morceau du rempart contre lAsie, nous serions la sentinelle avancée de la civilisation contre la barbarie » ( HERZL, Théodor. lEtat juif trad.française.Lipschutz Paris 1926 p.95.)
Le nationalisme arabe et le mouvement sioniste.
Aujourdhui encore, certains sionistes osent affirmer ce message éhonté : La Palestine était une terre sans peuple avant larrivée des premiers colons... Curieuse conception de la vérité des faits ; abominable mensonge et puissante manipulation de lesprit de tous ceux qui ne savent pas. Ce mensonge originel est lune des tares de lidéologie sioniste. Les notables arabes de Jérusalem, eux, nentendaient pas se laisser envahir, ce qui est naturel. « Face au développement des implantations de colonies encouragées par la Turquie, dès 1891, les notables arabes de Jérusalem adressèrent aux autorités turques une pétition demandant linterdiction de limmigration et la vente de terres aux juifs. Des heurts, parfois sanglants, eurent lieu dans les années 1890. Cité par Yohanan Manor dans " Naissance du sionisme politique ", Ahad Haam, un sioniste spirituel, dés sa première visite en 1891 en Palestine, est convaincu que "... Si, un jour, la vie de nos fiers juifs en Palestine se développe au point de refouler les habitants du pays sur une petite ou une grande échelle, alors ces derniers ne céderont pas facilement leurs places... » (p.215)
Certains juifs, plus lucides ou plus honnêtes, le reconnurent très tôt : « Lun des premiers sionistes à avoir visité la Palestine en 1891, Asher Guinsberg en parle dans ses écrits en ces termes : "...A lextérieur, nous sommes habitués à croire que Eretz-Israël est aujourdhui quasi-désertique, un désert sans culture et que quiconque désire acquérir des terres, peut venir ici sen procurer autant que son cur désire. Mais en vérité, il nen est rien. Sur toute létendue du pays, il est difficile de trouver des champs non cultivés. Les seuls endroits non cultivés sont des champs de sables et des montagnes de pierre où ne peuvent pousser que des arbres fruitiers, et ce, après un dur labeur... » (Ahad Haam. Oeuvres complètes (en Hébreu). Tel Aviv. Devir Publ. House, 8e édition, p. 23)
A partir de 1903, les Arabes sorganisent :
Les peuples arabes, dominés par lempire ottoman, sentent depuis plusieurs années que le moment de leur libération, de leur émancipation, approche. Ils sorganisent et veulent créer « La nation arabe ». Lauteur du texte fondateur de cette nation est pour le moins prophétique lorsquil parle des conséquences de limplantation dun Etat juif en Palestine...
« Le Réveil de la nation arabe " de Nagib Azoury, publié en 1905 pose les fondements de la nation arabe. Lauteur, libanais maronite, ancien adjoint au gouverneur de Jérusalem ne se contente pas den appeler à la création de la nation, il démonte aussi le mécanisme de loppression turque qui utilise les particularismes pour mieux les étouffer. (...) Deux phénomènes importants, de même nature et pourtant opposés, se manifestent en ce moment dans la Turquie dAsie : Ce sont le réveil de la nation arabe et leffort latent des juifs de reconstituer sur une grande échelle lancienne monarchie dIsraël. Ces deux mouvements sont destinés à se combattre mutuellement. Du résultat final de cette lutte entre ces deux peuples représentant deux principes contraires, dépendra le sort du monde entier... » (Préface, p. I et II)
Certains sionistes sont également conscients des manquements déjà graves de leur mouvement à légard du peuple arabe :
« Dès 1905, conscient de limportance du facteur arabe, deux opinions se font jour dans le mouvement sioniste. La première se résume dans la formule suivante, citée par Yohanan Manor dans " Histoire de la naissance du sionisme " : "...Pour acquérir notre pays, nous nous sommes adressés à toutes les forces ayant quelque rapport avec lui, nous avons pris langue avec tous les parents de la fiancée, mais nous avons oublié la fiancée : nous navons pas prêté attention aux véritables propriétaires du pays... Il nous faut agir plus avec le peuple arabe... » (p.225)
Pendant une courte période, les sionistes tentèrent de négocier avec Fayçal, chef des armées arabes. Des accords furent sur le point dêtre signés, mais... « Mais les actions politiques des sionistes en Europe ne permirent pas dapaiser les appréhensions des arabes palestiniens. Weizmann (ndlr : dirigeant du mouvement sioniste à cette époque) ne parvint pas à rencontrer les notables palestiniens. Avant de participer à la conférence de la Paix à Paris en 1919, Fayçal, chef des armées arabes, eu un dernier entretien secret avec Weizmann, arrangé par le controversé Lawrence dArabie. Le dirigeant sioniste lassura que " ... les juifs navaient pas lintention de régir la Palestine. Tout ce quils désiraient était davoir un endroit où ils pourraient se réfugier... » (SULEIMAN, Mousa. Lawrence et le rêve arabe. Revue lhistoire. N ème 39, 11/ 1981, p.34)
Sur la foi de cette assurance, Fayçal signa laccord, après avoir ajouté de sa main quil ne le liait que "si les Arabes obtiennent leur indépendance. » ("Lawrence et le rêve arabe." p.34)
Que pensaient les Palestiniens, juste après la première guerre mondiale ?
Le Président Wilson voulut connaître leur opinion quant à létablissement dune communauté juive importante sur leur sol. Il envoya une commission pour étudier la question. La réponse est on ne peut plus claire :
« Envoyé par le Président américain, Wilson en 1919, pour mener une enquête sur le souhait de la population palestinienne, la commission " King-Crane " conclue : "... Ici les plus anciens habitants, cest-à-dire à la fois les musulmans et les chrétiens, ont la même attitude hostile envers une migration massive, et envers tout effort pour établir une souveraineté juive sur eux. Nous nous demandons ici sil peut exister un Britannique ou un Américain parmi les officiels, qui puisse penser quil est possible de réaliser le programme sioniste, si ce nest avec lappui dune grande armée... » ("LAffaire dIsraël." p.59-60)
Quant à la communauté juive déjà existante, voici les faits, à cette époque : « Cité par Allan Halévy dans " La question juive " (Paris : Editions de Minuit, 1981 p.17), selon Neville Mandel, la communauté juive de Palestine ne comptait que dix mille âmes en 1835. Suite à une forte immigration de juifs dEurope de lEst, elle atteignit en 1920, 100.000 individus tandis que la population palestinienne comptait 600.000 habitants » (Léon Abensour, Larousse Mensuel n ème163, p.249)
Le coup de force anglo-sioniste
Du côté des sionistes, il est clair quils surent manuvrer brillamment pour parvenir à leurs fins. Ils surent utiliser les contradictions des différentes puissances de lépoque et eurent lart de mettre de leur côté les puissances dominantes. « Le mouvement sioniste a su sadapter aux différents environnements nationaux. Il adopta une stratégie des alliances à géométrie variable, tenant compte des contradictions existantes entre les différentes puissances. Le mouvement sioniste américain sous la houlette de Rothschild influença le président américain Wilson pour entrer en guerre en 1917. Ce service fut récompensé par lAngleterre en promettant au mouvement sioniste la création " dun foyer national juif " en terre de Palestine.
Les Arabes ont été manuvrés et piégés par lAngleterre et le mouvement sioniste. Ils nont pu empêcher la partition du monde arabe. Une uvre coloniale dont les populations arabes payent encore le prix fort. Cette partition fut définitivement scellée lors de la conférence de la Paix de 1919 à Paris malgré les protestations de la délégation arabe. Ce fut la légalisation du premier fait accompli, cest-à-dire lapplication par lAngleterre et la France du fameux accord secret " Sykes-Picot ", rendu public par lunion soviétique en 1917.
Le Liban et la Syrie deviennent colonies françaises tandis que la Palestine et lIrak avec le pétrole de Mossoul passent sous mandat britannique. (...) » La fameuse " déclaration Balfour " [1], qui au demeurant était une correspondance privée datée du 17 novembre 1917, envoyée par Lord Balfour à Lord Rothschild de Londres, fut rendue publique par ladministration de Sir Herbert Samuel. De cette déclaration est né le drame du peuple palestinien : " un peuple sans terre. De 1920 à 1926, la révolte gronde dans le monde arabe, du Maroc avec Abdel-Krim et la République du Rif, en passant par lEgypte avec lopposition au maintient de la présence britannique dirigée par Zaghloul, insurrection en Syrie contre la présence française, jusquen Irak contre le mandat britannique. »
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