Platine PL-L1000
Contrairement à la Technics SL1200Mk II, véritable icône de la platine en provenance du soleil levant, la PL-L1000 n'est pas vraiment restée dans les mémoires. Produite de 1978 à 1981, cette platine à bras tangentiel est pourtant une belle machine qui sait faire de la musique à condition que l'on en prenne soin.
Au japon la PL-L1000 portait le doux nom de "PL-L5" en arborant une robe "silver" :
La PL-L1000 n'a jamais a été distribuée aux USA en tant que Pioneer. Par contre, Pioneer ayant acquis la société étasunienne Phase Linear en 1978, la platine fut commercialisée sous cette marque et disposait d'une nouvelle référence "Phase Linear model 8000". La Phase Linear conservait néanmoins les couleurs japonaises, à savoir l'argent. Pour l'anecdote Phase Linear fut fondée par Bob Carver en 1970 qui quitta l'entreprise en 1977, et Pioneer se sépara de Phase Linear en 1982.
Enfin, quoiqu'il en soit la PL L1000 était au moment de sa sortie le sommet de la gamme Pioneer en matière de platine disques et certains considèrent qu'il s'agit du meilleur modèle jamais produit par cette marque, mais attention à ne pas trop s'emballer : sachez que les avis sont très partagés à son sujet. La Pioneer était souvent livrée avec une cellule Pioneer PC-600 MM montée sur un porte cellule PN-600 (PC = Pioneer Catridge, PN = Pioneer Needle).
Il a existé au moins quatre versions de ce modèle. La PL L1000 a été ensuite déclinée en PL L1000A (et avec les deux versions clonées de Phase Linear nous avons bien quatre modèles) mais l'originale (à préférer) est reconnaissable facilement : la position du bras est réglée par un gros bouton circulaire "ARM", visible ci-dessous, alors que la version suivante propose des contacteurs beaucoup moins gracieux.
En Europe c'est une robe noire qui habillait la platine :
Et comme on peut le constater, la robe noire de la Pioneer entraîne aussi le changement de nom, passant de PL-L5 à PL-L1000 :
La PL-L1000 est une belle pièce de 12kg aux dimensions généreuses de 49,4 x 15,4 x 45,6cm : méfiance, elle pourrait être qualifiée de lourde et encombrante ! Le poids provient du châssis entièrement en aluminium... En réalité le châssis est composé de deux étages : le châssis supérieur repose sur l'inférieur par l'intermédiaire de quatre suspensions qui servent aussi de pieds.
Le système du bras est particulier : il repose sur son propre châssis suspendu. Le déplacement du bras, contrairement à ce que l'on pourrait attendre, n'est pas effectué par un système de friction. Au contraire, la lecture du disque déplace très légèrement le bras sur son pivot, et c'est un système de capteur optique déterminant l'angle du bras qui va le déplacer à l'aide d'un moteur linéaire :
Retombée de toute cette artillerie lourde, il convient de placer la Pioneer sur une base (très lourde) et surtout parfaitement horizontale pour en tirer toute la quintessence et surtout ne pas devenir fou en tentant de la régler :
Spécifications - Fonctionnalités
A la lecture des spécifications, on ne peut qu'être curieux : entrainement direct piloté par Quartz, bras tangentiel etc... Attardons nous sur la documentation de la platine pour y trouver plusieurs points traduits maladroitement ci-dessous :
Bras tangentiel
Cette platine est équipée d'un bras tangentiel linéaire qui effectue la lecture du sillon de manière linéaire, de la même manière que lorsque la machine à découper grave le signal. Cela signifie que le système linéaire est supérieur aux bras conventionnels sur plusieurs aspects :
il n'y a pas d'erreur de suivi de piste ce qui évite la génération de distorsions harmoniques
dans le principe, il n'y a aucune génération de force centripète (Joseph Pujol apprécierait) et c'est ainsi que les distorsions d'intermodulation et de croisement sont améliorées et que l'image sonore est stabilisée
le bras linéaire offre une balance latérale optimale
il est possible raccourcir la longueur du bras de telle sorte qu'il s'adapte à un équipement de faible masse et rigidité : cette combinaison permet de réduire les résonances.
Moteur Linéaire, Entraînement direct
Un moteur linéaire est utilisé pour déplacer directement le bras de lecture, asservi par un système optique sans contact. Cette configuration permet d'augmenter le rapport signal bruit à une valeur supérieure à 78db rendant la reproduction sonore à un très haut niveau de fidélité.
Moteur à entraînement direct à Quartz et pivot spécifique
Le système SHR reposant sur un abaissement du centre de gravité avec un moteur à entraînement direct a effet de champ. Ce moteur emploie un système à quartz PLL avec une résistance spécifique (220g avec un système de conversion de force d'entraînement) et la précision de vitesse est effectivement élevée à la valeur de 0.002%. Ces fonctionnalités, associées au plateau à haute inertie (incluant le tapis), permettent d'obtenir une valeur de rumble inférieure à 0.013%.
Contrôle électronique entièrement automatique
Le modèle de mécanisme entièrement automatique est basé sur un principe de détection optique (et donc sans contact) qui permet d'éviter d'exercer des contraintes non souhaitées sur le bras. Lorsque l'on presse le bouton de lecture, le bras de déplace automatique sur le disque et la lecture commence.
Commande du bras en manuel et commandé
Le bras peut être déplacé sur le disque de manière manuelle, comme un bras traditionnel. De plus, en tournant le bouton ARM, il est possible de commander le déplacement du bras de gauche à droite. De cette manière il est aisé de positionner le bras sur le morceau voulu.
Fonction d'arrêt électronique
Cette platine incorpore un frein électronique qui permet de stopper le plateau instantanément.
Système de suspension spécifique, non résonnant et isolant des vibrations
Le plateau et le bras sont montée sur une première base mécanique, et cette base est suspendue et séparée du châssis avec un système Pioneer dit "de suspension coaxiale". Cela permet de découpler virtuellement le système des vibrations transmises par le sol et réduit grandement les chances de feedback.
Un des avantages de cette platine - d'un point de vue pratique - est de permettre l'installation des cellules Decca très prisées des connaisseurs (et de votre serviteur), mais terriblement capricieuses vis à vis de la platine d'accueil. J'utilise régulièrement deux cellules Decca sur la PL-L1000 avec grnad bonheur.
Utilisation - ergonomie
La PL-L1000 est un appareil on ne peut plus simple et entièrement automatique. Le bouton Power permet de mettre la platine sous tension. Suivent deux autres boutons permettant de sélectionner la vitesse et la taille du disque. De petites diodes rouges indiquent la sélection.
Pour écouter un disque il suffit de poser le disque sur le plateau et de presser le bouton Start / Stop. La lecture va s'effectue jusqu'au bout de la face du microssillon, puis le bras vas se replacer en position de repos.
Pour déplacer la pointe lectrice, il suffit de presser le bouton ARM ELEVATION puis d'utiliser la molette ARM qui déplace le bras à gauche ou droite. Enfin, en appuyant à nouveau sur ARM ELEVATION la cellule est posée sur le microssillon.
Le déplacement du bras s'effectue avec assez de finesse dans les itérations pour accéder à l'endroit précis que l'on désire. Une diode rouge indique la position du bras, levé ou baissé.
Et voila, c'est parti :
Aujourd'hui[b]
La PL-L1000 est une assez belle machine dans l'absolu, pour peu que l'on soit sensible au charme désuet des appareils vintage. Il y avait récement une offre aux USA pour un modèle "Perfect" avec le carton d'origine et la documentation pour 500$, ce qui fait environ 380€. Ce qui est le prix (sans le port) d'une Technics SL1200MkII en bon état !
La Technics offre une belle prestation avec toutes les cellules, mais la Pioneer exploitera au mieux une cellule Decca (une de mes Decca a été acquise pour seulement 150€ sur la baie, dans un état impeccable). Côté look, la Technics est une icône et sa ligne incomparable aura au fil du temps déterminé les canons de la platine disque. La Pioneer ressemble plus à un objet en provenance de Star Trek, une sorte de modernité un peu vieillotte, mais elle ne laisse pas indiffèrent. Question maintenance, je doute fort que les pièces de la Pioneer se trouvent facilement. Alors oui, globalement la balance pourrait pencher pour la Technics, mais si vous voulez du vinyle noir (ou orange) différent, alors la Pioneer vous tend son bras tangentiel !
Documentations & liens
http://www.vinylengine.com/library [...] 1000.shtml
http://mesnotices.fr/manuel-notice [...] L-L1000-_E
http://www.z-audio.ru/readme/pioneer/s2.htm
http://www.warrengregoire.com/hifi [...] ridges.htm
http://www.dagogo.com/LondonDeccaRef.html
http://www.thevintageknob.org/PION [...] L1000.html
[b]Compte rendu d'écoute
La Pioneer a été écouté à l'aide de trois ou quatre pré-amplis : les Marantz 1060 et 3250, mais aussi le fameux Audio research SP11 Mk II ainsi que mon petit chouchou, l'Audio Research SP14. Les amplificateurs ont été le Marantz 170DC, des blocs monos récents, ainsi que le vénérable Audio Research Classic 60. Pour les enceintes, les Wilson Audio Watt étaient fidèles au poste, comme la photo ci-dessous le montre :
Ce qui est surprenant avec les platines et les cellules, c'est de constater de grande différences entre les appareils, des différences de propositions sonores vraiment importantes, des différences qui sont moins marquées avec les lecteurs de Compact Disc.
Écouter un mircossillon est une affaire de "connaisseur". Le rituel de sortie du disque (et même du rangement pour éviter qu'il ne tombe de la pochette), les photos grand format et le texte des chansons lisibles, le choix de la face qui a être écoutée, le nettoyage du disque, la pose du palet presseur, le volume tout d'abord baissé pour éviter d'entendre la pointe atterrir sur le disque...
Alors, après tout, pourquoi faire un compte rendu d'écoute ? Les connaisseurs doivent savoir de quoi il s'agit, et les autres s'en foutent puisqu'en numérique le son est parfait, n'est ce pas ? Naaaan, un compte rendu d'écoute ce serait pour donner envie. Indiquer tel ou tel morceau, exprimer ce que l'on ressent. Pour ma part, ce que je ressens avec cette platine, c'est un sentiment de chance. La chance de pouvoir écouter des Microsillons. Savez vous que le disque orange posé sur le plateau - acheté en décembre 2008 - provient de Londres, où se trouvent de nombreux magasins proposant des dizaines de milliers de microsillons à la vente ? Que vous pouvez trouver dans de nombreuses échoppes des pièces assez rare pour quelques euros ? Savez vous qu'un disque sale peut être nettoyé ?
Revenons à la chance. Ecouter un bon disque sur une bonne platine, voila une expérience auditive rare. Cela donne le sentiment, certainement illusoire, d'accéder à la vraie valeur des choses. Illusoire, peut être, mais que c'est bon !
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