Ernestor a écrit :
Il y a totalement un rapport entre ce que racontent des Zemmour, Finkie, Morano ou Le Pen et ce qu'il se passait à l'époque oui, totalement.
http://cahiersdugretha.u-bordeaux4.fr/2010/2010-13.pdf
Citation :
Cette contribution tente de considérer l’immigration italienne en France dans sa
globalité sous les angles historique, économique et social avec comme fil conducteur
l’idée que cette immigration a constitué entre les années 1870 et la Première Guerre
mondiale un facteur de flexibilisation du marché du travail dans certaines régions
françaises parmi les plus actives économiquement (le midi méditerranéen, la région
lyonnaise, le bassin parisien…) et qu’elle a apporté une contribution significative à
l’activité économique de la période. Entre 1876-1914 le flux des émigrés italiens vers la
France peut être estimé entre 1,6 et 1,7 millions dans un pays où l’emploi total passe de
17,8 millions en 1870 et 19,37 millions en 1913
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Ca c'est pour l'immigration massive : la population italienne représente 10% la population active française. Et bien sur, des travailleurs qu'on exploite, qui font tirer les salaires vers le bas :
Citation :
Le recours à la main d’œuvre étrangère est l’occasion pour les employeurs de faire pression
sur les salaires, de s’assurer les services d’ouvriers dociles.
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Les conséquences maintenant sur comment ils ont été perçus et traités à l'époque :
Citation :
L’afflux des
italiens débute au cours d’une période de longue stagnation économique en France (la grande
dépression des années 1873 à 1896). Les réactions de rejet sont nombreuses, elles se
manifestent par des violences verbales et gestuelles et dégénèrent parfois en troubles plus
graves. La hargne anti-italienne cause la mort d'une trentaine de transalpins entre 1881 et
1893, principalement dans le Midi.
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Citation :
Plusieurs raisons expliquent cette intégration difficile. L’arrivée massive d’italien au cours
des trois dernières décennies du XIXe siècle provoque un effet de submersion dans certaines
régions (par exemple, au moins 1 marseillais sur 5 est italien en 1900). Cette présence forte
est souvent associée au mythe de l’invasion chez les autochtones. L'appartenance de l’Italie à
la Triplice depuis 1882 accentue la réaction de rejet et associe l’italien à un ennemi dans un
contexte de montée en puissance du nationalisme français. Une conjoncture économique
dégradée amplifie les difficultés d’intégration en posant ouvertement la question de la
concurrence entre travailleurs Français et Italiens.
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Citation :
Il en est de même des facteurs religieux et politiques qui peuvent jouer dans le sens de
l'intégration aussi bien que du rejet. La façon ostentatoire dont de nombreux immigrés italiens
affichent leurs sentiments religieux ne favorise pas toujours leurs contacts avec un prolétariat
français déjà fortement sécularisé. Leur militantisme syndical, leur combativité dans les
conflits du travail, leur adhésion à des idéologies et à des mouvements révolutionnaires, ne les
rapprochent de certains milieux français que pour les éloigner davantage des autres.
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Citation :
Les articles de presse portraitisent l'italien comme "voyou" ou "anarchiste". Certains émigrés
italiens sont ainsi assimilés aux "brigands", ne possédant que des couteaux ou des poignards.
Pourtant, à côté de la description du Transalpin violent et bagarreur, il y a celle, moins
retentissante, de l’émigré italien au travail, sous-payé et peu revendicatif, dénoncé comme
briseur de grèves et de salaires par les syndicats.
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Citation :
« Les étrangers nous prennent nos places, nos emplois, nos fiancées », cette complainte est
extraite d’une lettre d’un ouvrier produite devant ses pairs par le député Maxime Lecomte à la
fin des années 1880 (Weil (2005)). C’est d’abord au sein du mouvement ouvrier que français
et étrangers se rencontrent. Rien de surprenant à ce qu’il soit le centre des conflits xénophobes
en cette première époque d’immigration de masse. Les rixes existent dans les années 1890,
mais, à cette date, les Italiens sont les plus visés. La courbe des conflits suit celle des crises
économiques.
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Citation :
Mise
en question par la défaite de 1871, la nation française achève sa consolidation dans le cadre de
l’Etat républicain. Le suffrage universel, comme l’instruction publique et le service national,
joue son rôle dans la «nationalisation» des français. Mais l’identité s’affirme aussi face aux
étrangers: tandis que la presse mobilise les opinions autour des crises de relations
internationales, l’étranger de l’intérieur aide à se sentir français. L’acharnement populaire
s’adresse aux plus pauvres, sur qui pèsent les stéréotypes les plus menaçants. Dernier arrivé,
plus déraciné que les autres, devenu ennemi depuis l’alliance entre son pays et l’Allemagne au
sein de la Triplice, l’Italien constitue, à la fin du 19ième siècle, l’étranger idéal pour jouer le
rôle « d’intégrateur négatif ». Rien d’étonnant à ce que les transalpins soient les plus
nombreuses victimes des incidents xénophobes, notamment de ceux qui mobilisent les foules.
A la fin du 19ième siècle, dans un climat de tension xénophobe, est votée la toute première loi
sur la nationalité. Les législations plus ou moins restrictives vont se succéder sans régler la
question de l’intégration des étrangers.
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Et un petit peu de terrorisme pour finir :
Citation :
en juin 1894, l'assassinat du Président Sadi Carnot par
l'anarchiste italien Caserio
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C'est quand même assez fascinant et en même temps effrayant de similitudes. Tout quasiment est transposable à ce qu'il se passe aujourd'hui, il suffit de remplacer :
- Italien par musulman/arabe/maghrébin/africain (que j’appellerai immigré par la suite pour simplifier même si une grande partie d'entre eux sont français)
- Anarchisme par islamisme
Et on a tout :
- L'immigré qui représente une part importante de la population
- L'immigré dont la présence profite aux patrons pour gagner en flexibilité et tirer les salaires vers le bas
- Une idéologie politique chez une partie de l'immigré qui peut virer jusqu'au terrorisme
- Le tout en période de crise économique
Et la réaction en retour de tout ça, de l'autochtone français qui :
- Se sent envahi, ne se sent plus chez lui
- Accuse l'immigré de lui voler ses boulots et ... ses femmes (tant qu'à faire)
- Décrit l'immigré comme un voyou
- S'inquiète du manque d'intégration de l'immigré et de la pratique de sa religion
- Développe une xénophobie contre l'immigré
- Construit son identité de français en s'opposant à l'immigré
- Voit dirigée contre lui une violence politique et même terroriste de la part de certains immigrés
Si avec ça, tu vois pas de lien avec les discours qu'on entend aujourd'hui sur le trop grand nombre d'immigrés qui volent l'emploi des français, que certains quartiers ne sont plus français, qu'on est envahi, que l'Islam n'est pas compatible avec la République, que la France est de culture chrétienne et blanche et ne doit pas devenir majoritairement musulmane, le tout avec une montée de l'islamisme et dans un contexte de crise économique, c'est toi qui voit hein 
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