Bonjour
Il y a trois biais dans ce type d'analyse. Mon post sera long, trop long, mais assez détaillé.
a) Premier biais pour certains fonctionnaires (pas tous). On compte le TRI à partir des cotisations et non à partir des revenus du travail. Et dans la fonction publique, pour l'essentiel, les cotisations sont calculées sur le traitement de base (et la retraite aussi), non sur les revenus totaux du travail...
Et contrairement à ce que l'on pourrait croire, ceci n'est pas du tout un avantage pour les fonctionnaires concernés, mais l'est pour l'Etat.
Cela joue fortement pour les fonctionnaires ayant une part importantes de primes ou d'heures sup. Certes, ils ne payent pas de cotisations là-dessus (ce qui semble un avantage), mais ce serait beaucoup plus intéressant pour eux de le faire, avec une retraite en proportion (mais cela coûterait alors beaucoup plus à l'Etat employeur, surtout si l'on reprend tout depuis le début !).
Par exemple, si un fonctionnaire touche 1/3 de ses revenus sous forme de primes ou d'heures sup, sa retraite sera essentiellement calculée sur les 2/3 de ses revenus.
NB. Pour donner un autre exemple des surprises que l'on peut avoir quand on fait des comparaisons : une heure sup de prof coûte en moyenne à l'Etat de l'ordre de 20 ou 30 % ou 40 % moins qu'une heure normale (oui, on pense en général qu'une heure sup coûte plus cher à l'employeur... mais pas toujours et pas pour l'Etat).
Ou un autre exemple très surprenant, relativement à des agents publics non titulaires : savez-vous que certains sont payés en dessous du SMIC horaire... ? A savoir certains vacataires de l'enseignement en université (quant on rapporte l'indemnité pour une heure d'enseignement à la charge de travail correspondante, durée à la fois dans la pratique et telle qu'elle est officiellement prévue !). Ils peuvent d'ailleurs avoir passé un doctorat... et, par ex., attendre d'être recrutés sur un poste de maître de conf., si cela marche bien pour eux...
b) Il y a aussi le biais de ce qui est annoncé avant l'embauche.
Dans les années 70, la retraite des fonctionnaires (ordinaires) était entre 60 et 65 ans (en gros et pour simplifier, c'était à leur choix dans ce créneau, et la retraite était très souvent à taux plein à 60 ans), tandis que celle du régime général à 65 ans minimum. Depuis 1981, ce sont les mêmes âges sauf exception (policiers, militaires par ex.).
La retraite étant analysable comme un salaire différé, on pouvait comparer à cette époque ce que gagnait, en revenus directs et différés, un fonctionnaire à bac + 4 ou 5 à et un salarié d'entreprise à bac +4 ou 5. Bien sur, il y avait une grande diversité de situations, mais pour une large part, la retraite de la fonction publique, calculée de manière plus avantageuse et pour une durée plus longue dans ce cas, compensait en partie les revenus inférieurs durant la vie professionnelle (ex. comparer les revenus d'un prof et ceux d'un cadre d'entreprise).
Globalement, il valait et il vaut toujours mieux être fonctionnaire peu qualifié que salarié peu qualifié, à tout point de vue... mais ce n'est pas (ou plus ?) le cas en général pour les cadres moyens et supérieurs de la fonction publique (sauf cas de pantouflages des énarques et des X).
D'où la difficulté, par ex., de recruter des enseignants dans certaines matières scientifiques (... Et déjà, dans les années 70, il fallait voir l'écart entre un salaire de prof et celui d'un ingénieur... mais il y avait une valorisation sociale qui a diminué ou disparu et d'assez bonnes conditions de travail).
En alignant a posteriori le système de retraite des fonctionnaires sur celui du régime général, les cadres moyens et bien des cadres supérieurs de la fonction publique se seront 'fait doublement avoir', pour la plupart : pour la période d'activité d'abord, puis pour la retraite ensuite.
c) Il y a aussi un troisième biais qu'on oublie parfois. A savoir l'effet de la carrière sur la retraite. Effet qui peut être très important ou non pour un fonctionnaire, bien plus encore que pour un salarié dépendant du régime général.
Cet effet pouvait être compris comme un résultat de la "promesse" de "carrière probable" à l'embauche (dans les années 70, tout semblait relativement prévisible pour un fonctionnaire de catégorie B ou A : point indiciaire revalorisé en fonction de l'inflation, échelon terminal de la carrière, etc.). On disait alors pour certains métiers : on commence assez bas, mais cela augmente bien au cours du temps et pour la retraite.
En réalité, l'effet de carrière a été largement amoindri, pour certaines catégories, par le blocage partiel puis presque total des revalorisations de la valeur du point indiciaire : ne restait que des mesures catégorielles, qui ont notamment bénéficié aux bas salaires d'une part, et aux hauts fonctionnaires d'autre part. Les enseignants, notamment ceux du supérieur, ont été largement perdants.
Si la carrière devient structurellement moins pentue (ce qui est un effet de la moindre revalorisation des traitements, très inférieure à l'inflation, à ancienneté et qualification équivalentes), l'avantage escompté pour la retraite disparaît largement (le TRI est abaissé). La non ou moindre revalorisation des traitements a un effet analogue à celui d'une longue période de chômage pour un salarié dépendant du régime général. Du genre 40 % en moins sur la retraite qui pouvait être escomptée lors de l'embauche, pour une carrière normale de cadre de la fonction publique.
d) Bien sûr les situations sont très variables. Pour ma part, j'ai quitté la fonction publique pour des raisons personnelles et pas pour gagner plus. Ma retraite sera amoindrie de ce fait, pas seulement à cause des évolutions indiquées plus haut.
Mais j'ai fait un certain nombre de calculs (en dehors de ce cas de départ anticipé) : a) ma retraite à 62 ans, si j'avais poursuivi jusqu'au bout, serait de l'ordre de la moitié de ce que j'aurais pu prévoir lors de mon embauche b) si j'avais choisi le métier d'ingénieur (j'étais reçu dans des écoles des plus prestigieuses), et sauf si j'avais été licencié et durablement au chômage en cours de route (ce qui est tout à fait possible), mon salaire durant la période active et ma retraite ensuite auraient été très largement supérieurs à ceux comme fonctionnaire c) par ailleurs, dans mon cas très très particulier et marginal (du fait de mon départ de la fonction publique et de mes choix personnels), une retraite calculée suivant les règles du régime général (avec les régimes complémentaires), avec cotisations sur l'ensemble de mes revenus au cours du temps et retraite suivant les 25 meilleures années, serait probablement supérieure à celle que j'aurai finalement (multi-pensionné dans un cas où cela affaiblit la retraite moyenne).
e) Bref, cela dépend beaucoup des situations..
... et ce qu'on "propose" aux fonctionnaires, si j'ai bien compris, c'est de perdre sur tous les tableaux [salaires inférieurs pour les cadres de la FP durant leur période active, cotisations sur une partie seulement des revenus (à leur détriment et au moins pour le passé), alignement pour le futur des retraites en fonction des seules cotisations, suivant des règles proches du RG].
PS. Un complément, pour compliquer les choses, en ce qui concerne les régimes de retraite des salariés : i) le régime général n'est pas uniquement pour les entreprises privés (les agents publics non fonctionnaires en dépendent, par exemple les prof. contractuels de l'enseignement privé sous contrat et les agents non titulaires des administrations) ii) les régimes spéciaux les plus dérogatoires concernent d'une part des salariés de droit privé (sous statut particulier) d'entreprises comme la SNCF, la RATP, EDF, d'autre part les militaires... Ainsi que quelques cas originaux (danseuses de l'Opéra je crois, clercs de notaires, etc.). Et si on combine avec les agriculteurs, les artisans, commerçants, professions libérales, etc. Il n'y a guère de solutions simples pour une unification, et sans effets de bord importants et imprévisibles, sauf si l'on fait cela uniquement pour les générations futures.