Ange-Amedeo-Milan a écrit :
Demain est un grand jour : je prends les déchets d'un de mes colocs, et je les balance dans sa chambre. Ensuite, s'il bronche, je le frictionne moralement ; et si la maladie persiste, je lui administrerai un démontant physique.
C'est en septembre de l'an passé que j'ai fait la connaissance de Y., 21 ans, le jeune dont la santé me tient à coeur. Absent pendant quelques mois de chez moi, je n'ai pas eu le temps de contempler jour après jour ce qu'on nomme en art contemporain des "installations". Je connaissais déjà de vue l'autre coloc arrivé en mon absence, M., 26 ans ; il avait fait un stage dans le lycée où je travaillais. De passage, un week-end de septembre, j'ai eu un aperçu de la saleté de mes deux compagnons de logement : poubelle remplie et ouverte. Devant mon incompréhension, M. m'a expliqué que le lundi précédent ils avaient eu une soirée nordique : saumon... Je passe sur l'état de l'appartement.
Toujours de passage en novembre, j'ai pu admirer la présence de trois sacs poubelles béants et débordants d'embonpoint et d'humeur - une odeur acide se propageait dans un appartement grisonnant. Il prenait alors de l'âge plus vite que n'avançait le temps. J'ai alors pris un sac pour mes propres déchets. J'ai fait part à M. de mon écœurement, j'ai eu droit au silence d'un enfant embarrassé, se défendant par un regard fuyant.
Déjà m'attendait une autre surprise : mes joyeux adultes avaient cassé le système des WC et laissaient fuir l'eau sans s'inquiéter le moins du monde du coût. Fils de bourgeois et irresponsables, Papa-Maman paient.
En janvier, c'est le retour définitif et la plongée dans l'horreur ; je suis emmerdé, presqu'au sens littéral : "nettoyage des toilettes" est un probablement un terme japonais pour eux. Des bouteilles de vin et de cidre vides traînent allongées à même le sol dans la cuisine. Le palier sert de support à quatre sacs poubelles, et personne ne s'en est encore plaint, semble-t-il. L'évier est inutilisable, et, dans l'eau qui y stagne, pourrit une éponge en pleine décomposition. Un stock d'assiettes y trône. Je fais la remarque à M., il accuse Y. d'en être l'auteur. Je dis que je vais alors expliquer les bases de la vie en communauté à ce dernier, mais M. me supplie de ne rien en faire, et me promet qu'il fera la vaisselle car dans le tas il doit probablement y avoir une fourchette à lui. Je suis d'accord pour une période probatoire. Mais rapidement, mes craintes se voient confirmées ; je rappelle alors à M. son engagement, il le nie. Avant de me dire que puisque je n'étais pas présent durant 4 mois, je serais mal placé pour m'exprimer, que Y. le prendrait très mal. Je vous présente la photo : moi, plus de 100 kg pour 1m71 (non, je n'étais pas en déplacement professionnel pendant un trimestre pour Michelin que ce soit avec Bibendum ou avec ses étoiles) ; Y. environ 65 kg pour 1m75 environ, et M. environ 100 kg pour 1m92. Moi, je suis le bon. M. est censé faire la brute, mais Y. le truande bien.
Les choses ne s'améliorent pas, Y. est un jean-foutre pour le nettoyage et l'autre est un fesse-mathieu en matière de dépense dans le ménage. Je finis donc par faire ma vaisselle dans la baignoire en voie de colonisation par la crasse, à défaut de sentir l'eau de Cologne. Et les poubelles s'entassent sur le palier. Je descends les miennes contrairement à eux, et je ne dis plus rien, attendant que le propriétaire réagisse.
Un retour de week-end, M. et Y. sont en train de jouer à la playstation, et moi je vais au frigo pour me faire une omelette : rien, niet, nada ! Deux œufs devant l'écran, rien d'autre. Je vois que la cuisinière est très sale, on dirait qu'on y a fait des crêpes. J'ai mon idée... Je demande aux deux chéris s'ils n'ont pas vu mes oeufs, Y. n'arrive pas à dissimuler un air profondément agacé. Plus tard, M. m'apprend que le cadet a organisé une de ses habituelles soirées crêpes qui gonflent nos factures d'électricité. Il me dit qu'il avait bien prévenu le benjamin qu'il ne pouvait pas se servir dans mes oeufs, mais que ce dernier avait refusé. Le jeudi, Y. doit recevoir des amis à partir de 17 heures. Il commence à nettoyer la cuisine vers 15 heures. Je sors pour faire mes courses, et à mon retour deux heures plus tard, il est devant un évier rempli de mousse avec un copain qui le regarde dans ses ébats amoureux - ô supplice pour lui, pratique masochiste sans aucun doute - avec la vaisselle. Devant son ami, il me demande alors si je suis l'auteur de la saleté sur la cuisinière... Je lui réponds directement que ça date de dimanche, d'avant mon retour : autrement dit, "Ne fais pas l'étonné !"
Une autre fois, sa maman et son frère viennent dormir chez lui... Il commence à paniquer le matin, et nous dit que maintenant il faudrait que la cuisine soit propre. N'en ayant rien à cirer, je n'entends pas le message. Le petit garçon court dans tous les sens, astique, cache, accroche un gant de cuisine et un tablier au mur, etc. Le soir, la maman est contente. Le lendemain, l'empressement de la veille s'est évanoui. Je n'allais pas l'aider sachant qu'à cause de lui, nous vivions dans un tas d'immondices, et qu'il se permettait, en sus, de m'accuser implicitement au moins.
N'en pouvant plus, je signale à mes deux colocataires, partis en vacances, que la tarte qui était déjà en train de pourrir au moment où elle a été posée sur le frigo, et les pommes de terre pourrissantes depuis une soirée raclette, tout cela depuis deux semaines, commencent à bien faire, et que si rien ne s'arrange, je rentre les poubelles du palier dans l'appartement. Je m'adresse aux deux, car j'ai évidemment remarqué que M. a aussi ses actions dans la S.A. Crasse. Aucune réponse. A son retour Y. file dans sa chambre, s'installe dans son fauteuil pour se relaxer, avant de décider "spontanément" de faire sa vaisselle. Il a compris qu'on est au bord de la crise de 1962 et que je vais lui faire bouffer sa tarte aux baies qui semble dater de 61 à lui, ce cochon. Le jeudi soir, arrive sa copine pour les deux jours suivants. Le vendredi matin, il laisse une superbe trace de freinage dans la cuve des toilettes, avant de se servir de celles du palier. Probablement pour laisser entendre que j'en serais l'auteur. Je ne dis rien, car j'attends un peu plus pour avoir l'occasion de l'emballer et le déposer devant la porte du propriétaire. Également parce qu'à ce stade de provocation, je bous et serais capable de le hacher menu. Voyant mon inertie, il décide de frapper un grand coup : le samedi matin, il dépose une pachymerde dans la cuve, qui y restera jusqu'au lundi, quand M. tirera la chasse.
Ensuite, il sera remplacé par un sous-locataire, X., un gars normal et très bien, qui dès son arrivée va vider le frigo à cause de l'odeur de mort qui y règne - ce n'est pas une image. Il jettera notamment les pâtes au munster y traînant depuis deux semaines. Ceci en mon absence. Le contact se nouera vite avec ce sous-locataire, travailleur et propre. Et pas fêtard...
C'est alors que je m'absente pour un stage sur Paris... A mon retour, je dois monter les cinq étages avec deux valises, un gros sac à dos et un sac de sport. Mon coloc n'ayant pas répondu quand j'ai sonné. En tournant ma clé dans la serrure, je constate que la porte est bloquée par la chaînette. Et j'entends M. hurler d'une voix paniquée : "C'est qui ? c'est qui ? j'ai dit 'qui c'est ?'" Agacé et pressé d'entrer et de manger, je réponds juste que c'est moi... Il ouvre la porte, gêné. Je lui demande ce que cela signifie, il m'explique qu'après que j'ai sonné, il a eu peur et s'est protégé. Je le traite de paranoïaque, il me dit qu'il était sur le point de se saisir d'une fourchette pour se défendre. Je réponds qu'un couteau aurait été davantage efficace... Je file dans la cuisine, et, saisi par l'horreur, je lui demande si Y. est passé... Il répond par la négative, et je lui dis qu'on dirait pourtant vu la saleté et la vaisselle empilée. Réponse : "Comme je suis seul, ce n'est pas la peine de nettoyer"... X. est en stage dans une autre ville. Malheureusement.
Alors qui est ce M. ? Un galopin de désormais 27 ans, bien peu préoccupé par les notions d'hygiène dans une vie en communauté. Doublé d'un affreux paranoïaque. Convaincu que Y. échangeait avec une fille dont il est raide dingue, il a fouillé dans le mobile de ce dernier. Il est vrai que Y., dragueur, a essayé de faire du pied à cette fille dès leur première rencontre, M. l'ayant invité à aller avec lui chez elle. Craignant que je ne sois avec elle en son absence durant deux semaines, il m'a contacté pour savoir où j'étais en tournant autour du pot. On devine vite les intentions de ce genre de malade. J'ai eu beau dire à 3 reprises que je n'étais pas là, il a débarqué le week-end, en urgence, pour constater que je n'étais effectivement pas avec elle... Résultat : 140 euros d'aller/retour en TGV !!! Puis, quand il a compris que je ne courais pas derrière sa promise, il m'a expliqué comment il avait fouillé dans le mobile de Y. Un soir, ayant besoin de détente, je dis devant les deux que je vais me faire une tisane à la camomille. Deux semaines après, M. ne l'a toujours pas digéré :
- Je peux pas te faire confiance !
- ???
- Oui, tu as parlé de Camille devant Y. (c'est le nom de la fille).
- Quand ça ?
- L'autre soir, tu as parlé de camomille... il a compris l'allusion à Camille !
- ...
Un jour, M. m'apprend que le summum de l'authenticité, c'est de faire ses besoins devant tout le monde. Je lui dis trouver son idée perverse... Je rassure, je ne l'ai jamais vu faire ; tout juste une fois m'a-t-il demandé de tirer la chasse d'eau car, procrastineux, il avait retardé son départ. Apparemment, mon propos le déstabilise : à deux heures du matin, il toque à ma porte : "Tu penses vraiment que je suis un pervers ?"
En plus de cette étrangeté, il est dépensier : de fait, il est toujours à découvert vers la troisième semaine du mois (frais de téléphone pour harceler la fille, même la nuit - je n'ai jamais compris pourquoi elle décrochait parfois -, tout comme ses propres parents à plus d'une heure du matin pour qu'ils lui expliquent pourquoi elle l'évite et refuse de faire sa vie avec lui ; mène une vie au-dessus de ce que lui permet son salaire, et évidemment il y a les dépenses de l'appartement avec leur consommation d'électricité - Y. a parfois 2 ou trois pc allumés, M. son gros Mac toute la journée, plus les soirées crêpes et raclette). Alors, en août alors qu'il ne vit désormais plus qu'en pointillés dans l'appartement, il me demande de lui avancer 15 euros pour la facture d'électricité de mi-mai à mi-juillet. Je ne les lui verse pas. En revanche, il débarque à minuit un vendredi pour repartir le lendemain avant 10 heures, histoire de récupérer un jeu vidéo dans sa chambre. Deux jours après, il revient récupérer un papier : minimum 32 euros de train.
Quant à Y., il ne paierait plus son loyer, c'est ce que j'ai appris aujourd'hui. Depuis que son sous-locataire est parti, et qu'il a réinvesti les lieux, Y. recommence à crassouiller. Heureusement, un autre locataire a succédé à M. début septembre, ce dernier étant retourné vivre chez ses parents, ne pouvant plus payer son loyer...
Je n'ai pas encore revu Y., mais dès demain (non pas dès l'aube, son heure n'a pas encore sonné et je ne suis pas Hugo), je prends sa merde qui traîne dans la cuisine, et je la fous dans sa chambre ! Et il a pas intérêt à rouspéter, parce que sinon, merde, il va découvrir ce qu'est un adulte ! Et s'il essaie de m'arnaquer comme il l'a fait avec les autres, ça se passera très mal pour lui. J'envisage même de vendre ses affaires, s'il continue, pour me rembourser.
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