CR Duo Etoilé 2022 - 21km / 1400m D+
Un vieux projet qui remonte à 2020... Mon cousin me chauffe sur le format, afin de découvrir Chamonix et ses proches environs, alors qu'il n'a aucune expérience spécifique en trail (Mais très solide sur route). Entre Covid et report mal placé (rappelez vous l'an passé, courses du WE du marathon du Mont-Blanc décalées d'une semaine à debut juillet), nous voila dans la vallée, prêts à en découdre.
En 2 ans, de l'eau a coulé sous les ponts: très peu de sentiers pour moi (World Majors Marathon Project oblige) mais une progression constante malgré mon age; et lui continue de bien perfer du haut de ses 29 ans (34'40 sur 10km en mars). du coup, on se dit que d'aller chercher un Sub 3h serait la conséquence d'une course réussie.
Bref, on arrive chaud bouillant (il fait un peu lourd en ce samedi soir, et on a pas torché l'échauffement) dans le sas de départ à 19h15, non sans escalader les barrières de sécurité pour se placer en 4/5ème ligne. Accessoirement, il m'avait fallu des heures interminables, et l'aide de mes camarades de course / assistance pour faire ce parcours à la fin du 90 du Mont-Blanc en 2017, c'est donc une sorte de revanche que je venais chercher, également.
Partie 1: Start / Bifurcation Caillet - 4.8km / +544m
Ca part vite mais pas en sprint. Après qq rues dans le centre, on arrive sur le sentier qui longe la piste de ski: la course commence ! On garde un bon rythme, alternant relances et marche rapide. Chemin large, roulant, on garde notre place: on s'est clairement bien placés dans le sas de départ. Moment agréable: doubler qq participants dopés mécaniquement, mais qui ne semblent pas avoir une technique hyper efficace avec leurs batons - certains se faisant chambrer gentillement. Evidemment, on a perdu le contact visuel avec la tête de la course (2h13 au final les coquins...), mais on avance bien, entre 8 et 9' au km sur cette portion à 12% de moyenne.
On passe 34eme (je suis assez surpris, je nous pensait plus loin dans le classement) en 32'35
Partie 2: Bifurcation / Montenvert Mer de Glace - 1er ravito- 2,9km et 476m D+
Terminé, bonsoir. Qui a éteint la lumière ?
Départ trop rapide ? manque de sucre ? Quoiqu'il en soit, hypo de l'espace avec flash devant l'oeil droit, la gerbe, le tout après le premier km de cette 2eme partie de l'ascension (bon OK, 170m D+, ca change tout). Mon cousin voit que je suis dans le dur, il me traine. Je ne regarde que ses godasses, et ne prete plus attention aux connards/asses armés de batons qui me doublent sans arrêt #rageance
Bon, après tout, je suis sensé être la voix de la sagessse dans notre duo. Alors j'accepte la sanction (ma FC n'a pas dépassé 160 dans la partie initiale, je tourne à 162/165 sur semi à plat): je suis cuit, mais il faut bien avancer, bordel. Hop, je gobe mon gel prévu en cas de pépin (cramé, mais lucide), je garde la cadence et je me concentre sur le fait de garder un rythme constant. Au bout de 15', ca passe... Je retrouve mon champ visuel, nausée disparue, j'ai tenu l'allure (bon OK, 12/13' au KM, mais la pente elle rigole pas la)... Et je retrouve de la marge en FC (redescendue à 130/140 !). Du coup, je leve la tete, et que vois-je ? Le refuge de Montenvers Mer de Glace, et le ravito qui va avec, atteint après 1h09 de grimpette, à la 60ème place (-24, je m'attendais à pire).
Petite pluie rafraichissante (qu'elle fait du bien à ce moment), On remplis les flasques, un peu de choco noir en pastille et on repart direct ! Je passe devant mon cousin, qui me demande si ca va (je crois qu'il craignait que je flingue notre course à ce moment la). Ma réponse: écoute, j'ai recup pendant 25' dans la montée, le cardio est OK, les muscles aussi, on va envoyer sur la suite. Crois moi, tel que tu me vois la, personne nous double jusqu'au plan de l'aiguille.
[b]Partie 3: Montenvert / Le Signal - fin de la grimpette, la bascule ! [/b]
Ragaillardi par le ravito, on repart en marchant vite: et ouais ! Il reste un bon 300m d+ avant le sommet ! Mais 2 salles 2 ambiances: j'appuis fort sur mes cuissots, et ca monte au train. La vue est EXCEPTIONNELLE à cet endroit: l'impression de voler au dessus de la Mer de Glace (tout du moins ce qu'il en reste), et sensation de vide. Très impressionnant ! Surtout, on fait la jonction avec des groupes devant, et plus personne derriere. Mais ouais bordel !!
Je m'attendais à une portion assez technique, mais au final ca passe tout seul. Mon cousin repasse devant à la bascule, je lui dit de se faire "plaisir" sur cette première petite descente, histoire de tester avant le final de l'épreuve, bien plus exigeant.
Partie 4: Le Signal - Plan de l'Aiguille - Ravito- soit 6km depuis Montenvert et 576m D+
Nous attaquons donc le chemin du balcon, la partie plate de la course. AHAHAHAHAHAHAHAHAHAH.
Y'a 250m D+ sur cette portion. C'est cadeau. On se prend une 2eme averse sur la tronche, avec petits grelons qui vont bien. Mais j'étais encore "chaud" de la montée, donc feu, on s'arrete pas pour mettre la veste. De toutes façons, ca s'arrete au bout de 5 minutes, et on état deja trempés.
Je laisse mon cousin mener l'allure dans la descente et le début du "plat montant" vers Plan de l'aiguille. Mais il avance pas ce con ! Il a des scrupules à doubler, du coup je prends le relai et je lui montre la bonne technique. "ATTENTION ! On arrive à GAAAAAAAAUCHE". Bonnes jambes, on court bien sur les descentes et relances dynamiques quand ca remonte: je sais que c'est une affaire de qq hectomètres, donc on va pas faire dans la randonnée. Parès, le chemin est assez chiant, beaucoup de cailloux, rendus glissants par la pluie et les petits ruisseaux. On pourrait aller plus vite, mais je préfère rester prudent.
Excellente idée, car mon genou gauche vient tester la résistance d'un rocher lors d'un dépassement. Choc assez violent, mais comme j'ai tapé à plat, ca va, on continue ! Première alerte, faut rester vigilant. On apercoit le refuge, ca nous reboost, relance, et hop ! Ravito atteint, après 2h13 d'effort. L'allure est pas géniale dans l'absolu sur cette portion, rendue piegeuse par la pluie. On prends 2' pour remplir les flasques et sortir la frontale. Il est 21h42, on voit encore bien, mais ca vite tomber maintenant. Et le plan c'est 0 arret pendant la descente. On passe 59e (-1 seulement), ce qui me surprend vu le nombre de duo qu'on a apssé sur cette portion. Peut etre qu'on est reparti de Montenvert plus loin en fait, le classement étant figé à l'entrée du ravito. Mais on est très content de l'allure sur cette portion, j'ai bien relancé après la grosse douille de la montée initiale.
[b]Partie 5: Plan de l'Aiguille - Chamonix / arrivée[/b]
C'est maintenant. Je l'attendais.
7,8km de descente, 1200m D-. En 2017, presque 2h pour finir, en subissant la destruction des cuisses et les pieds meurtris.
La, je pars pleine balle dans la pente, frontale en mode phare ! C'est parti ! Arrivés rapidement dans la première section de lacets bien pentus, on a deja fait la jonction avec 2 equipes. Les mecs sont quasiment à l'arret. "Allez-y les gars, passez, on est cuit". Assez jouissif sur l'instant, on enfile ce km en moins de 7' (un vrai chantier de pierre), et j'appuis fort dès que je peux. Mon cousin s'accroche derrière, mais je le sens sur la retenue: chacun ses qualités au final: il m'a tracté dans la montée, je fait la trace sur la descente.
2 mecs s'accrochent derriere nous, assez sympa: je leur propose de passer. Ils nous disent qu'ils sont bien derrière, que leur rythme leur conveint ! Du coup on se transforme en quartet l'espace de 2 km assez rapide (-310m D- en 12'38) dans la partie de zigzag. Assez grisant, on reprend un a un quelques duos transformés en solo. Je vois une nana devant. Je lui demande si ca va (que fait elle seule ???)... Elle me repond que "c'est difficile pour moi, mais que son mec n'aura pas d'autre choix que de m'attendre, il est parti devant !". Ca sent la bonne ambiance à l'arrivée. Bref, elle nous laisse passer, mais nous ne sommes plus que deux: on a decroché les 2 suceurs de roue, je m'en etais meme pas rendu compte. A ce moment, je me sens fort, petit coup d'oeil au chrono, et je dis à mon cousin que ca va etre chaud, mais c'est pas mort pour l'objectif, puis qu'il reste la portion la plus pentue de la descente, et dans mon souvenir c'était moins technique sur le final. Erreur...
KM 18 et 19 avalés en 5'44 (-160m) et 6'17 (-200m), les cuisses tiennent toujours (bon OK les ischios commencent à en avoir ras le bal, on va pas se mentir), et j'avais bien en tete cette portion un peu plus roulante. Petit check à la montre, qui me dit ETA 3h03...
On commence le 20e km, la pente se fait plus forte... Et surtout, putain ce champ de ruines !! Grosses pières, racines, trous, le carnage. Après qq virages bien sec et une ou deux glissades incontrollées, je dis à mon cousin que je vais ralentir l'allure. On a plus rien à gagner sur le chrono (mort pour les 3h), plus personne derrière, et pas de frontales devant: on va gérer ce km pour finir comme des beaux gosses dans cham'.
Et là, c'est le drame (voix M6).
Mon pied droit se prend dans une racine. Sachant que sur ce km, on perd 220m d-, imaginez la pente à cet endroit. En pleine relance apres un virage, donc en phase d'accélération, je pars en avant, les 2 bras devant en mode superman. Je ferme les yeux, en me disant que je vais m'éclater la gueule. Pas une petite glissade et hop on repart. Non non, le vrai crash.
Instinct de survie: je met mon bras droit en opposition, il vient se fracasser contre un rocher (dieu merci, point trop saillant)? Pas le temps d'hurler de douleur que ma tete tape contre un objet non identifié (merci la frontale qui a légerement amorti l'impact de ce qui au final s'avérait être une bonne grosse racine), et la chute se termine par un petit soleil amorti par mon épaule droite et le reste du bras.
Je m'arrête net, sonné. J'entends mon cousin hurler un truc (meme lui ne sait plus ce qu'il a dit à ce moment la)... Avec l'adrénaline et l'absence de perte de connaissance, je me releve direct. premier reflexe, mon bras. J'ai mal, mais je bouge la main sans problème, aucune douleur au coude. Vilaine plaie, mais ca va. Epaule douloureuse, mais t shirt intact. Arcade droite douloureuse, mais mon cousin n'a pas l'air plus effrayé qu'un "putain, ca va ?". Je prends une minute ou deux, pour enlever boue et poussière de ma bouche, et on se remet en route. Doucement, mais en route. On s'arrete pisser au virage d'après, la tete ne tourne pas... On reprend la marche en avant, d'autant qu'on arrive à la fin du sentier. Photographe officiel (hate de voir ma trocnhe a ce moment la), qq supporters qui nous encouragent, et voila: nous sommes en bas. Sur le bitume. Après un km en 9'38 (la cascade doit nous faire perdre 4' environ)..
Le finish n'est qu'un super moment. On termine à la Zach Miller à 4'30 au km, l'ambiance est géniale dans le centre de Chamonix. On sent les gens heureux pour nous, et nous on kiffe. Personne derrière, on capte ma femme et ma fille qui étaient super bien placées pour nous voir arriver, et dernière ligne droite triomphale.
3h07, 52e place sur 500.
Epilogue
Je reprends mes esprits sur le tapis. Ma femme se rend compte que je me suis viandé, l'air inquiète. Mais l'euphorie de l'arrivée fait en sorte que je puisse la rassurer, avant d'aller faire un tour à la tente de la croix rouge. Désinfection des plaies, examen de l'epaule, des genoux; et surtout de mon bras, bien gonflé. Mais pas une once d'inquiétude de l'infirmière, qui va quand meme chercher sa chef pour un 2eme avis sur mon arcade. Pas de point au final.
Photos, retrouvailles en famille, instants magiques, qui font passer le retour de la nausée (le choc, sans doute !).
Nuit horrible par contre, mais le sentiment du travail accompli en fracassant le hot dog / biere / frites le dimanche midi.
Course exigeante, mais format duo très sympa. Et la vue sur la mer de glace depuis le Signal... C'est assez dingue.
Le strava: https://www.strava.com/activities/7368106439/overview