La MB Race c'est du pipi de chat à coté du:
CR Gran Trail Courmayeur 105km/6600d+
J’en avais fait l’objectif de ma saison, avec un peu d’appréhension puisque ce sera seulement ma 3ème course de plus de 100 km et la première depuis 2015. On roule la veille et on tente de dissiper les quelques incertitudes (achat des crampons de trail, savoir s’il y a un sac de délestage à Courmayeur) et on prend les dossards. Je l’avoue, je suis stressé et je passe une nuit assez moyenne
. Contrairement à d’habitude, j’ai essayé de soigner le sommeil la semaine avant la course, je pense que ca m’a servi.
1. Courmayeur - Petosan (km13 - 2h10 - 206ème/312)
Le temps est magnifique et nous descendons les 5 premiers km sur de larges chemins (quelques petits bouchons). On raconte des conneries avec mon pote qui fait le 55km et on ne voit pas passer ces 35 minutes avant de se fist-bumper et se séparer.
J’attaque la première montée en forêt, comme d’habitude chiante, mais je ne me fait pas rouler dessus. Pas mal de larges chemins à 4x4 où on ne sait s’il faut courir ou pas. En fait il ne faut pas : il reste 100 km. On a déjà quelques vues sur la chaîne du Mont Blanc, c’est magnifique. J’arrive en bonne forme au 1er ravito, largement dans les temps que je m’étais fixés. Un bénévole y découpe frénétiquement de la mocetta, un saucisson 100% maigre local bien adapté au trail !
2. Petosan - Rifugio Deffeyes (km23 - 4h10 - 191ème)
On commence à sortir de la forêt et à basculer sur des singles montagnards pour mon plus grand bonheur. Cependant ce n’est pas une mince affaire : on traverse pas mal de pierriers et passages sécurisés qui font que certaines parties que je croyais courables sur papier sont couvertes à du 2km/h. Je commence à avoir sérieusement mal à la tête (altitude?) et j’arrive en moyenne forme au refuge. Heureusement je me console avec les vues sur le glacier du Rutor.
3.Rifugio Deffeyes - La Thuile (km30 - 6h10 - 189ème)
Quand on voit qu’il m’a fallu 2h pour descendre 1000m, on comprend que je suis à deux doigt de faire un jeu de mot avec “tuile”. La descente commence de manière abrupte mais ca passe, on voit le reste du peloton encore s’extraire des pierriers précédents au dessus de nous. La descente est ensuite assez technique avec des pierres, des marches et des racines et donc forcément une chute. Boum je m’étale,
heureusement sur une partie assez propre. Juste des écorchures aux coudes et genoux. Alors que je descendais assez bien, cet incident me calme et je me mets à aller lentement. Comme un bonheur ne vient jamais seul, je dois commencer sérieusement à chier. Hélas cet endroit est parsemé de cascades (en furie avec le soleil et la neige encore bien présente) et donc attire beaucoup de randonneurs. C’est donc impossible de trouver un coin tranquille. Heureusement, au parking, je trouve des toilettes de chantier. En sortant je vois les coureurs que j’avais dépassés à la montée, ca me fout un coup et je rejoins donc péniblement le ravito de la Thuile
. Je vais surtout tourner au coca/fromage/mocetta/biscuit sur les ravitos.
4. La Thuile - Youlaz (km38 - 7h40 - 170ème)
Grosse section de merde : en plein cagnard et sur du bitume. Vraiment la partie moisie de ce parcours, sur une route qui monte bien trop lentement. Me voilà lancé dans la galère avec un train de traileurs, au son des “pic pic” des bâtons. Rien à dire sur ce passage sinon subir. Le moral est moyen mais je sais que le meilleur est à venir, donc je tiens bon. Au ravito tout le monde se plaint. Une bonne grosse dose de fromage pour ma part.
5. Youlaz - Mont Fortin (km48 - 10h10 - 164ème)
Je ne sais pas ce qu’il y avait dans ce fromage mais putain, je revis
. Ca doit être aussi le paysage : on passe dans une vallée bien verte avec des marmottes, qui nous emmène vers la crête. On rejoint d’abord le col de l’Arp (le premier col du Tor) puis celui de Youlaz (2661m) avec, juste en face la chaine du Mont Blanc : la claque.
Je ressens l’altitude mais qu’est ce que c’est beau. Je dépasse pas mal (étonné de ne prendre que 6 places d’ailleurs), certains sont sujets au vertige car il est vrai que l’on est suspendus au dessus de la vallée, on vole ! Un passage comme on en rêve en trail, sur un single bien minéral avec du vide de part et d’autre et comme spectateur le Géant des Alpes. Je recommanderais ce passage, même en rando (col de la Seigne - Mt Fortin - Col de l’Arp - Courmayeur), ca doit faire une solide variante du TMB. Bref je me régale et je cours bien jusqu’au ravito. Un ravito avec une petite cahute et des containers de flotte apportés par hélico (c’est un trail à >1eur/km
). Je me gave de biscuits, ils sont trop bons.
6. Mont Fortin - Rifugio Elisabetta (km61 - 12h00 - pointage foireux)
Je continue sur ma lancée, cette fois ça descend de manière bien roulante. On bascule dans la Val Vény par le col de Chavannes (TDS) et le chemin devient très peu marqué vers le col de la Seigne. On doit s’employer sur quelques névés (vu les traces, y en a un qui a tout dégringolé…heureusement qu’on a des crampons dans le sac
) et quelques ponts de neige. On nous épargne le col des Pyramides Calcaires pour cause de neige et on fonce donc sur le refuge Elisabetta par le large chemin du TMB bien roulant. La lumière décline doucement et je croise 2 bouquetins. Je me dis que tout va bien, je n’ai mal nulle part, ma prépa a bien servi, je suis loin de la galère de ce matin.
7. Rifugio Elisabetta - Maison Vieille (km71 - 13h50 - 115ème)
Après 2km de plat le long du lac Combal, on attaque l'arête du Mont Favre, ca sent l’UTMB. Ca fait plus de 3h qu’on n’a plus attaqué de pente pareille donc il faut se réhabituer. Le soleil veut se coucher mais nous retardons l’échéance en montant au fur et à mesure qu’il se cache derrière les montagnes. Devant moi un type vomit tout ce qu’il a : des litres de mixture jaunâtre. Le corps humain est vraiment fascinant.
Le soleil se couche définitivement quand j’attaque la descente sur Maison Vieille, la civilisation fait son retour avec l’apparition du domaine skiable. J’ai gagné plein de places depuis le Mont Fortin, sur une partie finalement assez roulante. Ravito express, les gardiens commencent à allumer les feux car le vent est frais.
8. Maison Vieille - Courmayeur (km75 - 15h10 - 106ème)
Au lieu de descendre direct sur Courmayeur, les petits filous de l’orga nous font passer par le Mont Chétif, ce qui occasionne 200m d+ (et donc d-) en plus, pour le fun, sur un sentier pas évident. Quand la descente démarre vraiment nous sommes dans la pénombre et les passages par la forêt dense m’obligent à sortir la frontale (toujours amusant ce moment, on dirait que les trailers le repoussent au maximum. Pour économiser de la batterie ? Le premier qui sort la frontale est une poule mouillée ?). J’envoie bien dans cette descente assez abrupte et poussiéreuse. Encore une fois je n’ai mal nulle part, contrairement à mes ultras précédents à ce stade de la course. J’ai vraiment la pêche, redoublée par les applaudissement avant le grand ravito de la base de vie de Courmayeur.
Là mon pote qui a fini depuis longtemps me fait l’assistance (on est bien loin de la rigueur UTMB où il faut un laisser-passer...mais nous ne sommes que 300 et pas 2500). Plat de pâtes, haricots verts, tomates fraîches et un petit redbull pour la route. Je change t-shirt et chaussettes, recharge la montre (qui indique déjà 80km en fait), nok sur les pieds et sur des parties plus charnues. 30 min montre en main, je suis au taquet… contrairement à beaucoup de coureurs. C’est un véritable piège que de faire repasser par Courmayeur. Il y est trop facile d’abandonner, de replier son sac et d’aller à son hôtel, là, à quelques mètres pour prendre une douche et aller se coucher. Pour moi il n’en était pas question, depuis le début je me dis que je ne peux pas abandonner là, ce serait trop simple.
9. Courmayeur - Rifugio Bertone (km80 - 17h30 - 92ème)
Un peu difficile de se remettre en route le ventre plein. On fait un petit tour dans le village, on voit quelques frontales au dessus...pfiou c’est loin ! Cette montée ne sera pas une partie de plaisir. De nuit, bien abrupte, des centaines de lacets… j’y laisse quelques places. Je subis mais je me dis que c’est le dernier gros morceaux de montée, après ce sera facile (mais ouais, c’est ça mon con). Au refuge, on sent qu’on bascule dans une autre course. On est 3 dans la nuit à boire du coca ou du bouillon, à échanger quelques mots. La température tombe franchement car la nuit est claire, je sors la veste. La lune est presque pleine ce qui permet de continuer d’observer les glaciers qui coulent des Grandes Jorasses.
10. Bertone - Malatra (km87 - 19h40 - 91ème)
Ce sentier en majorité en balcon sera un peu ennuyant car je serai tout seul. En fait j’ai plutôt l’impression de descendre. Je n’en ai pas grand souvenir de la CCC 2014... jusqu’au moment de chier! Je cherche un coin tranquille et ensuite rejoint le chemin. Mais oui c'était l’endroit exact où j’avais déjà chié à la CCC (reconnaissable au petit ponton enjambant le torrent). Les souvenirs me reviennent de plus belle quand je dois remonter d’abord sur le refuge Bonatti puis l’alpage de Malatra. 300m d+ qui semblent anodins sur le profil mais qui font mal. Les balises réfléchissantes se font espacées et ma lampe indique déjà une batterie faible, malédiction. Je vois une frontale au dessus qui nous observe. En effet c’est la bénévole qui se fait chier à 100% dans son petit abri. J’y prend un bouillon car ici c’est un réfrigérateur, on a tous les deux le nez qui coule. Je change de lampe, remplis les flasks et ne m’attarde pas.
11. Malatra - Currù (km98 - 22h05 - 90ème)
Visiblement je me suis trop attardé, je commence à avoir très froid. Il fait sous zéro puisque l’herbe gèle, ce n’était pas vraiment prévu. Je n’arrive pas à réchauffer mes doigts glacés dans mes gants. Je range donc les batons et tente de former des moufles. Je commence à m'inquiéter, si ca devient pire plus haut en altitude. Il faut savoir que le matos obligatoire est assez restreint et qu’il y a une liste de matos “nécessaire” que l’on choisit d’emporter ou non (mais qui peut devenir obligatoire suivant les conditions). Je me dis que j’aurais du prendre une deuxième couche. Au final, je me réchauffe en m’activant… mais je perds le balisage. Je cherche avec la frontale mais je vois plein de points réfléchissants : des yeux de vaches! Je retourne à la dernière balise : toujours rien. Bon tant pis je traverse les vaches et je tombe enfin sur une balise. On traverse ensuite quelque névés bien gelés pour le col d’entre-deux-eaux, descente super abrupte puis remontée au col Sapin. Tout ca fait bien mal et je vois les frontales de mes compères devant et derrière, c’est le status quo. Après le col la descente bousille les quadris, tout en freinage (1ere montée de la CCC… et bien je préfère la monter). Le soleil se lève déjà doucement (c’est bien l’avantage d’une course en Juillet : une nuit très courte) et j’atteins le dernier ravito après un petit coup de cul gratos.
12. Currù - Courmayeur (km105 - 23h30 - 90ème)
Je vais bien rager dans cette “descente”. Les fameuses descentes qui montent tout le temps. Il reste 7km et 700m d-, il y a un beau chemin direct pour rejoindre Courmayeur. Tu crois qu’on va par là? Pas si vite, on va passer par le hameau de La Suche parce qu’il y a une superbe vue sur Courmayeur (à ce stade tout le monde s’en fout), via un chemin à niveau qui monte et qui descend. Ainsi, tout le d- est concentré sur 2km pour bien flinguer les cuisses.
A ce stade je râle à mort. Je me fait dépasser par un coureur (le premier que je croise depuis Bertone, il y a 4h30!). Enfin ce putain de La Suche, superbe vue sur Courmayeur, et comme prévu, descente abrupte sur le finish. On termine en beauté par du bitume à travers les rues et le public en folie à 6h du mat (il n’y a personne sauf un photographe). Mais je trottine bien, je suis assez “frais” finalement, je n’ai pas trop envie de dormir, je reprends même un gars 200m avant la ligne pour faire 90eme
(193 finishers, 119 DNF).
Une bien belle aventure qui s’achève (avec 114km à la montre). La météo était au top ce qui a permis de se gaver de paysages. Je suis assez content de ma gestion et surtout d'être revenu sur les rails après un premier tiers assez pénible. La nuit fut un peu bizarre puisque passée presque tout seul, ca change des courses de Chamonix. J’ai trouvé les bénévoles particulièrement charmants sur cette course.
Le Strava: https://www.strava.com/activities/2530673647
---------------
I live on the frozen surface of a fireball where cities come together to hate each other in the name of sport.