Compte rendu du 80 KM du Mont Blanc
Introduction :
Départ : 4h du matin
Durée maximale de course : 24h
Nombre de partants : ~ 630
Parcours : La neige n'ayant pas suffisamment fondue, l'organisation a décidé d'utiliser un parcours de repli. Celui-ci était supposé faire 78 km, alors qu'il en faisait en réalité 84 ... On garde les 6000 D+. Pour le profil : http://mbm.livetrail.net/coureur.p [...] &rech=7643
Je participe à la course avec mes parents et deux amis.
Résumé de la course :
La course commençant très tôt, on a du se lever à 2h30. La nuit a donc été particulièrement courte, mais l'excitation aidant, on ne ressentait aucune fatigue. Après avoir ingurgité notre Gatosport et s'être habillé, on part à 3h15 pour Chamonix. On retrouve nos deux amis une dizaine de minutes avant le départ, on prend quelques photos. Finalement, le temps passe vite et le coup d'envoi de la course est donné alors même qu'on ne s'y attendait pas vraiment. Pour cette raison, on est parti en queue de peloton. Le départ lent n'était donc pas une stratégie de course, même si elle me convient parfaitement.
La première ascension, pour rejoindre le Brévent, fait 1500 D+ sur 8,5 km. Autant dire que l'on rentre directement dans le vif du sujet. Après quelques mètres sur la route, on s'engage sur des petits chemins de montagne en lacets. On monte tous les uns derrière les autres, à un rythme assez tranquille vu qu'on est dans les derniers. Avec un comparse, que l'on appellera S., on décide de prendre les choses en main et on double pour avancer plus vite. Au fur et à mesure, le jour se lève et on arrive au Brévent pile pour voir le lever du soleil. La vue sur le Mont Blanc est magnifique et on prend quelques photos. Finalement, cette première ascension s'achève en 2h45. On passe le Brévent en 551e position. Les sensations sont bonnes et les jambes vont bien.
On attaque la première descente. Elle emprunte régulièrement des pistes de ski, elle est donc assez large, tout en étant caillouteuse. Avec S., on réussi à imprimer un peu de rythme, seulement ralentis par les nombreuses névés, qui me vaudront deux chutes. On ne s'arrête pas plus de deux minutes au ravitaillement, pour ne pas perdre le rythme. On arrive au deuxième CP juste avant les 4h de course, avec 90 places de gagnées !
Après la Flégère, le profil devient assez sinueux et vallonné. On alterne montées et descente, crêtes et chemins. S'ensuit la descente vers Vallorcine. On décide avec S. de la faire à tombeaux ouverts
, alors que le parcours est très technique. Mais bon, on a les jambes, alors on décide d'en profiter. Finalement, avant l'arrivée au ravito de Vallorcine, on se paie le luxe de se faire 4k à environ 5' au kilo. On arrive au ravito au bout de 6h, avec encore 45 places de gagnées.
Le ravito de Vallorcine est un gros ravitaillement, puisqu'on y passe deux fois. On s'arrête quelques minutes pour prendre des forces et on repart. Juste après la sortie du ravito, on croise la première femme, qui est déjà du retour de la boucle Vallorcine - Vallorcine. Autant dire que le coup au moral est rude, puisque cela lui donne déjà 3h40 (!) d'avance sur nous. Autant dire que la nana, elle envoie
.
Bref, avant d'attaquer cette troisième difficulté, on se retrouve un peu en forêt où on en profite pour relancer. La montée commence assez facilement avec des lacets en forêt. Malheureusement, l'opération devient rapidement plus compliquée avec un profil très technique fait de rochers à enjamber. S. commence à mal se sentir et décide d'aller arroser les fleurs
. Il se sent tellement mal que la décision est prise de partir seul. Je ne le reverrai jamais. Un de plus tombé au champ d'honneur
.
Si à ce moment je faisais encore le malin, la réalité va vite me rattraper. Mon premier gros coup de fatigue me tombe dessus, et l'ascension devient un calvaire. Surtout, arrivé au col du Passet, j'apprends que l'ascension n'est pas finie. J'ai malgré tout encore gagné 35 places après 7h30 de course.
En réalité, ce qui nous attend est une sorte de via ferrata à flan de montagne, ultra dangereuse selon moi (et je ne suis pas le seul). Pour vous donner une idée du truc : http://www.google.fr/imgres?um=1&s [...] =118&ty=72. Bref, ce passage est mon premier calvaire de la journée, le moral en prend un gros coup. La situation est d'autant plus alarmante que je n'avais pas fait le plein d'eau depuis le début de la course (erreur de débutant). J'avais juste récupéré 1/2L à S. avant de le quitter, et j'ai du gérer avec ça pendant plus de 2h ... La descente qui suit n'est pas faite pour me rassurer puisqu'elle est hyper technique. Mes pieds me brûlent, je commence à sentir mon aponévrosite plantaire se réveiller, bref, tout fout le camp. Finalement je rallie tant bien que mal Vallorcine après 9h49 de course (et encore 35 places de gagnées). Je prends conscience que j'en suis à peine à la moitié de la course, et à ce moment j'ai vraiment le moral dans les chaussettes. Heureusement, je croise un local qui m'explique que la suite du menu est beaucoup plus digeste, ce qui me rassure. Honnêtement, si le reste avait été du même acabit que le col du Passet, je ne serai pas allé au bout. Et j'espère que ce passage sera retiré de la prochaine édition (il n'était pas dans le parcours initial).
Du coup au ravito je prends tout mon temps pour me reposer, bien manger, prendre de l'eau, enlever les cailloux de mes chaussures, etc. Toutefois, dès que je me relance, je sens que ça ne va toujours pas. La première partie de l'ascension vers le col des posettes (chemins en forêt et en lacets) est la suite de mon calvaire. Finalement, après une partie très raide, on se retrouve sur des pistes de ski. Comme par magie, je reprends des forces au fur et à mesure de cette partie beaucoup plus simple techniquement
. Malgré tout, et pour la première fois de la course, j'ai perdu 18 places, après 11h de course.
Après le col des posettes, on passe à l'ascension de l'aiguille des posettes. Ici, la montée devient plus technique, mais j'ai repris pas mal de force, du coup elle se passe sans encombre. La descente est également très difficile et se fait assez lentement. A la suite de cela, on retrouve une partie en pente douce de plusieurs kilomètres, très accessible, où je réussi à bien relancer (autour de 6' au kilo
). Au ravitaillement à Argentière, je suis chaud comme la braise et je sens que j'ai atteint un point ou plus rien ne peut m'arriver. D'ailleurs, j'ai regagné mes 18 places perdues, après 13h15 de course.
L'ascension vers le Plan Joran qui suit est presque trop facile. Petite montée en forêt et en lacets, je monte au train et je double une quinzaine de personnes sans problème. La descente qui suit est extrêmement roulante et je la fait pied au plancher
. J'arrive aux Bois après 15h30 de course et encore une vingtaine de places gagnées. A ce moment, je me dis que le sub 20h sera easy. Une nana du ravito nous dit qu'il faut prévoir 4h pour rallier Chamonix, et je la regarde d'un air condescendant en me disant :
GRAVE ERREUR
L'ascension vers le Montenvers va se transformer en chemin de croix. Après un passage classique par le combo forêt/lacets, on attaque un passage excessivement abrupte où il fallait systématiquement enjamber de grosses pierres. A ce moment, j'ai eu une énorme défaillance : tête qui tourne, envie de vomir, etc. J'ai du m'arrêter plusieurs fois, et je devais être blanc comme un linge puisqu'un mec a même prévenu les docs au Montenvers pour leur dire que j'arrivais :
. Finalement, il m'aura fallu presque 2h pour faire 5km ... tout en gagnant 10 places ! Arrivé au Montenvers, les médecin me prennent en charge et me proposent de me reposer un peu. J'accepte de stopper 5 minutes, mais pas plus, de peur de ne pas avoir le courage de repartir. Surtout, ils m'expliquent que la suite du parcours est dangereuse puisqu'à flan de montagne. Le mec me dit que la traversée vers l'alpage de Blaitière ne devrait durer que 20 minutes, malgré 300 D+ (ça aurait du me mettre la puce à l'oreille ...).
Finalement, ces 20 minutes se transforment en 1h10, où j'avance tout doucement de peur de tomber dans le vide. Honnêtement, j'ai du mal à comprendre comment on peut faire passer des coureurs de nuit, après 20h de course, sur un passage aussi dangereux. J'ai avancé en rasant les murs et en priant de ne pas être déséquilibré. Heureusement, je reprends progressivement des forces, tout en ayant perdu 5 places à l'arrivée à l'alpage (18h30 de course).
L'intégralité de la descente vers Chamonix sera d'une technicité très élevée. Du coup, pendant toute la première moitié de la descente, j'ai été obligé de marcher. Finalement, dès que la piste est devenue un peu plus praticable, j'ai décide de poser mon cerveau sur le bord de la piste pour en finir. Avec deux autres mecs, on a fait le TGV, dépassant un grand nombre de coureurs ayant laissé le cerveau branché. Après 5km de descente, on arrive enfin dans Chamonix, où j'ai la surprise de trouver (où plutôt l'inverse, être trouvé), par Tyler et Parinou. Du coup, vu que je suis filmé, je décide de gambader pour vous faire croire à tous que je suis frais
. Finalement, je passe la ligne en 19h49, en 283e position. J'ai donc atteint mon double objectif : arriver avant minuit et finir dans la première moitié.
Malgré tout, je finis complètement HS, et après avoir franchi la ligne je ne capte plus grand chose. Quelques verres de coca me permettront de retrouver un peu de forces. La médaille est bien méritée, par contre le cadeau de Finisher fait vraiment pitié (un espèce de sacoche de merde).
Bilan :
Au final, la course aura été très difficile. C'était ma première vrai course de montagne, et peut-être que j'aurai du commencer par un niveau intermédiaire. Surtout, certains passages étaient trop techniques et trop dangereux pour le commun des mortels. La preuve est qu'il y aura eu plus de 150 non-finisher, soit 25% des partants !
Maintenant, il ne me reste plus qu'à me reposer et à panser mes blessures !
En tout cas, merci à tous pour votre soutien tout au long de la journée !