Petit article pris sur le site de L'Equipe sur les forces et faiblesses des Blacks
Par Aymeric MARCHAL
LE JEU DES BLACKS
La Nouvelle-Zélande est la meilleure équipe du monde, et elle le restera quel que soit le résultat du quart de finale contre la France samedi. Les Blacks sont une référence en terme de jeu et d'organsation tactique, et ils ont toujours eux les meilleurs joueurs. Leur système n'est pourtant pas infaillible, et eux aussi ont leurs faiblesses. Décryptage des prochains adversaires des Bleus.
LES FORCES
La mêlée
Les All Blacks ont retenu les leçons de la défaite en demi-finale en 1999, contre la France. Ils avaient alors été largement dominés en mêlée et en conquête, et malgré Jonah Lomu et ses deux essais, ils n'avaient pas pu, pas su contenir la furia tricolore. Depuis les choses ont bien changé, et ils ont ajouté à leur palette une mêlee conquérante et redoutée. Avec 899 kilos, le pack néo-zélandais est un des plus lourds et des plus puissants de la compétition (45 kilos de plus que celui des Bleus, quand même). Il s'appuie surtout sur un cinq de devant très solide, qui a fait reculer toutes les mêlées adverses depuis trois ans. Il le doit en grande partie à ses piliers, notamment Carl Hayman, sans conteste le meilleur pilier droit du monde. Tony Woodcock, son pendant à gauche, est lui aussi très bon en mêlée fermée. Derrière eux, l'attelage Robinson-Williams offre de solides garanties en terme de poussée. Enfin les Blacks possèdent la meilleure troisième ligne du monde, parfait compromis de puissance et de vitesse, avec des joueurs d'une rare complémentarité (McCaw, So'oialo, Collins). Ces trois hommes sont aussi fondamentaux dans le travail de sape des Néo-zélandais sur les rucks ou les mauls, où ils récupèrent un nombre impressionnant de ballons. A défaut, ils sont passés maîtres dans l'art de pourrir les libérations de balles, de façon plus ou moins licite.
Le jeu au pied
La Nouvelle-Zélande compte dans ses rangs celui qui est considéré comme le meilleur joueur du monde, Dan Carter. L'ouvreur de Canterbury est le stratège de son équipe, son régulateur mais aussi son baromètre. Il est d'abord précieux par son jeu au pied, rarement défaillant, et qui permet une occupation du terrain très efficace. Jeu court, jeu long, chandelles, Carter est à l'aise dans tous les domaines, et l'alternance qu'il apporte dans le jeu est très précieuse dans les phases de domination. Il est aussi très performant dans les tirs au but (560 points au pied en 43 matches, soit une moyenne de 13 points par recnontre). Carter n'est évidemment pas le seul jouer à utiliser son pied à bon escient. Comme beaucoup d'autres équipes, la Nouvelle-Zélande utilise souvent un premier centre en tant que cinq-huitième, en deuxième ouvreur, avec McAllister ou Evans. Ceux-là sont aussi des valeurs sûres dans les coups de pied de déplacement, au même titre que les arrières, Leon McDonald ou Mils Muliaina, parfois replacé au centre, comme samedi.
La vitesse
Derrière ce terme générique se cache l'une des grandes forces des Blacks, cette capacité à jouer très vite quelle que soit la situation, et à porter le danger très rapidement dans le camp adverse. Que ce soit sur les ballons de relance, les ballons de récupération ou les ballons d'attaque classiques, ils possèdent une vitesse d'exécution et une faculté à se mettre en marche avant assez exceptionnelles. Avec des joueurs très vifs, notamment derrière, et une grande aisance technique, ils prennent souvent de vitesse les défenses adverses : ils savent se passer la balle et s'organiser de manière à s'adapter à la situation. Le moindre ballon est utilisé de manière optimale, et souvent avec succès. Les Blacks ont marqué 46 essais lors du premier tour, soit la meilleure attaque de la compétition. Ils n'ont certes pas rencontré des grandes équipes, mais ont une nouvelle fois prouvé leur réalisme.
LES FAIBLESSES
La touche
Si les Blacks sont devenus très forts en mêlée, ils sont en revanche perfectibles en touche. Leur souci à ce niveau est double. D'abord ils ne possèdent pas beaucoup de solutions en sauteurs. Hormis les deux deuxièmes lignes (Robinson, qui remplacera Jack, et Williams), il n'y a pas d'autres vrais sauteurs, et la contrepartie de la troisième ligne puissante et rapide est qu'elle n'offre pas de place pour un preneur en touche de classe mondiale, comme peut l'être Bonnaire. Ensuite les Blacks ont souvent connu des soucis avec leurs lanceurs, Kevin Mealamu comme Anton Oliver, qui ne sont pas les plus fiables du plateau. Du coup ils perdent quelques munitions précieuses sur leurs lancers (deux contre l'Italie, et surtout trois sur six contre l'Ecosse). Ils n'ont pas non plus pour habitude de beaucoup contester les lancers adverses, et préfèrent souvent préparer le contre au sol, au ras, dans les rucks. Les Bleus, très forts dans ce secteur, notamment contre l'Irlande, pourraient donc en profiter pour voler quelques ballons.
La défense
La défense des Blacks n'est surtout pas défaillante ni mauvaise, évidemment, on ne perd pas que cinq matches en quatre ans en ayant une défense friable. Leur premier rideau est notamment bien en place, avec une troisième ligne encore très présente, mais aussi une belle efficacité de Carter. En revanche, au sein des lignes arrières, certains ne sont pas des références sur le plaquage. Les deux flèches aux ailes, Joe Rokocoko et Sitiveni Sivivatu ne sont pas franchement reconnus pour leur défense de fer. C'est sur le deuxième rideau qu'il y aura peut-être des coups à jouer, surtout si la France parvient à leur mettre la pression et à les faire reculer. Là, les Blacks pourraient avoir du mal à organiser le repli défensif, une phase de jeu à laquelle ils ne sont pas souvent confrontés.
Le mental
On ne dira pas que le mental est un point faible des All Blacks. Autant c'est en grande partie ce qui les a privés de la victoire en 1999, autant cette année ils semblent avoir fait de gros progrès dans l'humilité et la lucidité. Mais on demande surtout à les voir sous pression, si une équipe parvient à les faire douter, à les priver de ballons, surtout en phase finale de Coupe du monde où la pression devient démentielle pour eux, avec la nécessité de ramener enfin le trophée. Il y a huit ans, malgré un bon début de rencontre (ils menaient 24-10 à la 45e), ils s'étaient effondrés, battus dans le combat et l'agressivité. Ils sont tellement favoris à chaque Coupe du monde qu'ils peuvent paraître parfois arrogants, un peu trop faciles. Et si leur premier tour a été une formalité, on peut se demander s'ils se sont bien préparés au combat des phases finales en jouant au golf ou en signant des autographes avec leur sponsor. De même, sans match de très haut niveau jusque-là, il est difficile de savoir exactement où ils en sont. Les joueurs jurent qu'ils ont retenu les leçons du passé, et qu'ils n'ont pas gagné le match avant de le jouer. Il faudra qu'ils le démontrent samedi soir sur la pelouse du Millennium.