« On ne peut pas être plus bas »
VAHID HALILHODZIC, affecté par le début de saison du PSG, sexplique sur les déboires de son club.
Au lendemain de laffaire Fiorèse et de la clôture du marché des transferts, le manager parisien sest étendu sur le climat pesant et parfois malsain dans lequel le Paris-Saint-Germain a entamé sa saison. Persuadé que le groupe va puiser sa force dans le départ du néo-Marseillais et convaincu quune petite victoire lui suffirait pour entrer dans sa saison, Vahid Halilhodzic croit en des jours meilleurs. Mais son moral est touché.
« LE DÉPART de Fabrice Fiorèse à Marseille était-il, selon vous, prémédité ?
Cest un coup monté, remonté, préparé. Depuis trois ou quatre semaines, le comportement de Fio avait un peu changé. Pas mal de gens me disaient quil était nerveux. Il avait mené quelques charges contre deux ou trois entraîneurs, les accusant de taupes, ce quils navaient pas bien pris. Il était tout le temps en train de revendiquer, de demander quelque chose. On a discuté pour savoir ce qui se passait. Il avait de temps en temps quelques problèmes personnels. Puis jai lu quil était parti parce quil avait un conflit avec moi. Alors, écoutez : je suis entré au PSG le 1er juin 2003 et jamais je nai eu un petit conflit, un petit problème avec lui. Si quelquun devait être content, cest Fabrice Fiorèse.
Son changement de comportement a donc été brutal ?
Je ne comprends pas. Il a mis la pression pendant six mois pour prolonger et surtout revaloriser son contrat. Il a discuté au stage, et discuté avec le président il y a une semaine. Et puis il a changé. Il dit quil a discuté avec lentraîneur de Marseille il y a trois jours (quatre en réalité) et que le feeling est passé. Il faut avoir un sacré discours et des compétences duniversitaire pour lavoir fait changer davis aussi vite. Jai un diplôme de luniversité de Sarajevo, très reconnue là-bas. Visiblement, lentraîneur de Marseille doit être diplômé de Cambridge, Oxford, la Sorbonne et même Pékin. Parce que la philosophie des Chinois est très persuasive.
« Fiorèse a
complètement pété
les plombs »
Que sest-il passé le mardi 24 août ?
Avant lentraînement, il est venu dans mon bureau. Il voulait discuter. Il était nerveux. Il ma dit : Je veux quitter le PSG. Je lui ai répondu : Maintenant ? Il ma répondu quil nadhérait pas à mon message. Je lui ai demandé sil sagissait de mon travail. Il ma dit : Non, je suis très content de votre travail.
Alors, mon message, cest quoi ?, ai-je insisté.
Des petits détails.
Ça mintéresse de savoir.
Vous demandez trop au groupe et vous ne donnez rien en retour.
Mais alors, tu veux quoi ?
Des chambres individuelles et pouvoir manger ce quon veut lors des mises au vert
Vous savez, les mesures que Domenech a instaurées, on les a déjà mises en place ici. On a aussi exigé de porter des protège-tibias à lentraînement. Fiorèse ma dit : Tout ce que nous avons demandé, vous lavez refusé. Je lui ai alors demandé pourquoi il ne men avait pas parlé il y a deux mois. Il a répondu que quand un joueur nétait pas content, il pouvait partir, que cétait ce que javais dit. Mais là, à cinq jours de la fin du marché
Comment avez-vous réagi ?
Il voulait lannoncer aux autres joueurs. Je lui ai dit : Doucement, ce nest pas à toi de le faire. Après lentraînement, jai convoqué trois joueurs, le docteur, Alain Roche, et deux entraîneurs adjoints. Là, il a complètement pété les plombs. Il pensait être devant un tribunal, que tout le monde était contre lui. Il a parlé méchamment, même à ses coéquipiers.
La situation était-elle devenue irréversible ?
Certains joueurs sont venus pour savoir si on pouvait le réintégrer dans le groupe. Mais je leur ai répondu quil ne sétait pas excusé et navait pas regretté. Vous ne pouvez rien faire contre un joueur qui veut partir. Mais quel gâchis humain ! Tout le monde, le lendemain matin, pensait : Mais ce nest pas possible. Le lundi soir, avant la remise des véhicules, il disait quil était à 300 % parisien et le matin suivant, il devient 100 % anti-Paris-Saint-Germain.
Ne craignez-vous pas que ce départ affaiblisse votre équipe ?
Mais un an avant que jarrive à Paris, il y avait Ronaldinho et on a terminé mieux classé ensuite. Certains gars peuvent assumer un rôle de leader. Mais le leader nest pas celui qui passe son temps à revendiquer telle chose, à demander pourquoi on ne mange pas de viande lors des mises au vert
Pourquoi provoquez-vous tant de réactions de la part des joueurs qui vous quittent ?
Ça veut dire que je suis sur le bon chemin.
Mais parlez-vous correctement aux joueurs ?
Jamais je nai insulté quelquun. Lamine Diatta, par exemple, à la fin de la saison à Rennes, ma amené son fils pour prendre une photo avec moi. On me la même proposé cet été pour quil signe au PSG. Pascal Cygan, que jai eu à Lille, voulait aussi venir. Je ne lai pas pris, car je ne pouvais lui garantir une place de titulaire.
Pourquoi autant de joueurs vous en veulent, certains prétendent que vous les avez insultés ?
Écoutez, si vous men amenez un seul qui me dise en face que je lai insulté, jarrête tout de suite le football. Bien sûr, jai déjà dit à certains de se bouger le c
ou quil fallait avoir plus de c
, mais je ne les a jamais traités de con par exemple.
Cest une question de ton alors ?
Peut-être. Ma femme me dit tout le temps que, quand je lui parle normalement, elle a limpression que je gueule. Cest tellement difficile de gérer un groupe, tu ne gères pas Pauleta comme Fiorèse. Avec certains, il suffit de dire Allez, bouge-toi un peu, avec dautres, il faut en faire plus. Certains se braquent quand tu tadresses à eux devant le groupe et deviennent très différent quand tu les prends à part. Mais bon, je ne changerai jamais, je serai le même au Real Madrid, on ne sait jamais, ou à Poissy
Comment expliquez-vous les difficultés de Armand et Yepes ?
Ils ne sont pas les seuls. On pourrait parler de José Pierre-Fanfan ou de Mendy. La saison dernière, José était le meilleur défenseur de léquipe
Avec Déhu ?
Fred ? Mais il ne joue pas milieu de terrain ? Je croyais. Pour en revenir à Armand et à Yepes, je ne crois pas quils aient déjà travaillé aussi dur. Mario, je lui ai demandé de ne pas aller jouer à la Copa America pour être sûr de réussir la préparation. Malgré cela, elle lui a semblé difficile.
Dans lensemble, êtes-vous satisfait du recrutement ?
Je vous dirai ça en mai. Lannée dernière, quest-ce que vous mavez mis quand jai pris Sorin : il est tout le temps blessé, il na jamais réussi en Europe
Nétait-ce pas une belle surprise, même pour vous ?
Peut-être, mais ce nest pas la seule. On en a vu dautres, des joueurs qui navaient pas fait grand-chose avant au PSG
Vous savez, moi, la première saison à Nantes, jétais mauvais, mais je voyais bien que léquipe ne jouait pas avec moi. À chaque fois, je demandais à mes partenaires : Mais pourquoi vous ne mavez pas donné le ballon ? Ils répondaient quils ne mavaient pas vu. Et puis jai compris. Ils étaient jaloux de mon salaire, de mon transfert. En France, la jalousie est très présente dans tous les secteurs de la société. Tout ça pour dire que lintégration nest jamais facile. Parfois, ça peut aller très vite, comme à Monaco cette saison, les nouveaux arrivent et paf, ils flambent. Mais quest-ce qui se passe pour que ça marche ? On ne sait jamais vraiment. Vous ne mentendrez pas dire que je me suis trompé avant la fin. Je suis 100 % derrière eux. Si ça finit mal, vous pourrez toujours dire que Vahid est mauvais.
Quantitativement, votre effectif paraît insuffisant.
On a cherché un joueur de classe internationale au milieu et devant. Mais à partir du moment où le transfert de Heinze a été comptabilisé dans le budget de la saison dernière, ça fait 10 M en moins. Mais bon, Morientes à 400 000 par mois
Saviola, entre 200 et 250 000 net par mois. On a proposé un an de contrat à Wiltord, mais on naurait pas pu lui donner la moitié de ce que lui donne Lyon.
Vous allez tout de même prendre un joker ?
Un joueur du Championnat de France qui ne pourra pas jouer la Ligue des champions ? Franchement je ne sais pas.
« Mea culpa :
on na pas encore
défini les primes »
Après le départ de Fiorèse, consécutif à ceux de Déhu, Heinze, Sorin, ne trouvez-vous pas léquipe nettement affaiblie ?
Lan dernier, on était plus mauvais que ça. On va trouver les solutions, comme lannée dernière. (Il séchappe) Quand je pense que la saison dernière, certains mont dit quils acceptaient le sacrifice de se décaler de droite à gauche (Heinze ?). À 200 000 euros par mois, cest ça un sacrifice ? Je ne suis ni perturbé ni inquiet. Je pense que ce début de saison est dû à un changement de statut radical de certains joueurs. Les arrivants vont simposer. De toute façon, on ne peut pas être plus bas. Et puis laffaire Fiorèse va renforcer létat desprit.
Cest quoi le changement dattitude ?
Avant Rennes, la veille au soir, jai dit à tout le monde quon allait perdre. On sest vu trop beaux. Depuis Toulouse, on a changé, on fait leffort. Il ne manque quune chose : gagner un match. Nimporte comment. Lan dernier, cétait pénible sur le terrain et dans lentourage du club, mais je ne pense pas quon ait semé de la mauvaise graine
(Il réfléchit) Je crois quil faut quand même quon fasse notre mea culpa avec Francis (Graille), car on na pas encore tout défini au niveau des primes de match. Le système nest pas défini. Ça discute, ça revendique.
Où voyez-vous la solution : dans un changement du système ou dans un changement des hommes ?
Contre Saint-Étienne, on a commencé dans un 4-4-2 avec les repères de la saison passée. On change à la mi-temps en remettant Cissé dans laxe, qui, cest vrai, nest pas un joueur de couloir
Mais bon, à quel poste il a joué la finale de la Ligue des champions, Cissé, la saison dernière ? Milieu droit, non
Pourquoi contre Saint-Étienne a-t-on été meilleurs en seconde mi-temps ? Parce quon a changé le système ou parce que les gars se sont révoltés après avoir encaissé le premier but ? Ça, avant de le savoir
Et quand on vous dit que votre groupe manque de caractère ?
Je nai pas des moutons avec moi. Jai des joueurs respectueux. Pour certains, le respect varie selon quils jouent ou pas, selon quils ont un petit ou un gros salaire. Il faut trouver un esprit. José Pierre-Fanfan, vous croyez quil na pas de caractère ? Il est venu seul discuter son contrat, sans agent.
Trouvez-vous tout de même des motifs de satisfaction ?
Mon exigence est tellement élevée... Mais finalement, cest bien ce qui marrive. Aujourdhui, je sais que le PSG, cest ça. Je serai plus vigilant vis-à-vis de tout le monde. »