ITW de Bouchet...
CHRISTOPHE BOUCHET, le président de l'OM, revient sur la saison qui s'achève, les hauts et les bas traversés par son club.
« VINGT-QUATRE HEURES après la finale, quel est votre sentiment ?
- Une grande frustration, le sentiment d'une mort sans corps, d'un deuil impossible. Je ne conteste pas le penalty mais l'exclusion. Et ce qui me gêne, c'est que l'arbitre sait à ce moment-là qu'il tue le match. J'ai écrit à Lennart Johansson, le président de l'UEFA (Union européenne du football association), une lettre assez aimable pour lui dire cela et souligner quelques faits étranges de connivence entre M. Collina et les Valencians.
- Quel est votre bilan de cette saison de l'OM ?
- Je pensais avant la finale que cette saison oscillait entre très bonne et excellente. Cette saison reste très bonne mais c'est une saison typiquement marseillaise, avec de grands hauts et de grands bas. Mon objectif est d'éliminer les grands bas, ce qui ne peut se faire rapidement. Mais c'est demander du temps à une ville et des supporters qui n'en ont pas.
- La non-participation européenne change-t-elle quelque chose à la politique de recrutement ?
- Non, parce que nous n'avions pas inclus dans notre bilan la Coupe de l'UEFA, qui est trop aléatoire financièrement. Donc, notre politique n'a pas changé. Et si notre saison sans Coupe d'Europe ressemble à celle en cours du Paris-SG, nous nous en satisferions.
- Robert Louis-Dreyfus va-t-il continuer à soutenir le club ?
- Évidemment. Nous n'avons pas pu, hélas ! lui amener un premier titre. S'il n'avait pas été là il y a trois ans, nous serions morts, l'OM allait en Ligue 2. C'est l'histoire de ce club, qui est allé quatre fois en finale de Coupes d'Europe en treize ans mais qui, entre-temps, a failli mourir trois fois. En 2001-2002, il a été attaqué de toutes parts par les médias, les supporters, de l'intérieur du club, pendant que les collectivités locales le regardaient de travers. Et il (Robert Louis-Dreyfus) a eu le courage et la dignité de dire qu'il continuait à soutenir le club. Il faut savoir s'en souvenir.
« Real Madrid, Porto, Liverpool, Inter, Newcastle, Valence, on a eu ce qui se fait de mieux »
- Quel est votre bilan de la saison européenne de l'OM ?
- On vit la plus belle saison européenne du club. Pas forcément en termes de résultat, parce que la victoire en Ligue des champions, en 1993, restera la référence. Mais en ce qui concerne le nombre de matches, en termes de spectacle offert, de qualité des équipes accueillies, avec les meilleurs joueurs du monde. Real Madrid, Porto, Liverpool, Inter Milan, Newcastle, Valence : sans faire injure aux autres, on a eu ce qui se fait de mieux. Dix-sept matches au total : on a vécu une saison européenne historique.
- Le parcours en Coupe de l'UEFA a-t-il été pénalisant pour le Championnat ?
- Comme le dirait mon ami Pape Diouf, il n'y a pas de hasard, notre place en Championnat (septième) est celle à laquelle devait se situer l'équipe. Mon avis est un petit peu plus nuancé, on a eu un mois de novembre de folie. Et quand, au printemps, le calendrier est le même, avec, à la place du Real et de Porto, des demi-finales de Coupe de l'UEFA, c'est difficilement jouable sur les deux tableaux.
- Le fait de ne pas être européen ne serait-il pas un handicap pour l'OM, devenu moins attirant pour les joueurs convoités ?
- Il suffit de demander à Barthez si une saison sans l'Europe, à Marseille, cela ne vaut pas une saison européenne dans bien des clubs. La communion avec le public est incomparable. Barthez, il me dit : "Derrière, ils sont fêlés !" Et on voit dans son regard que cela lui a manqué lorsqu'il était parti. La fidélité du public marseillais est énorme. Cette saison, on va arriver à 1 500 000 spectateurs au Stade-Vélodrome, c'est de très loin le plus grand spectacle de France. Pour le reste, il est évident que si on était en Ligue des champions, ce serait plus facile. Mais on ne s'y arrête pas, il faut passer au-dessus de tout cela.
« Fin août, on est premiers et qualifiés en C 1. À ce moment-là, Bouchet et Perrin sont des dieux. Et les problèmes ont commencé »
- Quel est votre bilan personnel, cette saison ?
- Mon bilan, c'est que j'ai fait une très bonne première saison et une deuxième saison médiocre. Je l'avais dit en interne : "On a fait une trop bonne première saison, donc la deuxième va être terrible." Elle a été dure. La première chose, c'est qu'on nous avait vus trop beaux. Avec Alain Perrin, on avait déclenché tous les signaux d'alarme en freinant tout le monde ; par exemple, quant au recrutement. Je savais qu'en général, une équipe remaniée à 75 % ne peut pas faire une saison exceptionnelle, je pointais plutôt la suivante. Et, après une trop bonne première saison, on a fait un trop bon début de Championnat, où personne n'a voulu voir ce qui se passait. C'est pour cela que le coup de gueule d'Alain Perrin à Vienne (à l'issue du tour préliminaire aller de la Ligue des champions, pourtant remporté 1-0 sur le terrain de l'Austria) était justifié. On avait des bons résultats trompeurs en Championnat. Fin août, on est premiers et qualifiés en Ligue des champions. À ce moment-là, Bouchet et Perrin sont des dieux. Et les problèmes ont commencé.
- Avec l'affaire Barthez ?
- Rétrospectivement, il y a eu des erreurs symboliques. Par exemple, on ne doit pas s'engager dans un transfert de gardien si on n'est pas sûr que cela va être conclu parce que cela a un impact sur toute l'équipe. Il y avait déjà eu un premier incident au mois d'août, avec l'histoire de l'échange Runje-Coupet. Vedran est déjà touché à ce moment-là, en se disant : "Ils ne veulent plus de moi." Après, il y a Barthez. C'est surtout une grande naïveté. Alain ne s'était pas penché sur les règlements mais on n'avait aucune raison de le faire. Parce qu'on avait une assurance tous risques de la part de la Fédération (française). J'ai eu Claude Simonet en personne, qui m'a dit : "Président, allez-y, faites-le." L'entourage de Fabien avait également eu des assurances. Donc, pour nous, l'arrivée de Barthez ne posait pas de problème. Et puis, finalement, Claude Simonet n'a pas pu agir auprès de la FIFA (Fédération internationale).
- Est-ce après avoir constaté qu'Alain Perrin n'avait pas enregistré le message que vous lui aviez passé à la trêve, lui suggérant un changement de méthode, que vous avez pris la décision de le limoger ?
- On ne doit pas oublier ce qu'Alain Perrin a fait pour le club. Emmener l'équipe d'alors à la troisième place de la Ligue 1 puis en Ligue des champions, il y a peu d'entraîneurs qui y seraient arrivés. Alain Perrin a fait un boulot extraordinaire. Le seul reproche que l'on peut lui faire, c'est qu'une fois qu'il a fixé un cadre, il a très peu de souplesse. C'est un homme de labeur, de travail, intelligent, mais à qui il manque un poil de souplesse. Il en rajouterait un poil et ce serait l'entraîneur idéal. Il a été tenté de plaquer quelque chose sur l'OM et n'a pas été loin de réussir. Mais on ne plaque rien sur l'OM, c'est un club unique.
- Vous avez évoqué le coup de gueule d'Alain Perrin à Vienne. La forme n'était-elle pas contestable ?
- Il y a deux choses chez Alain. C'est un professeur et il ne faut jamais oublier qu'il n'est pas un ancien joueur. Et ça, à tort, dans le football, c'est une tare rédhibitoire. À Vienne, son coup de gueule est légitime. À Madrid, il y a un truc qui s'est passé, que personne ne sait, mais Alain était sûr qu'on allait battre le Real (finalement vainqueur, 4-2, lors de la 1re journée de la première phase de la C 1). Et il a pris de court les joueurs en ne le leur disant pas. Il s'est dit : je vais tenter un truc sans leur dire. Après, sa colère dans le vestiaire, c'était en fait, parce que c'est un type lucide, une colère contre lui-même.
« Je respire, parce que je ne vais plus être un petit garçon quand je vais aller à Porto ou ailleurs »
- Pourquoi l'avoir limogé à la mi-janvier et pas à la trêve ?
- Le bon point de vue, c'est en fait : pourquoi ne pas avoir changé en novembre ? Avec le recul, ce qui est toujours facile, le truc était mort en novembre. Pourquoi pas à ce moment-là ? Pour deux raisons. Dans le football, il ne faut pas être trop sentimental mais, vis-à-vis de quelqu'un qui avait autant apporté, c'était quand même le déjuger de façon spectaculaire. Effectivement, je lui avais suggéré certains changements à la trêve. Il a estimé que, puisque c'était moi qui les préconisais, ils n'étaient pas bons. À la reprise, le ressort était cassé, pour mille raisons internes. Le lendemain d'Auxerre, je me suis dit : c'est fini.
- Quelle leçon en avez-vous tirée ?
- À Marseille, l'entraîneur ne doit pas sortir de son rôle. En Italie, c'est aussi comme ça. Il y a une somme de choses à appréhender quand on arrive à l'OM et ce n'est pas jouable pour un seul homme. Donc, c'est une de mes erreurs, puisque c'est moi qui ai donné les clés du camion à Alain Perrin. Il ne me les a pas prises dans la poche. L'erreur est au minimum partagée mais c'est moi qui ai le pouvoir, voilà.
- Où en êtes-vous, actuellement, avec Alain Perrin ?
- Nulle part. On est en négociations. Mais il y a des choses qui peuvent passer, d'autres pas.
- Dans le domaine relationnel ou financier ?
- Globalement. Il y a des choses qui ne passent pas.
- Quatre mois après l'avoir choisi pour succéder à Perrin, quel est votre regard sur José Anigo ?
- Il a une qualité, celle d'avoir le regard clair et droit. Il dit les choses et il est capable de venir vous voir le lendemain pour dire que, la veille, il a exagéré. C'est quelqu'un de loyal, direct et, surtout, totalement ouvert à la discussion. Et on n'a pas remarqué qu'à part Raymond Goethals, qui est un parfait caméléon, les hauts faits d'armes de l'OM se sont toujours déroulés avec des entraîneurs marseillais. Mario Zatelli, Gérard Gili, Rolland Courbis, José Anigo. Cela ne peut être un hasard. Je n'ai pas pris José à cause de cela, parce que je n'y avais pas encore pensé, mais ce n'est sans doute pas un hasard.
- En août, tous les services de l'OM seront regroupés à la Commanderie...
- C'est pour moi une grande satisfaction, parce que je m'étais fixé comme défi en arrivant de regrouper les différents services de l'OM à la Commanderie, et on y est. On l'a financé en deux parties, la première sur nos fonds propres, la seconde par emprunts. Et le montant de remboursement des emprunts est moins important que celui des loyers pour le siège actuel et les locaux d'OM TV. Ce qui veut dire que si je dois partir demain, l'OM est aujourd'hui un grand club sur le plan structurel. Au même endroit, il y aura les pros, le centre de formation, les médias du club, dont on ne sait pas assez qu'ils sont les plus développés d'Europe (sic), le siège. Tout au même endroit, sur un terrain laissé à notre disposition pour trente ans avec l'aide de la mairie, qui fait un effort considérable en nous le louant 1 euro par an et en assurant son entretien. Je respire, parce que je ne vais plus être un petit garçon quand je vais aller à Porto ou ailleurs. Là, c'est chez nous. »
Message édité par Oliver The Great le 21-05-2004 à 18:23:57
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"The two most common elements in the universe are Hydrogen and stupidity." - Harlan Ellison