qui est erdogan:
Recep Tayyip Erdogan dans le texte :
«Les mosquées sont nos casernes, les minarets nos baïonnettes, les dômes nos casques et les croyants nos soldats...»,
Le Premier ministre Recep Tayyip Erdgogan
http://www.ataturquie.asso.fr/info_et_041215_15.htm
Ancien militant islamiste, ancien prisonnier politique, le Premier ministre turc Recep Tayyip Erdogan veut inscrire son nom dans l'histoire comme comme celui du réformiste qui a ouvert à son pays les portes de l'Union européenne.
Son image de réformateur pro-européen a pris un coup en septembre, quand il a tenté de faire voter une loi punissant au pénal l'adultère, un texte dans lequel beaucoup ont décelé des relents de loi islamique.
M. Erdogan est devenu Premier ministre en mars 2003, plusieurs mois après que sa formation, la Parti de la Justice et du Développement (AKP) accède au pouvoir et amende les lois qui bannissaient son dirigeant de la vie politique depuis 1997 (démission forcée de M. Erbakan, sous la pression d'une armée gardienne des valeurs laïques du pays). Certains de ses assistants ont récemment suggéré l'introduction d'un système présidentiel à l'américaine en Turquie, une réforme qui permettrait à M. Erdogan de trouver la place qu'il estime lui revenir: celle d'un président tout-puissant.
Recep Tayyip Erdogan ne pourra pas se présenter aux élections législatives du 3 novembre prochain. Le Haut Conseil électoral turc a invalidé sa candidature en raison de sa condamnation en 1998 pour avoir récité un poème relevant selon les tribunaux de «lincitation à la haine religieuse».
http://www.fenetreeurope.com/actu/2002/09/a_1664.htm
Après les attentats dIstanbul
Turquie : La face cachée dErdogan
Le parti islamiste modéré actuellement au pouvoir à Ankara est-il une machine politique au service dun opportuniste ambitieux? Ou le meilleur rempart contre une offensive politique des extrémistes musulmans? Ou une couverture provisoire pour les groupes clandestins qui veulent instaurer un Etat islamique? De notre envoyé spécial Chris Kutschera
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La forteresse Turquie est en état de siège. Et lattaque 4 attentats qui ont fait, en moins dune semaine, plus de 50 morts et près de 700 blessés à Istanbul vient de lintérieur. Après avoir mis en cause les réseaux dAl-Qaida, le Premier ministre Recep Tayyip Erdogan a dû admettre que plusieurs des terroristes identifiés étaient turcs, et que la revendication du Front islamique des Combattants du Grand-Orient (Ibda-C), un groupe islamiste radical que la police croyait avoir détruit, nétait pas aussi absurde quon limaginait à lorigine. Si la piste islamique turque se confirme, si Ibda-C ou dautres groupes locaux sont à lorigine ou ont participé à ces attentats, les conséquences politiques seront dévastatrices.
Car les dirigeants du Parti de la Justice et du Développement (AKP), le parti islamiste au pouvoir depuis un an, vont devoir répondre clairement à des questions cruciales: en jouant le jeu de la démocratie, lAKP est-il vraiment un obstacle à larrivée au pouvoir des radicaux islamistes? Est-il au contraire, pour les mouvements radicaux, une passerelle vers le pouvoir? En dautres termes, lIbda-C, le Hizbollah, le Mouvement islamique et le Parti de la Libération, les principaux groupes islamiques radicaux actuellement actifs en Turquie, sont-ils les bras armés clandestins dun parti en apparence démocratique mais qui chercherait en fait à instaurer un Etat islamique? Quelle que soit la réponse, cest la guerre. Dans le premier cas, entre lAKP et les islamistes radicaux. Dans le second cas, entre lAKP et larmée, qui fera tout pour le chasser du pouvoir. Confronté à cette alternative périlleuse, le parti islamiste na trouvé à ce jour quune seule parade: entretenir la plus grande ambiguïté sur sa véritable identité...
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Arrivée au pouvoir avec 34% des voix, lors des législatives de novembre 2002, la formation dErdogan dispose dune majorité absolue au Parlement avec 367 députés sur un total de 550. Ce qui lui a permis de constituer un gouvernement entièrement composé de ses membres, sans avoir besoin dimproviser une coalition plus ou moins laborieuse, comme lont fait depuis plusieurs législatures les autres partis turcs.
Cinq ans après le coup dEtat à blanc du 28 février 1997 où larmée avait lancé un ultimatum au gouvernement de lislamiste Necmettin Erbakan, le forçant à démissionner quelques semaines plus tard , la victoire de lAKP avait provoqué un véritable tremblement de terre politique en Turquie. Pour larmée, larrivée au pouvoir dErdogan était une sorte de provocation. Navait-il pas déclaré en 1997, citant un poème célèbre: «Les minarets sont nos baïonnettes, les dômes nos casques, et les mosquées nos casernes»?Pour les Etats-Unis et les autres pays occidentaux, larrivée au pouvoir dun parti réputé islamiste dans un pays membre de lOtan et candidat à lUnion européenne était pour le moins alarmante.
Cest sans doute pourquoi, depuis quil est aux affaires, lAKP na eu de cesse de rassurer et les militaires turcs et les diplomates occidentaux. Dabord en récusant le terme de parti islamiste. «Nous ne sommes pas un parti islamiste mais un parti conservateur démocrate», affirme ainsi Mehmet Muezzinoglu, président de la section dIstanbul de lAKP et proche conseiller du Premier ministre Erdogan. Comme tous les dirigeants de lAKP, Muezzinoglu, qui fut lun des fondateurs de ce jeune parti né le 14 août 2001, déploie des trésors de diplomatie pour convaincre le journaliste de passage que lAKP nest pas ce que lon pourrait croire. La tâche nest pas facile. LAKP a en effet été fondé par un groupe de parlementaires et de politiciens qui ont milité pendant de longues années dans le parti islamiste dErbakan, le Refah, devenu le Fazilet après son interdiction en janvier 1998, et qui revendiquent aujourdhui leur appartenance au «courant réformiste» de ces partis. «Nous donnons la priorité aux droits humains, à lEtat de droit, à la démocratie de participation, au libre marché», affirme Mehmet Muezzinoglu. Ce qui ne répond toujours pas à la question: sur quoi se fonde lidentité de lAKP?
«Nous voulons aussi préserver notre ancien héritage historique, précise Muezzinoglu. Nous voulons être un pont entre le passé et le présent, nous prenons en compte les principaux piliers de notre culture et de notre foi. Nous avons six siècles de passé impérial... Etre conservateur, cela veut dire que nous donnons de limportance à notre passé, à notre conscience historique... La Turquie est une société multiculturelle, mais quelle est la foi de cette société? Comment pouvons-nous aider notre peuple à améliorer ses valeurs morales?»
Passé, conscience historique, valeurs morales: pas une fois le mot «islam» nest prononcé. Pourquoi? «Sous Erbakan, le parti a été interdit quatre fois, explique Mehmet Muezzinoglu. Alors nous avons décidé quil fallait repenser notre conception de la politique. Ce nest pas notre mission de parler de religion, nous ne sommes pas des membres du clergé. Je suis un croyant convaincu, je ne bois pas dalcool, mais je respecte les gens qui boivent et qui ne pratiquent pas bien leur religion: être un "dindar", un croyant, est une chose; être un "dinci", un fondamentaliste, en est une autre.» Mehmet Muezzinoglu est né en 1955 en Grèce, dans une province, la Thrace, où vit une importante minorité musulmane turcophone, et il a eu un passeport grec jusquen 1986. «Ce que nous voulons faire, dit-il, cest un parti de masse moderne, avec des gens dorigines différentes, réunis sous lombrelle de lAKP.»
Pour Yalcin Akdogan, conseiller politique de Recep Tayyip Erdogan et auteur dun livre sur Erbakan et lislam politique en Turquie, «lislam peut être considéré comme faisant partie de notre tradition, de notre culture. Mais le Saadet, le parti dErbakan, utilise lislam comme une idéologie, alors que lAKP respecte la religion, qui fait partie de notre tradition, sans plus. Le Saadet est un parti missionnaire, qui veut répandre la religion dans la population. LAKP na pas une politique didentité, il ne représente pas une partie de la population, il a choisi dêtre un parti du centre, un parti européen».
Tous les dirigeants de lAKP insistent sur cette volonté de réunir, autour du noyau dur issu des réformistes du Refah, des militants provenant de toutes les tendances du spectre politique turc, aussi bien du centre-gauche que du centre-droit et du Parti de la Juste Voie de lancienne Premier ministre Tansu Ciller. Ils ne le revendiquent pas, mais leur électorat comprend aussi danciens partisans du parti dextrême-droite MHP déçus par le soutien de leur parti à labrogation de la peine de mort. Et aussi des Kurdes, qui savaient que leur parti, le Dehap, natteindrait pas la barre des 10% permettant dêtre représentés au Parlement, et qui ont voté AKP pour... déstabiliser le système.
Réunir des gens dorigines politiques si diverses dans un seul parti, nest-ce pas composer une salade russe un parti composite, sans idéologie et sans programme défini? «Je suis médecin, répond Mehmet Muezzinoglu. En prononçant le serment dHippocrate, jai juré de soigner mes patients indépendamment de leur origine ethnique ou religieuse. En tant que politiciens, nous devons aussi résoudre les problèmes des gens sans tenir compte de leur passé ni de leur religion. Nous voulons une meilleure Turquie: nous avons 70 millions de patients en Turquie. Notre mission est de les conduire à une meilleure situation. Nous voulons être un docteur de bonne gouvernance.»
Nimet Cubukcu et Ibrahim Özal, députés AKP dIstanbul, incarnent parmi dautres limage rassurante que le parti au pouvoir veut donner de lui-même. Jeunes ils ont moins de 40 ans , modernes, ils se consacrent tous les deux à des projets que pourrait revendiquer nimporte quel député libéral européen. Cest sans voile et soigneusement maquillée que Nimet Cubukcu, très élégante, reçoit les visiteurs au siège de lAKP à Ankara, entre deux séances du Parlement. Née en 1965, elle a fait ses études de droit à Istanbul. Ce sont ses activités davocate en faveur des droits des enfants et de la liberté dexpression qui ont attiré lattention des dirigeants de lAKP. Bien quapolitique elle a été invitée à rejoindre le parti et à se présenter aux élections de novembre 2002. Elle appartient aujourdhui à la commission parlementaire contre la corruption et à la commission constitutionnelle.
Nimet Cubukcu prend son travail de députée très au sérieux: pendant cinq mois, elle a travaillé plus de quinze heures par jour. Se considère-t-elle comme une croyante modérée ou très pratiquante? «Dieu seul le sait, répond-elle évasivement. Jessaie dobserver certaines règles, et pas dautres.» Ce qui lintéresse, ce sont les tribunaux pour enfants, le problème des enfants des rues, la lutte contre la corruption. Et la réforme de la Constitution. En particulier des articles conférant des pouvoirs excessifs à larmée, grâce au fameux Conseil national de Sécurité.
Né lui aussi en 1965, Ibrahim Özal, est un neveu de lancien président Turgut Özal, mort subitement en 1993. Parlant parfaitement langlais il a fait des études dingénieur aux Etats-Unis , il est membre de la commission dharmonisation des lois avec celles de lUnion européenne. Cest un dossier quil suit de très près. Il connaît par cur le contenu de tous les amendements. «Au moment où nous parlons, souligne-t-il, enthousiaste, le gouvernement vient dadopter le septième train de réformes législatives. Mais il ne suffit pas de faire adopter des amendements: il faut les appliquer. Nous devons former nos juges et nos procureurs.» Ardent partisan de ladhésion de la Turquie à lUnion européenne, il est convaincu quelle permettra à son pays de faire un bond économique et politique, comme ce fut le cas en Grèce ou au Portugal. «Le peuple turc, dit-il, a le droit de jouir des normes politiques et économiques de lUnion européenne.»
Comme le confie Ibrahim Özal, le problème majeur du gouvernement de Recep Erdogan est sa difficulté à faire appliquer les réformes adoptées par le Parlement. La plupart des cadres du parti, qui ont lhabitude de rester prudents sinon muets sur leurs relations avec les militaires, évoquent ouvertement cet affrontement entre le gouvernement de lAKP et la «bureaucratie» turque. «La bureaucratie est en effet le principal problème que nous rencontrons, constate Ilker Ayci, 32 ans, responsable des relations extérieures de lAKP à Istanbul. Les vieux fonctionnaires ont une mentalité héritée de la guerre froide. Nos juges et nos policiers ne croient ni à la justice, ni à légalité, ni aux droits humains. Mais nous allons construire une nouvelle bureaucratie en mettant tout dabord à la retraite les fonctionnaires de plus de 61 ans pour les remplacer par une nouvelle génération. Cela prendra du temps, mais nous y arriverons. Ce sera plus facile de travailler avec un personnel nouveau. Il nous faut faire preuve de courage et desprit de décision. Et bénéficier du soutien de la société. Il y a 2,8 millions de bureaucrates en Turquie. Cest beaucoup trop. Il faut en garder la moitié. Quelle expérience ont ces gens? Une expérience de tricherie, de tromperie, de corruption.»
Cette guerre larvée car cest bien de cela quil sagit entre lAKP et une administration mise en place par la dictature militaire du début des années 1980 empêche une évaluation objective de la politique menée par le gouvernement Erdogan. Un exemple: la réforme législative permettant de donner aux enfants des noms kurdes ou de publier des écrits en langue kurde nest toujours pas appliquée. La loi a changé mais les fonctionnaires du service de recensement refusent de lappliquer en invoquant une circulaire de mai 2002, toujours en vigueur, qui interdit lemploi de prénoms non turcs
Autre exemple de ces pièges kafkaïens: la langue kurde. Son enseignement a été autorisé par le train de réformes législatives adopté le 3 août. Mais le ministère de lEducation a aussitôt émis une circulaire administrative exigeant que les professeurs enseignant le kurde soient diplômés dune faculté de cette langue. Comme il ny en a pas, il ne peut y avoir denseignement de la langue kurde. Qui est responsable? Le fonctionnaire qui applique une circulaire plus ou moins confidentielle, ou le ministre qui ne labroge pas? Les mêmes circulaires et les mêmes arguties empêchent lapplication des réformes concernant la lutte contre la torture ou contre les violations de domicile par des perquisitions sans mandat. Les parlementaires ont beau adopter des réformes apparemment spectaculaires, un petit sergent dun village kurde ou un fonctionnaire municipal dune banlieue dIstanbul nen continuent pas moins dappliquer les vieilles directives.
LAKP est-il véritablement en guerre, comme le soutient Ilker Ayci, avec une vieille bureaucratie héritée des gouvernements précédents? Cherche-t-il, face à une administration hostile et à une armée méfiante, à gagner du temps jusquaux prochaines législatives, en nommant peu à peu des fonctionnaires loyaux au parti? Sa marge de manuvre est-elle réduite à néant ou presque par des militaires qui attendent le moindre faux pas pour renverser le gouvernement dErdogan? Ou certains de ses dirigeants jouent-ils un double jeu en promulguant des réformes pour satisfaire lUnion européenne, tout en sachant quelles ne seront pas appliquées?
Ces questions et ces incertitudes contribuent à entourer laction du gouvernement de lAKP dune telle opacité que lon doit se garder de porter un jugement définitif sur sa politique, et que beaucoup de Turcs, à droite comme à gauche, sinterrogent sur sa véritable identité. Confronté aujourdhui au défi du terrorisme islamiste, sous lil vigilant dune armée qui ne cache pas sa méfiance, lAKP va-t-il se révéler comme un instrument politique au service dun opportuniste ambitieux, prêt à «sacrifier tous ses principes pour arriver à la présidence de la République», comme le pensent certains diplomates occidentaux à Ankara? Ou comme la face cachée de cette «hydre verte» que larmée turque combat avec acharnement et qui tente, comme en Iran, darriver au pouvoir grâce à une vague de fond populaire? Les prochains mois apporteront sans doute une réponse à cette question vitale pour lavenir de la Turquie.
Chris Kutschera
http://www.nouvelobs.com/articles/p2039/a226630.html