Jane_Eyre a écrit :
La qualité de ce topic Ce pauvre homme
Bon, bientôt la rentrée et son lot de questionnements existentiels Y'a deux semaines, j'étais chez de la famille, en vacances. Chaque jour j'ai du fournir des efforts colossaux et je déprime du résultat (j'ai eu plein de petites remarques qui piquent sur mon caractère ). Ce sont des gens du sud et ils parlent tout le temps. Sans exagérer. Ils parlent tout le temps.
Du lever au coucher, ils parlent. Pas forcément entre eux, ils parlent aussi seuls. Par exemple, au lever :
"alors, qu'est-ce que je vais me faire à manger? oh je sais pas si j'ai trop faim J'ai bien mangé hier alors je vais peut-être me prendre juste un café Tiens Jane tu me passes la cafetière?"
Moi , le matin, plus qu'à n'importe quel moment, j'ai besoin d'être peinarde, c'est vraiment un bon moment les petits-déj quand je suis avec des gens avec qui je me sens à l'aise, des gens posés, qui te noient pas de blabla mais là je colmatais et rebelotte : "je vais rajouter du lait Allez, 9h20, encore 30 minutes, je me douche, après je m'habille, après je me maquille, mais j'ai pas besoin de trop me maquiller, moi juste un coup d'eau sur le visage et je suis prête, pas besoin d'en faire des tonnes "
J'étais là "mmmh "
Mais au fond : je ne sais pas s'ils attendaient de moi à ce que je réponde à tout ça, à ce que je prenne part à leurs débats intérieurs, à ce que je m'y intéresse? C'était ça tout le temps, et pour toute la famille, pour chaque chose (ils commentaient les films que l'on regardait par exemple). Sérieux, j'hallucine. Comment ces gens se supportent-ils au quotidien? Quand je suis montée dans le train du retour, j'étais là "trop bien, le silence" Bien évidemment, c'est moi qui suis passée pour l'anormale à ne pas déblatérer H24 comme eux.
Quoiqu'il en soit, j'essayais d'évoluer dans ce milieu. Ils sont super accueillants, adorables mais c'est tout de même un milieu hostile pour moi car je me sentais perpétuellement sollicitée, sur le qui-vive, donc j'en suis sortie exténuée. Le pire ça a été quand ils ont reçu des amis. Avant le dîner, je me suis posée une demi-heure la boule au ventre, une angoisse terrible et une seule idée tournant en boucle : "tu ne seras pas à la hauteur, tu vas être ridicule ". Pendant le dîner, bonne ambiance, mais comme ce sont des inconnus, je suis franchement mal à l'aise, beaucoup de mal à m'intégrer, très stressée à l'idée qu'on me pose une question et une idée tournant en boucle : "tu n'es pas à la hauteur, ils te trouvent ridicule ". Après le dîner, dans mon lit, les yeux fixant le plafond : "tu as été lamentable ".
Je crois que mes névroses (inhibition, anxiété sociale) s'aggravent avec le temps
Je me pose plein de questions suite à ces petites vacances, de la plus débile à la plus essentielle :
Est-ce que j'ai évolué depuis mes 16 ans? Qu'est-ce qu'ils pensent de moi? Pourquoi ai-je aussi honte de ce que je suis? Pourquoi je n'arrive pas à tirer de fierté de mes réussites (scolaires, sociales, personnelles, pro) : à les mettre en avant, à raconter aux autres ce que j'ai accompli, à me vendre, à les rendre fier? Pourquoi est-ce que j'envie tellement les gens, même les personnes qui n'ont rien fait de spécial, alors que je m'inspire un profond dégoût? Est-ce qu'un jour, quand j'aurais 50 ans, je recevrais des amis à la maison, à dîner, comme eux? Est-ce que je serai une bonne hôtesse? Est-ce que mon mari, mes enfants, n'auront pas honte de moi? Est-ce que j'aurai un mari? des enfants? des amis, à 50 ans? est-ce que ça sera les amis que j'ai aujourd'hui ou d'autres? pourquoi n'ai-je pas su retenir mes vieux amis? est-ce que moi aussi je vais m'installer avec quelqu'un un jour? Est-ce que je vais tomber amoureuse? Est-ce qu'on peut vraiment m'aimer alors que je suis aussi lamentable dans chaque exercice social? Est-ce que je serai épanouie dans mon travail ou vais-je perpétuellement me mettre des bâtons dans les roues? Est-ce que j'arrêterais de me comparer un jour? Suis-je heureuse? Le serai-je un jour?
J'en ai parlé avec ma mère qui était comme moi jeune ("sauvage" elle dit) et elle m'a expliqué "t'inquiètes pas, j'étais pareil, voire pire, jusqu'à ce que je rencontre ton père qui m'a donné toutes les clés et m'a permis de m'accepter". Mon père est un sauvage aussi.
Le truc c'est que j'ai pas envie d'attendre un homme. J'ai pas envie d'être incomplète face à l'amour. J'ai pas envie que mon mec pense que je suis un joli et gentil boulet, un petit bourgeon qu'il faut faire éclore. J'ai pas envie de faire reposer mon manque d'estime sur les épaules d'un homme. Je l'ai déjà fait et ça n'a rien donné de bon.
Je ne sais plus ce qu'il me manque. Je n'ai aucune confiance en moi, tout le monde me le dit, je le sais, mais j'ai pourtant bossé dessus J'ai entrepris des choses et, objectivement, je peux faire une liste pas trop dégueu de mes qualités, de ce que j'ai, de comment les gens me perçoivent. Mais pourquoi je me déteste à ce point?
Qu'est-ce qui bloque nom d'un chien?
Quand je lis que certains d'entre vous sont partis (à l'étranger) j'ai très envie de le faire mais j'ai peur que ce soit le miroir aux alouettes, et qu'à mon retour, ce soit bien pire. Je fantasme parfois de ce que pourrait être ma vie, si je partais :
Ma famille parlerait de moi comme quelqu'un d'indépendant et plus comme de la petite souris timorée bien gentille dans son coin je rencontrerais un étranger qui succombera à mon charme et qui mettra mon incapacité à communiquer avec ses potes et sa famille sur le compte de la barrière de la langue je reconstruirais tout là-bas, je ne me comparerais plus aux gens que j'ai pu connaître. Mais ça revient à fuir.
Je ne sais plus qui ici disait qu'il fallait arrêter de se mettre la pression sur une idée du bonheur qui ne nous correspond pas. Je crois que c'est très juste mais je crois, justement, que je n'arrive pas à faire le deuil de ce que pourrait être ma vie. Il faut vraiment que j'accepte d'être à la ramasse socialement et de voir les gens me regarder comme ça quand je leur dis "je n'ai pas énormément d'amis, tu sais" ou encore "j'aime bien sortir, oui, de temps en temps mais je préfère rester tranquille" ou "non mais ça ne me dérange pas d'être seule".
L'acceptation, la résignation. Vous en parliez quelques pages avant. Me résigner alors que j'envie l'échange social facile, je ne le méprise pas. Quand ça m'arrive avec des copines, je suis euphorique, c'est tellement agréable de se laisser aller et de juste partager, sans réfléchir trois plombes aux bons gestes, aux bons mots. Me résigner et me dire que ce n'est pas fait pour moi. J'arrive pas à m'y résoudre et ça fait vraiment super mal.
Désolée d'autant de blabla mais ça faisait longtemps que j'avais ça sur le coeur, je vous lis régulièrement et je vois que ça s'arrange pour personne (a priori)...
J'aimerais conclure en vous posant une question à laquelle beaucoup de gens répondent "ma famille, ma relation, mes enfants", donc je ne sais pas ce que des asociaux peuvent en penser : de quoi êtes-vous le plus fier dans vos vies? Qu'est-ce qui vous remplit d'estime de vous quand vous y songez? Qui vous redonne la pêche (hormis l'espoir ) quand vous êtes au plus bas? Qui vous fait vous aimer par moment?
Ma tantine m'a posé cette question et je suis restée comme deux ronds de flan.
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