Gilgamesh d'Uruk Lui-même | greentea a écrit :
Bien que notre esprit soit capable de juger et de prendre en compte des lois relativement universelles, il est impossible de faire totalement abstraction de notre histoire personnelle; AMHA on ne peut juger quelque chose de nouveau et le classer ainsi dans "bien" ou "mal" qu'en le comparant et l'identifiant à ce que nous connaissons déjà.
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Oui et cette connaissance est évidemment le produit de notre histoire personnelle, yo soy de acuerdo con este. Mais ça ne règle pas le problème : a aucun moment, je me répete, je ne sors d'un quelconque déterminisme. Je dis que ETANT DONNE ce que nous avons reçu, nous sommes capable d'un intellection de la chose jugée, ce qui signifit que nous sommes en position de justifier, avec une certaine marge d'erreur, elle même assumée comme telle, (comme possibilité de se planter non paralysante) notre volonté ; nous assumons la loi du monde sur nos frêles épaules, nous n'en rendons pas comptable le Sort injuste qui nous oblige à choisir : nous sommes d'accord avec notre sort de juge, nous nous identifions avec l'Être en tant que nous en sommes un agent.
Citation :
Or ce que nous connaissons déjà, si l'on remonte à notre enfance, est à la base relié à des réflexes basiques physiologiques: faim, réflexes de survie (peur, colère), plaisir sexuel, etc, eux-mêmes dépendant uniquement de molécules et de mécanismes physiologiques. Donc nous ne sommes pas maîtres de nos jugements car nous ne pouvons pas nous défaire de notre passé (sauf quelques rares personnes) et de notre corps.
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Aucune personne lucide et saine d'esprit je pense ne doit songer à se déclarer indépendante de son passé. C'est une fausse sagesse, le Sage le sait
Citation :
Exemple pour montrer à quel point nous ne contrôlons pas librement nos pensées: Certaines tribus mangeaient la cervelle de leurs ennemis tués au combat. (Mettons de côté le problème des maladies dues à des prions.) Est-il possible de faire vraiment comprendre à un papou imprégné de cette culture ce qui nous dégoûte dans ce geste?
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Le devenir de la dépouille est un thème très particulier dans le débat moral. C'est à la fois un des plus élémentaire, (quasi une une butte témoin : on considère que Néanderthal est humain parce qu'il enterre ses morts, certains de ses morts du moins, sur la fin) et des plus culturellement variables. Chez les Parsis, le dernier voyage commence au sommet d'une tour où des vautours vont consommer la dépouille ; là c'est via l'anthropophagie. Mais moi je ne considère pas ceci ni cela comme immoral. Je ne songerais à leur faire ressentir mon dégoût que dès lors que j'éprouverais la volonté de leur dire qu'ils LEUR est important de savoir (au cas ou ils ne le sauraient pas) que, dans le monde des Hommes, la plupart des peuples zé cultures considèrent que consommer tout ou partie du cadavre ou le faire consommer par d'autres Vertébrés n'est pas considéré comme digne, par l'idée que les Hommes se font de la valeur de la chair quand l'esprit l'a quittée. Par contre que le faire consommer par des Invertébrés ça l'est pour la plupart... Et que pour d'autres, seul le Feu peut dévorer un cadavre. Autrement dit, s'ils en venaient à vouloir m'expliquer que l'on DOIT faire comme ça, j'aurais premièrement le devoir de leur demander de m'expliquer pour quelle raison tous le monde se trompe. Et dans la façon que j'ai eu de présenter les chose, tu vois qu'ils ont du biscuit sec pour me répondre : un être digne comme l'homme doit disparaitre et être absorbé par l'être le plus digne qui soit : l'Homme. Je fais office de sophiste, mais je crois que c'est nécessaire en l'occurence. Pour anticiper ce qui suit, je précise que j'ai court-circuité l'aspect "absence de souffrance". Car dans le cas du cadavre, tous les peuples, même croyants aux esprits (l'écrasante majorité donc... tous en fait), font subir des traitements aux dépouilles (genre l'embaumement chez les Egyptiens) à propos desquels on sait bien qu'ils savent qu'aucune chair vivante ne souffre plus, que seule souffre l'âme.
Citation :
Inversement, si on y réfléchit vraiment, vu que la cervelle est celle d'une personne qui ne ressent plus rien, l'action des papous n'est pas quelque chose de "mal" (je ne parle pas du fait de tuer). Cependant, combien d'européens bien nourris arriveraient à faire abstraction de leur culture et à ingurgiter ce truc avec autant de plaisir que s'il s'agissait d'un beefsteack? NB: On ne parle pas uniquement du fait d'arriver à avaler le truc, mais aussi d'arriver à apprécier le goût de la bidoche (3615 MyLife: ça ne me concerne pas, j'suis végétarienne !). AMHA seules quelques rares personnes pourraient le faire (on met de côté les nécrophiles qui ont une case en moins). Mais quoiqu'il en soit, même chez ces rares personnes, leurs pensées sont dépendantes d'une foultitude de paramètres (génétique, météo, aliments, etc) influençant leur corps, donc leur libre-arbitre a quand même des limites; peut-on l'appeler "libre" alors?
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Donc non et définitivement non : PAS libre de façon absolue, congénitale et ceci jusqu'à notre dernier souffle. Mais en assentiment avec l'être qui s'imprime en nous, en en comprenant la nécessité oui. Dans le cas du traitement des cadavres, c'est très particulier - et délicat je suis d'accord - dans la mesure où la Mort est "prise en charge" par une pensée symbolique dont le moins qu'on puisse dire est qu'elle est a la fois culturellement arbitraire et impérieuse.
Mais y compris la dessus, le motif moral reste bien visible, indépendemment de tout ce qui précède : Kant est passé la dessus, et c'est l'intention morale qui compte. Si le but en consommant l'ennemi est de le vouer à ce qui du point de vue de l'anthropophage l'empèche d'accéder à un bien, alors il fait mal de façon catégorique, dans une optique humaniste, dans laquelle l'homme est un fin et pas un moyen, dont le sort ne peut être sacrifié à une quelconque "bonne marche du monde" dès lors que cette bonne marche ignore le bien-être des Hommes. C'est cette seule logique qui doit être défendue de façon catégorique par la raison. Les autres enjeux sont futiles. Si en consommant l'ennemi ils sont convaincus de faire bien dans ce sens-là, ce qui est probable - mais non certain du reste, pas forcément de bonne foi - alors c'est un acte moral. C'est juste la croyance qui cloche. Et c'est le plan de la vérité qui est alors invoqué.
a+ Message édité par Gilgamesh d'Uruk le 07-08-2006 à 17:44:30
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