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Historique ? Non, pathétique !
Le JT de la RTBF de ce soir était impressionnant. Quatre visages souriants, victorieux, face à Johanne Montay. Un air de pays sauvé. Un début d’antinogov. Des mots rassurants. Un nouvel État, une réforme, enfin, un courage politique, évidemment. Quant au FDF, on nous explique en substance qu’il… manœuvre. Voici mon opinion. Et une entreprise de démolition.
Tiens, le FDF. J’étais invité à dire qui était, selon moi, Bart De Wever lors d’une réunion du FDF Charleroi, hier soir. À point nommé pour sentir la frustration, l’amertume. On dit que le FDF est la N-VA francophone. Je suis méfiant de nature. En arrivant à la très belle maison de la Presse de la cité hennuyère, j’ai donc fait bien attention à tous les détails. Puisqu’on était à la N-VA francophone, il y aurait forcément des drapeaux wallons. J’ai beaucoup cherché, il n’y en avait pas. On chanterait forcément «nos estons firs d’esse Wallons» à la fin de la réunion. On n’a pas chanté. On aurait bien sûr des reproches à formuler sur les Flamands (pas les partis, les gens), leur arrogance, ou que sais-je.
Le seul monsieur qui s’est risqué à un amalgame («ils sont tous nationalistes») s’est heurté à une salle hostile. Par contraste, Jan Jambon se permet en public «sortez les Wallons de leurs hamacs». Quant au séparatisme, le membre du RWF présent qui a parlé de rattachement à la France n’a pas eu le moindre succès. Le nationalisme, on n’aime pas ça au FDF. Vraiment pas. Du reste, les questions qu’on m’a posées étaient pratiquement les mêmes que celles que j’ai entendues lundi lors d’une conférence nettement moins politisée, celle du Café Citoyen à Remicourt (et je salue au passage tous les Remicourtois et les Carolos pour leur accueil vraiment chaleureux). Enfin, au FDF de Charleroi, personne n’a protesté quand j’ai parlé des Néerlandophones de Bruxelles et de leurs droits. Au contraire, Olivier Maingain en a même rajouté une louche dans ce sens.
Je sais que dans les faits, les FDF bruxellois ne sont pas toujours les meilleurs protecteurs de la minorité néerlandophone, et ça me dérange. Mais vu leur surreprésentation politique, et vu les exigences de certains partis flamands (les allocations différentes pour les Francophones et les Néerlandophones de Bruxelles, par exemple), on peut comprendre. Le FDF est un parti politique. Je suis un citoyen qui réfléchit.
Mais une chose est sûre : le FDF n’est pas, absolument pas, la N-VA francophone. Il ne fricote pas avec un équivalent francophone du VVB. Aucun de ses membres n’aurait l’idée de commémorer un nazi. Il n’a aucun contact avec le Front National, ni avec un équivalent francophone de la VNJ ou du NSV. Personne dans ce parti ne laisserait le moindre membre se pavaner à une cérémonie en hommage à Degrelle. Un militant frontiste se ferait éjecter avant même que de proposer ses services. Le FDF n’a qu’un défaut : il défend une communauté, la francophone.
Ce défaut, hyperexagéré dans les médias flamands comme francophones, il le partage pourtant avec au moins une minorité d’élus de Groen!, du SP.a, de l’Open VLD, et avec l’ensemble du CD&V. Mais contrairement au CD&V et aux précédents, le FDF n’a jamais voté des lois similaires à la Circulaire Peeters, au Wooncode, à Wonen in Eigen Streek, etc. Comparer le FDF à la N-VA est donc soit parfaitement crétin, soit honteusement mensonger. Le FDF n’est pas plus francolâtre que ne le sont Joëlle Milquet, Laurette Onkelinx ou Didier Reynders à leurs heures. Il est juste plus rigoureux. Ce n’est pas Olivier Maingain qu’on a qualifié de «Madame Non». La différence entre lui et elle, c’est une certaine cohérence. Ce n’est pas Olivier Maingain qui a lancé à Bart De Wever qu’il n’avait pas peur d’une scission, c’est Laurette Onkelinx. La différence entre eux, c’est une certaine constance. Il y a pourtant — heureusement — des critiques à émettre vis-à-vis du FDF. Olivier Maingain a parfois le verbe trop leste, la provocation facile. C’est vrai. Certains parallèles blessent plus qu’ils n’atteignent leur but. Certains mots trop bien choisis dénotent. Mais il faut dire que dans ce pays où le verbe est très surveillé, dites «massacrer» et Destexhe vous accuse presque d’avoir évoqué un génocide, allant lui-même plus loin encore en violant le mot «génocide» pour se donner raison. Mais qu’est-ce donc face à un Luc Van Der Kelen, modéré flamand autoproclamé, qui compare les Francophones de la périphérie à des colons israéliens venus voler la terre pure de Flandre qu’ils ont pourtant payée, au propriétaire flamand, au notaire flamand, à la région flamande, à l’agence immobilière flamande ? Je ne parlerai même pas du Vlaams Belang qui travestit Maingain en SA de sinistre mémoire. Ni l’ensemble de la presse flamande qui a fini par réussir à s’autoconvaincre qu’un Flamand, ça s’intègre parfaitement partout. Une façon de présenter le Wallon sous un jour pénible. Les Boers n’en faisaient pas moins avec les Zoulous (avant l’Apartheid, bien sûr, je ne voudrais pas faire de comparaison malencontreuse moi-même).
Et par ailleurs, tout parti communautaire peut dériver vers une forme plus ou moins larvée de nationalisme. Ce danger guette aussi bien le FDF que tout autre parti né de l’idée de défendre une communauté qu’il percevait en péril. C’est d’ailleurs ce qui est arrivé au CD&V. Mais au contraire, le discours d’Olivier Maingain insiste — et je l’ai clairement entendu — sur le fait que toutes les minorités, à savoir aussi la minorité néerlandophone de Bruxelles, devaient être défendues.
Ce n’est pas pour autant que je vais prendre ma carte de parti. Mais depuis le journal RTBF de ce soir, mes options électorales se sont sévèrement limitées. Il me reste le BUB, le PTB ou le PVDA, certains élus Open VLD, et le FDF. Le sourire des autres, ce soir — particulièrement des francophones — m’a laissé un dégoût dans la bouche. Et le contraste entre cette défaite victorieuse côté francophone et la sobriété de la victoire côté Terzake (VRT) était saisissant. Les uns jubilaient parce qu’on avait fait le premier pas vers la bonne solution. Les autres avançaient à pas de loup, sans trop faire de foin, satisfaits, mais pas victorieux. «On a scindé BHV» disait-on en Flandre. «Ceci n’est pas une scission pure», entendait-on en français. Et des deux côtés, l’opinion publique exprimée sur les sites et blogs divers était à moitié convaincue. 50/50. Rien à voir avec une victoire politique sur l’opinion.
Bien sûr, les électorats du Nord et du Sud ont aujourd’hui des attentes radicalement opposées, ce qui explique un ton différent. Et aucun accord ne peut aboutir sans une certaine prudence en matière de com. On ne vend pas la même chose en Flandre et en Wallonie (ce qui en soi est déjà un signe). Ceci explique des différences d’approche. Mais il y a des limites : Charles Michel déclarait qu’il n’était pas question d’une confédération, à peu près au moment où Kris Peeters expliquait que la Révolution Copernicienne™ était en route. Là, on n’est plus «simplement» dans de la communication. On est dans le fond du problème. Et comment expliquer que les uns expliquent que la circulaire Peeters est neutralisée, quand les autres affirment qu’on n’y a pas touché ? Quelqu’un se fout de son opinion publique. Ou alors, tout le monde s’en fout. Ceux qui trouvent ça normal vont se prendre une belle tarte à la prochaine fournée de pâtisseries sucrières de Chaumont-Gistoux ! À l’automne 2012, par exemple. Ou plus tôt.
Le triomphalisme de la «Bande des Quatre» (là, je prends le point Gong Win), partis francophones qui ne supportent apparemment plus la moindre opposition et prétendent représenter tous les «Francophones» de Belgique, a déjà des airs d’opéra-bouffe. D’abord, parce que pour l’instant, on n’a rien. Même si je trouvais l’accord positif, force est de constater que tout ce qui aurait pu le faire échouer a été remisé par-devers soi. Ainsi, le montant du financement de Bruxelles. Rien que la discussion sur la somme à prévoir est un facteur d’échec, et pas le moindre. Remisé. Ainsi, l’arrondissement judiciaire. Les partis francophones promettent qu’il ne sera pas scindé, des partis flamands prétendent qu’il le sera. Remisé. Ainsi l’assouplissement du bilinguisme à Bruxelles, qui reviendra sur la table avant toute signature définitive — du moins, on l’espère. Une bombe sous l’accord, une de plus. Remisé. Pourtant, la Cour d’Assises francophones, sous-financée, laisse sortir des criminels de sang parce qu’elle ne peut plus les juger à temps. Remisé. Et des détails comme les drapeaux du Voorpost à la police fédérale ou la déstabilisation des militaires francophones dans l’armée ? Remisés. Tout ça est parfaitement normal.
Et puis, que s’est-il passé, en réalité ? On a échangé le droit de voter pour les grands partis francophones de quelque 70.000 Belges contre le maintien de ce même droit pour quelque 60.000 autres. Ça ne s’appelle pas une victoire, ça s’appelle une défaite, une retraite, un abandon. On a «résolu» la question des bourgmestres en bricolant une solution qui elle-même comporte des risques. Que se passera-t-il si le Conseil d’État leur donne raison, contre Geert Bourgeois ? D’autres manifs ? D’autres «trucs» ? Qu’adviendra-t-il si la même cour annule au moins certaines dispositions de la Circulaire Peeters, comme elle devrait le faire si elle se veut respectueuse des conventions internationales, de la Constitution et du Traité de Lisbonne ? D’autres promenades du Voorpost dans les communes à facilités ? D’autres circulaires qui tiendront le temps qu’il faut pour que les plaintes les concernant arrivent à la Cour ?
Car, pour information, la circulaire Peeters interdit par exemple que l’on prononce le moindre mot d’une langue non néerlandaise dans les conseils communaux des communes flamandes. Et la Flandre envoie un contrôleur à chaque conseil communal pour vérifier si la règle est bien respectée. De la bonne gouvernance appliquée. Quand un seul mot de français est prononcé, c’est l’ensemble des décisions du conseil qui sont annulées. Ça ne vous rappelle rien ? Mais si : c’est exactement la situation que Siegfried Bracke et Bart De Wever situent en… Alsace, affirmant que c’est un véritable scandale ! C’est dire l’hypocrisie et la malhonnêteté qui sous-tend ces circulaires et ceux qui les soutiennent. Et, oui, elles sont inconstitutionnelles. Parce que dans ce pays, la langue ne peut être imposée que pour l’administration et la justice. Or, si le bourgmestre et les échevins peuvent être considérés comme faisant partie de la première, il n’en va pas de même pour les conseillers communaux, qui sont de simples citoyens élus. On ne peut pas leur imposer une langue. La circulaire Peeters contourne le problème avec une agilité d’anguille au vert : elle impose au bourgmestre d’empêcher les conseillers communaux de parler autre chose que le néerlandais ! Autrement dit, elle les oblige à poser un acte inconstitutionnel. Le Conseil d’État ne peut que rejeter une telle hérésie. Que se passera-t-il alors ? Et je ne parle même pas de la très stricte interdiction de tout contact en français entre le bourgmestre et des fonctionnaires issue de la même omzendbrief : il n’a même pas le droit de parler sa langue (si c’est la sienne) avec les enseignants francophones des écoles francophones de ces communes à majorité francophone. Il n’y a qu’en Hongrie aujourd’hui qu’on ose approcher ce genre de pratiques dignes des plus hystériques des Jacobins révolutionnaires. Ce n’est pas digne d’un État de droit. Ce n’est pas digne du cœur de l’Europe, d’un membre fondateur de l’Union qui abrite sa «capitale», dans les communes qui lui sont mitoyennes.
Mais reconnaissons qu’avec un peu de chance, un Conseil d’État «normal» supprimera l’obligation ridicule et humiliante de demander à chaque document une version française, incompatible avec les facilités qui sont inscrites, je le rappelle, dans notre Constitution. Et qu’il supprimera l’obligation de faire taire les conseillers communaux qui voudraient utiliser une autre langue que le français. Et qu’il fustigera les conseillers flamands qui, dans ces communes, tentent d’exiger (toujours inconstitutionnellement) des citoyens qui viennent poser des questions qu’ils s’expriment en néerlandais. Si le Conseil d’État le fait, il sera hué par les nationalistes flamands — quelque 50 % des élus selon les sondages actuels. S’il ne le fait pas, nous ne serons pas dans un État de droit. Dans les deux cas, qu’en sera-t-il de la paix communautaire en périphérie ? Une piste : Jan Jambon appelait les gens à venir participer à la marche sur Linkebeek organisée par le Taal Aktie Kommitee, avec la complicité des néo-nazis du Voorpost. Ce pays n’a plus d’honneur. Au passage, parlons-en de cette paix communautaire. Ça commence mal. Dans le journal de la RTBF, deux femmes d’Overijse jouissaient presque de ce qu’elles allaient «rendre» à ces Francophones qui leur «imposent» leur langue sur leur territoire. Ça promet ! Et que feront les partis francophones qui ont, constitutionnellement (toujours et encore) le droit absolu à la propagande électorale en français en Brabant flamand, et se verront, encore et toujours, refuser tout affichage sous le prétexte infâme qu’ils ne sont pas en phase avec la territorialité linguistique ? Ces partis qui, désormais, devront logiquement se présenter dans des communes de l’ancien arrondissement de Louvain, désormais couplé à Hal-Vilvoorde pour espérer une représentation ? Mettons qu’ils renoncent avant même d’avoir commencé. Qu’en sera-t-il du droit à la représentation politique des électeurs désormais empêchés de voter pour des partis qui défendraient leur droit de, par exemple, parler français dans la rue en Brabant flamand ?
Il en va de même pour les néerlandophones de Bruxelles, qui ne pourront plus démocratiquement se faire représenter à la Chambre. Eh oui. C’est ça aussi, la scission de BHV. Heureusement, eux, ils ont dans la capitale une manne de droits qui sont refusés juste à côté, désormais avec l’active complicité de la quasi-totalité de la classe francophone. Subsidier un centre culturel francophone dans des communes à 80 % francos ? Refusé. Subsidier une bibliothèque 50/50 ? Refusé. Empêcher la Flandre d’exiger l’usage du néerlandais dans toute association sportive ou culturelle subsidiée ? Refusé. Respecter le premier paragraphe du Traité de Lisbonne ? Allez donc gentiment vous faire voir chez les Grecs ! Paix communautaire ? Laquelle ? On va supprimer le Wooncode ? Wonen in eigen streek ? Les fonctionnaires flamands vont subitement se mettre à répondre en français aux Bruxellois qui vont habiter dans ces communes si proches, mais apparemment logées dans un autre continent ? Non. Rien de tout cela. Le slogan «Waar Vlamingen Thuis zijn» sera toujours brandi par les administrations flamoutches (et là, je pèse mes mots) de la périphérie, et continuera à inciter la population «autochtone» flamande à considérer leur territoire tribal comme exclusif, au mépris de tout ce pour quoi l’Europe s’est créée. Certains commerçants de la côte se sentiront toujours autorisés à houspiller ou à traiter d’arrogants les Wallons égarés qui, ayant reçu un accueil impeccable dans tous les commerces précédents, s’en retourneront chez eux avec la seule envie de troquer La Panne contre Wissant. Ou, pire, se mettront à réagir de la même stupide façon envers des Flamands qui chercheront l’accueil wallon et ne le trouveront plus. Ce ne sont pas des légendes, j’ai entendu des exemples de l’une et de l’autre attitude. Une famille flamande qui va depuis des années dans le même village wallon sans que jamais on ne les embête, et qui depuis deux ans constate que quand ils parlent néerlandais entre eux, il y a de temps en temps un Wallon qui leur hurle de rentrer chez eux. Une réaction inadmissible. Mais à force d’entendre Bart De Wever «nous» traiter de junkies, et sachant, comme me le disait un Wallon cette semaine, «y’en a quand même la moitié qui votent pour ce type, on ne va pas les aider, hein, non plus»… Et en face, une amie néerlandophone s’est fait houspiller dans un train Bruxelles-Blankenberge parce qu’elle avait commis le crime de parler français à son compagnon francophone. Des histoires comme ça, on m’en envoie tous les jours.
Cette haine latente, le fait que les gens se sentent autorisés à insulter les «allophones», elle est entretenue et continuera à l’être, aussi bien par Bart De Wever ou Geert Bourgeois que par Michel Doomst ou Eric Van Rompuy. Elle découle de l’idée même que le «territoire» flamand impose la langue flamande. Qu’est-ce que les accords de cette nuit vont y changer ? Ces attitudes vont-elles disparaître comme par enchantement grâce à un accord que les plus flamingants considèrent comme mauvais ? Non. En aucun cas. A-t-on décidé ou obtenu la mise en application du Traité de Lisbonne qui interdit les discriminations linguistiques ? Non. En aucun cas. Ce serait une provocation. Circulez, y’a rien à voir.
Alors, on nous sort l’autonomie constitutive de Bruxelles. La belle affaire. Le parlement bruxellois va pouvoir lui-même décider de la date de la rentrée parlementaire. Waouw. Et les ordonnances auront valeur de Loi. Mais comme on ne les appellera pas «décrets» comme dans les autres régions, il se trouvera toujours un flamingant pour user de ce prétexte pour nier l’autonomie de Bruxelles. Mais si, mais si. Ils ont bien vendu à leurs électeurs que les facilités étaient temporaires. Un comble ! Est-ce que les Bruxellois seront plus maîtres de la gestion de leur ville ? Non. La parité gouvernementale entre 87 % de la population d’une part et 13 % de la population d’autre part (et non 6 % — soyons raisonnables) continuera à soumettre le gouvernement bruxellois au gouvernement flamand, via notamment le CD&V. Où une ministre qui ne représente qu’une infime minorité de la population peut décider de la couleur des taxis, de l’arrachage de platanes centenaires, de la gestion de ci, de la gestion de ça. Et toute décision critiquée de «taxiwoman» sous-tendra toujours un soupçon de communautarisme. Qu’elle s’en défende ou pas, qu’elle ait raison ou pas, elle aura toujours été madame «minder Frans». Paix communautaire ? Bon sang, mais où ça ?
Et si la suite ne suit pas, si on ne parvient pas à se mettre d’accord sur le reste, l’acte symbolique aura été posé. Les Francophones auront cédé sur la scission de BHV. Et il sera d’autant plus difficile de revenir en arrière. Qu’on se le dise, la frontière flamande est désormais fixée. Tout au plus pourra-t-on arguer que les communes à facilités jouissaient d’un régime d’exception pour justifier de leur rattachement à Bruxelles en cas de plan B grandeur nature. Il n’y aura jamais séparation du pays, me répondrez-vous ? Un peu léger d’oser affirmer ça dans un pays où l’on atteindra probablement les 500 jours sans gouvernement. Où la N-VA est créditée de 39 % des voix, à ajouter à celles du Vlaams Belang. Où Kris Peeters exige toujours sa révolution copernicienne — que se passera-t-il s’il ne l’obtient pas ? Que voudront ses électeurs si, finalement, les Walen bloquent sur la loi de financement, le pognon flamand, les transferts de pognon flamand, les euros sacrés de Moeder Vlaanderen ? Dites-le avec moi, que je ne sois pas seul à crier dans le désert !
Ce ne sont pas les Francophones qui ont été lâchés hier soir. C’est une certaine idée de la citoyenneté qui, décidément, est inapplicable en Belgique. Le plus mauvais exemple pour le droit européen, c’est en son cœur même qu’on le donne. Et finalement, quand je revois les images de ces quatre présidents de partis, Michel, Onkelinx, Milquet, Javaux, s’autofélicitant de tout ce qu’ils n’ont pas obtenu, du minimum citoyen qu’ils ont laissé filé, de l’usine à gaz qu’ils ont contribué à renforcer, j’ai envie de crier : «Je suis de Luxembourg !» En français. Les Flamingants, N-VA compris, au moins, ont de la suite dans les idées. Nos quatre grands partis n’auront même pas eu ça.
On me dira qu’on a sauvé la Belgique. Mais même si c’est le cas — on ne le saura que dans dix ou quinze ans, ou dans quelques semaines — à ce prix là, je ne vois pas trop l’intérêt. On n’a amélioré la situation de personne, on n’a réglé aucun problème, on a retiré des droits électoraux fondamentaux à des dizaines de milliers de gens et on continuera à traiter les Bruxellois qui vont habiter en banlieue — parce qu’ils n’ont plus les moyens d’habiter la ville — comme des immigrants (Bart De Wever), des fuyards (Mark Demesmaeker, N-VA), des allophones (l’ensemble du parlement flamand). Si vous trouvez ça digne d’une édition spéciale «historique», je trouve au contraire que ça donne raison à ce monarque encore étranger qui, parlant de nous, disait «petit pays, petit esprit». Il était encore bien trop généreux.
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