Le Cantique des Cantiques revêt la forme d'une suite de poèmes, de chants d'amour alternés entre une femme et un homme (ou même où plusieurs couples s'expriment), qui prennent à témoin d'autres personnes et des éléments de la nature. C'est l'un des livres de la Bible les plus poétiques. Sa composition est attribuée à un compilateur du IVe siècle av. J.‑C. qui y aurait fondu différents poèmes. On a même avancé l'hypothèse que le Cantique des Cantiques ait pu avoir été rédigé par une femme, comme le pense par exemple l'exégète André Lacocque1, étant donné la large place qui y est laissée aux personnages féminins. On retrouve des parallèles à de nombreuses expressions du Cantique dans la littérature du Proche-Orient ancien, notamment dans les poèmes d'amour égyptiens. Le cadre géographique et social est suggéré par quelques noms propres (Jérusalem, Tirça, le Liban), mais de telles références ne permettent pas de fixer avec certitude la date et le lieu de rédaction du Cantique des Cantiques. Le livre a d'abord été rejeté à cause de son caractère profane, dont témoignent les nombreuses images érotiques comme : « Tes seins sont comme deux faons, jumeaux d'une gazelle » ou « Ta poitrine comme les raisins mûrs ».
Les exégètes chrétiens se sont souvent montrés perplexes devant ce livre. L’humaniste Sébastien Castellion avait des doutes quant à l’inspiration divine du livre à cause de son caractère sensuel, ce qui lui attira les foudres de Jean Calvin. Néanmoins, il le conserva dans sa traduction de la Bible. Bien qu'il soit reconnu comme faisant partie du canon biblique, son contenu en a troublé plus d'un. On observe dans l'exégèse deux attitudes :
la première prend le texte comme allégorie de la relation d'amour qu'entretiennent le Christ et son Église (ou entre le Christ et l'âme humaine), relation qui est de nombreuses fois célébrée ou illustrée dans le Nouveau Testament, principalement dans les écrits de Paul, mais aussi dans certaines paraboles de Jésus lui-même selon les évangiles. Cependant, cette interprétation allégorique et symbolique est progressivement remise en cause à la lecture des images érotiques que contient le texte. Une critique importante, aussi, est le fait que la relation d'amour entre Jésus et son Église n'est jamais décrite d'une telle manière :
Bien que, de manière assez surprenante, le terme grec utilisé par les Septante pour dire l'Amour dans le Cantique soit l'agapè, il apparaît que cet agapè est plus proche de l'éros platonicien que de l'amour chrétien traditionnel (paulinien).
quand bien même le Nouveau Testament rapproche l'image de la bien-aimée et du bien-aimé de celle du Christ et de l'Église, jamais les auteurs du Nouveau Testament ne prennent le Cantique des Cantiques comme modèle. Cependant, il est intéressant de remarquer que les dernières recherches exégétiques remettent ce jugement en question : comme le met en lumière l'exégète Xavier Léon-Dufour2, la quête aimante de Jésus par Marie de Magdala en Jean 20, 11-16 renvoie au Cantique des cantiques 3,1-4. En Jean 20, 16, Marie dit à Jésus "Rabbouni" . Ce mot est traduit par "maître" dans l'évangile, mais "Rabbouni" est en réalité un diminutif de "Rabbi" et pourrait ajouter une nuance d'affection ou de familiarité.
l'autre attitude face à ce livre est de le considérer comme une collection de poèmes décrivant l'amour entre une jeune fille et son amoureux, dont on fait parfois un couple marié, croyant y déceler des noces. Cette conception s'appuie sur le fait que cette compréhension est proche, voire correspond parfaitement à la pensée hébraïque[réf. nécessaire], alors que selon elle la première alternative allégorique serait trop influencée par la pensée grecque considérant le corps comme quelque chose de méprisable ou de spirituellement indigne[réf. nécessaire] (allusions étant parfois faites à Aristote, à Platon et au gnosticisme des premiers siècles de l'ère chrétienne, puis à la pensée de Saint Augustin qui a grandement influencé la doctrine catholique). Nous avons pourtant, dans ce livre, affaire à un amour sensuel et passant continuellement par l'exaltation de la beauté et les relations physiques. Le langage hébraïque du livre fait clairement référence à la sensualité et à une relation d'amour exprimée physiquement, et ce dès ses premières lignes, comme dans le verset 2 du chap. 1er, « Qu’il me baise des baisers de sa bouche ! Car tes baisers sont meilleurs que le vin » : le terme traduit par « baisers », en hébreu (דּוֹדֶיךָ, dodeikha), signifie amour (entre les sexes) et insinue des actes d'amours (baisers, caresses), si bien qu'associé à une autre terme (et décliné) il désigne le lit conjugal. L'interprétation « hébraïque » du Cantique des Cantiques est pour ses tenants (généralement, un nombre important de protestants) un modèle idéal de l'amour entre les époux tel qu'il devrait être, croient-ils, selon la volonté de Dieu.
Une autre approche, celle de l'interprétation culturelle, tente de faire le lien avec la liturgie païenne du mariage sacré ou hiérogamie, qui était pratiqué en Mésopotamie (T.J. Meek, W. Wittekindt, H. Hempel). Dans le Proche-Orient, on parle d'une coutume selon laquelle le roi devait s'unir charnellement une fois l'an avec une prêtresse de la déesse de la fécondité, afin d'assurer la fertilité des terres et des animaux. La prêtresse prenait ainsi la place de sa déesse et le roi, celui de son mari. Selon cette théorie d'interprétation, le jeune couple du Cantique des Cantique représenterait soit la déesse Inanna avec le dieu Dumuzi, soit leur équivalent akkadien, la déesse Ishtar et le dieu Tammouz.
J.F. Froger a également proposé une autre approche dans La voie du désir Ed. DésIris 1997 (ISBN 2-907653-41-5). Elle consiste à superposer les thèmes abordés du Cantique des cantiques à ceux du mythe d'Éros et Psyché d'Apulée. D'après l'auteur, il existe suffisamment d'indices pour proposer un rapprochement des deux sujets. On y retrouve l'importance de « la nuit dans le chant d'amour ». N'éveillez pas, ne réveillez pas, mon amour, avant l'heure de son bon plaisir est une mise en garde qui rappelle l'avertissement de Psyché contre la tentation de connaitre Éros. Les thèmes de l'exil et de la solitude constituent la partie centrale du conte. Mais les noces éternelles triomphent de la souffrance endurée.
Dans l'introduction au Cantique (Bible de Chouraqui), il est décrit deux plans de significations : celui de l'humain et celui de la création. « La poésie hébraïque marie-t-elle ici l'humain au cosmos ; elle voit le réel sous la forme d'un homme, et dans cet homme la totalité de l'univers ». Ceci n'est pas étranger à l'Éros, ce qui peut surprendre dans un livre biblique.