CR : Elite Dangerous
Jour 1 : l’exaltation
Ça y est, le grand jour est arrivé. Ce soir, mon nouveau Sidewinder va être livré, chez moi. Inutile de vous dire que mes préparatifs ont été minutieux. J'ai divorcé, mis le gosse au congélateur, éteint mon portable, et, plus important que tout le reste, fait le plein de provisions. Coca, tagada, il ne me manquera rien. C'est que l'espace, c'est grand.
Voyez vous, c’est pas tous les jours qu’on change de vie. Métro, boulot, dodo, c’est finit pour moi. Je passe direct par la case espace. Après quelques minutes d’attente, je vois enfin apparaître ma première station, point de départ d'un long, très long voyage. Lacet, roulis, tangage : Check. Manette des gaz : Check. Autorisation accordée, paré au décollage. Le vaisseau quitte doucement le sol de la station. J'ignorais qu'il était si facile de faire décoller un engin spatial. Je pousse la manette des gaz. Le moteur ronronne doucement, et me propulse lentement vers la sortie. Devant moi, le néant, parsemé d'étoiles, promesses de rêves d'enfants. Mais pas tout de suite. D'abord, je vais faire connaissance avec mon sidewinder flambant neuf. C'est mon seul rempart contre le vide, je dois le connaître si je ne veux pas finir la tête dans les étoiles.
La navigation est aisée, le vaisseau répond au doigt et à l'oeil. Très vite, je commence à me faire à l'inertie, l'absence de gravité, et la totale liberté de mouvements dans toutes les directions. La sensation est unique, je dois bien vous l'avouer. Quel homme n'a jamais rêvé d'être aussi libre ? Des siècles entiers, l’être humain a tourné les yeux vers le ciel et imaginé faire ce que je suis en train de faire, les pieds fermement ancrés dans le sol, tentant avec l'énergie du désespoir de dompter la science pour la plier à son plus profond désir. J'ai de la chance quelque part.
Mais trêve de babillages. Je vais visiter un peu les alentours, pour voir. J'enclenche le frame shift drive, et l'univers s'ouvre sous mes yeux, comme une fleur. La vitesse augmente d'une façon inimaginable. Très vite, je dépasse la vitesse de la lumière et navigue entre lunes et planètes avec une aisance insolente. Quelle sensation ! Je ressens tout : le poids du vaisseau, la chaleur des astres, l'attraction des planètes qui me retient, et l'incroyable puissance qui m'en affranchit. Je ne pensais pas vivre ça un jour, mais la vie réserve quelques surprises.

Jour 2 : la soif
Le premier saut quantique est toujours un grand moment, qui vous marque totalement, comme le premier baiser humide d’une jolie fille lors d’un après-midi de printemps. Un saut quantique, ça fait peur dit comme ça, mais c’est tout simple: c’est le fait de sauter d’une étoile à l’autre, en un clin d’oeil. On pointe une étoile, on respire un grand coup, on enclenche le bouton, et on profite. Quelques secondes plus tard, on sort du tunnel face à une étoile. Mais la manoeuvre n’est pas sans risque. La science a beau avoir rendu le saut quantique anodin, il n’en reste pas moins dangereux. A la moindre baisse de concentration, on finit pulvérisé, atomisé, par les milliers de degrés de cette immense boule de gaz en fusion. Qui a dit que l’espace était froid ?
Mais ne vous laissez pas intimider par le danger, et gardez bien en tête que ces quelques secondes vont irrémédiablement baisser vos barrières. Plus jamais vous ne verrez la galaxie comme avant, le saut quantique redéfinit totalement la notion d’espace et de temps. Plus rien n’est inaccessible. La voie lactée est vaste, et elle vous appartient.
Cette immensité peut donner le vertige au début. Je vous avoue que la première fois que j’ai ouvert ma carte, j’ai aussi ressenti ce trouble. On zoom, on dézoome, les étoiles se multiplient, une à une. Quatre cent milliards d’étoiles. C’est beaucoup. Même en un battement de cil chacune, je n’aurai pas assez de toute une vie pour les voir. Ouais, la vie est cruelle.
Perdu dans la contemplation de ma nouvelle aire de jeu, je mets quelques secondes à m'apercevoir que mon comlink sonne:
Oui ?
Hé, c’est moi, je suis juste à coté de Sol, tu me rejoins ? On ira voir la Terre ensemble.
D’accord, j’arrive.”
Avant de continuer, deux choses : premièrement, il faut savoir que mon premier système était loin de tout, perdu dans l’immensité de l’espace, à 80 années lumière du Soleil. 80 années lumière, par saut de puce, ce n’est pas grand chose, mais c’est pas mal déjà. D’autant plus que mon vaisseau de base ne me permet pas les sauts supérieurs à 8 années lumière. Deuxièmement, vous ne trouvez pas paradoxal que la première chose que vous voulez voir quand on vous offre une galaxie entière, c’est votre planète natale ? L’humain est plein de contradictions.

Jour 3 : la bohème
J’ai donc pris mes pilules protéinées, mis mon casque, et je suis parti. Ça y est, je l’ai fait. Direction Sol. J’ai ouvert la carte, tapé le nom, et programmé mon itinéraire. Je vais donc passer par une vingtaine d’étoiles, pour arriver à destination. Mon premier grand voyage. J’ai pas un sous en poche, mais j’ai le coeur plein de joie. Adieu tout le monde, bonjour le monde, j’arrive. Plus rien ne peux m’arrêter.
Mon premier saut se passe bien, j’arrive devant une géante rouge, ralenti légèrement, la contourne, m’aligne avec ma prochaine destination, et lance mon frame shift drive. Quelques secondes plus tard, me voila devant une naine brune. Le spectacle est fantastique, je décide de prendre quelques secondes pour l’admirer. A cette distance, la totalité du champs de vision est encombré par la masse imposante de l’étoile. Le bouillonnement à la surface d’une violence rare projette des arches à plusieurs milliers de kilomètres. Le ballet est saisissant, on croirait assister à la fin du monde à l’abri de son cockpit. Mais le voyage est encore long, je dois me remettre en route au plus vite.
Les sauts s'enchaînent calmement, et je décide qu’une halte dans une petite station rebelle pour faire le plein de carburant me ferait le plus grand bien. Quelques minutes plus tard, je suis de nouveau sur la route.
De temps en temps, un message m’avertit qu’un nouvel astre a été découvert. Un coup de scanner me permet d’obtenir plus d’informations et d’en découvrir de nouveaux. Les informations ainsi obtenue pourront être revendue ultérieurement contre quelques crédit. Mais tout cela prend du temps et le voyage s’éternise. Je prends donc la décision de ne pas m’arrêter à chaque station pour faire le plein, et de pousser un peu mon vaisseau. Grave erreur. Mon carburant baisse dangereusement, et depuis trois systèmes, je n’ai plus croisé un seul signe de vie. Encore deux sauts, et je serai à cours de carburant. Avec un peu de chance…
L'angoisse augmente au fil des secondes. Aucune station détectée. Je ne peux plus revenir en arrière. S’il n’y a rien autour de la prochaine étoile, je serai perdu et n’aurai d’autre choix que de me laisser mourir. J'enclenche le saut. Mauvaise surprise, il n’y a rien aux alentours. Un coup de scanner m’indique quatre objets inconnus dans les parages. Je fais le tour du système pour en savoir plus. Deux planètes telluriques, deux planètes gazeuses. Aucune station. Je tourne en rond, désespérément. L’univers n’a aucune pitié. Je n’ai plus aucun recours. Le vague à l’âme, je déclenche l’autodestruction à contre coeur.
Dans un ultime fracas, mon vaisseau est pulvérisé en milliers de morceaux. Avec lui, toutes les informations cartographiques durement acquises pendant mon périple. J’aurai fait tout ça pour rien, retour à la case départ. Mais avant, je dois payer l’assurance, avec de l’argent que je n’ai pas. La banque va m’en prêter, à crédit. J’étais déjà pas bien riche, me voila débiteur. Mon aventure commence mal.

Jour 10: l’ivraie
C’est donc ça ma vie? C’est donc ça que je suis devenu ?
J’ai finis par rejoindre Sol, enfin. J’ai revendu la soute de mon Sidewinder, et acheté avec l’argent acquis un nouveau module me permettant de recharger le carburant en surfant sur les étoiles. Le temps d’apprendre à me servir de ce nouveau gadget, j’étais mort deux fois, brûlé par une naine blanche. Il faut savoir que seules certaines étoiles permettent au module de fonctionner, les autres sont tout simplement mortelles. Moi je savais pas. J’ai appris à la dure.
Me voila donc, à portée de saut de Sol. Mais mon ami n’est plus là, parti depuis bien longtemps. Fauché, épuisé par le voyage, je tente de décrocher quelques contrats pour sortir la tête hors de l’eau. Les fédérations ne veulent pas entendre parler de moi. Pour elles, je ne suis rien, je n’existe pas. Elles ne me font pas confiance. Ma seule option est de prendre les missions qui me tombent sous la main et qui paient que dalle. Va apporter le message ici, transporte mes deux tonnes de poissons là bas. De la manutention de bas étage.
Crédit après crédit, j’ai économisé, durement, pour me payer un Hauler. Ho, c’est pas le pied, c’est moche, c’est lent, mais ça a une grosse soute. Voler dans un Hauler, c’est un peu comme sortir avec une fille moche : on a un peu honte devant les copains, mais on est bien dedans. Et puis il faut l’avouer, ça aide bien quand on a rien d’autre.
Voilà à quoi ressemble ma vie depuis, à faire le larbin pour des corpos qui n’en ont à foutre de moi. Toutes les étoiles se ressemblent, le quotidien est monotone, et je gagne une misère, juste de quoi survivre.
Et de temps en temps, la mort. Un pirate te sort de l’hyperspace et t’attaque pour récupérer ta cargaison. Ils sont sans pitié.
Rassurez-vous, la mort n’est plus aussi définitive qu’avant, mais elle fait mal quand on est un petit coursier de rien du tout. Elle coûte cher et peut vous mettre dans la merde. C’est moins pire que d’y laisser définitivement sa peau, mais tout de même, il faut être bien accroché pour persister. Et croyez moi sur parole quand je vous dis que vous allez l’expérimenter en long, en large, et en travers (souvent de la gorge).
La dernière fois, j’ai voulu mettre un peu de beurre dans les épinards, en récupérant une cargaison au milieu de rien. Je veux dire, j’étais tranquillement en train de voler, lorsque tout à coup, je tombe sur un lot d’armes incapacitantes. Je regarde à droite, à gauche, personne. J’allais tout de même pas la laisser là. Alors j’ai fait ce que tout homme censé aurait fait. J’ai chargé mes soutes et je me suis cassé. Sans demandé mon reste. Ce que j’ignorais, c’est que c’était de la marchandise volée. Ou du moins étant considérée comme tel car n’ayant aucun bordereau de livraison valide. Je l’ai appris en tentant de rejoindre la station la plus proche, pour la revendre. Un vaisseau des forces de l’ordre local est venu me scanner et m’a mis une prune de 24000 crédits pour chargement illégal. Dégoûté, je rentre dans la station, mais impossible de revendre mes armes, pour les même raisons. J’ai alors tenté de trouver un marché noir, ailleurs, mais en chemin, j’ai été scanné deux autres fois, avec à chaque fois, 24000 crédits d’amende supplémentaires. Pour 14000 crédits de marchandise. Dur.
Décidément, après les premières heures d'euphorie, l’espace a une allure de gueule de bois. J’ai envie de rentrer chez moi. J’ignore ce qui m’en empêche.

Jour 15 : l’ennui
“Tour de contrôle ? Demande autorisation de sortir du vaisseau.
Tour de contrôle à Fenston. Négatif.
S’il vous plaît ? Ça fait des jours que je suis dans ce vaisseau, j’ai besoin de me dégourdir un peu les jambes moi, histoire de visiter un peu mon hangar.
Autorisation refusée. Bonne journée.”
J’aurai au moins essayé.
Jour 22 : l'échec
Aujourd’hui, j’ai tenté une nouvelle approche dans mon entreprise désespérée de gagner de l’argent. Je me suis essayé au commerce. Voyez vous, j’en avais assez de voir des poussah grassouillets venir parader avec leurs millions chaque jour à l’astroport du coin, à se vanter des crédits qu’il amassaient heure après heure, sans trop de se fatiguer. J’ai eu aussi envie de ma part du gâteau.
Le principe est simple parait-il. Il suffit de repérer les zones qui vendent beaucoup une denrée, d’en trouver une autre qui en recherche beaucoup, et de faire la liaison entre eux, en faisant jouer la loi de l’offre et de la demande. Bon, je dois avouer que je ne suis pas spécialement comptable dans l’âme, mais ça n’a pas l’air si compliqué que ça.
Ça, c’est la théorie.
La pratique, c’est une autre histoire. Déjà, il faut savoir que dans le futur, on peut sauter d’une étoile à l’autre, mais que les ordinateurs embarqués dans nos vaisseaux sont très rudimentaires. Les informations accessibles depuis le cockpit sont pour le moins parcellaires, et il faut faire le déplacement jusqu’au système en question pour obtenir les informations qu’on désire, pour enfin, les noter sur un petit bout de papier. Je sais pas si vous avez déjà vu le cockpit d’un vaisseau, mais garder son carnet à portée de main comme au 20 ème siècle n’est pas une solution particulièrement pratique au quotidien.
Mais qu’importe, j’ai rempli ma soute d’or, et commencé à faire le tour des astroports du coin pour voir à qui je pouvais le revendre. Après deux heures à tourner en rond, j’ai finalement réussi à me débarrasser de ma cargaison, grâce à l’aide d’un gentil pirate qui passait par là. Brave homme.
Marchand, c’est pas pour moi.

Jour 28 : le renouveau
Ce matin, j’ai claqué la porte. L’ultime mission ultra urgente de livraison de fer a eu raison de moi. Merde, j’ai pas signé pour ça moi. Je veux de la beauté, de l’exaltation, de l’aventure.
J’ai eu le déclic hier soir. Encore un colis à livrer, encore un pirate. Je ne me suis pas laissé faire, et j’ai tenté de l’abattre. Après une dure bataille, j’ai finis par prendre le dessus. Bonne surprise, l’individu était recherché par les forces de l’ordre, et j’ai empoché une prime de 14000 crédits, soit deux fois plus qu’une heure de travail normal.
Une fois à la station la plus proche, on m’a demandé de transporté des esclaves. Pour une bonne somme. J’ai refusé. Je trempe pas dans ces histoires moi. Je veux rester honnête. Mais ça m’a fait réfléchir. J’en ai assez de cette vie minable, à faire le guignol pour des connards. Alors sur un coup de tête, j’ai revendu mon hauler, et j’ai fait l’acquisition d’un superbe viper flambant neuf. Comme j’avais un peu d’argent de coté, j’en ai profité pour l’équiper un petit peu : j’ai installé deux lasers autoguidés, deux gatlings ultra puissantes, un nouveau bouclier, et j’ai revendu ma soute. Plus jamais je transporterai quoique ce soit.
Sur le canal local, j’ai entendu des rumeurs : il paraîtrait que les sites d’extraction du coin sont infestés de pirates et que les forces de l’ordre ne savent pour où donner de la tête pour garantir la sécurité des honnêtes mineurs. Je vais aller leur prêter main forte, je verrai bien. Après tout, j’ai plus rien à perdre.
Jour 35: l’enfer du devoir
J’ai enfin repris goût à la vie. Je suis désormais une personne heureuse. La mort m’a redonné la joie. Il ne m’en fallait pas beaucoup.
Laissez moi vous raconter : j’ai débuté ma ronde dans les anneaux d’une planètes locale, de bon matin. La lumière rasante de l’étoile filtrait à travers les poussières de silicates tandis que je scannais les vaisseaux minant paisiblement dans le coin. Tout était calme, je patrouillais sereinement entre les rochers, rien n'annonçait la fureur destructrice qui allait s’abattre sur les lieux. Après quelques minutes, un mouvement attire mon regard sur la droite : c’est le tir laser d’un eagle de la milice locale attaquant un viper. Le combat s'annonçait inégal, mais j’étais là pour ça après tout : équilibrer les forces en puissance. Mon sang ne fit qu’un tour : j’ai poussé les gaz à fond, et enclenché le boost. Dans un fracas assourdissant, mon vaisseau a bondit vers la cible. J’allais enfin pouvoir tester ma nouvelle puissance d’attaque. J’ai sortit mes armes, et j’ai tiré sans relâche. Son bouclier a vite sauté, mais il ne s’est pas laissé faire et a commencé à faire des demis tours successifs pour gagner du temps. Pas encore habitué à un tel rythme, j’ai eu du mal à le suivre, mais après quelques balles bien placés, j’ai réussi à faire tomber son intégrité à 50%. C’est à ce moment là qu’il a commencé à répliquer. Profitant d’une erreur de ma part, il s’est glissé dans mon dos, et fait tombé mon bouclier dans la foulée. Je sentais ses balles ricocher sur mon fuselage, et je pouvais voir ma jauge baisser à vue d’oeil. J’étais déjà à 70%. Heureusement, je n’étais pas seul, et la patrouille à qui j’avais porté secours est revenue dans la bataille, ce qui m’a permis de reprendre mon souffle et recharger un peu de bouclier. Mais le pirate tournait toujours, et se montrait de plus en plus agressif, la patrouille l’ayant fait tomber à 40%. Désormais stabilisé, le bouclier à 100%, j’ai pris le temps de viser, lentement. Et j’ai tiré. Mes balles ont pulvérisé son moteur, l’envoyant à la dérive, sans possibilité de se rétablir. Le reste n’a été qu’une simple formalité : je n’avais plus qu’à l’aligner pour le descendre. J’ai ainsi gagné ma première prime de 10000 cr en tant que chasseur de primes.
Ce que je n’avais pas encore vu en revanche, c’est que le pirate avait un pote dans le coin, visiblement mécontent. Encore tout tremblant de mon exploit, je n’ai pas vu sur le radar qu’il était dans mon dos. Mon bouclier est tombé de nouveau. Mes réflexes ont agis pour moi, j’ai fait demi tour instantanément, et j’ai tiré, en fonçant sur lui. Le duel s’annonçait serré, il n’avait qu’un petit sidewinder, mais je n’avais plus aucune protection, et mon générateur était endommagé. Heureusement pour moi, mon Viper a tenu bon, et j’ai pu rattraper mon retard lors de la joute, avant de l’éviter de justesse.
Je n’arrivais plus à réfléchir : l'adrénaline avait pris le contrôle total de mon corps, et agissait à ma place. En quelques secondes, le combat était plié, dans une nouvelle explosion. 4000 crédits de plus dans mon escarcelle.
Encore sur ma lancée, j’ai détruit un autre viper et deux autres sidewinder pour un total de 20000 crédits supplémentaires. Plus rien ne pouvait m’arrêter, j’avais le vent en poupe, la bave aux lèvres, et le goût du sang en bouche. Il fallait que je tue de nouveau. Sans réfléchir, sans même regarder, j’ai alors engagé le combat avant un anaconda, aux prises avec deux autres vaisseaux de la milice locale. Il était plus costaud que moi, plus fort, mais on était trois dessus. J’avais mes chances. Le salopard s’est bien démené. Il a réussi à abattre un eagle de la milice tandis que j’entamais lentement sa coque protectrice. Il avait une puissance de feu monstrueuse et son engin paraissait plus maniable que le mien. Mais je ne l’ai pas lâché. Pourcent après pourcent, j’ai réussi le descendre à 10%. De mon coté, je m’en sortais pas trop mal, et j’avais l’ascendant sur lui. C’est à ce moment là que j’ai été percuté par mon allier. Je sais pas comment il s’y est pris mais il m’a foncé dedans, par accident. Mon viper est alors parti en vrille, impossible à stabiliser. Mon bouclier, dans la manoeuvre avait sauté, et j’avais perdu tout repaire. Ce n’est qu’après quelques secondes que j’ai finalement réussi à reprendre le contrôle. Trop tard, le pirate était face à moi, prêt à en découdre, les tirs au maximum. J’ai jamais vu mon armure descendre aussi vite. En quelques secondes, j’étais plus qu’à deux pourcent. J’ai eu de la chance de m’en sortir. Lors d’une manoeuvre inespérée, j’ai réussi à le semer. J’étais vraiment mal, mon engin n’était plus qu’une épave, mais j’étais en vie. J’aurais dû partir et empocher ma prime tant qu’il était encore temps, mais un homme doit faire face à son destin parfois. J’ai alors fait demi tour et suis retourné au combat. Il allait payer. Le temps que j’arrive sur place, la milice avait réussi à le faire tomber à quelques pourcent aussi. J’ai donc fait ce qu’il fallait faire. J’ai tiré dans son dos. Lâchement. Une petite salve, l’envoyant ad patres, dans les flammes. Bordel, le salopard avait 40000 crédits sur le cul. Je sais pas si vous vous rendez compte, mais à mon niveau, 40000 crédits, c’était le bout du monde. Ajouté au reste de ma moisson, cela faisait plus de 100 000 Crédits. J’étais riche, j’avais jamais eu autant d’argent. Je pouvais rentrer à la base empocher le fruit de mon dur labeur.
Mais l’univers est une pute, qui se nourrit des larmes de désespoir. En chemin, j’ai croisé un nouveau pirate. Il n’a pas cherché à comprendre, et m’a tiré dessus. Sûrement un pote de l’autre. Avec mes 2% d’armure, j’ai pas tenu longtemps. J’ai connu une nouvelle mort. Et perdu ma prime entière. Putain, 100 000 crédits. En fumée.
Je venais d’acquérir une nouvelle qualité : la prudence.

Jour 53 : la plénitude
Ma carrière de chasseur de prime se passe bien. Malgré l’échec de ma première expérience, j’ai persévéré. Prime après prime, j’ai amassé un petit pactole. Ho, bien sur, la vie n’est pas toujours facile, et on connaît souvent l’échec, mais l’un dans l’autre, je m’en sors pas mal. J’ai pu changer toutes les pièces de mon viper, et j’ai un petit matelas de 500 000 crédits en banque. J’ai envie d’un vaisseau plus gros, plus puissant. Je suis devenu accroc à la frénésie guerrière.
Bien sur, je varie les plaisirs. Il y a peu, j’ai participé à l’attaque d’un capital ship. Ce fut une bataille épique, qui restera encrée dans ma mémoire longtemps. Je peux encore ressentir le frisson rien qu’en fermant les yeux. Les milliers de tirs frôlant mon vaisseau, la flotte s’écrasant comme une nuée de mouches sur la coque impénétrable du Colosse Indomptable, les tactiques mises en oeuvre pour tenter de faire tomber les générateurs de l’ennemi. Malheureusement, toute bonne chose a une fin, et ma participation à l’Histoire n’aura pas été à la hauteur de l’événement. Un tir trop bien placé à mon goût a fait sauter la vitre de mon viper. Heureusement, le module de survie a pris le relais et j'ai pu rentrer à la base juste à temps, dans le stress le plus total. Imaginez : ma cabine entièrement à nue, totalement dépressurisée, et juste ma combinaison de quelques millimètres protégeant ma peau de l’espace. Le voyage retour m’a paru une éternité rythmée par le souffle pénible de ma respiration. Je m’en suis vraiment sorti de justesse.
A part ça, tout va bien. Les marchands continuent de se faire des couilles en or, mais qu’importe. A défaut de richesse, j’ai l’ivresse des sens.
Jour 71 : Vers l’infini
Bon, cette fois, mon aventure touche à sa fin. C’est le coeur serré que je vous transmets mes adieux. L’univers est trop grand pour moi, et ce n’est pas en tournant en rond dans ma bulle de quelques parsecs que je vais l’explorer. J’ai décidé de partir. Tout claquer, et partir. Adieu les fédérations, adieu les pirates, adieu les commerciaux avides, et merci pour le poisson. J’ai repéré une belle nébuleuse à 5000 années lumières d’ici, et j’ai décidé d’aller la voir de plus près. Le voyage s’annonce long, et dangereux. Mais qu’importe. Je risque déjà ma vie ici chaque jour. Cette fois, je veux être seul. Définitivement. Alors adieu. Je vais voyager. Quand j’arriverai à destination, j’irai ailleurs, j’ignore encore où.
Un jour peut-être, je reviendrai. D’ici là, je vous souhaite de vivre autant de belles aventures que moi. J’ai vu tant de choses que vous ne pourriez croire. Je suis heureux. J’ai accompli mon rêve.
Avec un peu de chance, on se croisera au détour d’une étoile.
Pour les TLDRLOL
+ Ambiance fantastique
+ Univers immense
+ Super beau graphiquement
+ Rêve de gosse pour tout fan d'astronomie / SF
+ Gros gros trip
+ Ambiance sonore
+ Possibilité de changer et varier les gameplays très facilement
+ Durée de vie infinie si on accroche
- Univers générique ( pas de lieux vraiment reconnaissables ) pour rebuter
- Peut se montrer répétitif
- Pas un jeu pour tout le monde : le rythme est posé, et tient surtout par l'ambiance (jeu très contemplatif par moment)
- Difficile quand on débute. Le jeu est impitoyable
- Manque encore beaucoup de choses. Peut potentiellement devenir jeu ultime d'ici deux trois ans.
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Free Daweed - "The game might crash, but at least the trains will run on time" - Chris Roberts 2018 - Je fais ma pute pour un Dragonfly : STAR-V6VM-MD7X