bardass a écrit :
une évolution de carrière comme la mienne (elle n'a rien d'exceptionnelle) était impossible à penser en 92 comme elle l'est peut être actuellement
tout est affaire d'occasion à saisir et de chances à provoquer
voyons mon cas : j'ai attendu 16 mois avant de trouver un emploi, pendant ce temps là, je faisais des petits boulots à droite à gauche pour vivre, rien d'exceptionnel là non plus
j'ai trouvé un CDI payé 120 KF (10KF brut mensuel) en 92, moins que les 20-22 K dont certains se plaignent aujourd'hui.
il est vrai que personne n'avait été payé 240KF qlq temps auparavant, comme certains, aujourd'hui, rêvent encore des années 2000.
120KF, c'était pas beaucoup pour un bac+5, mais c'était toujours mieux que rien
et c'était le pied à l'étrier, l'occasion de prendre de l'expérience dans une petite SSII de 40 personnes
j'ai beaucoup bossé, le soir, pas mal de week-end, le boulot était intéressant, c'était essentiellement des forfaits. J'ai appris à gérer un projet au forfait, à déterminer un reste à faire, à programmer sous contraintes, à planifier des tâches, à gérer une équipe.
j'ai montré de quoi j'étais capable et mes reponsables m'ont donné de plus en plus de responsabilités, que j'ai accepté. J'ai participé à des projets de plusieurs milliers de jours, toujours au forfait avec de plus en plus de reponsabilités. Ca demandait un énorme investissement personnel
puis rapidement, j'ai proposé de lancer une offre décisionnelle, à l'époque personne ne savait ce que c'était en France. J'ai bossé comme un malade pour acquérir des connaissances, monter un partenariat avec un éditeur de renommée mondiale et lancé un centre de profit.
mon employeur n'y a pas cru, j'ai démissionné pour partir ailleurs avec la même démarche
j'ai trouvé un autre petite SSII (120 personnes) qui y a cru et qui m'a donné les moyens de monter le centre de profit. Ca a duré 3 ans avant de changer pour la SSII actuelle (160 personnes) que j'ai intégré comme consultant décisionnel.
Au bout de 6 mois, on m'a proposé de prendre la direction technique d'une agence. Je n'avais pas forcément le profil, je ne connaissais pas grand chose aux techno Web, ni java, ni tma, ni groupware, mais j'ai bossé pour me mettre à niveau et être crédible face aux clients, mais surtout face à mes collaborateurs. Je crois l'être devenu, je suis leur référent en décisionnel, pour les autres domaines, ils savent que je ne suis pas le meilleur expert, mais ils savent que j'en connais suffisamment pour ne pas me faire enfler
assurant la direction des projet, il ne m'est pas nécessaire d'être une pointure technique mais un très bon organisateur.
j'en conclus ceci :
- les périodes 1992-1994 et 2001-2004 sont équivalentes dans le sens où la récession a touché et touche durement les informaticiens. Par contre, l'informatique en 92 était obscure, le grand public n'y connaissait rien, psa beaucoup de demandes de la part des clients, pas beaucoup d'offres, donc pas de salaires mirobolants. Pour ceux qui arrivent sur le marché, c'est d'autant plus dur maintenant : comment accepter d'être payé 22 K en 2004 quand des débutants demandaientet touchaient 36 K en 2000. La situation est autant abusive aujourd'hui qu'elle ne l'était en 2000. Chaque partie en profite, c'est critiquable, mais peu de monde se plaignait du salaire en 2000 (faut dire aussi qu'il n'y avait pas grand monde sur ce forum
).
- le choix de la SSII et des missions est primordiale : j'ai toujours privilégié (quand j'en ai eu la possibilité) des SSII de petite taille travaillant essentiellement au forfait. Un, cela me permettait de sortir du lot si je le pouvais, les grilles d'évolution et de salaires des grosses SSII ne me conviennent pas du tout. Deux, les projets au forfait sont ce qu'il y a de mieux pour apprendre la gestion des contraintes qui est le point clé de l'informatique professionnelle. Je n'ai jamais voulu faire de la régie par peur d'être oublié de mon employeur.
- j'ai compris rapidement que l'informatique personnelle et l'informatique professionnelle n'avait pas grand chose en commun. Dans un cas, on cherche à se faire plaisir, dans l'autre, il est impératif de fournir une application en adéquation avec les besoins et les contraintes du client ET de la SSII. Si un jeune diplômé n' pas compris cela à la fin de ses études, qu'il n'aille pas en SSII, il sera malheureux, soit il change de métier, soit il part faire de la recherche (ceci n'est absolument pas péjoratif, les objectifs dans la recherche ne sont pas les mêmes qu'en SSII)
- il faut savoir provoquer et saisir les opportunités.
Provoquer, parce que rien n'arrive seul (ou en tout cas pas souvent, autant jouer au loto). Il faut savoir proposer, anticiper des besoins, être à l'écoute et ne pas se contenter de suivre.
mais il faut être patient pour le proposer à bon escient, aux bonnes personnes, au bon moment.
Saisir, parce que parfois on vous a remarqué pour X raisons et que l'on vous propose un poste, un projet qui, à priori, ne correspond pas à votre profil et qui sera l'élement déclencheur d'une évolution de carrière. Ca n'arrive pas sur tous les projets, mais il en suffit d'un pour lancer la machine.
Combien ai-je vu de collaborateurs nous dire que le poste de chef de projet, qu'on leur proposait, ne les intéressait pas car trop d'emmerdes, de contraintes, de responsabilités. Pas de problème, chacun mène sa barque comme il l'entend. Mais qu'il ne vienne pas se plaindre qu'il n'a pas de plan de carrière , qu'il fait toujours la même chose, que son salaire n'évolue pas (pourquoi dois-je le payer plus qu'un CP qui se démène avec son projet ?) ?
il ne suffit pas non plus d'annoncer en entretien d'évaluation qu'on veut faire ou devenir ceci ou cela. Il faut avoir démontrer qu'on en a les capacités ou bien avoir préalablement préparé son projet pour en montrer les bénéfices à son employeur. Je rappelle qu'une SSII est un employeur comme un autre et qu'elle ne fait pas du mécénat.
- la plupart des forumeurs qui critiquent les SSII sont en régie. Je comprends leur position. Simplement, ils ont une vue partielle, et c'est normal, du fonctionnement dans une SSII. Toutes les SSII ne font pas que de la régie. Non, toutes les régies ne sont pas pourries. Mais pourquoi autant de régie ? Pourquoi autant de jeunes diplomés sur des régies ? Cela s'explique aisément : les forfaits sont très difficiles à gagner, toutes les SSII ont faim, du coup le montant des projets est en chute libre. Ces projets représentent des risques majeurs pour les SSII. Il est donc primordial de mettre en place des équipes qui tiennent la route avec des collaborateurs expérimentés qui tiennent la pression. La pression est due autant au client qu'à la SSII : pénalités de retard, présence de société de conseils auprès du client, audit externe de code, et j'en passe ... Du coup, les jeunes diplomés sont tenus à l'écart de ce type de projet car ils représentent un risque supplémentaire sur le projet, à cause de leur inexpérience.
- il faut garder espoir, la tendance semble être à un redémarrage, on l'attendait pour début 2004, il semble que cela soit reporteé d'un an. Les SSII ne sont certainement pas la panacée des entreprises, mais je ne crois pas qu'elles fassent partie des pires.
A partir du moment où la reprise sera effective, je pense que la situation s'assainira à tous les niveaux : entre le client et le ssii, entre la ssii et les collaborateurs. Cela s'est fait de 95 à 98, je ne vois pas de raisons pour que cela n'ait pas lieu dans les années à venir. Par contre, je ne sais pas quand cela arrivera. D'où la patience nécessaire.
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