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Une grande partie de l'Asie centrale, sur 3 pays, a été privée d'électricité ce mardi à la suite d'une surcharge sur le vieux réseau hérité de l'URSS ; l'industrie florrissante des cryptomonnaies au Kazakhstan est pointée du doigt.
... Oui mais du genre massive, puisque comme l’indique Eurasianet, ce sont des millions de personnes, une région entière du globe, qui ont été plongés dans le noir la plus grande partie de la journée d’hier mardi. Une panne de courant (largement terminée à l’heure où je vous parle) mais qui a aussi eu la particularité de frapper trois pays en même temps, trois voisins d’Asie centrale, le Kirghizistan, l’Ouzbékistan et le Kazakhstan dont on avait pas mal parlé au début du mois quand la population s’était soulevée, justement on va y revenir, suite à l’augmentation du prix du gaz et à la pénurie d’électricité.
Car tout ça semble bien connecté, sans mauvais jeu de mot. Le magazine spécialisé sur l’Asie The Diplomat nous explique que de la capitale ouzbèke Tashkent, à l’ancienne capitale kazakhe Almaty, en passant par la kirghize Bishkek et les cités mythiques de Samarcande et Boukhara, tout le cœur de l’Asie centrale a été touché car il reste, trente ans après la chute de l’URSS, relié à un même réseau électrique transfrontalier conçu à l’époque où tous ces pays faisaient partie du grand tout soviétique.
Ca a des bons côtés, par exemple l’été le Kirghizistan montagneux fournit aux vallées et aux steppes du courant généré dans ses centrales hydroélectriques, et l’hiver c’est l’inverse, l’Ouzbékistan et leKazakhstan, qui sont riches en hydrocarbures, alimentent leur voisin des montagnes… Mais cette interconnexion, on l’a vu ce mardi, a aussi des désavantages, surtout quand on sait que les infrastructures du réseau, elles aussi, datent des années 1970 et n’ont pas été rénovées comme il aurait fallu.
D’ailleurs, note Catherine Putz du Diplomat, en rétablissant le courant ce matin les trois pays concernés par la coupure l’ont fait… chacun de son côté, sans se relier à nouveau au réseau défectueux ce qui en quelque sorte met fin à l’interconnexion. On verra si ça reste comme ça sur le long terme, mais pour le moment chacun depuis quelques heures ne distribue que de l’électricité produite dans son pays. Ainsi c’est tout un secteur qui est en train de s’émanciper de l’héritage soviétique… mais pas du giron russe pour autant : l’agence Akipress nous apprenait il y a quelques jours que le Kirghizistan vient de signer un contrat avec la société russe Rosatom pour construire la première centrale nucléaire de toute l’Asie centrale.
Quant à la cause de cette coupure géante d’électricité, on sait juste avec le site d’info Kazakhstan Today que la cause de la panne est bien située au Kazakhstan : une surcharge de courant qui a endommagé le barreau de délestage reliant le réseau du nord et celui du sud du pays. L’origine de cette surcharge soudaine n’a pas été précisée mais l’agence russe RIA Novosti pointe du doigt la nouvelle vache à lait depuis quelques années de l’économie kazakhe, le minage de cryptomonnaies dont on a déjà dit ici qu’il a connu un essor très rapide dans le pays d’Asie centrale justement parce que l’électricité nécessaire à faire tourner des milliers d’ordinateurs 24h/24, y était abondante et peu chère… enfin jusqu’à très récemment.
Le Kazakhstan est devenu le deuxième pays producteur entre guillemets de Bitcoins au monde, mais son réseau électrique ne semble pas arriver à suivre, d’autant plus que l’hiver est particulièrement rude et donc la demande en électricité bat des records dans les foyers des ménages kazakhes. Pour tenter de préserver ces derniers, voyant arriver le black-out d’hier les autorités du pays avaient débranché du réseau les entreprises de minage de cryptomonnaies… raconte Bloomberg, mais cela n’a visiblement pas suffi. Les citoyens kazakhes déjà excédés par ces pénuries d’énergie, et très violemment réprimés dans leur tentative de révolte au début du mois, ont donc à nouveau subi les conséquences de ces crypto-mineurs qui ont fait main basse sur l’électricité kazakhe.
D’ailleurs dans ce monde parallèle des cryptomonnaies, le temps n’est pas vraiment au beau fixe. The Washington Post a calculé que les petits épargnants qui y ont investi leurs économies sont en train de perdre beaucoup d’argent avec la chute des cours ces dernières semaines. La valeur globale des cryptomonnaies aurait perdu en tout 1000 milliards de dollars, après être montée très fort ces dernières années. Derrière, il y a des faillites personnelles en vue pour des milliers de boursicoteurs nouvelle génération aux etats-Unis. La Maison blanche, paraît-il, s’en inquiète et réfléchit à mieux réguler ce secteur financier nébuleux mais aux conséquences désormais très concrêtes sur nos sociétés : ce ne sont pas les Kazakhes qui diront le contraire.
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