spartak01 | leyo23 a écrit :
Aaaah, le fameux papier de Laponche avec plus de 129% de probabilité de risque d'accident, et base sur des hypothèses petees du cul! https://images.math.cnrs.fr/Acciden [...] tatistique
Citation :
Explications de texte.
L’article commence par estimer la probabilité d’un accident majeur par réacteur nucléaire et par année de fonctionnement. Selon l’article, le parc mondial actuel de réacteurs cumule 14000 réacteurs-ans (environ 450 réacteurs pendant 31 ans). Pendant cette période, il y a eu quatre accidents majeurs, ce qui mène à une probabilité d’accident majeur d’environ 0,0003 par an pour chaque réacteur.
Les auteurs en « déduisent » donc que la probabilité d’un accident majeur en France (avec ses 58 réacteurs) pendant les trente prochaines années serait de 58 fois 30 fois 0,0003, donc d’environ 50%. Quant à la probabilité d’un accident en Europe (143 réacteurs) dans les trente prochaines années, elle « est » de 143 fois 30 fois 0,0003, « donc » d’environ 129%. Comment une probabilité pourrait-elle dépasser 100% ? Plus sûr que la certitude ? Les auteurs ont sans doute mauvaise conscience d’écrire que la probabilité est de 129% alors ils se contentent d’écrire qu’elle est de « plus de 100% »... Ils concluent « La réalité, c’est que le risque d’accident majeur en Europe n’est pas très improbable, mais au contraire une certitude statistique. »
Quel dommage qu’un ingénieur et un physicien puissent commettre de telles erreurs sur des questions aussi élémentaires de probabilités. D’autant plus dommage que s’ils avaient fait un calcul correct, ils n’auraient pas conclu à une « certitude statistique » mais à des chiffres qui sont de toutes façons alarmants.
Faisons ce calcul.
Si la probabilité d’un accident majeur est de 0,0003 par an et par réacteur, la probabilité qu’il n’y ait pas d’accident est de (1−0,0003) pour un réacteur et une année. La probabilité qu’il n’y ait aucun accident majeur pendant les 30 ans qui viennent, parmi les 143 réacteurs européens est donc [3] de (1−0,0003)30×143 soit à peu près 0,28. La probabilité qu’il y ait un accident majeur en Europe dans les 30 prochaines années est donc de 72%.
Ce calcul a-t-il un sens ? Je n’en suis pas sûr, mais en tous les cas il en a plus que celui qui mène à une probabilité « supérieure à 100% ».
72%, ce n’est pas une certitude. Mais c’est quand même une probabilité sérieuse. Sommes-nous prêts à prendre un tel risque ? Un tel chiffre devrait pourtant nous faire réfléchir. Mais, comme écrivait Pierre Simon de Laplace en 1814 [4] :
« Nous ne craignons point pour de faibles avantages, d’exposer notre vie à des dangers beaucoup moins invraisemblables que la sortie d’un quine [5] à la loterie de France ».
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Citation :
à propos du 72% calculé par Etienne, et dont il dit, par euphémisme, dont il n’est pas sûr qu’il ait un sens, j’aimerais donner quelques pistes indiquant qu’en effet il n’est pas à prendre au pied de la lettre (ni au pied du chiffre, d’ailleurs).
L’estimation de la probabilité d’accident majeur (p=0,03%) est sujette à une erreur importante puisqu’on a peu d’observations et elle pourrait varier au minimum du simple au double (en ne comptant Fukushima que pour un seul événement du point de vue des événements indépendants), ce qui donne alors 53% au lieu de 72%.
C’est le plus simple que l’on puisse faire pour établir un autre calcul, mais il y a d’autres problèmes pour l’indépendance. On suppose implicitement que p ne varie pas au cours du temps, qu’il est indépendant du type de centrale etc. Affiner p conduirait à donner plusieurs valeurs selon les cas et on serait alors plus démuni pour estimer cette valeur dans le cas de types de centrales n’ayant jamais eu à subir d’accident majeur.
Par ailleurs il semble que ces accidents majeurs soient très fortement liés à des problèmes humains. Si tel est le cas (et que donc les questions de type de centrale, d’ancienneté etc. soient négligeables devant ce facteur), alors p est en effet uniquement lié à la fréquence des erreurs humaines (et de certaines catastrophes naturelles ?).
Mais alors la question qui se pose est de savoir si on peut faire confiance aux humains pour ne plus faire d’erreurs ...
Pour terminer sur une note plus technique, la modélisation proposée ici est par loi binomiale : on évalue une probabilité d’accident et ensuite on fait comme si, pour chaque centrale, chaque année, on tirait au dé pour savoir si elle a à subir un accident majeur. Ce n’est pas nécessairement le modèle le mieux adapté dans le cas des événements rares. Les statisticiens font souvent usage de la loi de Pareto. Le calcul serait alors différent. C’est cette loi qui est utilisée par exemple pour modéliser les crues, mais dans ce cas, même si les crues catastrophes ne sont pas si fréquentes, on a nettement plus de données pour ajuster les prédictions.
Bref, ce qui est extrêmement choquant, de mon point de vue, c’est qu’un tel calcul soit mené tel qu’il est mené. La démarche est même fallacieuse : non seulement la méthode de calcul est incorrecte, mais le résultat est dénué de sens. C’est choquant dans un quotidien national et c’est choquant que ce soit signé par des scientifiques.
C’est fort dommageable. On peut en effet se poser la question du risque d’accident majeur et on peut en donner des estimations. Je ne crois pas, personnellement, au 72% ou au 53%, pas au pied de la lettre, mais il me semble très clair que le risque zéro n’existe pas, qu’un tel risque aussi infime soit-il conduit à une très forte probabilité d’accident à long terme. Est-on en mesure d’accepter ce risque ? de dire qu’on pourra gérer les accidents de façon à ce que personne n’en souffre, voire tout simplement que l’humanité y survive ?
C’est l’humanité qui crée ce danger, c’est donc à elle de répondre à ces questions.
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Génial
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Les arguments de ton posts, qui démontent l’article de Libé, me semblent fondés... Mais je remarque quand même que l'auteur conclut sa (brillante) démonstration par "On peut en effet se poser la question du risque d’accident majeur et on peut en donner des estimations. Je ne crois pas, personnellement, au 72% ou au 53%, pas au pied de la lettre, mais il me semble très clair que le risque zéro n’existe pas, qu’un tel risque aussi infime soit-il conduit à une très forte probabilité d’accident à long terme. Est-on en mesure d’accepter ce risque ? de dire qu’on pourra gérer les accidents de façon à ce que personne n’en souffre, voire tout simplement que l’humanité y survive ?"
Ce qui va dans le sens de mon intervention, même si apparemment l'article sur lequel je me suis appuyé n'était pas aussi fiable que cela...
Edit ; je vois que Tammuz, fidèle à lui-même, à profité de ton post (qu'il n'a sans doute même pas lu dans son intégralité...) pour se livrer à son activité favorite sur HFR...
Enfin, il est devenu propre. C'est déjà ça...
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"Un jour nous irons vivre en Théorie parce qu'en Théorie tout va bien"
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