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L'été s'achève, les vacances sont finies et votre pouvoir d'achat a encore baissé un peu plus. Vous êtes de retour au bureau et vos collègues n'ont - hélas - pas changé. Il ne vous reste plus qu'à attraper la grippe A pour que votre désarroi soit total. Ne désespérez pas ! La vie vaut encore la peine d'être vécue. Il y a la Star Academy ! Chaque vendredi soir, vous pourrez adoucir votre déprime automnale en comtemplant, affalés dans le canapé, ce spectacle mirobolant dont Alexia Laroche-Joubert a fait don à la France pour atténuer son malheur.
Oui... mais non. Cette année, il n'y aura pas de Starac. Dans sa grande sagesse, TF1 a préféré laisser en jachère le terreau, jadis fertile, de l'émission de Nikos afin qu'il puisse se régénérer et produire à nouveau de véritables Stars, des étoiles resplendissantes qui brilleront dignement au firmament de la chanson française, et non d'odieux petits météores cacophoniques.
Et en attendant, me direz-vous, qu'est-ce qu'on fait ? Rassurez-vous, vous n'allez pas être forcés d'ouvrir un livre. Vous pouvez encore regarder la télévision. À la place de la Starac endormie, il y a Koh Lanta. Et Koh Lanta, c'est presque comme la Starac : des gens réunis dans un lieu clos et qui font semblant de s'aimer en attendant de s'entretuer. Ils sont simplement sur une île au lieu d'un château. À part ça, c'est pareil !
Je suis tout à fait à l'aise pour commenter ce jeu puisque, bien qu'il en soit déjà à sa neuvième saison, je n'ai jamais regardé un seul épisode avant aujourd'hui. Mais, comme chacun sait, c'est de ce qu'on ne connaît pas qu'on parle le mieux.
Ciel, une pirogue !
L'histoire, ou plutôt l'aventure (c'est comme ça qu'on dit), commence par un petit
voyage en bateau vers un "paradis qui bientôt se transformera en enfer". C'est du moins ce qu'annonce l'animateur de l'émission, un certain Denis Brogniart. Tout ce que je peux vous dire de lui, c'est qu'il n'est pas Nikos.
"Au départ, poursuit Monsieur Brogniart, ils sont dix-huit. Dans quarante jours, il n'en restera qu'un." Quand je vous disais que c'était comme à la Starac ! Ces dix-huit passagers, "conscients de voguer vers leur destin", n'ont pas le temps d'y réfléchir bien longtemps. Voilà qu'on les jette à la mer avec leur modeste bagage, à charge pour eux de rejoindre un minuscule îlot par leurs propres moyens, c'est-à-dire à la nage. Pourquoi tant de haine, me direz-vous ? C'est le jeu ! C'est un peu comme à la Starac quand on nous bassine avec "Ne me quitte pas" pour la millionième fois. Il n'y a pas vraiment de raison. C'est le jeu !
Quoi qu'il en soit, les naufragés finissent par tous arriver sur cet îlot minuscule... qu'il leur faut quitter aussitôt avant que la mer ne le recouvre. C'était bien la peine d'être venus ! Partir, oui, mais comment ? Et là, énorme coup de chance, il se trouve qu'une pirogue est échouée sur l'îlot. Monsieur Brogniart croit bon d'ajouter "les rescapés ont l'idée de s'en servir pour construire un radeau" dès fois que ça ne serait pas évident pour tout le monde. Les naufragés vont donc pouvoir s'enfuir avant d'être submergés par les flots déchainés (et bourrés de requins de surcroît). Il est vrai que ça aurait été bête de périr dès le premier épisode. Heureusement que cette pirogue providentielle était là !
Première épreuve : la course en fagots
Après moult discussions sur la meilleure façon de construire un radeau et après qu'un jouvenceau du Nord nommé Freddy a réussi à "faire consensus", c'est-à-dire à imposer ses vues à tous les autres, la joyeuse bande peut enfin rejoindre la terre ferme, le fameux "paradis qui bientôt se transformera en enfer" mentionné précédemment.
Et Monsieur Brogniart est justement là pour les accueilir... avec une première épreuve, à l'issue de laquelle le candidat et la candidate les moins performants seront éliminés. Les participants sont donc répartis en trois groupes par tirage au sort, puis attachés les uns aux autres. Ainsi entravés, ils doivent récupérer des bâtons, attachés eux aussi (on aime beaucoup les cordes dans Koh Lanta), puis se libérer de leurs liens à l'aide de couteaux et courir à travers un parcours d'obstacles jusqu'à l'arrivée. Monsieur Brogniart affirme doctement : "Les aventuriers sont fagottés par six. Il faut se coordonner, tâche difficile quand on se connaît à peine." En revanche, comme chacun sait, il est très facile de se déplacer quand on est attaché à cinq de ses meilleurs amis...
Malgré entraves et embûches, les aventuriers finissent par arriver à bon port. Tous ? Non. Anthony, un ambulancier marseillais, est bon dernier et ne franchit même pas la ligne d'arrivée. Inconsolable et probablement touché dans sa virilité, il éclate en sanglots. Son échec n'est pas une véritable surprise : il marchait plus qu'il ne courait. Son échec est aussi sans doute la punition du cupide par la justice divine. Le mécréant avait annoncé, dès son portrait introductif, qu'il ne participait au jeu que pour les 100 000 euros qui reviennent au vainqueur et non pour repousser ses limites ou vivre une formidable aventure humaine comme il se doit. Une autre candidate a perdu (probablement une vénale aussi, bouh !) mais elle, on ne la verra pas. En effet, "pour des raisons qui lui appartiennent", elle a refusé d'apparaître à l'écran. On comprend sans peine qu'elle ait souhaité échapper à l'opprobre universel qui frappe les candidats des jeux télévisés éliminés dès la première épreuve et qui les réduit souvent à des existences misérables et sans joie.
Cette périlleuse course en fagots a fait une autre victime en la personne de Myriam, la doyenne des participants, qui s'est bêtement fracturé la cheville. Ironie du sort : dans son reportage introductif, elle faisait justement la démonstration de sa souplesse en rappelant qu'enfant, on l'appelait Mimi Caoutchouc. À l'évidence, les années ont passé. Myriam doit donc quitter l'aventure. Elle en est désespérée, s'écriant depuis son lit de douleur : "Je suis sûre, tellement sûre que j'aurais pu arriver à faire quelque chose". Franchement, au vu de la personnalité enthousiaste de Myriam, qui affirme être "tombée dans une bassine d'énergie quand elle était petite", il est sans doute préférable qu'elle ait quitté l'île de façon anticipée : ses camarades auraient fini par la noyer dans le lagon.
La chasse aux crabes
Assez parlé des perdants de la course. Quid des gagnants ! Les deux vainqueurs ont le droit de profiter de leur récompense avec un compagnon. Louis-Laurent choisit Marine parce qu'elle était la meilleure de son fagot et Kaouther choisit Freddy, parce qu'il l'a assistée avec tact sur le bateau, alors qu'elle vomissait ses tripes par dessus bord. Comme quoi, on est toujours récompensé de ses bonnes actions. Freddy paraisssait d'ailleurs tout à fait désintéressé dans sa démarche altruiste : "C'est une jolie fille, donc autant nouer des relations amicales dès le début de l'aventure."
Les joyeux vainqueurs et leurs amis ont la joie de faire la connaissance de Naro et Antonio, "deux Palawans rompus aux secrets des îles". À la vue des autochtones en question, il est clair que tout le monde ne meurt pas de faim sur cette île. En l'occurrence, les deux compères sont experts dans l'art de chasser les crabes et en font la démonstration en plongeant leurs bras dans un terrier où une famille de crabes innocents vivait paisiblement. Les deux Palawans savent aussi reconnaître le taro. Ce n'est pas un jeu de cartes ; c'est un tubercule, très nourrissant semble-t-il, mais qui peut se révéler toxique et provoquer des démangeaisons s'il n'est pas suffisamment cuit. Jeûner ou se gratter, il faut choisir...
Après cette petite leçon de cuisine exotique, les joyeux drilles se sustentent copieusement avant de s'endormir dans la bonne humeur. Freddy explique l'allégresse qui étreint son cœur : "Cette soirée va m'apporter une cohésion forte avec mes trois camarades et j'espère que ces petits moments qu'on a passés ensemble me serviront, tout ça dans l'objectif d'être en finale." Quand je vous disais que c'était comme la Starac !
La cabane à Freddy
Pendant ce temps-là, les autres candidats, moins fortunés, se construisent un abri de fortune après s'être longuement posé des questions existentielles : est-ce qu'il vaut mieux se protéger du vent (et bâtir un mur d'enceinte) ou de la pluie (et construire un toit). Ils optent pour le vent (c'était plus facile). L'alimentation des malheureux se réduit à quelques noix de coco et à l'eau qui stagne au fond de leurs gourdes, la source d'eau potable restant introuvable. Transis de froid dans leurs vêtements mouillés, ils ne parviennent même pas à dormir pour atténuer leurs souffrances. Heureusement, la solidarité règne et Alexandre cède volontiers sa veste polaire à Isabelle qui a perdu presque tous ses vêtements durant la traversée à la nage. Ah non, je me trompe : la solidarité ne règne pas du tout et Alexandre garde sa veste pour lui. Dire que, dans son portrait introductif, il prétendait être devenu policier par "envie d'être juste, de servir les autres, de leur venir en aide"...
Heureusement, le lendemain matin, tout va mieux. D'abord, Patrick trouve enfin la source providentielle et en est tout content. Isabelle, elle, est contente que Patrick soit content. Ensuite, les heureux gagnants sont de retour au campement et le moment est venu de s'attaquer aux choses sérieuses : faire du feu. Pendant que les naufragés s'acharnent à frotter des bouts de bois frénétiquement, Freddy, tranquillement assis, explique : "Je pense qu'ils ne sont pas aussi bien préparés que moi à cette aventure et qu'ils pensent que le feu s'allume rapidement. Mon avis s'est confirmé : on n'a toujours pas de feu. Et ils ont dépensé énormément d'énergie alors que, moi, j'ai su préserver mon énergie au cas où on aurait une épreuve cet après-midi".
J'ai vaguement l'impression que la production de l'émission doit inciter Freddy à se rendre odieux par ses propos mais j'ai aussi l'impression qu'il ne faut pas l'aider beaucoup et que la suffisance lui vient naturellement. Pour que les choses soient bien claires, Monsieur Brogniart annonce, à l'intention des téléspectateurs les plus épais : "Freddy se ménage à des fins stratégiques. En revanche, il sait qu'un toit peut être construit rapidement et sans trop d'efforts." Spontanément, j'inclinerais pourtant à penser qu'il n'est ni facile ni rapide de bâtir une cabane pour seize personnes avec de simples branchages. Et Freddy, ingénieur de formation, parvient à concevoir une superbe demeure qui peux accueillir tous les naufragés (et il y aurait encore de la place pour un billard ou une table de ping pong). Évidemment, Freddy gâche tout dès la séquence suivante : "Dans cette aventure comme dans la vie de tous les jours, j'ai toujours été plus ou moins un leader naturellement. Ensuite, j'expose souvent des idées très intéressantes. Et je pense que, tant que j'arriverai à me rendre indispensable sur cette aventure, je ne risquerai pas ma place."
Son arrogance juvénile mise à part, ce Freddy a l'air d'être un malin. Ce qui ne semble pas être le cas d'Anthony. Sauvé de l'élimination par l'accident de Myriam, il attend la suite seul sur une plage isolée. Il s'avère qu'Anthony, dont on savait déjà qu'il n'était pas sportif, a aussi peur du noir ("Mine de rien, il fait vraiment noir. Je ne le cache pas : je suis quand même dans le stress avec cette histoire-là" ) et des animaux sauvages ("Je ne savais même pas qu'il y avait des animaux qui faisaient des bruits comme ça. Moi, je me limite aux chats et aux chiens, hein" ). Il n'est pas sportif, il a peur du noir, il a peur des animaux : j'ai l'impression que l'aventure va être compliquée pour lui. Il réussit d'ailleurs l'exploit de se blesser avec la machette qu'on lui avait confiée pour se défendre contre la faune menaçante des environs. Anthony fait alors preuve d'une merveilleuse lucidité : "Je me rends compte à quel point je peux être con parfois."
Les jaunes contre les rouges
Mais il est temps de passer aux choses sérieuses et de former les deux tribus qui vont s'entretuer. C'est Marine, la plus jeune des participants, qui est chargée de former les équipes. Les Rouges ou Koror comprennent Christina, Alexandre, Raphaële, Freddy, Isabelle, Patrick, Julien et elle-même. Dans l'équipe jaune, ou Mawai, on retrouve Kaouther, Kader, Claire, Louis-Laurent, Fabienne, Pascal, Anthony et Rodolphe. Les deux armées peuvent maintenant partir en guerre.
Elles le font d'ailleurs sans attendre, à l'occasion d'une toute première épreuve d'immunité. Entre autres récompenses, l'équipe gagnante n'aura pas à éliminer un de ses membres. Les candidats de chaque camp doivent à tour de rôle s'agripper à des cordages suspendus au dessus de la mer pour défaire des nœuds et libérer une grosse corde (quand je vous disais qu'on adorait les cordes dans Koh Lanta). À l'aide ce cette corde, ils doivent ensuite atteindre le sommet d'un mat et y récupérer la bannière de leur tribu.
Inutile de s'attarder sur le déroulement de cette épreuve qu'on croirait empruntée à Intervilles. Il en ressort que les Rouges libèrent leur corde largement en avance mais n'arrivent pas à l'arrimer au portique où se trouve leur bannière sacrée. Du coup, les Jaunes finissent par les prendre de vitesse, Kader parvenant à se hisser au sommet du mat pour brandir le noble étendard des Mawai. Pour leur peine, ils reçoivent 5 kilos de riz mais surtout se voient attribuer la plage où se trouve la cabane fantasmagorique bâtie par Freddy. Les Rouges ont droit aussi à un sac de riz mais ont surtout le droit de tout recommencer à zéro sur une autre plage.
Le garçons contre les filles
Ignominieusement défaits, les Rouges doivent éliminer l'un des leurs. Les garçons choisissent de former un pacte dans le but d'éliminer Raphaële. Mais Patrick a l'idée saugrenue d'en informer Marine, qui prévient immédiatement les autres filles, ce qui aboutit à la formation d'une contre-alliance visant à écarter Julien. Il ne s'agit là que d'un rapprochement opportuniste bien sûr. Marine rassure aussitôt la caméra quant à ses sentiments véritables à l'égard de ses compagnes : "J'ai confiance en personne. Même les filles là, j'ai pas confiance."
Cette guerre des sexes aboutit évidemment à un vote équilibré : quatre votes contre Raphaële, quatre votes contre Julien. Monsieur Brogniart pense qu'un nouveau vote peut changer la donne. Il n'en est évidemment rien : égalité à nouveau. Julien est finalement éliminé par tirage au sort. Le jeune diplômé en tourisme est naturellement effondré : "Je n'ai pas forcément eu de défaite dans ma vie passée et là, c'en est une grosse."
Mais voici que son visage déconfit disparaît pour laisser la place aux faciès brutaux des candidats de Secret Story avec les beuglements de Benjamin Castaldi en fond sonore. Il s'agit d'un clair signe qu'il faut éteindre la télévision au plus vite.
C'est donc fini pour aujourd'hui. À la semaine prochaine.
Kevin Moulback
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