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| Auteur | Sujet : Trails et courses de montagne |
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Amraz Martyr nigaud et aventurier | Reprise du message précédent :
--------------- France = triple championne du monde de rugby 1995-2011-2023 |
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perrout BBQs everyday |
--------------- I live on the frozen surface of a fireball where cities come together to hate each other in the name of sport. |
pulpipi Un ours cé relativement gros |
Chou Andy Would you know my nem |
On peut dormir à combien dans ton van ? --------------- J'aurais voulu être un businessman |
Amraz Martyr nigaud et aventurier | 12. Mais comme tu es elite tu auras le logement offert a Millau --------------- France = triple championne du monde de rugby 1995-2011-2023 |
perrout BBQs everyday |
Je me demande si le MMB n'aurait meme pas pu envisager organiser des navettes depuis certaines grandes villes. Je suis sur qu'il y a moyen de remplir des bus dédiés (donc, directs et avec horaires en accord avec les courses) depuis Paris ou Lyon au moins. Message cité 2 fois Message édité par perrout le 25-10-2024 à 11:58:17 --------------- I live on the frozen surface of a fireball where cities come together to hate each other in the name of sport. |
Naxos \o/ |
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Chou Andy Would you know my nem | Et sinon l'UTHG repart en 2025, pour ceux qui aiment descendre, ce sera mi-juin --------------- J'aurais voulu être un businessman |
la poutance wacca wacca wacca |
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Chou Andy Would you know my nem |
C'est en Hoka, qu'on gueule, qu'on gueule, c'est en Hoka, qu'on gueule le plus fort --------------- J'aurais voulu être un businessman |
Ayuget R.oger | CR Diagonale des Fous 2024 Intro Je ne sais plus comment j’ai découvert la Diagonale des Fous. Certainement il y a déjà plus de 15 ans car mon beau-père s’y était inscrit, la fleur au fusil, après avoir bouclé un Ultra-Marin. Une blessure l’avait empêché de prendre le départ, mais peut-être était-ce le début de quelque chose, lui qui était là ces derniers jours pour me supporter. Sur le plan sportif, l’année 2024 s’est bien passée, sauf que ma grosse course de préparation, l’Ultra Trail du Haut Giffre, sensée m’entraîner à gérer une nuit dehors en conditions difficiles, a été annulé au bout de quelques heures à cause du déluge ayant tristement provoqué un décès et de nombreux blessés. Il se trouve qu’avec ma femme, on avait dans la tête depuis des années de vivre une parenthèse à l’étranger, et un collègue de ma boîte m’a donné une idée l’année dernière : il nous a annoncé qu’il restait dans l’entreprise, mais qu’il déménageait sur l’île de la Réunion. Je ne savais pas que c’était possible, mais ça fait sens: je suis dans une boîte d’informatique qui est déjà internationale et qui a déjà des employés en télétravail complet. Ni une ni deux, on décide donc de profiter aussi de l’opportunité et de venir à la Réunion pour un an ou deux. On décide de s’installer à Saint-Pierre. Qui dit Réunion, dit donc “Diagonale des Fous”. Je me dis que, tant qu’à être là, autant se frotter à la distance reine. Surtout que je n’étais pas sûr de pouvoir la boucler dès la première année. Le hasard fait que notre voisin, créole, est un coureur d’ultra ayant déjà bouclé de nombreuses fois la course (8 fois je crois!). Coïncidence vous dîtes? J’ai la joie d’être tiré au sort (en mars) pour ce qui sera mon premier 100 miles. Mes faits d’armes niveau longue distance se limitent à 2 “100K”, le Nice by UTMB fin 2022, et le Val d’Aran mi-2023 (avorté à 100 kils). Une durée d’effort de 21h maximum, on va partir pour le double cette fois-ci. Challenge accepted. La préparation Nous sommes arrivés sur l’île fin juillet, ce qui me laissait 2 gros mois et demi de préparation spécifique pour cette Diagonale. J’ai réalisé de gros blocs, incluant de la rando en famille pendant mes vacances et le week-end, une course de préparation fin-août (la CiMaSaRun, 56k et 3900D+ dans les 3 cirques) et de grosses semaines en septembre. Résultat sur la période du 26 juillet au 13 octobre:
L’objectif Il est toujours difficile de savoir ce qui est réaliste comme objectif. D’habitude, je prends le classement de l’année précédente, regarde l’index UTMB des arrivants, en choisit un ou deux proches du mien et cela me donne un temps de référence. Mais l’exercice est plus compliqué ici : le parcours est différent de l’année dernière (proche de celui de 2019 cependant), mais plus long. Comment ces 10 kilomètres supplémentaires vont jouer ? Et puis, sur 100 miles, la variance est bien plus grande, dû à la durée de l’effort et le fait qu’on paye cash des erreurs, lorsqu’on se retrouve à traîner sa carcasse à 1 ou 2 km/h après avoir explosé en vol. Je choisis de partir sur 40h. Cela me semble réaliste, bien que peut-être un peu optimiste vu la longueur du parcours. Tant pis, je cale mes temps de passage là dessus (en utilisant un calculateur mis en ligne par des passionnés qui n’a pas l’air trop mal foutu, plus mes expériences de reconnaissance). Départ - Domaine Vidot (14K / 650D+): la folie Le départ est sur le site de Ravine Blanche, peu après l’emplacement du marché forain de Saint-Pierre. On arrive une heure et demie en avance, on se ravitaille une dernière fois avant de rentrer dans nos sas respectifs. Je pars dans le premier sas grâce à mon index UTMB pourtant pas fou (620, mais jamais sur 100M). Déjà un premier mouvement de foule pour se mettre au plus proche de la barrière, cela promet. 30 minutes avant le départ, les “élites” passent à côté de nous pour se rendre sur la ligne de départ, je reconnais David Hauss et d’autres. C’est ensuite à notre tour d’être lâchés, ça joue encore des coudes pour gratter quelques places. Ce côté là du trail m’énerve, mais j’imagine que chacun a déjà sa performance en tête. Je me mets dans ma bulle, pense à ce déménagement à la Réunion, à ces derniers mois d’entraînement, à l’aventure qui va se dérouler sous mes semelles. Ludovic Collet essaye de mettre l’ambiance - c’est son métier - alors que cela n’est pas nécessaire: on sent une énergie immense montant de la foule. 3 minutes. Africa Maloya retentit enfin. Je crois que le speaker parle encore mais ne l’écoute plus. Domaine Vidot, Mare à Boue, Cilaos : je me projette mentalement vers ces trois lieux qui vont cadencer le début de ma course. C’est parti, et quelle folie. Je connais bien cette avenue puisque j’habite depuis trois mois à Saint-Pierre, mais elle est transfigurée par l'événement et il y a du monde, partout. On ne sait plus où donner du regard. On m’en avait parlé de ce départ, mais il faut vraiment le vivre. J’arbore mon plus beau sourire “tranche papaye” pendant ces premiers kilomètres le long du front de mer. Je pars tranquillement à 5 au kil’, tape dans les mains tendues, profite un maximum. Déjà le peloton s’étire et certains foncent pour remonter. Vas-y Bobby, la course est longue. On remonte vers Terre-Sainte via une petite côte et on passe juste à côté de chez moi. Un petit check aux enfants, un bisous à ma femme et c’est reparti. Il commence à pleuvoir légèrement, ce qui sera le thème d’une bonne partie de ce début de course. Bassin Plat, puis les champs de cannes, la ville et la fournaise s’éloignent. Je connais bien cette section et cours tant que la pente n’est pas trop forte. Je regarde le cardio, qui est bon, en endurance, je ne pars à priori pas trop vite. Après un début de course de 14 kilomètres (et 650D+) majoritairement sur route et chemin très peu technique, j’arrive au Domaine Vidot en 1h25, déjà 15 minutes en avance sur des prévisions un peu trop conservatrices sur le début de course. Il y a beaucoup de spectateurs ici aussi, ce rallumage temporaire de la folie de début de course avant de plonger dans la nuit pour de bon fait du bien. Je me sens vraiment bien, pas en sur-régime, le cardio est bon, je ne vois pas pourquoi ralentir. Ravito express où je remplis mes 2 flasques (j’en avais aussi une de remplie dans le dos), car je sais que la prochaine section est de 19km (pour 1500D+) jusqu’à Notre-Dame-De-La-Paix. Les kilomètres en plus par rapport à l’année dernière sont là. Un coureur demande aux bénévoles “dans combien de kilomètres le premier ravito ?”, ils répondent “10”. Je leur dit, “Non il y a 19”, mais ils n’en démordent pas. Tant pis, moi je connaîs la vérité, j’ai fait la reco. Domaine-Vidot - Mare à Boue (41K / 2100D+ / 1200D-): l’euphorie puis la raison Je ressors du Domaine Vidot et entame la montée vers Notre-Dame de la Paix. 19.4k et 1330D+ sur ce segment que j’avais aussi reconnu. Aucune difficulté réelle, on reprend d’abord un sentier (le sentier de la fraise!) puis la route pour enfin retrouver le sentier de la forêt de Petite-Ile. Je me sens toujours bien et progresse à bon rythme. A un moment, je double une fille qui avançait plutôt bien. Je regarde le dossard “Maryline Nakkache”. Je me dit “Oh ben merde, je suis peut-être en train de déconner, on part pour 100 miles, pas pour un 50K”. Elle me redouble rapidement, mais je crois qu’implicitement, ca me fait me calmer. La pluie refait son retour avant l’arrivée à Notre-Dame (où je pointe 120e !) et je sors la veste que je ne garderai que quelques minutes, il fait toujours trop chaud, cela fait étuve. Je perds 23 places sur la section entre Notre-Dame et Nez de Boeuf, mais j’attribue plus ça au fait que j’ai pris un peu de temps au ravito de Notre-Dame pour me changer et bien prendre la nourriture nécessaire pour la suite. Dans mes souvenirs je ne me fais pas doubler tant que ça sur cette section. La section Nez-de-Boeuf vers Mare-à-Boue n’a rien d’exceptionnelle, c’est relativement plat, peu technique, surtout en descente. Il faut quand même faire particulièrement gaffe sur pas mal de kilomètres où le sentier est bordé de barbelés et où j’ai alors frôlé le drame : je trébuche, et le naturel fait que j’essaie de me rattraper avec ce que j’ai sous la main: le barbelé. Heureusement, je mets la main au bon endroit et c’est sans suite, mais j’aurais pu me faire très très mal. Arrivé à Mare à Boue, c’est la sortie de la nuit, extinctions des feux. J’ai une heure d’avance sur mes prévisions et retrouve mon assistance. Au final je m’arrêterais 13 minutes ici (ce qui explique à nouveau les places perdues) et je pense que c’est une première petite erreur du point de vue du chrono pur. Au niveau ravitaillement, un Yop et un peu de riz et grain (lentilles). Mare à Boue - Cilaos (20K / 1200D+ / 1550D-) : l’ami Kerveguen Juste avant de repartir de Mare à Boue, j’ai quand même mal au ventre (déjà 7 heures de gels et barres à la con) et file donc aux toilettes pour un caca express. Elles sont au bord du chemin, c’est pratique car cela permet des rencontres lorsqu’on ressort tout frais et léger, prêt à repartir : en ressortant, je tombe nez à nez avec quelqu’un que je reconnais : Sylvaine Cussot. J'essaie un "Salut Sylvaine" Suit effectivement un peu de boue mais par rapport à un trail breton en février, ça reste de la rigolade.. Non, ce qui est dur c’est la montée interminable vers le Coteaux Kerveguen, presque 700D+ dans les cailloux, je n’ai pas apprécié. Mais c’est là que je fais la connaissance d’Henri, coureur au nom royal ayant la particularité d’avoir sa Speedgoat gauche complètement éventrée. Il est dégouté, la paire est neuve. Heureusement, il a une paire de rechange à Cilaos. Comme pour moi, c’est son premier 100 miles et il vise 36 heures. Chaud le bonhomme. C’est clairement la première vraie difficulté du parcours en on en chie, mais on finit par arriver au ravitaillement où le bénévole nous sort le fameux “il vous reste 2 kilomètres jusqu’en haut”. On prend donc notre mal en patience pour enfin, au détour d’un piton rocheux, apercevoir le gîte du Piton des Neiges et enfin arriver en haut de la fameuse descente du Bloc : 4km, 1100D-. Je la connaissais bien (je l’avais déjà faite deux fois, dont une en course) et savait qu’elle était longue et technique. L’option choisie est donc de la descendre tranquillement, pour ne pas se flinguer musculairement et ne pas tomber ou se blesser. Rien à signaler dans cette descente, je fais le yo-yo avec Henri et d’autres coureurs, certains nous dépassent, clairement plus à l’aise que moi en descente. Cela reste un point faible qu’il me faudra travailler. On arrive enfin au bout après une grosse heure et on repart dans un groupe de 4 ou 5 coureurs vers Cilaos, d’abord via la route, puis par le sentier de la “Roche Merveilleuse” (qui - spoiler - n’a rien de merveilleuse). Tout le groupe me dit viser les 35 heures, ce qui me fait dire “t’es en train de faire une belle course”. J’arrive à Cilaos au bout de 11h52 de course, soit près d’une demi-heure d’avance sur mes prévisions. Kerveguen a fait mal, mais le rythme est toujours bon, et le moral est là ! Je récupère le sac d’allègement et prends le temps de me laver les pieds et jambes, re-crémer les pieds, et de changer de chaussures. J’avais privilégié les S/Lab Genesis sur cette première partie, mais vais continuer avec les Hoka Mafate Speed 4. Ce sont de vrais chaussons et elles portent le nom de la section que je vais affronter, c’est forcément un bon signe, non? Il se trouve que le temps file, je récupère mes gels & barres, charge un peu mon téléphone, puis file manger des pâtes et du poulet d’un goût douteux. Je repartirai finalement après 30 minutes d’arrêt, ce qui je pense est un peu excessif. Mais bon, rien de grave non plus. Hasard, je repars avec Henri qui me dit “Chouette, on repart ensemble”. J’avoue que l’idée d’avoir un compère pour la prochaine section jusqu’à Marla me sied bien. Les habitués de la Diag’ disent “La course commence à Cilaos”. Eh bien, que la course commence ! Cilaos - Sentier Scout (21K / 1800D+ / 1400D-): le Taïbit puis brouillard Cilaos marquant notre retour à la civilisation, je ne fus pas étonné de retrouver cette ferveur qui nous avait bercée lors du début de course. Il se trouve aussi que - bien que je n’y sois allé que deux fois auparavant - j’ai un affect particulier avec ce lieu, que je trouve majestueux, au milieu des remparts de verdure. On repart donc sous de précieux applaudissements sur le sentier des porteurs, qui descend jusqu’à la cascade Bras-Rouge. Pas de difficulté, je reste dans les baskets (des Salomon, maintenant!) de mon camarade et on arrive rapidement à la traversée de la rivière. S'ensuit un avant-goût, un amuse-bouche, de ce qu’on va arpenter : une montée assez sèche pour retrouver la route et le pied du mythique col du Taïbit. Nous progressons à bon rythme, tout va bien, même si la digestion du “poulet / pâtes” du ravito de CIlaos est compliquée de mon côté. A quelques dizaines de mètres du ravitaillement au pied du col, nous entendons “allez on se bouge” et un rire très communicatif. C’est une dame, assise sur le muret, qui rigole de toute son âme et qui encourage les coureurs. Quel coup de boost. Merci madame ! On remplit les flasques puis on entame la montée. Pas de souvenir marquant à part que c’est long, mais c’est plutôt là où je suis à l’aise. Même si on n’a pas la chaleur extrême (il fait gris) de l’année passée, il fait lourd et on y laisse des forces. Soudain on entend de la musique et au détour d’un n-ième lacet, et on découvre, posé là, une ribambelle de personnes enjouées nous servant la fameuse “tisane ascenseur”. Je refuse dans un premier temps mais me dit que ça ne peut que me faire du bien. La fin de l’ascension sera lente mais à un rythme constant, et enfin, on bascule au sommet. Rien à voir avec la beauté extrême de mon dernier passage lors de la CiMaSa au lever de soleil où on distinguait le Piton des Neiges et le Coteau Kerveguen sous des couleurs orangées. On ne voit rien, on se croirait début décembre entre Saint-Etienne et Lyon. Une fois en haut, c’est parti pour un peu moins de 500D- vers Marla. On y arrive assez vite et c’est la fête là-bas. On me demande un pas de danse en arrivant au ravitaillement : c’est mal connaître mes qualités, mais je m’y plie et sors un truc ridicule. Marla rime avec caca (le plat de Cilaos était vraiment limite…) et c’est reparti. Prochain point stratégique : la sortie vers Salazie et la Plaine des Merles mais surtout le départ du Sentier Scout, où ma famille m’attend. J’ai peu de souvenirs francs de cette section, à part qu’on commence par monter vers la Plaine des Tamarins, complètement dans le brouillard. Soudain, au milieu du sentier, on tombe nez à nez avec un troupeau de vaches. Elles semblent blazées. Normal, on passe à un pénible 8km/h alors que Mathieu Blanchard et Jean-Philippe Tschumi les ont enrhumées quelques heures avant. La sortie de Mafate via le col de Fourche est simple, il faut juste faire attention juste après avoir basculé, le sentier est alors à flanc de falaise et mon voisin (coureur du GRR lui aussi) m’avait averti que le dernier mort en course, c’était là. Il faut savoir qu’à Salazie, le temps est souvent pluvieux et c’est le cas aujourd’hui. On est enveloppés dans une sorte de brouillard de pluie et la température chute. Je sors la veste pour ne pas attraper froid. J’ai récupéré Henri je ne-sais-plus-où et on fait un passage express au ravitaillement de la Plaine des Merles. On file vers le départ du Sentier Scout, deux gros kilomètres plus loin. Enfin, la famille ! Mentalement ça me fait un bien fou. Henri file devant, je ne le reverrai plus. Le bougre terminera top 100 en un peu plus de 36 heures. Une performance royale Je m'assois et mange du poulet et du riz, confectionnés par ma chère et tendre. Manger chaud à ce moment de la course est un vrai plus et je prend mon temps. Les encouragements fusent, mes enfants me font un câlin, que demander de plus ? J’ai alors exactement une heure d’avance sur mes prévisions. Je viens de pointer 166e. Mais avec le recul, ce moment de la course marque un point de bascule, c’est le début de la fin. Je suis entamé et surtout, en dette de sommeil: on est en milieu d’après-midi, je n’ai pas dormi depuis la veille. J’aurais pu m’assoupir là, la voisine avait posé une tente pour son mari qui n’arrivera que quelques heures plus tard. Mais je m’y refuse, porté par la course, le chrono. Non pas par le classement, mais par le fait que j’ai l’impression d’aller bien ce qui me fait dire qu’il faut que je continue à avancer. Je choisis de repartir, sûrement stressé par les 13 minutes passées et le fait que mon compagnon de route soit déjà si loin devant. Mes proches ne me le diront qu’après la course, mais ils voient ma fatigue et sont un peu inquiets. Sentier Scout - Passerelle d’Oussy (12K / 370D+ / 1650D-) : les rochers ont de la truffe Un bisou et c’est parti, une longue descente vers Aurère. De mémoire elle n’est pas si difficile, mais je n’avance pas bien. Je me fais un peu doubler mais pas trop. Je crois que c’est là où j’ai commencé à ressentir les douleurs aux ischios en descente qui vont m’handicaper jusqu’à l’arrivée. Surtout, je me rends compte que je commence à voir des formes sur le bord du chemin. Au début, c’est vraiment en périphérie de la vision : j’aperçois une étoile, … Puis, ce sont des têtes d’animaux sur les rochers, un peu comme on croit discerner des formes dans les nuages. Je reste lucide et ne m’inquiète pas trop, le rocher a clairement une tête de chien, non ? Mais je commence à maudire ma décision de ne pas avoir dormi avec mes proches sous la tente, ces 8km (300D+, 800D-) sont interminables. Ma décision est prise : tu dormiras à Aurère. La descente vers l'ilet doit être merveilleuse par temps dégagé: on passe par le passage de “Deux Fesses” où le sentier est très peu large. A droite c’est le vide. De mémoire on a une corde pour sécuriser le passage, je me saisi, vu mon état c’est plus sûr. S'ensuit un passage sur une crête qui doit lui aussi être éblouissant par beau temps. Là on n’y voit rien mais c’est tout de même assez mystique, à défaut d’être vertigineux. Après de longues minutes, je traverse d'abord le village d’Ilet-à-Malheur, qui porte bien son nom au vu de nom état, puis continue vers Aurère à peine deux kilomètres plus loin. Enfin, j’arrive au ravitaillement et me précipite vers la tente médicale. Je suis accueilli par de jolies filles La sieste a fait du bien pour mon manque de sommeil, mais n’a évidemment pas réparé mes muscles : la descente vers la passerelle d’Oussy, fond du fond de Mafate, est très compliquée, dans la même veine que celle vers Aurère. 600D- où je me ferai passer par pas mal de coureurs. Mais je serre les dents, je sais qu’un double KV nous attend pour sortir de Mafate et que, là, je devrais arrêter l’hémorragie en termes de chrono et classement. Et qui sait, peut-être qu’ensuite, ça ira mieux en descente ? Je sais que les ultras sont faits de hauts et de bas et qu’après l’euphorie du début, je suis dans un creux. Mais on en sort des creux, et mentalement, je ne pense qu’à une chose : le sommet du Maïdo. Et j’ai toujours 35 minutes d’avance sur mes prévisions, donc tout ne va pas si mal, non? Passerelle d’Oussy - Sommet du Maïdo (11.5K / 2000D+ / 320D-) : Stairway to heaven Au menu : 10 bornes et 2000D+. On est bien. Moi qui aime les montées, je suis servi. C’est parti pour une première montée hyper sèche vers la canalisation des Orangers, via l’îlet des Lataniers. C’est raide et interminable. Les quelques repères visuels que j’avais de mes précédentes aventures dans Mafate sont gommés : on est de nuit. Je transpire fort malgré les températures clémentes mais ne m’arrête jamais. Enfin les Lataniers sont déposés, enfin on rattrape le sentier de la canalisation des Orangers. L’îlet n’est plus loin, mais les quelques 200D+ restants font un peu mal, le village était plus près dans mes souvenirs. Le plateau de l’îlet des Orangers se dresse enfin, avec son école où a lieu le ravitaillement. J’adore aussi cet endroit où l’esprit Mafatais est bien ancré. Pourvu qu’il ne disparaisse jamais. Je n’ai plus trop de souvenir de ce que je fais au ravitaillement mais, de mémoire, je ne traîne pas: j’ai le Maïdo dans la peau. J’avais beau connaître la section qui suit vers la Brèche (pied du Maïdo, croisement pour aller vers Roche-Plate), je la croyais vraiment plus courte. Elle m’a fait assez mal, mais je crois me souvenir y doubler un ou deux coureurs et cela me porte. On y est enfin, au pied du colosse. Le spectacle qu’il nous offre est alors majestueux : un ballet de lucioles, dessinant un chemin à travers le mur qui s’impose à nous. C’est à la fois énergisant et démoralisant, tant les lumières terminant leur périple semblent loin. On entend déjà les supporters qui sont massés là-haut. La fatigue est toujours là et, connaissant la dureté de l’ascension qui arrive, je choisis de sortir les écouteurs. Je ne les avais jamais utilisés en course, mais avait anticipé qu’ils pourraient me servir dans la nuit, à cet endroit précis. Led Zeppelin, AC/DC, The Sheepdogs, Laurent Voulzy, Air, Springsteen, The Police, …. nombreux seront les artistes qui me porteront jusqu’en haut du monstre. Les clameurs sont de plus en plus proches, j’y suis presque. Mais le sentier sur la fin est bordé par le précipice, il ne faut pas se laisser emballer. Attention jusqu’au bout. Je sors enfin de Mafate sous les applaudissements de nombreux badauds, massés, là, au milieu de la nuit. Merci à eux pour leur énergie. Je me rappelle avoir eu envie d’hurler de satisfaction. Je ne l’ai finalement pas fait, mais le cri intérieur était bien là. Il est environ 23 heures, et après 25 heures de course, je suis alors 168e et en avance de 45 minutes sur mes prévisions. J’ai alors vaincu ce qui - je pensais - était le plus dur de la course. Je m’étais malheureusement trompé. Sommet du Maïdo - La Possession (33.5K / 900D+ / 2900D-): la descente aux enfers Il faut savoir que le ravitaillement n’est pas en haut du Maïdo, mais deux kilomètres plus loin. On évolue alors sur la crête dans la forêt et on a le droit à une succession de petits “coup de cul” qui ne sont pas les bienvenus après ce double KV. Enfin je me ravitaille et pars pour les 17 kilomètres de descente et 1900D- que je sais très longs. Petit aparté sur l’alimentation : il faut savoir que jusqu’à l’Ilet des Orangers, j'arrivais à peu près à consommer ce que j’avais prévu, c’est à dire principalement de la boisson énergétique Naak, des barres et gels Maurten / Baouw / Naak, en visant environ 60g de glucides par heure. Mais depuis, ça se gâte. Le goût omniprésent du sucre en bouche me dégoûte, malgré mes tentatives de manger salé dès que je le peux (j’avais amené des noix de cajou, …). Je n’en peux plus de ces gels Maurten mais essaie de me forcer à les avaler. Néanmoins, j’ai l’impression que niveau digestion, quelque-chose se bloque. Je mange mais ça ne passe plus trop. Je bois beaucoup (j’ai peur des crampes) mais ça ressort rapidement. Et j’ai toujours mal aux ischios, je n’arrive pas à descendre correctement. Le sentier n’est pas vraiment roulant non plus, mais ma vitesse est lamentable. Je me fais abondamment doubler. On finit au bout de 12/13 kilomètres par arriver à Sans-Souci et on récupère de la route. J’essaie de courir mais je suis au ralenti, je ne vais pas bien. Le moral est dans les chaussettes, je ne sais pas combien de coureurs m’auront passé mais au moins une bonne vingtaine. De Sans-Souci à Savannah, on passe par une zone résidentielle inintéressante mais je préfère à ce moment-là la route aux sentiers : cela me force à courir. Enfin, la deuxième base de vie se dresse au loin. Malgré une descente extrêmement lente, je ne perds que 7 minutes sur mes prévisions et gagne même 12 places. Cela doit s’expliquer par les abandons devant à cet endroit car c’est certain que j’ai, en vrai, fait une très mauvaise descente. Il est alors trois heures du matin et je suis extrêmement fatigué. Épuisé. Lessivé. Je me dis que ça serait une bonne idée de dormir 15 minutes encore. Mais avant, j’ai la brillante idée de passer voir les kinés. Pourront-ils me redonner une seconde vie ? Ils commencent - à deux - un massage énergique. “Dis-donc t’es bien tendu aux ischios” Je dors ensuite (enfin somnole) et part prendre mon sac d’allègement. Là, ayant déjà passé vingt minutes à la base de vie, je fais n’importe quoi : je change de chaussettes + Nok mais oublie un brossage de dents qui aurait été bénéfique et surtout, oublie de manger. Il faut dire que l’endroit était glauque : un grand carré bordé de tentes avec tables, ravitaillement, … mais PERSONNE. Aucun bruit à part les groupes électrogènes. Quel décalage par rapport à l’énergie folle des bénévoles et des lieux dans Mafate. Je repars, on traverse directement la rivière des galets et on monte via le “sentier de bord”. Mine de rien il y a quand même 600D+ et j’ai du mal à repartir. Les kinés ont sûrement fait un bon taf, mais les jambes sont raides et il faut réchauffer les muscles. La montée est longue et je l’apprécie bien moins que lors de ma reconnaissance. En haut, on bascule dans le fameux chemin Kalla, une blague - heureusement courte - de sentier qui descend souvent à pic, avec de gros rochers, des branches au milieu du chemin, … Je me fais doubler pas mal mais double un autre éclopé qui n’avance plus. Courage mec, on est dans la même galère Il y a un ravitaillement au pied du chemin Kalla, mais je n'en ai que peu de souvenirs. Je n’ai réellement pas avancé sur cette section : j’ai fait 38 minutes de plus que mes prévisions, mis 2 fois de temps que pendant ma reco (où j’étais frais, certes). Je passe exactement dans mes temps de passage prévus mais le constat est amère : je n’ai plus une minute d’avance et suis au fond du trou. Pas bon signe… Une fois parti du ravito, ça remonte un peu puis on récupère l’autre saloperie de cette fin de course : le chemin Ratinaud. C’est comme le chemin Kalla, mais en pire. On a même des palettes à certains endroits pour t’aider à descendre, et un immense pneu posé là, au détour du chemin, pour nous emmerder. Je suis dans le dur. Malgré les 15 minutes de sommeil à Savannah, les hallucinations reviennent à grand pas. Je commence à voir des chaises de camping au milieu du chemin. Sûrement un message de mon cerveau “t’es en train de déconner mec, faut te poser”. Je pense à Casquette Verte et ses hallucinations de sorcières lors de l’une de ses Diag’... Je vois aussi des personnes au bout du chemin qui sont en fait des rochers. Pour peu que les branches sur le côté forment vaguement un rectangle, je vois un but de foot. Je n’ai pas peur car je sais que j’hallucine et je ne tangue pas non plus. Mais le signal est fort. Une seule chose m’anime désormais : retrouver ma famille à la Possession. J’y arriverai vers 8 heures et presque 32 heures de course (et 35 minutes de retard sur mes prévisions). Je suis au bout de ma vie, mais il ne reste que 20 bons kilomètres. Je ne doute jamais que je vais y arriver. Au pire, je me traînerai et finirai en 50 heures, mais j’y arriverai. Mon fils m’a préparé un ravitaillement aux petits oignons mais je vais le décevoir : je n’ai qu’une envie c’est dormir et me revoilà dans la tente médicale. Je vois que les médecins me regardent bizarrement et me demandent “Vous êtes sûr que ça n'est qu’un manque de sommeil ?”. Je dois avoir vraiment une gueule de déterré (spoiler: j’ai les photos et c’est le cas) 15 minutes, je ressors (sans manger encore, quel con…) et retrouve ma famille juste après le ravito. Je me pose sur une chaise de camping et ça me fait du bien car je manque de lucidité. Ma femme me remplit les flasques avec un n-ième sachet de boisson Naak. Elle m’encourage, me fait mettre un t-shirt propre, casquette saharienne. Heureusement qu’elle est lucide car je ne le suis plus : il commence à faire très chaud. Autant tout le début de course s’est fait sous la grisaille, ici il fait déjà 25 degrés sous un grand soleil. Le passage qui suit est le légendaire “Chemin des Anglais”, les pavés de l’enfer. La Possession - Grande Chaloupe (7K / 360D+ / 350D-) : sus aux Anglois Après un nouveau câlin aux enfants, je repars vers la longue ligne droite le long de la quatre voie qui me mènera au chemin des Anglais. Je trottine péniblement mais me force à courir (7:42 du kil’ pas si mal !). Dans la tête je me dit “donne tout putain, t’y es presque, n’explose pas complètement”. Il reste quand même 21 bornes et 1200D+ et ça peut être très très très long si tu commences à t’arrêter au bord du chemin. On entame l’avant-dernière difficulté du parcours : le redouté “Chemin des Anglais”. C’est un chemin pavé construit par les Français au 18e siècle pour faciliter le passage des charrettes entre la Possession et Saint-Denis. Il a été baptisé au nom de nos meilleurs ennemis suite à la guerre du début du 19e, parce que les Anglais s’en sont servis pour attaquer Saint-Denis (pas con !). Bon, les charrettes passaient peut-être il y a 300 ans mais là c’est un amas de dalles de pierre dans tous les sens. Heureusement, il reste un passage relativement préservé au milieu du chemin, on peut y courir relativement vite lorsqu’on est en forme. Ça monte dur sur la première partie pour rejoindre une sorte de plateau. Le soleil tape fort mais je m’accroche. Je bois beaucoup, il ne manquerait plus que les crampes arrivent. Tout d’un coup, un missile arrive derrière moi: il s’agit d’un des premiers du trail du Bourbon. Il est suivi d’un camera runner, je m’écarte du milieu du chemin pour le laisser passer. Le drone est aussi de la partie. J’aimerais beaucoup retrouver les images pour pouvoir voir à quel point j'avançais minablement. Néanmoins je me force à continuer à courir sur le plat mais la chaleur m’accable. Je croise un traileur local dans l’autre sens qui doit voir ma détresse et me propose une petite canette de coca. Merci, ça m'a requinqué. Un autre traileur du Bourbon me croise : Nicolas Rivière, un coureur local d’un excellent niveau. Il m’encourage vivement et me donne un peu de son énergie. Merci l’ami. Je mets 20 minutes de plus que prévu sur cette section et perds 20 places mais j’ai l’impression de l’avoir relativement bien gérée. J’ai couru, certes très lentement, lorsque c’était possible. Je ne me suis pas trop fait doubler et ce retard et déclassement sont sûrement liés à mon arrêt de prêt de vingt minutes à la Possession. On reprend 350D- pour descendre à la Grande-Chaloupe et c’est à nouveau très dur mais je m’accroche. La famille sera au ravito aussi et j’essaie de ne penser qu’à des choses positives : “tu as arrêté l'hémorragie, tu avances toujours et il ne reste qu’une grosse montée et descente”. La Grande-Chaloupe - Colorado (8.5K / 830D+ / 150D-) : Mud Day Je repars du ravito reboosté, il reste 850D+ et une descente finale de 5 kilomètres pour 650D-. J’enclenche le mode guerrier. On retrouve le chemin des Anglais (eh oui, c’est jamais fini avec ces fichus Anglois) qui cette fois monte à pic. C’est dur mais c’est la fin, je monte les mains sur les cuisses “à la Kilian”. J’en ai le style mais pas la grâce, dans le brouillard je fais ma trace. Arrivant d’arriver au lieu dit “Saint-Bernard”, on prend un petit sentier rempli de boue et d’un coup se dresse un mur pour rejoindre la route. Raide, dix mètres de torrent de boue. Je m’accroche à la végétation, mets les mains où je peux. Un bénévole là haut me crie “le truc boueux qui ressemble à un serpent, c’est une corde”. Merci. Je m’extirpe du bourbier sur la route sans me douter que ça n'était que le début des emmerdes. Sale mais tenace, je m’élance sur la route pour rejoindre le prochain ravitaillement. Je ne vais pas bien vite mais je me force à courir. Ravito de Saint-Bernard, je suis 195e. J’ai perdu 40 places sur cette fin de course et ça n'est pas fini. D’un côté 30 minutes de sieste, 5 de massage, et je-ne-sais-combien de pause au ravito, c’est logique. Combiné à mon allure de gastéropode… On quitte Saint-Bernard par un chemin qui redescend (aïe mes jambes) puis commence la montée vers le Colorado. 4 bornes et 350D+ seulement sur cette section, facile non ? L’horreur oui… On évolue sur un single tracé au milieu de la végétation, avec une terre argileuse. La pluie a créé des toboggans de boue. J’ai un mal fou à progresser même si les jambes répondent toujours à peu près en montée. Je dois m’accrocher à la végétation sur le côté, lorsqu’il y en a, pour pouvoir continuer à progresser. Souvent, pas d’autres choix que de mettre les mains et de crocher la terre avec les ongles pour essayer de créer une prise. Cette montée est interminable par sa difficulté, mais de longues minutes après, le Colorado se dessine enfin. J’aurais mis 2h25 sur cette section (un peu moins peut-être, en enlevant le ravito de Grande Chaloupe), faite en 1h30 à l’entraînement (sur un terrain sec). Pas si mal, sur le fond. Le Colorado est un parc depuis lequel on a une vue imprenable sur Saint-Denis et où le week-end on est censé trouver de la vie : des familles pique-niquant, des enfants jouant au ballon… Là, à part une chape de nuages et des bénévoles emmitouflés, on ne voit personne. Je check la montre au pointage : 38h35. Je me dit avec une certaine émotion “tu vas le faire ce sub 40h !”. Colorado - La Redoute (5K / 21D+ / 650D-) : dernier effort Il reste cinq kilomètres de descente (650D-), je me force à courir sur les deux premiers qui sont en légère pente. Attention, ça ne va pas toujours pas vite, je suis à 9 minutes du kilomètre. J’affiche le ClimbPro pour avoir une idée de ce qui reste niveau D-. Je trouve que ce dernier ne défile pas bien vite et le temps défile. J’avais reconnu cette descente pourtant, mais cela me surprend. Je m’attelle donc à essayer de descendre le plus énergiquement possible, comme si les jambes étaient fraîches. Je n’ai plus de douleurs à ce moment, seule l’arrivée compte. Comme quoi, la force du mental… J’entend Ludovic Collet au loin, je vois enfin le D- restant fondre, plus que 300m, plus que 200m, plus que 100m. Reste deux ou trois lacets et je suis en bas. Coup d'œil à la montre: ça va le faire. Je passe sous le pont, il me reste 500m. C’est dans la poche, je file vers la ligne en courant. J’ai l’impression d’aller vite mais je dois être à 7km/h, peu importe. Ludo anime un des nombreux podiums donc n’annoncera pas mon arrivée triomphante, mais je m’en fiche, je rentre dans l’enceinte du stade en passant dans le couloir de barrières et récupère mes enfants, un dans chaque main. On franchit ensemble la ligne en courant. Le chronomètre géant du stade affiche 39 heures 41 minutes et 35 secondes (202e). Mission accomplie. Après tant d’effort, de souffrances, de doutes, de hauts, de bas, de chaud, de froid, de chaises de camping imaginaires, de rochers à la tête de chien, de Gels Maurten, de pluie, de soleil, de sourires, d’encouragements, je fond en larmes dans les bras de ma femme et mes enfants. On reste là, pendant quelques secondes suspendues, dans notre bulle au milieu du brouhaha. C’est notre moment, à jamais. Par la suite je m’effondrerai dans l’herbe au milieu du stade, me ferai masser par les kinés aux petits soins et mettrai 10 minutes à faire 200m pour rejoindre la voiture. Peu m’importe, je suis à jamais fou. Bilan Je ne peux que être satisfait de ma course: c’était mon premier 100 miles - et c’est à priori un des plus durs au monde - et je le boucle quand même à une bonne place (202e sur 2850 partants) et dans le temps que je m’étais fixé. On a surtout vécu une aventure en famille, qui m’a porté lorsque je n’allais pas bien. C’est aussi leur performance. J’ai eu des hauts et des bas (très bas), mais je pense que c’est inhérent à ces courses extrêmes : il est sûrement rare que tout aille bien. Pour s’en conforter, il suffit de voir les élites qui explosent devant eux aussi (même si, on en convient, leur niveau d’effort est sur une autre planète). Dans les jours qui ont suivi, j’ai beaucoup pensé à Henri, avec qui j’ai partagé beaucoup de kilomètres. Je pense qu’on a un niveau théorique comparable (il a un index proche, était arrivé juste derrière moi à la CiMaSa, …). Il finit la course 99e en un peu plus de 36 heures et me colle donc plus de 3 heures 30. Il s’avère que, même s’il s’est échappé à Sentier Scout, il n’avait que 25 minutes d’avance à la sortie du Maïdo. La différence est qu’il n’a pas (ou moins) craqué sur la fin de course. Comme je disais, top 100 sur la Diag’ pour un premier ultra, “chapeau l’artiste”. Sa performance me laisse présager ce qu’aurait pu être une course parfaite. Mais avec des “si”, on refait le monde et je me mets à apprécier ma course, imparfaite, rude, pleine d’émotions. Je vois bien sûr plein de choses à améliorer, comme la nécessité absolue de me renforcer musculairement (eh oui feignasse, fallait se bouger), une technique en descente toujours à améliorer, une alimentation à revoir (les boissons d’effort Naak c’est un grand oui, leurs barres/gaufres/gels aussi, les gels Maurten sur 20h+ d’effort c’est non, …) et des ravitaillements à optimiser malgré tout pour un objectif chrono. Ensuite, je me pose forcément des questions sur la gestion du sommeil. Comment faire pour ces ultras partant tard ? Des pilules de caféine (j’avais des gels caf’ mais je n’ai pas l’impression qu’ils aient grandement servi…) ? J’avais pourtant très très bien dormi le mois avant la course et en abondance, je n’ai donc pas pris le départ en dette de sommeil. Enfin, je me demande si, malgré mes bonnes sensations, je ne suis pas parti trop vite. Ai-je brûlé trop de carburant dans cette première partie ? Je ne pense pas, mais je manque de recul sur ces efforts ultra longs. Je serais curieux d’avoir votre avis, amis ultra-traileurs d’HFR. Allez, assez parlé, voilà mon fameux graphique de récap: Et le Strava : https://www.strava.com/activities/12690846727 Message cité 3 fois Message édité par Ayuget le 26-10-2024 à 14:58:36 |
Chou Andy Would you know my nem | Quel CR Tu sais combien de temps vous restez sur l'île ? --------------- J'aurais voulu être un businessman |
Ayuget R.oger |
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Corran Horn lol | Félicitations Ayuget, superbe CR |
Je@nb Kindly give dime | Bravo ! Top CR, et l'infographie finale |
darkpotpot :3 muuuuuuuuuuuuuUUUUUUU | Ce CR |
_deskira_ | Tellement de souvenirs |
Amraz Martyr nigaud et aventurier | --------------- France = triple championne du monde de rugby 1995-2011-2023 |
SenorPollo | Ayuget Message cité 1 fois Message édité par SenorPollo le 27-10-2024 à 06:58:04 |
EvilTyler ex-Consultant Hippie |
--------------- More GG, more skill |
Ayuget R.oger |
Les compotes ça donne la chiasse et le rapport poids/glucides n'est pas top (même si j'en ai pris quelques unes, j'aime bien la version salée Naak Par contre là où tu pointes quelque chose c'est que je n'ai pas pris assez de barres. J'en avais 6 (Naak) pour toute la course et je les ai réparties. C'est con parce que je sais qu'elles passent bien. J'aurais sûrement dû me baser en prio sur ca (en incluant quand même quelques gels) tant que ça passe. Niveau gels, j'aime bien les gels Baouw (alors que leurs compotes et barres non), il faudra que j'essaie la prochaine fois. |
yipi |
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sundae cent | Bravo, magnifique CR |
wizz83400 |
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Naxos \o/ |
gars_lent Pas rapide | Énorme Ayuguet quelle expérience! --------------- Porte bien son pseudo. |
chocobn69 | Super CR et magnifique course Ayuget, merci ! |
Loreak | Félicitations Ayuget ! |
mafspirit | Bravo! |
tck-lt | Bravo. --------------- War Roak Gwengamp |
Ayuget R.oger |
Amraz Martyr nigaud et aventurier | Muté en Indonésie pour faire l'ultra de 20k d+ de jsais plus qui quavait fait ici --------------- France = triple championne du monde de rugby 1995-2011-2023 |
Narm 3dfx gone, but never forgotten | Attention --------------- Besoin d'un dépannage informatique dans le 41 ? |
$crounz Désolé, c'est de la merde. | Salut Narm et merci pour ton CR, ça fait très envie ce genre de challenge ! --------------- >>Feedback<< Topic ACH/VTE |
perrout BBQs everyday |
--------------- I live on the frozen surface of a fireball where cities come together to hate each other in the name of sport. |
Chou Andy Would you know my nem | J'ai déjà une ex à St-Pierre --------------- J'aurais voulu être un businessman |
mikimike2 | CR grands trail d'Auvergne 360° 135km 5800m D+ le contexte avant course Lac daubusson / col du perthuis km 22 col du perthuis/col de la loge 42km
col de la loge / chalmazel 55km chalmazel/col du beal 78km col du beal / la renaudie 115km Le Master 2 que je suivais va s'assoir et demande l'aide d'un bénévole, il ne sent pas bien et paraît être au bout du rouleau. Comme quoi, encore une fois,il ne faut pas se fier aux impressions. La Renaudie / Lac d'aubusson135 km Objectif plus qu'accompli, je boucle les 30 derniers kilomètre en 4h et en gagnant près de 15 places Le bilan Rendez vous en 2025 pour le grand raid 73 version 110km et 7700m de D+ puis l'UTMJ justement pour viser un Top 20. Message cité 3 fois Message édité par mikimike2 le 30-10-2024 à 18:18:59 |
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