ILS ONT BEAUCOUP SERVI
Par Cédric ROUQUETTE (à Hameln)
C'est l'équipe de France la plus vieille de l'histoire qui s'est débattue contre la Suisse (0-0), déclenchant ironie et doutes en dehors de l'Hexagone. A plus de trente ans de moyenne d'âge, elle croit encore en son avenir.
30 ans et 191 jours de moyenne
Ceux qui s'intéressent à l'histoire et à la politique le savent : les sujets sensibles sont souvent décryptés avec le plus de justesse par des yeux extérieurs. C'est un Français, Alexis de Toqueville, qui a le mieux décrit la démocratie américaine. C'est un Américain, Robert Paxton, qui a saisi le premier la spécificité du régime de Vichy. Ce sont aujourd'hui les étrangers qui portent le regard le plus tranché sur le spectacle que l'équipe de France a donné d'elle-même contre la Suisse (0-0). Dans quelques semaines, chacun saura s'ils ont tout compris. Il suffit de parcourir la presse européenne ou de circuler en Allemagne sans masquer sa nationalité pour lire ou entendre que la sélection nationale est «trop vieille», jouant «au petit pas» (Times), en bons «papys du Mondial» (Bild). Le constat est incontournable : malgré la titularisation de Franck Ribéry (23 ans et 3 mois), l'équipe alignée à Stuttgart était la plus vielle de l'histoire, avec une moyenne d'âge de 30 ans et 191 jours. Sur onze joueurs, cinq avaient plus de 32 ans : Barthez (35 ans dans douze jours), Thuram (34 ans et 6 mois), Zidane (34 ans dans une semaine), Makelele (33 ans et 4 mois), Wiltord (32 ans et 1 mois). Les deux premiers sont désormais les joueurs les plus âgés à avoir représenté les Bleus en Coupe du monde. Ajoutons que Vieira aura 30 ans à la fin du mois. Seuls Ribéry et Abidal avaient moins de 28 ans au départ.
Tout cela n'aurait aucune importance si l'équipe ne faisait pas son âge. Or, elle a plongé après l'heure de jeu. Elle souffre surtout de maux - bloc éparpillé, disponibilité minimale en phase offensive - qui se règlent avec des jambes disponibles, un souffle assuré, une vivacité et un volume physique considérables. Difficile de mettre tout le monde dans le même sac : Makelele travaille comme un chef, Barthez jaillit comme avant, Zidane a perdu de l'impact mais son toucher et sa justesse ont aidé à Stuttgart. Difficile en revanche de ne pas faire un lien entre la défense trop basse de l'équipe et les cannes de Thuram. «A un moment, j'ai vu Gallas et Abidal revenir en sprintant tous les deux, et là j'ai mesuré à quel point le temps passait vite, avait reconnu Thuram après France - Danemark (3-1). Dire qu'à un moment, je courais aussi à cette vitesse là...». Vieira ne donne pas sa pleine mesure, et Wiltord était plus proche de son rendement à l'Euro 2004, quand il était à court de préparation, que de la grande forme lyonnaise. Pour Raymond Domenech, c'est un faux problème. Il a constaté jeudi un «manque de fantaisie», mais «il n'y a pas de relation» avec l'âge, jure-t-il. «Les joueurs ne se disent pas : «J'ai trente ans, donc ceux qui vingt-cinq vont davantage courir car ils vont plus vite que moi, donc je vais être prudent». Il a aussi concédé : «Qui veut voyager loin ménage sa monture». Les joueurs âgés n'auraient pas «tout donné tout de suite». Même aveu minimal avant le match : «Parce qu'ils sont plus jeunes, les Suisses vont plus courir que nous ? On peut le supposer, mais...».
Le contexte impitoyable d'une grande phase finale
Ici même, l'ex-sélectionneur Jacques Santini avait pointé la complexité du sujet en laissant entendre qu'il n'y avait pas encore, en France, de meilleur joueurs à leur poste Zidane ou Thuram. Claude Makelele rappelait récemment dans So Foot qu'il avait bien laissé sa place en 2004 mais que personne ne l'avait prise. En 2002 déjà, en 2004 ensuite, l'équipe de France n'avait pas su dégager de son équipe-type des joueurs drapés de l'aura de 1998-2000 mais loin du niveau escompté dans le contexte impitoyable d'une grande phase finale. La situation actuelle est la suite logique, et caricaturale, de ces deux précédents. Elle est d'autant plus spectaculaire que trois anciennes gloires ont été rappelés à grands fracas à l'été 2005. En 2002, Willy Sagnol et Mikaël Silvestre avaient eu l'impression d'être zappés par Roger Lemerre malgré la sinistrose du premier tour. Si une Coupe du monde «se gagne à 23», comme l'assure le patron, il doit donner l'impression aux Sagnol et Silvestre d'aujourd'hui que tout peut changer très bientôt. Ils s'appellent Givet (24 ans et 8 mois), Diarra (25 ans en juillet), Malouda (26 ans), Boumsong (26 ans et 6 mois), Govou (26 ans et 11 mois), Chimbonda (27 ans) ou Saha (27 ans et 10 mois). Sauf révolution, seuls Malouda et Saha sont des titulaires en puissance.
Mouais, c'est ce que je crains en ce moment: si on va en 8ème, nos cadres seront sans doute bien cuits
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