Citation :
Sites de rencontres : enfer ou paradis ?
A l’occasion de la Saint-Valentin, les reportages se sont multipliés sur le sujet de l’amour et des rencontres… et bien entendu des rencontres sur Internet ! Devant cet espèce de consensus à la mode qui proclame combien les sites de rencontres sont horribles, anti-glamours et ne conduisant qu’à des déceptions, il me fallait rétablir un peu les choses, corriger quelques contre-vérités et tenter de démystifier tout ce qu’on croit savoir à propos des sites de rencontres. Ce sera à l’occasion de ce billet écrit pour le site human-network.fr.
Lorsque je me suis aventuré pour la première fois sur des sites de rencontres amoureuses il y a maintenant six ans, ces derniers étaient encore relativement méconnus, peu développés, ils n’avaient pas les moyens de se payer des écrans pubs à la télé mais ils étaient déjà sujets à toutes les suspicions et à toutes les railleries. Depuis, si la chose s’est considérablement démocratisée, le secteur traîne encore ses casseroles d’antan et il s’en est même ramassé de nouvelles. Combien de fois ai-je entendu des raccourcis péremptoires du style : « Les sites de rencontres, c’est fait pour les désespérés ou ceux qui ne cherchent que des plans cul. » suivi en général d’un « Moi, je n’ai pas besoin de ça ! » ô combien révélateur sur toute l’estime qu’on leur porte. Et quel contraste saisissant avec les slogans généralement mielleux affichés par les sites, promettant monts et merveilles, le grand amour à portée de clic : « Trouvez l’âme sœur ! », « A deux, c’est mieux ». Il ne faut pas croire aux miracles ni voir tout en noir. Alors, quel juste milieu entre ces deux extrêmes ?
Un espace de rencontres supplémentaire.
Un des principaux problèmes avec le célibat, c’est la difficulté à rencontrer suffisamment d’autres célibataires pour trouver quelqu’un avec qui partager suffisamment d’affinités et de sentiments pour envisager de passer ensemble une partie de sa vie. Ca peut paraître dérisoire mais c’est pourtant une histoire d’aiguille dans une meule de foin !
Les années lycée et fac sont un âge d’or de la relation sociale. Chacun y est constamment sollicité et amené à rencontrer en quantité des gens nouveaux de sa génération. Mais c’est une caractéristique unique en son genre qui ne se reproduira pas : lorsque l’on termine ses études pour rejoindre le milieu professionnel, en général qu’on le veuille ou non, il s’installe une certaine routine de vie qui fait que les occasions de rencontrer de nouvelles personnes se raréfient considérablement. Et pour un célibataire soucieux de ne plus l’être, ça peut vite devenir un problème. Au travail, dans la majeure partie des cas, on côtoie les mêmes collègues, et le milieu n’est guère propice à la séduction. Le réseau d’amis est efficace mais il peut vite tourner en boucle (les amis de mes amis sont déjà mes amis…). Restent les espaces de rencontres tels que les discothèques, les bars ou les pubs mais encore faut-il les apprécier et être suffisamment sociable pour savoir y faire des rencontres. Les activités diverses en club ou en association, comme le sport ou généralement toute pratique d’un loisir amenant à côtoyer des gens peuvent être également le moyen de faire des rencontres mais pas forcément en grande quantité. Or si toutes ces ressources sont épuisées, la vie sociale est condamnée au vase clos.
Naturellement, très naturellement même, les sites de rencontres sur Internet se sont présentés comme une alternative à tout ça, comme un espace de rencontres supplémentaire et inépuisable permettant aux célibataires de se trouver. Imaginez : des milliers d’inscrits dans votre région, tous célibataires et tous ouvertement disponibles pour une relation. Et qui plus est : des célibataires que vous n’auriez aucune chance de rencontrer au hasard de votre vie !
Les sites de rencontres : forces et limites.
Est-ce que les sites de rencontres sur Internet, ça fonctionne ? La réponse est sans équivoque : c’est oui ! Oui, ils vous permettent d’être mis en relation avec des célibataires. Oui, ils vous permettent de nouer le dialogue via des courriers électroniques ou des conversations en direct. Oui, ils permettent de faire de vraies rencontres de qualité qui se soldent éventuellement par de vraies histoires d’amour ou de vraies histoires sensuelles. En quelques clics seulement, ce sont des milliers de célibataires disponibles qui peuvent être individuellement contactés en fonction de ses préférences physiques et intellectuelles, et de ses attentes en termes de relation. Il n’y a aucune autre limite que le temps que l’on veut bien y accorder et le réseau est pratiquement inépuisable.
Alors forcément, devant le potentiel fantastique de ces gigantesques catalyseurs de rencontres, le risque est grand d’y fonder des espoirs démesurés. Et c’est précisément là que se trouve l’embryon de toutes les déceptions, de toutes les déconvenues et autres désillusions à venir qui ont fait et font la mauvaise réputation des sites de rencontres : tantôt repères d’asociaux, tantôt d’hommes volages. Menteurs et menteuses, traîtres en puissance, filles moches et mecs pathétiques, profils bidons et autres arnaques… La liste est longue de ce qui pourrait apparaître aux yeux du profane comme le summum de l’horreur, lorsqu’en vérité, ce n’est rien de plus que… la vie ordinaire !
L’enfer sur terre ? La réalité mérite bien sûr d’être nuancée. Pour commencer, il est important de souligner qu’il est vrai que l’anonymat et le virtuel tendent à exacerber certains défauts humains comme le mensonge, le manque de respect, le manque de considérations ou encore l’égoïsme. Caché à l’abri derrière son écran d’ordinateur, il est plus facile d’être indélicat que directement en face de quelqu’un. Mais c’est un comportement lié au contexte particulier du virtuel qui ne présage pas une tendance des sites de rencontres à être plus mal fréquentés qu’ailleurs.
On leur reproche aussi beaucoup d’être remplis de profils peu intéressants pour soi. Mais il faut comprendre une chose importante concernant les sites de rencontres : ils vous mettent initialement en contact avec tout le monde, sans tri aucun. Dans la vie de tous les jours, on est principalement en contact avec les gens de son milieu (professionnel et personnel) et, sans que l’on s’en aperçoive vraiment, c’est un véritable filtre relationnel qui s’établit entre soi et les autres. Les gens que l’on rencontre ont donc tendance par défaut à avoir des affinités avec soi. Sur un site de rencontres, ce filtre n’existe pas, il n’y a à la base aucun tri sous quelque forme que ce soit. On est confronté à tout le monde, y compris ceux qui ne correspondent pas à ses attentes en termes de qualités humaines, intellectuelles ou culturelles. Cela a pour conséquence première de donner une impression d’être perdu dans une immensité terne en nous jetant brutalement à la figure combien nous avons en vérité peu d’affinités avec la majorité des gens… Il faudra donc se remettre de ses émotions et faire un effort certain pour établir des filtres et trouver comment repérer celles et ceux qui sont le plus susceptibles de nous correspondre. Et ce n’est pas forcément simple pour qui n’a pas l’habitude de se poser des questions sur le type d’affinités qui le relie à ceux qu’il apprécie.
Les slogans publicitaires trop guimauves et trop optimistes des sites de rencontres sont probablement aussi pour beaucoup dans leur relative mauvaise réputation. D’une part parce que tout le monde sait bien que les solutions miracles n’existent pas. D’autre part parce que cela laisse supposer qu’il faut être naïf pour y croire, et par extension s’y inscrire. « Trouvez l’âme sœur ! » promet un célèbre site de rencontres sur Internet. Voilà de quoi faire naître des espoirs démesurés dans une âme esseulée et voilà sans doute l’origine de quelques idées reçues sur les membres qui les composent. Car forcément, de la même manière qu’un magasin discount attire au moins les pauvres, les sites de rencontres tendent à attirer d’abord tous les cœurs en peine, tous les célibataires chroniques au physique disgracieux ou en situation de solitude pathologique. C’est un état de fait. Parce qu’ils facilitent grandement la mise en relation, ils ont la prédilection de ceux qui ont des difficultés particulières à se construire une vie sociale. Mais sans nier les évidences, il serait fallacieux de réduire les célibataires du net à un ramassis de paumés. De la même façon que le métro est un moyen de transport bon marché sans pour autant n’être fréquenté que par des fauchés, les sites de rencontres n’en sont pas plus des réservoirs de gens à problèmes.
En revanche, il est vrai que les sites de rencontres cumulent un certain nombre de tares. A commencer par le déséquilibre persistant du nombre d’inscrits entre hommes et femmes particulièrement dommageable dans le cadre des rencontres hétérosexuelles. Non seulement les hommes sont en surnombre mais en plus, ils sollicitent beaucoup. Cela les pousse dans une compétition particulièrement rude où il est très difficile de se faire entendre et remarquer du sexe opposé qui, lui, croule sous les demandes et les sollicitations jusqu’au bord de l’écœurement (au pire) ou de l’indifférence générale (au mieux). Charmant !
Tout le monde ne joue pas non plus la carte de l’honnêteté et de la transparence : on triche sur son âge, sa taille ou son poids, sa profession, son statut marital, voire ses photos. Parfois, on est inscrit sans intention précise, seulement avec la volonté de tester son pouvoir de séduction. Parfois, les profils ne correspondent à personne et ne sont qu’un terrain de jeu pour quelques espiègles en quête de distraction. Tout ceci est par nature assez difficile à détecter mais fait partie des règles du jeu, inhérentes à tout univers, avec lesquelles il faudra composer.
Un certain nombre de pièges insidieux attendent également les nouveaux venus, forcément. A commencer par la tendance que l’on a à fortement idéaliser celui ou celle que l’on a en face de soi de par la nature virtuelle de la rencontre, à se complaire dans le virtuel sans passer à l’acte, à se retrouver pendant des heures à échanger pour rien ou encore à se perdre dans la quête compulsive du « toujours mieux ailleurs » devant les centaines de nouveaux profils alléchants qui se présentent en permanence à ses yeux.
Il est donc fondamental de ne jamais perdre de vue ses objectifs et ses envies, et de ne pas investir dans ces sites plus d’espoir qu’ils ne peuvent en supporter réellement. Ce ne sont que des espaces de rencontres parmi d’autres avec un potentiel, comme peut l’être à un autre niveau un pub ou une discothèque. Ils ont comme eux leurs propres règles, leurs propres atouts comme leurs propres faiblesses. Ils ne prétendent pas palier les manques supposés de la société moderne ni remplacer quoi que ce soit. Les sites de rencontres sur Internet proposent un service de mise relation entre les célibataires et c’est cela et rien d’autre qu’il faut considérer comme une opportunité formidable.
Ce que cachent aussi les idées reçues sur les sites de rencontres.
Systématiquement, quand on révèle à ses proches qu’on s’est inscrit sur un site de rencontres, deux réactions possibles : la surprise (« Quoi ? Non, comment est-ce possible ? Pas toi ! ») ou un sourire (« Ah ah ! Je vois que tu as envie de t’amuser… »). Ils en disent long sur le rapport que l’on a à la quête sentimentale.
Le fait est que beaucoup de gens ont encore tendance à avoir un problème pour assumer leurs désirs sensuels et affectifs. Combien de fois ai-je lu ou entendu en guise de reproches que « l’amour, ça ne se cherche pas, ça nous tombe dessus sans qu’on s’y attende » ! Comme si d’une part, il y avait une sorte de providence censée nous frapper (où ?) qu’il faudrait savoir attendre (combien de temps ?). Et comme si d’autre part, il n’était pas légitime d’éprouver le désir de ne pas seul et répréhensible de partir activement à la recherche d’un partenaire. Dans la pratique, les célibataires réfractaires à la « quête active » et aux sites de rencontres ont pourtant tendance à sortir plus souvent que lorsqu’ils sont en couple. Plus ou moins sans s’en rendre compte, ils sollicitent eux-mêmes des circonstances qui les conduisent à faire de nouvelles rencontres. En se cachant derrière ce qui constitue une forme d’alibi : « je sors pour passer un bon moment » plutôt que « pour ne plus être célibataire », ils sont rassurés sur leur indépendance affective et confortés dans l’idée fausse que les choses viennent toutes seules. En réalité, comme les célibataires du net, ils font leurs propres choix d’espaces de rencontres où ils partent y chercher un partenaire potentiel. Car il ne faut pas se cacher les choses : le hasard n’existe pas. Si on ne fait pas de nouvelles rencontres et qu’on ne prend pas en main sa vie affective, on a toutes les chances de finir sa vie tout seul.
S’inscrire sur un site de rencontres le plus sérieusement du monde, c’est aussi avouer explicitement ne pas se satisfaire de son célibat et ne pas avoir à ce jour trouvé un élu pour son cœur. Et reconnaître que l’on cherche à faire des rencontres est souvent perçu comme un aveu de faiblesse et d’échec. Car dans un monde parfait où l’on est censé tout avoir, « chercher » est synonyme de « ne pas trouver » et par voie de conséquence de « rencontrer des difficultés ». Le célibataire est comme le chômeur, il éprouve un sentiment de culpabilité et s’estime en partie responsable de sa situation.
Loin de n’être qu’une question de pudeur, voilà pourquoi aujourd’hui encore, beaucoup de célibataires cachent à leurs proches leur inscription sur un site de rencontres ou se réfugient derrière un alibi qui les désinvestit de leur démarche : officiellement, ce n’est pas pour une raison intime fondée sur quelque espoir que ce soit, ce n’est, comme je l’ai souvent lu sur les annonces mêmes des inscrit(e)s, que pour « s’amuser » ou « passer le temps », et c’est en général « juste pour voir » ou « sur les conseils d’un(e) ami(e) »…
|