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SEXOLOGIE - Le Dr Catherine Solano nous présente une série de témoignages de patients ayant fait un blocage sur la sexualité. De quoi donner une idée de la très grande diversité des profils rencontrés en consultation
Le sexe n’est plus vraiment un tabou aujourd’hui. Cela ne veut pas dire pour autant que la sexualité est bien vécue par tout le monde. Dans l’exercice de mon métier, j’ai notamment rencontré de nombreux hommes n’ayant jamais eu de relations sexuelles à cause d’un blocage. Ce sont quelques-uns de leurs témoignages que je vous présente ici, afin de donner une idée de l’étonnante variété de leurs profils. Ces histoires sont seulement de petites tranches de vie, des petites et des grandes douleurs dont on parle trop peu. J'invite tous les hommes ayant ce souci à consulter. Cela en vaut vraiment la peine. Car ce qui nous rend heureux, ce sont les relations avec les autres, et en particulier les relations amoureuses et intimes.
Julien, 73 ans, ancien chef d’entreprise
Julien est chef d'entreprise. C'est encore un très bel homme, sportif et cultivé. Dans son entourage, personne n'a compris pourquoi il ne fondait pas de famille. En consultation, il m'avoue avoir une peur panique des femmes. «J'ai peur de mourir sans avoir jamais fait l'amour», me confie-t-il. Ses parents formaient un couple très dysfonctionnel et sont probablement à l’origine de son blocage. «D'ailleurs, ma sœur est comme moi. Elle est passée de l’enfance à la maison de retraite sans avoir vécu la moindre histoire d'amour, ni fondé de famille ou eu le moindre enfant.»
Alain, 65 ans, ingénieur récemment retraité
Alain, qui était ingénieur dans l'industrie, m'explique n'avoir jamais eu de vie de couple, d'histoire d'amour ni même de relation sexuelle. Quand je lui demande pourquoi, sa réponse me surprend : « J'avais beaucoup de travail, je n'ai jamais eu le temps de m'en occuper. ». Alain est dans le déni. On a toujours le temps. Même les personnes les plus occupées arrivent à le trouver. Nous avons entamé un travail de thérapie.
Une de ses remarques m’a beaucoup marqué. «Il y a bien plus de personnes comme moi (c’est-à-dire vierges) qu'on ne le croit. Je connais une femme qui est comme ça, je le sais. Cela ne se voit pas, elle a l'air à l'aise, mais en fait, moi, je sais qu'elle n'a jamais eu de relation sexuelle… » Alain est-il devenu hypersensible à de petits signaux ou projette-t-il ses problèmes sur d'autres ? Je ne sais pas. Pour le moment, il est encore en thérapie.
Rémi, 60 ans, agriculteur
J’ai rencontré Rémi quand j'étais encore étudiante en sexologie. Cet agriculteur de 60 ans n’avait jamais eu d'amoureuse. Il n’avait jamais embrassé une femme ni eu de relation intime. Il a vécu toute sa vie à la ferme avec ses parents. Mais depuis leur décès, il a décidé de se prendre en main. Il a entamé une psychanalyse deux ans avant de venir me consulter.
Dès la première consultation, Rémi me parle de la guerre d'Algérie. « J'étais tout jeune et j'ai vu des choses que je n'aurais pas dû voir. » Et il se met à pleurer. Je comprends à demi-mot. « Vous avez vu des personnes se faire torturer ? » Il hoche la tête et continue à pleurer. « Je ne l'ai jamais dit à mon psychanalyste » ajoute-t-il. Il m'explique qu'il a demandé à changer d'affectation et qu'il est devenu chauffeur d'un gradé. Ses camarades l'ont l'entraîné voir des prostituées un jour. « Moi, j'étais romantique, je ne pouvais pas, cela m'a semblé horrible. »
J'ai fait avec Rémi une dizaine de séances d'hypnose et, dans les semaines qui ont suivi, il a engagé une relation avec une femme habitant près de chez lui. Je n'ai pas eu de nouvelles depuis, mais j'espère qu'il s'est épanoui.
Anastase, 50 ans
De nombreux hommes m’ont raconté avoir vécu peu ou prou une histoire similaire à celle d’Anastase. « J'ai dormi jusqu'à 17 ou 18 ans dans le même lit que ma mère. Elle était veuve et j'étais fils unique. Quand j'étais petit, je faisais pipi au lit et le soir, elle prenait un ruban qu'elle fixait sur ma verge à la racine en serrant pour que je n'urine pas en dormant. Puis en avançant en âge, je me suis entraîné à ne pas avoir d'érection, car je me sentais gêné par rapport à elle. »
Ce n’est souvent qu’au décès de leur mère que ces hommes réussissent à s’extraire de ce type de relation profondément dysfonctionnelle, écrasante et incestueuse. Ils parviennent alors parfois à changer de vie. Anastase a changé de région pour recommencer une nouvelle vie et essayer de rencontrer une partenaire.
Joël, 40 ans, professeur d’université
Joël est professeur d'université dans un domaine scientifique de haut niveau et supervise des thèses. Il me raconte son enfance : « J'habitais dans un beau quartier, j'avais une famille riche et j'ai fait de belles études. Mais j'étais fils unique, et mes parents ne s'occupaient jamais de moi. Ils sortaient tout le temps et ils avaient embauché une nurse qui changeait quasiment tous les 6 mois. Je n'ai jamais reçu d'affection, jamais de câlin de mes parents, ni de mes frères et sœurs puisque je n'en avais pas. Je crois que je suis handicapé relationnel, je n'ai jamais appris à recevoir ou à donner d'affection… Je m'en sens incapable.» Joël continue sa thérapie et commence à s'ouvrir aux autres, mais il n'est pas encore au bout du chemin.
Augustin, 37 ans, journaliste
Augustin est un journaliste qui a réussi bien dans la vie, et même très bien. Il est assez connu. « Tout le monde pense que je suis un Dom Juan et s’imagine que j'ai des tas d'aventures sexuelles. En fait, je n'en ai jamais eu une seule. Je me sens désespéré. Je ne sais pas comment faire pour dépasser ça. Même si je rencontre une femme, ce sera la honte de vivre ma première fois à mon âge. J'ai fait des travaux chez moi et c'est un maçon portugais qui a travaillé. Il est petit, en surpoids, plus âgé, chauve et pourtant, il ne peut pas imaginer comme je l'envie, parce qu'il a une femme et deux enfants ! », ajoute-t-il.
L'apparence de la réussite ne dit rien des émotions profondes d'une personne, homme ou femme. J'ai revu deux fois Augustin, mais il n'a pas souhaité entreprendre une thérapie. Mon analyse est qu'il avait probablement trop peur d'une thérapeute femme... J'espère qu'il est allé consulter un confrère !
Isidore, 32 ans
Isidore souffre d'un handicap physique, ce qui de toute évidence, n'aide pas à séduire. Il a déjà tenté d'aller vers des femmes qui lui plaisaient, mais cela n’a pas fonctionné. Il se sent rejeté et en souffre beaucoup. Il n'a jamais vécu d'histoire de couple. Il a tout de même eu une occasion avec une jeune femme une fois. Mais il fut si étonné qu’elle accepte de venir chez lui qu'il n'a rien pu faire. Elle n'a pas voulu donner suite. « Je crois qu'elle s'est sentie rejetée », explique-t-il.
Isidore a un caractère assez rigide et, lorsque je l'ai rencontré, se laissait clairement aller. Il venait par exemple consulter avec les vêtements et les cheveux sales. Il a fait de gros efforts depuis. Il s'habille bien, avec élégance, et a pris confiance en lui. Il a renoué le contact avec des femmes de sa famille, s'est fait de nouveaux amis et de nouvelles amies. Il est beaucoup moins isolé qu’auparavant. Il n'a pas encore rencontré de partenaire, mais il avance.
Jasmin, 29 ans
Jasmin a fait une école de commerce réputée, est plutôt intéressant et beau garçon, mais il n’a jamais fait l’amour. C'est la honte de sa vie. Quand il a rencontré Léa, il s’est senti obligé de lui expliquer qu'il avait un problème. Mais plutôt qu’avouer sa virginité, ce qui lui semble impensable, il invente une histoire incroyable, totalement fausse : « Je lui ai dit que j'avais été violé par deux homosexuels… ». . Résultat, Léa prend la fuite, pensant qu'il devait être sérieusement perturbé ! Il a fini par réussir à surmonter son blocage et à s’engager dans une première relation.
Éric, 28 ans
À 18 ans, quand il était en terminale, Éric pensait qu'il fallait à tout prix avoir eu un rapport sexuel avant de sortir du lycée. Que dans le cas contraire, il ne serait pas comme les autres. Résultat, il sollicite une fille de son entourage qui ne lui plaît pas spécialement, mais qui a déjà beaucoup d'expérience. Elle n'est pas emballée par l'idée, mais accepte malgré tout. L'expérience est un fiasco. Éric n'a pas d'érection et la jeune fille en parle à tout le monde en se moquant de lui.
J'ai vu Éric en consultation alors qu'il avait 28 ans et n'avait depuis plus jamais oser tenter une approche envers une jeune femme. Il était désespéré et n'osait même plus parler à une fille. Depuis, il a passé le cap, mais je raconte souvent son histoire pour prévenir les jeunes : autant que possible, il ne faut pas vivre sa première fois dans de mauvaises conditions, car elle laisse une empreinte indélébile. Elle peut conditionner tout le futur de la vie sexuelle et amoureuse !
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