gregouf a écrit :
Après la découverte du cinéma de Rajamouli avec RRR en début de semaine, je me motivais pour en voir un autre de lui, remontage de deux films, avec une durée affichée au compteur de 225 minutes. La bande-annonce proposait du kitch naïf à l’excès, des couleurs chatoyantes et sur ce dernier point, un plaisir pour la rétine que le penchant terne des films modernes offre de moins en moins. C’est peut-être ça aussi le plaisir du cinéma Indien, des couleurs chatoyantes, des saris somptueux qui claquent sur la rétine et des sourires larges, des sourcils qui se froncent beaucoup trop et des expressions du visage extrêmement expressives… Un retour à la candeur de notre enfance ! Qui sait, je tiens peut-être quelque chose… La Légende de Baahubali : L’Epopée, Srisaila Sri Rajamouli – 2025
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IMDb : https://www.imdb.com/title/tt37893389/
La Légende de Baahubali qui arrive par chez nous est une « Director’s Cut », un remontage de deux films de 2015 et 2017, totalisant 326 minutes. Le film ne fait plus que 225 minutes. Une coupe de 101 minutes, quasi un tier, cela ne nuit-il pas trop à l’ensemble ?
Le démarrage du film, qui a donc quasi 11 ans quand il arrive sur nos écrans, en souffre un peu. Un bébé sauvé des eaux, par une femme poursuivie par des soldats, une tribu qui le recueille alors que l’enfant semble venir d’au-delà les nuages. C’est très coloré, mais les décors et effets spéciaux en ont peu pâti. Notre jeune enfant grandit pour devenir un colosse à la moustache lustrée et au sourire plus large, attiré par les cimes et ce qui se cache au-dessus des nuages, et qui cherche indéniablement à gravir cette montagne infinie, attirée par les rêves d’une femme couverte de papillons bleus… Peut-on faire plus romantique et candide ?
Arrivé au bout de ses peines, l’enfant maintenant adulte appelé Shiva du nom de la divinité, découvrira des royaumes légendaires, des combats épiques, une destinée à mi-chemin entre le Conan le Barbare de Robert E. Howard et de la Louve Capitoline qui a sauvé Romulus et Remus. Shiva devenant Baahubali sera-t-il capable de sauve un royaume, délivré son peuple, et garder une moustache toujours aussi resplendissante tout en trouvant l’amour ?
Le film a une structure narrative assez particulière sans doute liée au remontage et qui nous donne un film en 5 phases, aux qualités inégales. Et heureusement (ou malheureusement pour les moins téméraires), la première est la plus faible et le film va en se bonifiant à mesure que le compteur égrène ses minutes. Une représentation donnerait à peu près ça :
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La première partie, c’est celle déjà exposée, la plus faible du métrage. C’est d’ailleurs sur celle-ci qu’on sent le plus les coupes faites au métrage. La romance de notre jeune héros avec une guerrière y ait traité en trois minutes montre en main, dans un format assez proche de la réussite d’un épisode de Xena Princesse Guerrière. Heureusement pour nous, la deuxième partie avec la découverte du royaume de Mahishmati et des premiers enjeux nous enlève rapidement ce doute, et on se plonge dans cette fresque épique aux dimensions gigantesques aussi bien dans les intrigues, les personnages que les décors et costumes.
La référence à Conan un peu plus tôt, et le montage utilise une scène digne de Milius qui sert de point de pivot au film, et à deux arcs narratifs intergénérationnels absolument épiques. Le premier (partie 3) voit les deux frères accédant aux trônes dans une bataille qui rappellera Le Seigneur des Anneaux de Jackson, la naissance de l’amour dans un autre royaume et une épopée presque drôle et naïve. Le deuxième arc (partie 4, qui est le début du deuxième film) deviendra plus sombre avec justement la chute, la perfidie, trahisons et tous les éléments du péplum antique avec un César attendant son sort et la reconnexion avec le début de la première partie du film, pour enfin conclure dans une dernière partie héroïque, mais prévisible, ce métrage fleuve. Et tout comme RRR il y a quelques jours, il faut reconnaître au métrage une naïveté et une candeur que l’on ne retrouve presque plus dans le cinéma moderne, des couleurs chatoyantes et une énergie permanente dans des décors pharaoniques, avec une masse de figurants sidérante. C’est un cinéma XXL dont on est plus vraiment habitué, un grand spectacle sur un grand écran qui emmène dans des aventures folles et épiques le spectateur qui accepte de retrouver son âme d’enfant.
Alors, oui, le métrage souffre de nombreuses faiblesses du fait d’un budget contenu (56M€ pour les 5 heures et demie originelle ! Seulement, diront beaucoup), d’un remontage qui a tranché dur, mais alors que le générique de fin n’apparait pas remplacé par un simple mot de remerciement du réalisateur, on se demande encore pourquoi le cinéma contemporain ne nous offre plus que très rarement ce type d’épopée gigantesque, empreinte d’une candeur rare. On vibre sur les chansons, on se déhanche dans son siège quand ça danse, et on en ressort avec un sourire aussi large que celui de la vedette se demandant encore ce qu’on vient de voir !
Pas aussi réussi que RRR, qui est bien plus maitrisé et n’a pas souffert d’un remontage, c’est un film fleuve qui donne le sourire. Blondin nous disait que le monde se divise en deux catégories, et que certains creusent. On pourrait presque se demander si le cinéma ne se divise pas également, avec d’un coté les spectateurs qui veulent y retrouver cette candeur et cet émerveillement des grands films en salle obscure vibrant de concert !
#TLDR : Une expérience cinématographique exubérante qui donne dans le sourire large. Sans atteindre la réussite de son précédent film vu en début de semaine, et souffrant d’une perte de plus d’un tier de sa durée, ça demeure un film assez incroyable par son envergure, sa candeur et sa générosité. Depuis le visionnage, je m’entends régulièrement pendant la journée scander avec ma voie la plus grave, un « Baahubali ! » retentissant à travers les plages Bretonnes. Je suis intoxiqué par le virus Tollywood, et ça me donne le sourire. Quelle belle affection !
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