Rapide CR de l'expo Bilal au fonds Bilal. Ben ben il est pas fou, l'animal'z : il peut bien mépriser et même insulter ceux qui préférent ce qu'il faisait avant mais l'expo met l'accent sur la période qui va de ses débuts à la trilogie Nikopol avec beaucoup de planches sur la période 1980-1992, sa période la plus productive et innovante. Et là il y a de quoi se pâmer devant les planches de Partie de chasse, de la Foire aux immortels, de la Femme piège, ou de travaux annexes comme Los Angeles et Coeur sanglant (cf plus haut) et Hors jeu, sur scénario de Patrick Cauvin (que j'avais lu à l'époque et que j'espère dégoter un de ces jours d'occase). Toujours la même chose : les versions imprimées ne rendent pas justice aux originaux. les couleurs fraîches comme au premier jour sont magnifiques (OK, j'étais pas là au premier jour pour juger).
L'expo est organisée par thèmes, pas chronologiquement. Néanmoins, il est frappant de constater l'évolution des premières BD à petits traits très influencées par Moebius (d'après un cartel il a été considéré à ses débuts comme le "Gustave Doré du XXème siècle". Oui, rien que ça. Tous les cartels et donc les textes du catalogue sont sur ce ton. Sa vie et son oeuvre sont quasiment définies par sa haine du totalitarisme soviétique dans tous ses aspects sauf semble-t-il le culte de la personnalité
). Des premières BD, donc (il faut vraiment que je me calme sur ces digressions entre parenthèses
) vers la couleur directe avec ces recherches chromatiques dingues et l'irruption d'éléments WTF dans les cases.
Puis l'on voit à chaque album la palette se rétrécir, la lumière devenir plate, les motifs devenir répétitifs, les compos devenir insipides, les procédés disruptifs devenir des gimmicks. Deux planches de Froid Equateur, bavardes et bâclées, indiquent déjà la pente, et ce n'est que le début. D'après un cartel, c'est avec la tétralogie du Monstre que "naît le style Bilal". Ah Bon ? Et avant avant 98, c'était du Carl Barks ? Merde alors, faut que je reprenne tout du début, j'ai raté une marche.
Un cartel vers la fin parle "d'obsessions assumées". Assumées, je sais pas, c'est lui qui le dit, mais obsessions, on peut difficilement les rater. Cette femme inexpressive aux joues creuses dessinée de 3/4, plus rarement de face, toujours en plan horizontal, qui revient sans cesse sur tous les murs de la galerie, et son équivalent masculin moins courant, ça finit par s'imprimer sur la rétine et perdre tout sens et toute force, un peu comme un mot très chargé qui finit par n'être plus qu'un son à force de le répéter très vite. Les dernières années sont les pires avec des photos imprimées sur de grandes toiles et sur lesquelles il barbouille sans conviction.
Un parcours chronologique aurait souligné la perte de créativité et de recherche formelle, mais le choix des thèmes qui amène à faire se côtoyer des oeuvres de différentes époques est peut-être encore plus cruel pour sa production des trente dernières années. Reste en majorité de bien belles choses dans cette expo et je suis heureux d'y être allé. Ca finit samedi puis le fonds ferme pour un mois et rouvrira début novembre avec l'expo Bilal/Druillet. Ce dernier ayant exactement le même problème que Bilal, être lessivé depuis 30 ans, il faut espérer que le plus gros de l'expo ne portera pas sur leur oeuvre du XXIème siècle. 
Message édité par BoraBora le 29-10-2026 à 00:16:09
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Qui peut le moins peut le moins.