D'une manière générale, j'ai le sentiment que le divorce est consommé entre Flamands et Wallons. Le fossé linguistique se creuse, les wallons n'ont pas envie d'apprendre le Flamand et les Flamands ressentent comme une agression le fait d'apprendre le Français.
Réfléchissez, chers amis français. La France est monolingue, comme l'était la Belgique à son origine. En plus, l'adoption de la langue française était historiquement l'un des pilliers de la révolution belge.
Prenez le cas de la France et imaginez que les Corses, ou les Basques, ou les Bretons, ou les Alsaciens, exigent le bilinguisme intégral en France (par exemple le bilinguisme basque-français pour fixer les idées). C'est ce que les flamands ont proposé en 1962: la Belgique monolingue francophone avait le choix entre devenir bilingue ou la scission linguistique. Que diriez-vous de devenir bilingues français-basque ? D'avoir à passer des examens de langue basque pour accéder à un poste dans l'administration ? A reçevoir tous vos journaux imprimés en basque et en français ? A regarder une télévision ou 50% des émissions sont en basque avec sous-titres français, les 50 autres pourcents étant dans l'autre sens ? De voir les pannaux routiers partout en France écrits en basque et en français ? A devoir faire traduire tous vos documents administratifs, vos lois, vos contrats (mariage, hypothèques, ...) sous peine de nullité, etc. La situation était la même en Belgique: les "Belges" (donc les francophones) n'en voulaient évidemment pas. Donc, on est passé à l'autre solution: deux territoires côte à côte, avec leurs lois, leurs gouvernements, leurs partis, leurs parlements, leurs capitales.
Continuons la comparaison, qui fonctionne très bien: un basque fera-t-il l'effort d'apprendre le français ? L'Espagnol ? L'Anglais ? Bien sûr que oui. Que pourrait-il faire dans le monde s'il était monolingue basque ? Un français (parlant donc français uniquement) apprendra-t-il le basque ? Bien sûr que non. Il préférera apprendre l'anglais, l'espagnol, l'allemand, l'italien, que sais-je plutôt que de s'enfermer dans une langue sous-régionale. D'autant plus que
1) En tant que non Basque, il sait qu'il ne pourra jamais faire sa vie au pays Basque, qui pratique un rascisme officiel à l'égard des non Basques (dans le cadre de cette analogie)
2) De toutes façons, tous les basques parlent français, puisque jusqu'à présent, ils y étaient bien obligés.
C'est exactement ce qui s'est passé en Belgique: les francophones sont ouverts à apprendre les langues, mais pour autant que cet effort ait un sens. Apprendre une langue parlée par 15 millions de personnes dans le monde n'a pas de sens. De plus, les institutions étant tenues par des francophones ou des flamands parlant parfaitement le français, pourquoi apprendre le flamand ? Autant apprendre l'anglais, l'allemand, l'espagnol, toutes des langues qui ouvrent des perspectives plutôt que de les refermer.
Mais c'est sans tenir compte des textes de loi: l'état belge, pas encore fédéral à cette époque, était, lui, officiellement entièrement bilingue. Les lois "nationales" devaient être votées dans les deux langues, le journal officiel est coupé en deux colonnes, les billets imprimés dans les trois langues officielles, etc. Mais, pour reprendre mon analogie avec les Basques, si tous les postes administratifs sont réservés aux seuls individus parfaits bilingues français-basque, il est clair que ce sont les Basques et eux seuls qui vont obtenir ces postes ! (Au moins en écrasante majorité dans un premier temps). Ensuite, leur solidarité ethnique naturelle fera le reste pour évincer les quelques français qui auraient fait l'effort d'apprendre le basque et qui ont réussi à prendre une petite place dans l'administration française. C'est le même phénomène qui fait que la police américaine est majoritairement d'origine irlandaise...
Le tout est joué ! Pourquoi aucun premier ministre francophone depuis plus de 40 ans ? Vous avez la réponse.
Mieux: les lois ont été votées, et les minorités protégées: il faut 50% de juges francophones à Bruxelles et 50% de juges flamands. Du fait que la population de Bruxelles est à plus de 80% francophone, si vous avez le moindre accident de roulage qui tourne mal, vous avez le choix: une procédure en français (première comparution dans dix ans car les chambres sont saturées) ou en flamand (première parution de suite, vu le surnombre de magistrats par rapport aux cas). De ce fait, les statistiques montrent une croissance progressive des affaires jugées en flamand à Bruxelles... Bien sûr...
Pour garantir aux flamands de Bruxelles un traitement juste (sachant qu'ils ne représentent même pas 20% de la population), on a prévu que toute décision politique devait, pour être valable, recueillir une double majorité: une majorité de représentants francophones et une majorité de représentants flamands. Petit problème: les flamands qui sont bien intégrés à Bruxelles votent sans problème pour des partis francophones, l'orientation politique leur semblant plus pertinente que leur rattachement à tel ou tel "collège linguistique". De ce fait, ce sont moins de 10% des électeurs qui votent sur des listes flamandes. Seuls les acharnés flaminguants refusent de voter "politique": ils votent "linguistique", ce qui fait que près de la moitié des votes exprimés sur des listes flamandes à Bruxelles vont à des partis ultra-nationalistes indépendantistes extrémistes flamands... (vous suivez toujours ?) Avec un total d'environ 5% des votes exprimés, ils sont sur le point d'imposer leurs vues à la région de Bruxelles-Capitale, puisque les règles de protection des minorités font qu'il faut une majorité de représentant flamands dans toute décision prise... Avec un tel système, les Basques dirigeraient Paris, et c'est bien ce qui se passe à Bruxelles. N'oublions pas que Bruxelles est une grande métropole européenne francophone, bien avant d'être étrangement le siège des institutions flamandes, alors que justement Bruxelles ne fait pas partie du territoire flamand (pas plus que Paris n'est en Pays Basque !).
Au final, en poursuivant mon analogie, après avoir détourné tous les investissements nationaux (français) vers le Pays Basque, après avoir construit une infrastructure digne de Honk-Kong au Pays-Basque, après avoir pris le contrôle des ports et des aéroports (ce qui est le cas en Belgique, la Wallonie n'ayant plus accès ni à l'aéroport de Bruxelles-national ni aux ports d'Anvers ni de Zeebrugges), après avoir fait voter des lois de répartition du budget "national" très en sa faveur (pour rappel 60% du budget va à la Flandre, qui ne représente que 30% du territoire belge), le Pays Basque peut envisager de lacher le reste de la France, laissé exangue après des dizaines d'années de traitements pareils. (Mais si cette cécession implique l'annexion de Paris, je pense que ça va poser quand-même quelques problèmes.) Nous sommes là actuellement en Belgique. Dans ces conditions, difficile d'expliquer à un Wallon que son avenir consiste à apprendre le flamand et à espérer un peu de pitié de la part d'un employeur flamand...
(je vous signale que la Flandre a voulu faire passer un décret qui imposait une taxe sur les travailleurs non flamands venant travailler en Flandre (cassée par l'Union Européenne). Même si vous trouvez un entrepreneur flamand prêt à vous engager en Flandre, il y a un risque important que l'état flamand y mette bon ordre très vite.)
Par ailleurs, le déséquilibre économique ne se résorbe pas entre Wallonie et Flandres, et cela légitimise complétement la question de l'indépendance de la Flandre aux yeux des Flamands.
En suivant cette logique, les doms/toms et la Corse devraient immédiatement obtenir leur indépendance. L'Union Européenne, loin d'aider les zones sinistrées économiquement, devraient jeter dehors la Pologne, la Hongrie, la Roumanie, le Portugal, la Grèce... Et l'Allemagne fédérale devrait renvoyer derrière le rideau de fer les Landers de RDA... Je suis pas sûr d'avoir tout compris, là...
La Belgique a été la troisième puissance économique mondiale au XIXème siècle, avec sa colonie (Congo belge). Elle exportait des locomotives jusqu'en Chine. A cette époque, la Flandre actuelle était un marécage (70% de la Flandre est sous le niveau de la marée haute). La Belgique (du moins sa partie riche, le sud, disons la Wallonie pour être compris, bien que ce mot n'existait pas encore à l'époque) à construit des digues, des écluses, des canaux pour assainir le nord du pays. Elle a ensuite construit des routes et autoroutes, des ports, etc... A partir de la fin des années 60, lorsque l'industrie lourde (métallurgie et charbonages) qui avaient été le fleuron de la Belgique (du sud) pendant des dizaines d'années ont cessé d'être rentables, la Flandre, nouvellement équipée, s'est lancée dans les nouvelles technologies, les télécoms, l'industrie de pointe, etc... mettant à profit des zonings industriels neufs construits le long de routes et d'autoroutes neuves sur des terrains récemment rendus utilisables.
Bien sûr, dans la première phase, il s'agissait de solidarité nationale bien normale (comme l'aide annuelle de la France à la Corse), mais maintenant, c'est devenu subitment un "transfert financier inacceptable" qui justifie la déclaration unilatérale d'indépendance d'une partie du pays. Etrange...
Enfin j'ai de plus en plus l'impression que les Wallons en ont marre des velléités d'indépendance de la Flandres et qu'ils acceptent de plus en plus l'idée de cette sécession.
Depuis bien longtemps, (près de 40 ans en fait), ils se rendent compte que la situation est terrible, mais ils survivent quand-même. De plus, tout ayant déjà été scindé, quels changements une déclaration d'indépendance pourrait-elle avoir ? Plus grand chose... L'espace aérien est géré par Eurocontrol, la monnaie est européenne, l'enseignement, la santé, les médias sont scindés, le droit est de plus en plus européen, alors bon...
Mais il y en a qui ont peur, et qui sont du coup attachés à l'idée d'un "pays unitaire": les gens de plus de 50 ans, ceux qui travaillent pour l'état fédéral, ceux qui habitent près de la future frontière, particulièrement les centaines de milliers de francophones qui habitent à la périphérie de Bruxelles, en zone actuellement Flamande.
Après, la question qui vient forcement à l'esprit, c'est celle du rattachement de la Wallonie à la France.
Tout d'abord je pense que si la scission de la Belgique est inéluctable, en revanche je ne crois pas qu'un rattachement de la Wallonie à la France soit envisageable dans les années à venir.
Pourquoi ? Les valeurs sont très proches, les Wallons connaissent mieux les partis et les hommes politiques français que les leurs, ils partagent certainement bien plus de valeurs communes avec les français qu'avec les flamands. N'oublions pas les "Marches de l'entre Sambre et Meuse" qui, tous les ans, remémorent avec nostalgie le passage des troupes napoléoniennes en Wallonie...
En effet, un tel rattachement doit au moins recueillir l'approbation d'une tres forte majorité de Wallons, genre 80%. La France de toute facon ne s'engagera pas dans ce processus sans un soutien massif des wallons.
Dans des temps troublés, les choses peuvent aller vite. De plus, l'annexion de l'Alsace et de la Lorraine par la France s'est très bien passée, la France acceptant très intelligemment des exceptions régionales aux principes républicains pourtant très centralisateurs. Le droit est identique (d'origine napoléonien et maintenant coordonné par les directives européennes). Le système fiscal est proche, surtout si la France supprime son ISF, la culture est la même (rappelons les origines de Christine Ockrent, Philippe Geluck, Johny Halliday, Brel, Annie Cordy, Arno, Jean-Michel Folon, Franco Dragone, Olivier Strelli, Haroun Tazieff, Maurane, Amélie Nothomb, Marguerite Yourcenar, Raymond Goethals, André Franquin, Jonatan Cerrada, David Linx, Maurice Grevisse, ... La chaîne de télévision officielle francophone passe sans vergogne des documentaires ou des émissions tournées explicitement pour des chaînes françaises, les présentanteurs sont interchangeables (Olivier Minne, Jean Luc Delarue, ...) se produisent aussi bien sur des chaînes belges que françaises.
En outre, une fois la Wallonie séparée de la Belgique, je ne suis pas sur que les nouveaux dirigeants de la wallonie acceptent facilement d'abandonner leur pouvoir au profit du pouvoir central français.
Ca, c'est possible... Comme je l'ai expliqué dans un message précédant, il n'y a pas que deux parties à la Belgique actuelle. Il y a la province du Luxembourg, qui faisait partie historiquement du Grand-duché, et qui pourrait être intéressé d'y retourner, que ce soit par inclinaison nationale (on parle encore Luxembourgeois dans cette zone) ou par intérêt économique (cette province est littéralement sous perfustion financière du Grand-duché, qui, officiellement, paye même les frais de fonctionnement de certaines écoles qui s'occupent de belges travaillant au Grand-duché, ...
La province de Liège à toujours eu des vélléités indépendantistes.
Les Cantons rédimés (Est de la Belgique) pourrait désirer retourner à l'Allemagne, dont ils sont très proches culturellement.
Le reste ne serait que peu de chose à accrocher à un état comme la France... A peine une petite région supplémentaire. Et on aurait enfin le TGV à Bruxelles !
Cela dit, si les hommes politiques francophones sont tellement anti-français, comment expliquer qu'ils ont choisi la dénomination officielle "Communauté française de Belgique" pour qualifier la partie non flamande de la Belgique ? Mittérand, en voyage en Belgique, a cru qu'on lui présentait le président d'une association d'expatriés français en Belgique losqu'on lui a présenté le président de cette institution, ce qui montre bien que les termes ont été mal choisis, ou alors qu'il y a bien intention sous-jascente d'affirmer l'attachement à la France de cette partie de la Belgique !
Les Wallons sont wallons et belges et je doute qu'une majorité soit favorable au fait de devenir français hors critères économiques.
Là, tu te trompes: il n'y a aucun sentiment d'appartenance nationale wallone chez les habitants du sud du pays. Ils sont Carolo ou Tournaisis avant d'être Wallons.
Maintenant cela supposerait également un cout important pour la France car la wallonie n'est pas vraiment prospère (doux euphémisme)
Est ce que les Français seraient prêts à accepter ce cout? That is the question![/quotemsg]
Il faudrait comparer le niveau économique des régions du nord (Pas de Calais, Ardenne, ...) avec celui de la partie de la Wallonie qui serait candidate. Je ne crois pas que la différence soit sensible. On ne parle pas ici de régions françaises comme le Var ou l'Île de France...