Mélenchon, ou l'incapacité à vouloir se placer par rapport au PS ... Tout ça, pour profiter fallacieusement de deux positions au lieu d'une soit le beurre, l'argent du beurre et le cul de la crémière en bonus.
Le voila donc encore une fois en train de taper passablement violemment sur le PS pour marquer ses différences idéologiques et politiques. Bien sur, c'est son droit le plus strict et je ne vais pas rentrer dans la légitimité et pertinence de ses arguments, ça n'est pas mon propos ici. Donc Mélenchon tape sur le PS au pouvoir parce qu'il pense qu'il n'en fait pas assez à gauche. Très bien, il dit ce qu'il pense, pas de souci.
Le souci est ailleurs. Le souci est que Mélenchon passe son temps à osciller entre cette position là qui est clairement une position d'opposition et une autre position consistant à se considérer comme ayant une légitimité au pouvoir ou du moins sur le pouvoir. Il y a quelques jours sur ITélé, Mélenchon disait "NOUS avons gagné les élections". Qui est ce nous ? La gauche dans son ensemble, le PS et sa coalition au pouvoir bien sur mais aussi le FdG. Donc là Mélenchon s'inclut dans la victoire. Et il n'a pas oublié de rappeller que les 4 millions d'électeurs du FdG ont permis la victoire de Hollande et donc que le FdG et ses électeurs sont "des ayant droits". Des ayant droits, rien que ça. En soit, pourquoi pas, mais encore faudrait-il être cohérent. Et c'est là qu'est le souci vu que la position de Mélenchon est totalement incohérente.
Car dire "nous" et "nous sommes des ayants droits" en parlant de la victoire de Hollande, ça implique une chose fondamentale : que le FdG se reconnaisse dans la victoire de Hollande et donc dans les idées et le programme de Hollande, du moins partiellement. Car quand on vote pour quelqu'un dans un duel, on le fait pour deux principales raisons : soit parce qu'on considère qu'on est globalement en accord avec le programme, c'est un vote d'adhésion, soit c'est un vote pour le moins pire. Bien entendu, si on vote pour le moins pire, on ne vient pas réclamer quoi que ce soit après, vu qu'on a pas voté pour les idées du candidat. En 2002, quand j'ai voté Chirac contre Le Pen, j'ai jamais attendu une seule seconde que Chirac fléchisse sa position vers la gauche en retour des millions d'électeurs de gauche qui l'ont fait élire. Ca n'était pas un vote d'adhésion mais de barrage. Donc ici, la question est de savoir si on vote pour Hollande parce qu'on pense que son programme est globalement bon ou qu'on vote pour Hollande parce qu'on ne veut pas 5 ans de Sarkozy de plus et qu'Hollande sera moins pire. Rappelons nous à ce sujet la position, des plus nobles, le soir du 1er tour où Mélenchon appelait, sans aucune contre partie, à voter contre Sarkozy. Sans aucune contre partie soit l'exact inverse de sa sortie sur les ayants droits. Et aussi, voire surtout, contre Sarkozy. Il appelait donc à voter contre Sarkozy et non pas POUR Hollande. Il n'était pas dans le "nous" là.
Rappelons également d'avoir vu notre Mélenchon joyeux comme un pinson le soir de la victoire de Hollande, tapant la déconne avec ses anciens camarades du PS se trouvant à coté de lui sur le plateau de France 2. On était là dans le "nous avons gagné". Au point même qu'un Poujadas, fort étonné de la part de Mélenchon de cette joie et complicité avec les représentants du PS alors qu'il avait passé la campagne à être fort virulent contre le PS, lui demande "mais au final, vous êtes proche du PS ?". Réponse de Mélenchon des plus claires : "il fallait bien qu'on se différencie pendant la campagne". Donc là, Mélenchon était totalement dans le "nous" et s'incluait dans la victoire de la gauche. En deux semaines, il avait inversé sa position en passant de "je ne demande rien et je veux juste que Sarkozy soit battu" à "la gauche dont je fais partie a gagné". Encore quelques semaines de plus et le voila réclamant son dû en retour de ses électeurs qu'il avait envoyés pour sauver le soldat Hollande, oubliant qu'il avait dit qu'il n'exigeait rien en retour.
On le voit bien, Mélenchon passe donc son temps à osciller entre son inclusion et sa participation dans la victoire de la gauche et une oppposition, passablement violente, envers la politique de Hollande au pouvoir. Alors je sais qu'on va me dire que le PS a tout fait pour rejeter le FdG, pour ne pas l'avoir comme allié, lui a fait des coups de pute aux législatives et tout et tout. C'est vrai. Ca peut expliquer la position énervée de Mélenchon, mais bon, franchement, c'est sa nature d'être virulent et de ne pas faire dans la dentelle donc quoiqu'il arrive, il aurait tapé sur le PS. De son côté, le PS aurait été bien con de s'affubler d'un allié qui électoralement ne lui servait pas s'il avait moyen de gagner les législatives tout seul. Et le PS a gagné tout seul. A mon sens, même si ça n'a pas été très classe, c'était vraiment la meilleure chose pour le PS que de ne pas s'encombrer de Mélenchon. Ca aurait été un "boulet" à trainer pour le PS d'avoir un allié aussi peu concilliant et aussi agressif, rien de tel pour donner du grain à moudre à l'opposition (celle de droite) qui n'aurait pas hésité une seconde à se gausser des tacles de Mélenchon sur les actions du gouvernement et à dénoncer l'extrêmisme et l'irresponsabilité de la gauche via le positionnement de Mélenchon.
Au dela du fait que le PS a envoyé boulé Mélenchon et le FdG, un temps avant cela s'était tout de même posée la question d'avoir des ministres du FdG au gouvernement. La réponse de Mélenchon a été claire : non, pas question. Le souci, c'est que les droits impliquent aussi des devoirs. Si Mélenchon se considère comme un ayant droit de la victoire de Hollande, ça implique alors de défendre la politique de Hollande et même d'aller gouverner. D'où la sortie fort pertinente (si si
) de Duflot l'autre jour "mais viens gouverner mon lapin". Dis autrement : "tu penses que tu fais partie de la gauche et que tu as gagné les élections avec et en soutenant Hollande ? Tu penses que la politique du gouvernement ne va pas assez loin ? Pas de souci, viens donc de manière constructive nous aider à faire mieux, tiens, prend une place au gouvernement". Mais Mélenchon sait ce que ça veut dire être au gouvernement : passer son temps à avaler des couleuvres. Il tient trop à sa liberté de parole et à pouvoir taper dans le tas pour accepter cela et surtout, il ne se reconnait pas dans la politique du PS. Du coup, sa position d'opposition de gauche lui convient très bien. Souci : si t'es dans l'opposition, tu réclames pas des choses au gouvernement en place en raison de services rendus et tu ne considères pas non plus avoir gagné les élections et avoir le droit d'en profiter. Faut choisir.
Bref, tout ça pour dire que si Mélenchon veut être cohérent, il va falloir qu'il choisisse entre deux positions :
- Soit considérer qu'il est de la "même gauche" que Hollande, que ce dernier lui doit quelque chose pour ses 4 millions d'électeurs qui sont alors un vote d'adhésion, et dans ce cas, il va falloir qu'il se calme, qu'il soutienne globalement le gouvernement tout en restant critique bien sur, mais dans un mode de critique constructive.
- Soit considérer que la politique de Hollande n'est définitivement pas bonne et dans ce cas, qu'il se place dans une logique d'opposition de gauche au PS au pouvoir ce qui implique notamment d'arrêter de demander son dû au PS pour sa victoire.
Mais il ne peut pas, comme il passe son temps à le faire, à demander à avoir le beurre, l'argent du beurre et le cul de la crémière tant qu'on y est