ph75 | Facebook roule-t-il pour Sarkozy? Citation :
Tout commence en septembre 2011 lorsque Nicolas Sarkozy donne son feu vert à Nicolas Princen, son conseiller numérique à l'Élysée, pour préparer sa campagne numérique, en vue de sa candidature pour 2012. Princen a des amis partout: chez Google, Microsoft, DailyMotion, mais aussi au siège de Facebook.
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l'Élysée (qui dément, lire notre encadré) décide, en liaison avec Facebook, de préparer en toute discrétion une grosse opération. Un nouveau profil Facebook de Nicolas Sarkozy sera lancé, utilisant à la perfection les capacités nouvel habillage baptisé "Timeline" ("journal" ).
Ce nouveau profil en mode "open graph" (qui permet le partage en live et la recommandation tous azimuts de musique, d'images et de médias) offre une biographie complète de la vie de Nicolas Sarkozy. Finalement lancée vendredi 10 février, la page s'affiche avec plus de 700 photos qui s'agrandissent en un seul clic et moult vidéos issues des archives de l'Ina. Une véritable biographie numérique. Toutefois, de nombreux souvenirs gênants ont été écartés: la deuxième femme de Nicolas Sarkozy, Cécilia Ciganer, ne semble jamais avoir été mariée avec lui, et Marie-Dominique Culioli, sa première épouse, n'a même jamais existé.
Ses enfants sont présents - mais ils n'ont pas de mère. Sauf Giulia, "ma première fille", très entourée par l'omniprésente Carla Bruni. Les photographies avec Kadhafi, Ben Ali ou Bachar el-Assad ont été égarées. Tout comme la vidéo "Cass' toi pauvr' con", disparue elle aussi. Hadopi: Nicolas Sarkozy n'en a jamais parlé. Et, bien sûr, nulle mention des désormais embarrassants Éric Woerth, Liliane Bettencourt ou Julien Civange depuis l'affaire Carla Bruni-Sarkozy. L'objectif est de montrer un président sous son meilleur visage, à la fois en pointe sur le numérique, et qui dialogue avec tous les grands de ce monde. Face à cette démonstration de force sarkoziste, la "Fan Page" de François Hollande apparaîtra inévitablement provinciale. Le président global et connecté, face au candidat socialiste archaïque. Un Sarkozy 2.0 face à un Hollande low tech.
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Le projet aurait été incontestable sans un soupçon de favoritisme qui met aujourd'hui Facebook dans l'embarras. Selon nos informations, Facebook France aurait proposé à Nicolas Sarkozy de créer une Timeline dès septembre 2011. Ce n'est pourtant que le 22 du même mois que Mark Zuckerberg présente la nouveauté à San Francisco. Ouvert au grand public le 15 décembre 2011, le mode Timeline était toutefois accessible dès la fin septembre aux internautes astucieux et débrouillards.
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"L'ampleur du travail réalisé est d'autant plus considérable qu'il est de très grande qualité. L'iconographie est parfaitement choisie, les dates, les faits, aussi. De la dentelle qui a dû nécessiter de longs mois de préparation et une équipe de pros", commente Benoît Thieulin, patron de l'agence numérique La Netscouade et ancien directeur de la campagne Web de Ségolène Royal.
Preuve de l'importance que revêt l'opération pour Facebook, Julien Codorniou, l'un des dirigeants pour la France, se félicite immédiatement du nouveau joujou sarkozyste. "Well, this is quite an impressive Timeline, isn't it?", écrit-il le 10 février sur son compte Twitter.
Pour les différents protagonistes du dossier, l'affaire apparaît toutefois sensible. A l'Elysée, Nicolas Princen, joint sur son portable, nous a renvoyés vers le service de presse de l'Élysée. Selon nos informations, Camille Pascal, le puissant conseiller communication de Nicolas Sarkozy, aurait évoqué en interne une erreur sur ce dossier et se serait inquiété auprès de ses collaborateurs de ses conséquences.
Chez Facebook, Michèle Gilbert, une Américaine qui dirige la communication de la société en France, affirme, gentiment embarrassée, que le même service a été proposé à François Hollande et aux autres candidats, mais sans entrer dans les détails techniques. Elle nie catégoriquement toute préférence partisane.
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la direction de campagne de François Hollande confirme bien avoir été en relations avec Facebook. Mais elle dément avoir obtenu un pareil traitement équivalent à celui de Nicolas Sarkozy. "Le problème, c'est que Facebook ne nous a pas prévenus. Et ne nous a pas mis dans la boucle des nouvelles fonctionnalités expérimentées. Nicolas Sarkozy a été clairement privilégié ", s'émeut-on dans l'entourage de François Hollande. Et si la création d'une Timeline a bien été proposée pour François Hollande par Facebook fin 2011, c'est trois mois après que son développement a commencé chez Sarkozy. Difficile dès lors de réécrire sa propre histoire avec une perfection technique comparable à celle obtenue par Sarkozy.
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Techniquement, l'opération a été réalisée par l'intermédiaire d'une agence extérieure, Emakina, qui pilote la stratégie numérique de l'UMP et pilotera celle du candidat. Contacté, le PDG de Emakina, Manuel Diaz, n'a pas répondu à L'Express.
L'agence Emakina est accréditée par Facebook comme "Facebook Preferred Developer Constultant (PDC)", un label qui lui ouvre des facilités techniques et un accès privilégié aux nouveautés de Facebook. Ce statut d'agence labellisée "PDC" vise, selon un communiqué de presse de Facebook, à favoriser "les marques" et des "stratégies social-média ambitieuses".
Il reste à déterminer qui a rémunéré l'agence Emakina (est-ce l'Élysée, l'UMP ou les comptes de campagne du non-encore candidat Nicolas Sarkozy ?) et comprendre quel rôle a joué dans la création de cette Timeline un conseiller du président de la République à l'Élysée, Nicolas Princen. Enfin, s'interroger sur le fait que seul Nicolas Sarkozy a pu bénéficier de conseils dont personne n'avait jusque là pu disposer. L'équipe de François Hollande a pris ce week-end l'affaire très au sérieux. Prévue de longue date, une réunion entre Facebook et des responsables du programme socialiste pour discuter des questions de vie privée, droit de la concurrence et développement de Facebook en France, a été immédiatement annulée ce lundi matin.
Dans un email à la direction de Facebook (que L'Express s'est également procuré), Fleur Pellerin, chargée des questions numériques dans l'équipe Hollande, écrit : "L'implication de Facebook dans la campagne présidentielle française est inacceptable. Si vous avez vraiment travaillé sur ces outils depuis des semaines ou des mois, vous auriez dû les offrir à tous les candidats, à égalité, et les rendre publics au même moment [...]. Je ne peux pas accepter qu'une société [comme Facebook] prenne partie dans une campagne présidentielle en offrant une aide technique et intellectuelle à un candidat et lui donner ainsi un avantage significatif. Compte tenu de ces circonstances, vous comprendrez que je sois obligée d'annuler notre réunion prévue lundi ".
L'équipe de François Hollande n'a pas l'intention d'en rester là. Les autres candidats à la présidentielle vont sans doute, eux aussi, exprimer leur mécontentement.
"S'il y a eu une intervention directe de collaborateurs de Facebook sur leur temps de travail, il y aura lieu de vérifier si l'on entre dans le périmètre de l'abus de bien social. En l'absence de rémunération, c'est une contribution en nature, et donc un financement illégal de la campagne de Nicolas Sarkozy. Potentiellement, c'est très grave", résume, prudent, le député PS Christian Paul, spécialiste du numérique.
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