Profil supprimé | Ernestor a écrit :
Non, l'histoire n'est qu'un éternel recommencement. D'ailleurs l'éternel recommencement est de dire que ce qu'on vit actuellement, on ne l'avait jamais vécu avant.
Et bien si. Par exemple tu regardes ce qu'on pensait des immigrés italiens en France il y a un peu plus d'un siècle, c'est un copier-coller quasi similaire de ce que l'on dit des immigrés musulmans : ils ne s'intègrent pas, on est envahi, ils génèrent de l'insécurité, leur pratique religieuse nous fait peur et ils font du terrorisme. De tout temps, dans une situation de crise socio-économique (et en France on a un chômage de masse depuis des décennies maintenant), il y a le même repli identitaire qui s'accompagne par désigner l'étranger comme bouc émissaire de tous les maux. Alors bien sur, il y a des problèmes avec l'immigration et le terrorisme, mais c'est archi-classique de taper sur les immigrés quand la société va mal.
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Ah, après le mythe Platon, voilà le mythe italien.
On coche toutes les cases du bingo, ma foi.
Citation :
C'est dans la seconde moitié du xixe siècle que l'immigration italienne en France a pris les caractéristiques d'un phénomène de masse. Un recensement sur les résidents de la communauté étrangère effectué en 1851 par les autorités françaises avéra que sur environ 380 000 résidents étrangers, 63 000 étaient Italiens (Piémontais en premier lieu). Le nombre d'Italiens vivant en France augmenta rapidement tout au long du xixe siècle, atteignant le nombre de 165 000 en 1876 et de 240 000 en 1881. Ce fut précisément à partir de cette date que l'immigration italienne en France commença à se réduire. Les principales causes furent la récession économique qui caractérisa l'économie française en cette période et les mauvaises relations diplomatiques entre les deux pays, dues à la question de la Tunisie. La crise diplomatique fut alimentée en outre avec l'entrée de l'Italie dans la Triple Alliance en 1882.
À la fin du XIXe siècle, il est assez fréquent que les immigrés italiens renvoient leurs enfants en Italie jusqu’à l’âge de 12 ans, avant de les faire revenir en France. De nombreux clubs sportifs et associations culturelles sont fondées par les Italiens après l'adoption de la loi du 1er juillet 1901. Pour répondre aux exigences de l'état civil - qui imposait alors de choisir des noms issus du calendrier français - ils appelaient certes leurs enfants Albert et Marie, mais, dans le cadre familial, tout le monde les appelait Alberto et Maria.
Au début du xxe siècle la communauté italienne devint la première communauté étrangère résidente dans le pays, avec près de 500 000 personnes en 1911. La banlieue Est de Paris par exemple se distingue par une très forte concentration, ainsi que des villes industrielles de l'Ouest (Boulogne-Billancourt, Clichy, Levallois-Perret, Puteaux et Suresnes).
Jusqu'à la veille de la Première Guerre mondiale, la cause de l'immigration italienne en France était essentiellement économique. En France, il y avait une pénurie de main-d'œuvre, en particulier dans les secteurs de l'agriculture et de l'industrie (usines et mines) et de la construction. Les exigences françaises de main-d'œuvre italienne, grandirent à la fin de la Première Guerre mondiale.
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Le régime fasciste entendait préserver l’« italianité » des immigrés, voulant empêcher l’assimilation de ses nationaux par la France. Il s’employa ainsi à favoriser l'exaltation patriotique en créant plus de deux cents sections de l’Association nationale des anciens combattants italiens dans des villes françaises, en plaçant les associations italiennes sous le contrôle des consulats, en regroupant les cultivateurs au sein de coopératives qui dépendaient de banques italiennes. Au contraire, les antifascistes encourageaient les immigrés à s’intégrer dans la société française en participant aux luttes sociales et politiques aux côtés des organisations ouvrières.
En 1931, la communauté italienne en France s'élevait à plus de 800 000 résidents, puis le flux fut interrompu par le déclenchement de la Seconde Guerre mondiale. À la fin de la celle-ci, les migrations en provenance d'Italie reprirent, mais furent beaucoup moins importants que celles enregistrées à la fin du xixe siècle et au début du xxe siècle. À partir des années 1940, on assista au déclin du nombre de résidents italiens, en raison de la naturalisation massive et du nombre croissant de retours. En effet, les naturalisations opérées de 1927 à 1940 en vertu de la loi du 10 août 1927 sur la nationalité concernent, pour plus de la moitié d'entre elles, des personnes nées en Italie (ce qui ne signifie pas nécessairement une nationalité italienne), soit presque 260 000 personnes. Sur celles-ci, presque 4 500 personnes furent déchues de leur nationalité française à la suite de la loi du 22 juillet 1940, ce qui représente près d'un tiers des déchéances prononcées en vertu de cette loi promulguée par le régime de Vichy.
En 1946, le nombre d'Italiens se réduisit à 450 000 personnes, puis remonta à 570 000 en 1968, avant de retomber à 460 000 en 1975 et à 350 000 en 1981.
Au cours de ces décennies, le phénomène de l'immigration italienne en France se réduisit considérablement et changea de physionomie. Si l'immigration au début du xxe siècle était composée en majorité d'agriculteurs, de mineurs et d'ouvriers, à partir des années du boom économique italien, des travailleurs plus qualifiés commencèrent à affluer. En outre, beaucoup d'Italiens qui vivaient déjà dans le pays s'élevèrent socialement, exerçant des professions libérales, entrepreneurs et commerçants, ou restaurateurs. Cette intégration des immigrés italiens dans la société française peut, même si parfois avec grandes difficultés, certainement être considérée comme un succès.
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Citation :
En revanche, les travailleurs immigrés italiens furent parfois l'objet d'hostilité violente de la part d'une partie des populations locales pour des questions de concurrence ouvrière. On peut évoquer en Provence le massacre d'Aigues-Mortes qui eut lieu entre le 16 et le 20 août 1893, où une foule de travailleurs français en colère agressa violemment les travailleurs italiens coupables, selon eux, de prendre les emplois dans les marais salants car leurs salaires étaient beaucoup plus faibles. Officiellement la mort de neuf Italiens a été enregistrée mais, selon d'autres sources, telles que le journal britannique The Times, 50 Italiens auraient été tués. On trouve des précédents, ainsi le 17 juin 1881 à Marseille, où 15 000 Français essayèrent d'attaquer un club italien. S'ensuivirent quatre jours d'affrontements avec la réaction dure des Italiens, qui se termina par 3 morts, 21 blessés et 200 arrestations15, et un autre en 1882, lorsque quatre ouvriers italiens des hauts-fourneaux de Beaucaire furent massacrés par la population locale.
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L'hostilité, c'est donc à la fin du XIXème siècle.
A une époque où il y a environ 240.000 immigrants italiens. La population française est alors autour de 39-40 millions. Cette hostilité est surtout locale, car honnêtement les immigrés italiens représentent peanuts à l'échelle du pays à ce moment là.
0.6% de la population totale environ.
Aujourd'hui, en dépit d'une politique de naturalisation massive depuis 40 ans, en dépit d'une politique d'acquisition de la nationalité très souple, la population étrangère représente 7% de la population totale.
Entre 11 et 12 fois plus qu'alors.
Il faut noter que cette immigration italienne, qui est montée jusqu'à 1% de la population totale après la 2nde guerre mondiale, a donné des descendants français représentant environ 7% de notre population actuelle. x7. Voilà ce que donne en un siècle une immigration d'une population dont le taux de natalité est plus important que la population autochtone.
Maintenant, comparons avec la population étrangère entrée sur le territoire depuis 40 ans...
Rien que sur deux générations:
Citation :
Au total, immigrés et descendants directs d'au moins un immigré sont au nombre de 14 millions, soit 20,9 % de la population en 2018. Parmi eux 5,3 millions (7,9 %) sont d'origine européenne et 8,7 millions (13 %) d'origine non-européenne dont 4,3 millions (6,4 %) d'origine maghrébine, 2 million (3 %) d'origine subsaharienne et 0,5 million (0,7 %) d'origine turque.
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https://fr.wikipedia.org/wiki/Immig [...] opulation.
Citation :
Selon l'INED, et sur la base du recensement de 1999, parmi la population vivant en France, environ 13,5 millions de personnes ont une origine étrangère totale ou partielle sur trois générations, soit 23 % de la population. Gérard Noiriel estime en 2002 qu'environ un tiers des Français ont « une ascendance étrangère » si l'on remonte aux arrière-grands-parents16. En 2011, selon un article de Michèle Tribalat, on comptait 8,7 % d'immigrés, 19,2 % de personnes d'origine étrangère sur deux générations et près de 30 % sur trois générations. Selon Pascal Blanchard, en 2015, entre 12 et 14 millions de Français, soit entre 18 et 22 % de la population totale, ont au moins un de leurs grands-parents né dans un territoire non européen. Pascal Blanchard estime que, sur quatre générations, « un quart des Français ont une origine extra-européenne » et « un autre quart ont un grand-parent au moins issu des immigrations intra-européennes ». Selon Cris Beauchemin, chercheur à l'INED, on peut estimer en 2018 que deux personnes sur cinq (soit 40 % de la population vivant en France) sont issues de l’immigration sur trois générations.
La France compte proportionnellement davantage de personnes « issues de l'immigration », c'est-à-dire elles-mêmes immigrées ou dont un parent au moins est immigré, parmi les personnes âgées de 25 à 54 ans que dans les autres classes d'âges, avec 13,1 % d'immigrés et 13,5 % d'enfants d’immigrés, soit un total de 26,6 %. De ce point de vue, elle devance notamment le Royaume-Uni (24,4 %), les Pays-Bas (23,5 %), la Belgique (22,8 %), l'Allemagne (21,9 %) et l'Espagne (20,2 %), mais se trouve en retrait par rapport au Luxembourg (61,9 %), à la Suisse (46,4 %) et à la Lettonie (29,2 %)21. Cependant cette notion est contestée par des chercheurs, comme Gérard Noiriel qui écrit en 1988 que « les jeunes “d’origine immigrée” n’existent pas ».
En 2011, 30,2 % des jeunes de moins de 18 ans en métropole ont un ascendant immigré sur trois générations, dont 19,3 % d’immigration extra-européenne. En 2018, 32,01 % des nouveau-nés en métropole ont au moins un parent né à l'étranger, dont 28,15 % au moins un parent né hors de l'Union européenne.
En France, 40 % des personnes nées entre 2006 et 2008 ont au moins un parent ou grand-parent immigré, dont 10 % ont deux parents immigrés, dont 27 % d'origine extra-européenne (16 % du Maghreb).
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Bref, continuer à parler de l'immigration italienne de la fin du XIXème et la première moitié du XXème siècle pour évoquer les phénomènes migratoires à l'œuvre dans notre pays depuis 70 ans est hors de propos.
Nous sommes sur des ampleurs totalement différentes, et des transformations sociétales qui ne sont, du coup, pas de même nature.
La France a probablement vu sa population davantage changer en 70 ans que pendant les 1000 ans qui les ont précédé, où la mobilité géographique était sans commune mesure. Et, en sus, avec une immigration venue de cultures bien plus éloignées qu'auparavant. |