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Infos Volées à Magny-Cours - Chapitre 1
Un Centenaire sans Marseillaise
Il était doublement important pour Ferrari de simposer sur les terres de sa rivale : pour enfoncer le clou planté à Indianapolis, et pour atteindre le moral de sa rivale au losange. Pour Renault, Magny-Cours était cette année plus que toute autre un circuit privilégié, du fait de lédition du centenaire du Grand-Prix de France. En 1906 une Renault chaussée en Michelin sétait imposée, une victoire un siècle plus tard aurait eu valeur de symbole.
Bridgestone domine Michelin
Au final, le package de Maranello a dominé le week-end, Bridgestone ayant pris le dessus sur Bibendum dans des conditions climatiques caniculaires. La tendance sera-t-elle confirmée jusquà la pause et durant tout lété, que lon annonce torride à Hockenheim et Budapest ? Il manquait 0.3 seconde à Alonso pour faire jeu égal avec Schumacher en qualifications. En course le déficit avait doublé. Fernando a tenté dexpliquer que sans Massa il aurait pu suivre Schumacher, mais il nen est rien. Alonso a rapidement été décroché, y compris par Massa. Il a bouclé 3 tours dans les 1:17, contre 28 pour Michael ; son premier tour dans les 1:17 fut le 23è, Massa en avait alors déjà aligné 7. Le champion du monde en titre doit aux brillants stratèges de Renault de monter sur la 2è marche du podium. Sans un basculement de 3 à 2 pit stops, Fernando aurait eu du mal à déborder Massa, pourtant peu efficace dans la deuxième moitié de la course.
En théorie 2 ou 3 arrêts revenaient au même à Magny-Cours, qui possède lune des deux allées des stands les plus courtes de la saison, et dont lentrée et la sortie ne font pas perdre énormément de temps par rapport à un pilote resté en piste. Le paramètre trafic plaide cependant en faveur dun ravitaillement de moins. Changement de stratégie dès le premier tour
Massa a eu un peu de trafic lors de son dernier relais, mais en interne on ne se cache pas derrière son petit doigt : Felipe aurait dû être bien plus rapide en début de course. Ses temps au tour était bien inférieurs à ceux de Michael, avec lequel il a très rapidement perdu le contact, sans raison apparente : les pneus et les stratégies étaient les mêmes pour les deux 248 F1.
Alonso observant son premier pit stop juste après Massa, elle possédait un coup davance, et Ferrari na pas pu réagir pour contrer les desseins de Pat Symonds, qui savait quels étaient les projets de la Rossa pour Massa. « Nous avons décidé dopter pour deux pit stops juste après le premier tour » nous explique le directeur de lingénierie Renault, « après avoir été bloqué derrière Massa il nous fallait limiter la casse et terminer 2è et non 3è. »
GP2006.COM anticipait la chose dès le soir des qualifications (lire notre article Cheval cabré au triple galop), lhistoire ne nous a pas fait mentir : Magny-Cours fut en quelque sorte une copie en négatif de Barcelone. Le leader dune des deux écuries rivales au championnat sest rapidement échappé sans que son second ne puisse le suivre, et sans que ce dernier ne tienne sciemment en respect le leader de lautre formation. Dans les deux cas, le choix des pneus sest avéré en décalage avec les caractéristiques de la piste le jour de la course.
Ferrari sacrifie sa Vmax
Renault nétait pas trop mécontente de la 3è place de grille dAlonso car elle pensait quavec ses pneus durs elle disposait dun joker pour la course. Ferrari avait porté son choix sur des gommes plus tendres et ne cachait pas son inquiétude : comment le pneu allait-il se comporter en course ? Le manque de roulage du Samedi matin (début dincendie au niveau des échappements pour Michael, embrayage défectueux pour Massa, 13 tours à eux deux) se faisait cruellement sentir, mais la Rossa ne peut se permettre dalternative, elle doit attaquer et être agressive pour espérer faire trébucher Renault.
Il était donc difficile pour la Scuderia et pour Bridgestone de faire des prédictions. Seule constatation dimportance : le pneu avant gauche développait du graining à lissue des qualifications. Le jour de la course, avec 56°C au sol, le graining ne sest pas manifesté : le pneu a très rapidement trouvé sa température de fonctionnement optimum et lusure du pneu était bien moindre que ce que Michelin espérait. Deux facteurs ont participé à la bonne tenue des pneus : Primo, Ferrari a appliqué un peu plus dappuis quà lordinaire, dans le but de préserver ses gommes. Pour une fois, les Renault étaient les plus rapides en ligne droite. En sélançant en tête, Ferrari navait si tout se passait bien pas besoin de la meilleure Vmax.
Secundo, les averses prévues le Samedi soir ont épargné Magny-Cours. La piste ne sest donc pas lavée comme la veille au soir, et le dépôt de gomme a joué en faveur du nouveau concept de pneu Bridgestone.
Bridgestone aime la chaleur
Renault peut se poser la question : est-elle trop conservatrice dans ses choix de gommes ? Elle ne lest nulle par ailleurs, et la prudence simpose delle-même lorsque lon possède une belle avance aux deux championnats. Elle a sélectionné les gommes dures car elle avait peur que les tendres ne soient pas assez constantes dans la fournaise de la Nièvre. Tous les partenaires Michelin ont fait de même, excepté Villeneuve. Comme nous le soulignions au soir du Grand-Prix (lire notre article Meilleurs tours : Ferrari sans rivale) le meilleur tour en course du Canadien est à ce titre édifiant : 1:17.906, le 7è meilleur de la journée, coincé entre les deux Toyota qui jouaient le podium, devant Fisichella et à seulement 1 dixième de seconde dAlonso ! Léquipier de Jacques, Nick Heidfeld, était relayé à 0.9 seconde. « Si je navais pas été aussi mal placé sur la grille de départ à cause du trafic, jaurais pu obtenir un bien meilleur résultat. Le problème est quen course je me suis également constamment retrouvé dans le trafic » nous explique Jacques. « En début de course jétais un peu inquiet pour mes pneus, mais lorsque jai compris quils étaient constants, jai commencé à attaquer. Je navais aucun problème de dégradation ni dusure précoce. A posteriori on peut affirmer que cétait vraiment le bon choix, et quil laurait peut-être été pour dautres. »
Bridgestone possède lavantage sur Michelin pour le moment. Les superbes prestations des Toyota en apportent la confirmation. Les deux TF106B étaient en effet équipées en pneus durs, comme les Renault et McLaren. Les fortes chaleurs et la nature du pneu Bridgestone il ramasse rapidement les dépôt de gomme furent deux atouts de poids. Les deux ou trois prochaines courses pourraient donc accoucher du même scénario, la canicule étant annoncé à Hockenheim et Budapest, et probablement à Istanbul, à moins que Michelin ne profite de la pause estivale pour combler son retard.
Les nouveautés apparues sur les F1 à Magny-Cours
Du côté des voitures, Ferrari a introduit un capot moteur plus étroit à Magny-Cours. Il a failli lui coûter cher : comme Webber et Räikkönen à Monaco, le feu sest déclaré, contrairement aux deux premiers nommés, Schumacher nen fut pas victime en course. La 248 F1 utilisait également un fond plat modifié et de nouvelles écopes de freins à lavant.
La R26 disposera dévolutions aéro et moteur àHockenheim. Le bloc de Viry devrait pouvoir tourner à 20.000 tours/min et non plus 19.700. Seul Fisichella bénéficiera de ce gain en performance, Alonso devant courir en Allemagne avec son moteur de Magny-Cours. Avec le V8 tout gain de puissance se fait plus sentir quà lépoque du V10 car la puissance globale est de 150 à 200cv inférieure. Chaque cv compte. Les ingénieurs estiment quun gain de 10cv peut se traduire par un bénéfice de 0.1 à 0.15 seconde au tour.
Schumacher na plus que 17 points de retard sur Alonso. Beaucoup mieux que les 25 au sortir du Canada, mais encore un fossé. Le septuple champion du monde na en outre pas le droit à lerreur. Pour lheure, il possède lavantage psychologique : deux victoires de rang et des pneus efficaces. « Nous ne pouvons pas nous permettre dêtre sur la défensive car Ferrari est bien plus fiable que McLaren la saison passée » nous avoue Pat Symonds. « Nous devons nous attendre à ce quelle finisse toutes les courses et quelle ne nous fasse pas de cadeau. Il y a également le facteur pneu, qui nest pas à 100% de notre ressort. Lannée dernière, nous utilisions les mêmes pneus que notre rivale, nous navions donc pas trop à nous préoccuper de ce paramètre. »
De fait, la théorie soulevée par GP2006.COM avant lété se confirme : le salut de Ferrari viendra de Bridgestone ou ne viendra pas.
Toyota redresse la barre
Limportance des pneus est démontrée par Toyota. Même si la TF106B a permis de faire un pas en avant depuis quelques épreuves, ses performances du Grand-Prix de France ont été optimisées par les pneus.
La TF106B a également bénéficié du billard de Magny-Cours. « Notre voiture naime pas les bosses et les vibreurs » rappelle Ralf Schumacher, une tendance qui se perpétue depuis 4 ans ! « A Magny-Cours il ne faut utiliser un vibreur quen une occasion : à la dernière chicane. En dehors de ce passage, la trajectoire est lisse. »
Autre atout pour les voitures de Cologne : « Avec ce niveau dappuis moyens, notre voiture est plus performante que dans les extrêmes : beaucoup ou très peu dappuis » révèle le cadet des frères Schumacher, qui aurait dû décrocher son 2è podium de la saison si lécrou de sa roue arrière gauche navait fait des siennes. Le mécanicien chargé de cette roue a dû le mettre en place par deux fois. Bilan : une perte de 9 secondes.
Trulli a quant à lui abandonné après que sa pédale de frein nait développé une course trop longue. Cest le 7è abandon sur problème mécanique pour Toyota, à chaque fois pour une raison différente. Au rayon des bonnes nouvelles, les TF106B ont résolu leurs problèmes de départ. Les deux envols de Trulli et Ralf étaient bien meilleurs en France que lors des courses précédentes. Afin de compenser le faible couple du V8 Toyota, les ingénieurs ont décidé de modifier les rapports de boîte. Les trois premières vitesses sont désormais plus courtes.
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