Les animaux ont la sagesse des soins, qu’ont-ils à nous apprendre ? Comment les singes, les chats, les cétacés font-ils pour s'auto-guérir de certaines pathologies sans interventions humaines ?
Les chercheurs enseignent depuis quelques années l'automédication chez les animaux.
De nombreux animaux n’agissent pas par hasard pour soulager leurs maux, car ils connaissent les vertus thérapeutiques des herbes, des écorces, des mousses et autres graines. Par exemple, des chimpanzés qui mâchent un morceau d’écorce pour soigner un trouble digestif ou bien des dauphins qui soignent leurs blessures. Quand les mésanges mettent des herbes dans leur nid, c'est parce que celles-ci ont des propriétés antivirales qui les protègent… Des pratiques d’automédications animales qui ont inspiré les humains. C’est ce que montre la zoo-pharmaco-gnosie ou l’étude des substances naturelles ingérées par les animaux.
L'automédication chez les animaux : la nature est une grande pharmacie > À l'état sauvage, dans la nature, les animaux sont bien obligés de tester des plantes pour se soigner et ils n'ont pas forcément besoin de l'intervention humaine pour soigner leurs blessures, loin de là, ils savent se débrouiller ! Si dans l'Antiquité déjà, on observait que certains animaux connaissaient le secret des plantes, l'automédication chez les animaux, est un champ d'étude scientifique redécouvert depuis maintenant une quarantaine d'années, en Tanzanie notamment où plusieurs chercheurs effectuaient des études sur les vertus médicinales des plantes sur l'organisme des chimpanzés. Un secteur de recherche bouleversant qui permet de réinterroger notre médecine humaine comme nos interactions avec l'ensemble du monde vivant, bien plus riche qu'on ne le pense en termes d'enseignements pour ce qui concerne notre santé et notre médication naturelle.
En matière de santé, les animaux ont beaucoup à apprendre aux humains
Cet échange de savoirs thérapeutiques entre les humains est les animaux est démontrée par les travaux de l'ethnoécologie, une méthode d'enquête qui vise à étudier les peuples d'animaux, des minéraux, des plantes en liant le mode de vie de l'ensemble des êtres vivants. Et lorsque les scientifiques s'intéressent aux peuples nomades des forêts et domaines sauvages, pour ceux qui vivent toujours avec les coutumes des chasseurs-cueilleurs, ils remarquent qu'il y a une collaboration naturelle époustouflante entre l'humain et l'animal. C'est la raison pour laquelle Yolaine de la Bigne rappelle que "cette question de l'automédication chez les animaux permet de décentrer considérablement notre place au sein du règne animal. On se rend compte que l'être humain n'est qu'un animal parmi d'autres. Cette question de l'automédication médicale pose des questions philosophiques qui interrogent notre place, notre culture humaine, en même temps que la culture des autres types d'animaux qui se transmettent aussi des savoirs de parents à enfants. Il y a une vraie transmission culturelle chez les animaux ".
Quand les oiseaux veillent sur la santé de leur nid> Les oiseaux font preuve d'un trésor d'intelligence pour se soigner. Yolaine de la Bigne prend l'exemple des mésanges bleues étudiées en Corse, qui ont, comme plein d'autres individus oiseaux une connaissance très fine des plantes antiparasitaires : "Elles connaissent les plantes antiseptiques qui vont tuer des germes unicellulaires, des bactéries, certains champignons parasites. L'intelligence et la culture animale s'expriment aussi par leur variabilité individuelle. Il y a des individus mésanges qui préfèrent utiliser telle plante plutôt que telle autre, mais qui aura un effet équivalent. L'objectif pour les oiseaux est surtout de désinfecter, d'assainir leur nid pour que les oisillons, encore très fragiles, se développent bien".
Les éléphants> Benoit Grison prend l'exemple de l’interaction dont font preuve les cornac en Asie ou les peuples d'Afrique avec les éléphants, pour illustrer cette coconstruction de certains savoirs traditionnels (ethno-savoirs) avec les animaux qui est tout à fait frappante : "les cornac ont intégré dans leur pharmacopée un certain nombre de plantes qu'utilisent leurs éléphants, par exemple une liane vermifuge, ou une plante qui a des propriétés anti-inflammatoires. Au Laos, une quinzaine de plantes sont utilisées par les cornac et les éléphants pour guérir des maux gastriques et intestinaux. Les chercheurs ont identifié jusqu'à 114 plantes utilisées par les éléphants et par le peuple cornac. Au Kenya, les femelles éléphants par exemple, avalent une boraginacée, une plante qui facilite le travail d'accouchement, que les peuples des forêts, des savanes reprennent à leur compte".
Les chimpanzés et les gorilles > L'armoire à pharmacie des chimpanzés est tout aussi admirable. C'est d'ailleurs à partir de l'observation des pratiques des chimpanzés – anthropocentrisme oblige –, nos plus proches cousins, que s'est ensuite généralisée l'ethno-écologie à l'ensemble des animaux et du vivant. Une co-construction par excellence au point que certains peuples d'Afrique parlent même de "médecine-chimpanzé", telle une vraie médecine proprement animale, comme l'explique Yolaine de La Bigne : "Les chimpanzés et les populations nomades de l'ouest de l'Ouganda ont beaucoup appris les uns des autres. Après avoir longtemps observé l'intelligence dont firent preuve les chimpanzés, ils ont pu sélectionner 70 plantes utiles pour y extraire des parties spécifiques à des fins alimentaires et médicinales. D'autant que les chimpanzés ont un régime alimentaire très vaste, avec 300 parties de plantes et parmi elles des molécules qui comportent des activités antipaludiques, capables de tuer les agents du paludisme".
Quant à certains gorilles qui consomment ce qu'on appelle de la maniguette (ou graine de paradis) qui fait partie de la famille des zingiberaceae dont fait partie le gingembre : "Les gorilles la consomment pour lutter contre des désordres inflammatoires à l'origine d'une forme de cardiomyopathie (quand le muscle cardiaque se transforme en bande fibreuse incapable de pomper correctement le sang). Elles peuvent également avoir des vertus contre l'eczéma chez l'humain".
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Les ours ont beaucoup à nous apprendre sur l'argile, les champignons qu'ils utilisent quand, par exemple, leur système digestif est infesté par de nombreuses espèces de vers parasites. Les ours vont par exemple ingérer certains types d'argile pour limiter l'action de ces parasites. Yolaine de La Bigne souligne que l'ours est un très grand herboriste : "Au point que les Amérindiens l'appellent même 'l'inventeur de la médecine'. Il fascine les scientifiques. On a énormément de choses à découvrir de leur part. Il a une grande connaissance des argiles et des plantes. Les Amérindiens des montagnes rocheuses ont observé l'ours en train de gratter le sol à la recherche d'une plante dont les ours mâchent la racine avant de s'enduire la fourrure de la substance thérapeutique secrétée. Dans de nombreuses langues indo-européennes, de nombreuses plantes se réfèrent à l'ours".
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