Étant très peu séries, le nom de Mark Mylod ne m’évoque pas grand-chose, et pourtant il a réalisé des épisodes de pas mal de grosses séries américaines récentes, de Game of Thrones à Succession. C’est donc le nom de Ralph Fiennes qui a attisé ma curiosité, et qui me rappelle également que je n’ai toujours pas eu l’occasion de me plonger dans les deux derniers opus de Danny Boyle et Nia DaCosta. Décidément, il faut mille vies pour avoir le temps de regarder et lire ce qu’on veut. Aujourd’hui, la lecture se limitera à celle d’un menu, et quel menu!
The Menu, Mark Mylod – 2022

IMDb: https://www.imdb.com/title/tt9764362/
Qui connaît un peu Agatha Christie se souviendra de l’introduction de Les 10 Petits Nègres/Ils étaient 10, avec nos différents protagonistes arrivant dans un même port pour être emmenés sur une île au large pour ne jamais en revenir. Et si l’on me crie au spoiler pour un livre de 1939, alors flûte alors !
En 2022, deux films (et sans doute beaucoup plus) s’ouvrent un peu de la même façon. D’un côté le Glass Onion de Rian Johnson, suite à Knives Out avec un Daniel Craig et son accent encore non identifié, et puis The Menu de Mylod. Dans celui-ci, ils ne sont que neuf. Neuf personnes qui prennent un bateau pour une île pour aller manger un repas très haut de gamme dans un lieu où tout est produit localement, et où l’exclusivité du lieu n’a d’égal que le sommet culinaire. De ces neuf personnages, le script n’en développera quasi aucun. Une star de cinéma en déclin et sa secrétaire, un couple de vieux riches, trois hommes de la tech et un jeune couple, lui adepte de la haute cuisine et elle, une jeune femme qu’il semble avoir rencontrée récemment.
Sur cette île, le chef, c’est Chef joué par Ralph Fiennes qui rallie à lui un régiment de cuisine. Les délices gustatifs apparaissent, mais à mesure que le repas se déroule et que Chef introduit chaque plat de manière de plus en plus sombre, les convives réalisent le piège dans lequel ils vont se faire cuire!
Le film est très clean, pas une tache sur les napperons, pas une goutte de sauce tomate qui marque une chemise blanche. Les visuels des plats sont idylliques, à l’image du lieu dans lequel ils sont servis. Les blessures de Chef illustrent la médiocrité des convives autour de la table et plus généralement, la médiocrité de nos sociétés qui font mourir l’âme des passions, sous la pression d’un cuiseur vapeur capitaliste qui veut toujours en extraire plus, argent, productivité… Alors quand le couvercle saute, tout est permis, ce que s’autorise donc un Ralph Fiennes servi délicieusement froid. Malheureusement, c’est le seul mets délicat du métrage.
La présentation est belle et soignée, mais le manque de texture et de saveurs des différents convives rend le plat principal un peu raté. Alors tout n’est pas bon pour le compostage bien sûr, la photographie est sympathique, Ralph Fiennes est goûtu, les idées du scénario douces en bouche, mais le manque d’écriture des autres personnages affaiblit l’ensemble. Le jeune couple, avec une Anya Taylor-Joy et un Nicholas Hoult, ne réussit pas vraiment à monter en cuisson.
Bref, un petit plat qui aurait pu être bien plus sympathique avec quelques condiments mieux choisis, et qui, même s’il garde une belle présentation tout du long, manque clairement de textures. Sous certains aspects, ça rappelle un peu The Triangle of Sadness de Ruben Ostlund lui aussi sorti en 2022. Comme quoi, une année bien étrange...
#TLDR : Et voilà que je me mets presque à saliver sur mon texte, alors que le film m’a laissé sur ma faim malgré un Ralph Fiennes, toujours impeccable. En parlant bouffe, je ne saurais jamais trop conseiller la petite série Midnight Diner adaptée du manga Yarō Abe qui marie parfaitement les saveurs sur Netflix.
Mais pour le film du jour, c’est digne d’une brasserie sympathique, mais je ne lui décernerai pas un Bib Gourmand !
Message édité par gregouf le 23-09-2026 à 22:41:58
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