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Prince noir : la traque continue
Quatorze ans après son record du tour du périphérique parisien en 11 minutes, ce motard reste un mythe vivant chez les mordus des gros cubes. Et son identité, un mystère.
Il dévoilera son identité le jour de ses 50 ans. Probablement sur le site internet du Motoclub des potes.» «C?est quand son anniversaire?» Silence. On est déjà allé trop loin. Quatorze ans après les faits, c?est toujours le suspense. Souvenez-vous: un dimanche matin de septembre1989, un jeune motard azimuté embarqué sur une Suzuki 1100 GSX-R boucle le tour de périf (35 km) en 11minutes, à 300km/heure en pointe et 176km/heure en moyenne. Record. Le Prince noir est né ; il assure l?après-vente grâce à une caméra fixée sur le réservoir du bolide. Il vend à La Cinq les images de ses exploits. «Course interdite », documentaire de 13minutes, réalisé par Alain Pradal, est diffusé le 29septembre.
Puis c?est la traque au mythe. De faux Prince revendiquent la performance sur les plateaux de télévision. Notamment sur celui, très couru, de Christophe Dechavanne, «Ciel mon mardi!». La chevauchée fantastique continue à diviser les bikers: d?un côté, «les anti», parmi lesquels la Fédération française des motards en colère (FFMC). De l?autre, «les pro», qui gravitent autour du Motoclub des potes, des passionnés de deux-roues, sages ou assagis. Quelques semaines après les faits, les uns et les autres protègent leur ami en le faisant passer pour mort.
Mais il y a surtout les ex-compagnons de route. Une poignée. Ils ont scellé un pacte: jamais ils ne briseront le secret. Régulièrement, ils visionnent la cassette originale. «La vie était folle, c?était l?âge d?or de la moto sportive, l?âge con aussi. Il suffisait d?un simple tour de vis et les engins de 100 CV passaient facilement à 145 CV.» Les courses avaient lieu à Rungis ou au circuit Carole, à Tremblay-en-France. On rejouait les 24 Heures du Mans sur l?A86, on défiait le TGV entre Paris et Lyon. Les vendredis soir, comme Carole était fermé, «c?est le périphérique qui devenait naturellement un circuit».
A chaque tribu, son point de rendez-vous. Les anciens à la Bastille, les petits jeunes à Vincennes, et les fous furieux, les amis du Prince noir, au resto la Pomme de pain des Champs-Elysées. Cette micro-société a son noyau dur de cent à deux centspersonnes, ses amitiés et ses inimitiés. Mais les secrets sont bien tenus: «Le premier qui balance le Prince noir ne sait pas à quoi il s?expose!» Menaces incompréhensibles alors que le délit d?excès de vitesse est largement prescrit. «C?est un sujet tabou dans le monde des deux-roues», prévient-on pour écarter les curieux. Circulez.
L?espoir renaît lors d?une rencontre avec les anciens de la compagnie du périphérique, les vieux flics. Salvador Dual était chef de l?unité radar. A quelques mois de la retraite, il se projette dans le passé: «Le lendemain de l?exploit, nous avons reçu à la première heure un coup de téléphone du préfet. Pendant plusieurs mois, toutes les nuits, une dizaine de fonctionnaires le cherchaient.» En vain. Et pourtant, toujours en lui cette impression de voir des Prince noir partout.
Ils seraient cinq ou six à connaître son identité. Pourquoi ne pas interroger les magazines spécialisés? Christian Lacombe, dit Papi, un des anciens de «Moto Journal», a rencontré le Prince noir à l?époque des faits. Bingo. «J?avais réussi à trouver son nom et son adresse. C?était un grand balèze. Pas un pilote professionnel, il n?avait jamais fait de compétition.» Bon d?accord, mais son nom? Pas le moindre souvenir?
finalement, officieusement, je suis pas si loin que ca de son record