Citation :
Les voeux de la peur
Sarkozy a-t-il réussi à endormir tous les Français, ce soir du 31 décembre 2007? On n’est pas loin de le croire, à constater le calme relatif des rues, et la prose lénifiante venant même de la presse de gauche, toujours plus attachée à l’image qu’au fond ou à la forme.
Voeux de Nicolas Sarkozy
Pétain 1943
De Gaulle 1964
Pompidou 1969
Giscard 1975
Mitterrand 1989
Je propose ici de s’intéresser à la politique, à la réalité, et non aux mirages toujours plus flous que nous tendent les analystes soi-disant politiques, tombant dans tous les pièges de la communication populiste.
Nicolas Sarkozy, comme s’il n’était pas bien sûr de faire partie du monde des adultes fait précéder son nom d’un "Monsieur", ce qui ne s’était jamais vu. Les sous-titres ont disparu, laissant place, comme il se doit pour un direct, à une interprète pour sourds-muets, ce qui le dispense de faire constater l’inanité et le manque de style de son discours en sous-titres.
Nicolas Sarkozy n’aime pas le français et le maîtrise assez mal, ce qui nous vaut un massacre en règle, avec pléthore d’omissions de syllabes, de fausses liaisons (Chirac en était déjà friand) :
"Et c’est avec la même volonté d’ouverture, avec la même volonté d’tenir mes engagements, que j’abord’cet’nouvelle année (...) les premiers résultats d’l’action entreprise, devraient s’faire sentir." Et enfin une belle liaison : "pour que les mesures mises-T-en oeuvre..." "toutes les attentes que vous ave(z) exprimées", et j’en passe.
Nous sommes au plus haut niveau de l’Etat, et, malgré le fait que se soient succédé à ce poste des enfants de familles des plus modestes aux plus riches (Georges Pompidou était fils de paysans), nous n’avons jamais eu droit à une telle pauvreté de l’expression.
Voyons maintenant le fond. Quoi de mieux pour juger des voeux présidentiels, que de les comparer à ceux de ses prédécesseurs ?
Si Mitterrand en 1989, ne cesse de replacer la France dans son contexte historique (révolution de 1789, Seconde Guerre mondiale), et géographique (Etats-Unis, bloc de l’Est fraîchement sorti du communisme, Europe), Sarkozy en fait un concept abstrait, considérant qu’il faut que "la France parle à tout le monde", ne citant aucun nom de pays, aucune région, aucun interlocuteur, et enfin, aucun repère historique.
Etrangement, c’est exactement le même flou et la même peur que dans le message de Noël du Maréchal Pétain, en 1943, année où la France a honte, et s’éloigne de ses racines, c’est le moins qu’on puisse dire.
Certains commentateurs ont précisé que Sarkozy ne ferait pas de bilan (le passé), ni n’annoncerait de nouvelles mesures (le futur), sommes-nous pour autant dans le présent ?
"[Cette année,] ce fut celle de l’urgence dépasser les clivages partisans, urgence du choc fiscal et social (...), urgence du pouvoir d’achat, urgence de l’autonomie des universités, urgence de réformer les régimes spéciaux, de libérer et de réhabiliter l’travail, urgence du service minimum, urgence de la modernisation d’l’Etat, urgence des réformes qui attendent depuis vingt ou trente ans."
Nous sommes paraît-il dans l’urgence. Il fallait "urgemment" faire un cadeau fiscal aux plus riches, fermer des tribunaux, paralyser la France pendant trois semaines pour allonger la durée de cotisation des cheminots (pour un gain étalé sur plusieurs années de 200 M d’euros, ce qui est "peanuts" ), privatiser GDF et augmenter au passage la facture de gaz, parler d’environnement sans mesure concrète à la clé, rendre les décisions faites à l’université plus opaques et moins démocratiques, radier un certain nombre de chômeurs de longue durée, ouvrir grandes nos portes à un dictateur, "éloigner" quelques 26 000 sans-papiers, augmenter le salaire du président de la République, pour assurer la transition avec celui du ministre de l’Intérieur (tiens mais c’est le même !), nommer juge et partie un patron de magasins de disques en lui faisant pondre un rapport contre le "piratage", urgence de défiscaliser les heures supplémentaires, plutôt que de s’attaquer aux charges sociales par tête pour encourager l’embauche, urgence de faire une politique de bouts de chandelle pour le logement social, urgence de faire payer les plus pauvres pour leurs soins ; et la liste des "urgences" est loin d’être close !
Le rapport à la réalité est d’autant plus flou que, maintenant qu’il est au pouvoir, Nicolas Sarkozy s’abstient de donner un seul chiffre. En aurait-il honte ? De Gaulle, en 1964, ne donnait-il pas avec fierté le nombre de nouveaux logements construits (325 000 !), et de nouvelles places en école (520 000 !) ?
La France de Nicolas Sarkozy, sans passé (sans "repentance" et sans principes fondateurs) et sans présent, a-t-elle un avenir ? Laissons-le s’exprimer :
"L’année 2008 sera celle d’une politique qui touche davantage encore à l’essentiel, à notre façon d’être dans la société et dans le monde, à notre culture, à notre identité, à nos valeurs, à notre rapport aux autres, c’est-à-dire au fond, à tout ce qui fait une civilisation." S’agit-il de toucher, ou plutôt de détruire ? En effet, notre président n’a cessé, tout au long de son parcours, de fustiger et de mépriser ce qui fait la base de notre société, au hasard, la présomption d’innocence, la laïcité, l’indépendance des médias et des hommes d’Etat vis-à-vis des industriels, la liberté, l’intégrité de l’Etat jusque dans ses documents les plus importants (en tant que ministre de l’Intérieur, il a notamment retiré l’impression des passeports à l’Imprimerie nationale, pour la confier à Rhodia).
Le mot liberté brille par son absence dans ce discours. On doit en conclure, vu le nombre de concepts abordés, qu’il est aussi absent de son programme.
Tout cela est inquiétant, non ?
Je dirais plutôt révoltant, car l’attentisme, même pour ceux qui ont voté pour lui, doit s’achever, et il faut maintenant poser un regard objectif sur son action, en dessous de tout ce qui a pu se faire jusqu’alors.
Contrairement à ce que l’on dit, tout cela est très nouveau, parce qu’on n’a sans doute jamais volé aussi bas.
Il est grand temps de trouver les moyens légaux de chasser du pouvoir un président et un gouvernement si manifestement sous-qualifiés pour leur fonction, et que la presse étrangère qualifie sans ambages de populistes.
Pour finir, quelques perles qui sonneront d’une manière étrange pour qui connaît le personnage :
- "je ne crois pas à la brutalité, comme méthode de gouvernement."
- "je crois que mon rôle, c’est d’convaincre, et de rassembler, non de diviser."
- "(...) urgence du choc fiscal et social (...) qui a permis à notre pays de mieux résister que d’autres au ralentissement de la conjoncture,(...)".
|