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Supprimer le service militaire obligatoire: Le Début de la Fin ? L Hexagone a supprimé la conscription en 2002 et possède une armée de 356 000 militaires de carrière. Alain Julien / AFP
Samuel Schmid, conseiller fédéral en charge de la Défense lance un obus dans la mare en remettant en cause lobligation de servir. La plupart de nos voisins ont déjà fait le pas. Tour dEurope.
LES FAITS: La suppression du service militaire obligatoire, étudiée par le Conseil fédéral, sinscrit dans une tendance générale depuis la fin de la guerre froide. Sur une trentaine de pays européens, quinze ont déjà tranché en faveur de larmée professionnelle, une formule qui na pas que des avantages.
Abolir lobligation de servir en Suisse. La petite phrase lancée mardi soir par Samuel Schmid a suscité une levée de boucliers immédiate. Pourtant, une telle proposition nest en rien iconoclaste, si lon se réfère à lévolution des armées européennes depuis la fin de la guerre froide. «Sur quelque trente pays, quinze ont dores et déjà supprimé la conscription ou décidé de le faire», indique Karl Haltiner, professeur de sociologie à lAcadémie militaire du Poly de Zurich. La Grande-Bretagne a ouvert la voie dès 1960, suivie de très loin par la Belgique et les Pays-Bas en 1993, puis par la France et lEspagne, notamment. En Italie, les conscrits accomplissent leurs derniers mois de service. Rome veut se doter dès lan prochain dune force de 160 000 professionnels. Vu le recrutement problématique, elle pourrait être réduite à 100 000 hommes ou même accueillir des ressortissants étrangers!
Discussions en cours
Dans dix autres Etats, dont lAllemagne, lAutriche, le Danemark, les pays scandinaves ou la Tchéquie, la discussion est en cours. Le devoir de servir y est souvent assez théorique, puisque les jeunes Allemands et Autrichiens peuvent opter librement entre les armes et un service civil. Finalement, seule une poignée dEtats, dont la Suisse, les nations issues de lex-Yougoslavie et lAlbanie connaissent encore une obligation de servir appliquée avec une certaine sévérité.
A titre personnel, Karl Haltiner se félicite que le débat sur lobligation de servir soit ouvert en Suisse: «Vu les missions assignées à la troupe maintien de la paix, sécurité, sauvetage, etc. le pays doit remettre en question son armée de masse.» Le priva docent souligne cependant les problèmes des Etats qui ont suivi la voie de larmée de métier. Que ce soit aux Pays-Bas, en Belgique, en Grande-Bretagne ou aux Etats-Unis, la carrière des armes nest guère prisée. «Les armées de métier attirent les couches les plus basses de la population. En Grande-Bretagne, on recrute jusque dans les prisons.»
Armée de cadres
Karl Haltiner penche donc pour une milice de volontaires. Une solution qui se rapproche de celle préconisée par Jean-Jacques Langendorf. Depuis la chute du Mur de fer, cet historien militaire est en faveur dune «armée de cadres», réunissant professionnels et volontaires. «Des sondages ont montré que près de 100 000 jeunes seraient prêts à sengager pour un service volontaire.»
Pour Jean-Jacques Langendorf, la Suisse aurait tort de se passer de ce potentiel qui lui permettrait de réaliser de substantielles économies. En effet, les armées de métier sont chères, car les carrières se terminent vers 45 ans. «La France a sous-estimé le problème. Aujourdhui, lessentiel du budget de la Défense est consacré aux salaires et aux retraites», rappelle Jean-Jacques Langendorf. Le perfectionnisme des professionnels est un autre facteur de renchérissement: pas question de les équiper avec du matériel dépassé alors que leur raison dêtre est précisément de servir des armes trop sophistiquées pour des conscrits.
Une armée mixte permet enfin de segmenter les tâches, avec des professionnels pour les missions à létranger et des volontaires pour les tâches de sécurité ou de sauvetage. Pour Jean-Jacques Langendorf, il est important de préserver une composante milicienne afin de ne pas rompre le lien entre le peuple et larmée. Ce nest pas le chef de larmée Christophe Keckeis qui le contredira. Par la voie de son porte-parole Philippe Zahno, il a fait savoir quil partageait lavis de son supérieur Samuel Schmid: «La milice est un bien remarquable et précieux, quil ne faut pas gâcher.»
LAURENT AUBERT
«Des soldats professionnels pour une durée déterminée»
INTERVIEW EXPRESS de Barbara Haering (PS, ZH), vice-présidente de la Commission de politique de sécurité du Conseil national
Comment réagissez-vous aux propos de Samuel Schmid, qui envisage la fin de larmée de milice?
Cest le bon moment de briser un tabou. Armée XXI est un projet darmée de défense qui ne correspond plus aux besoins daujourdhui, car les risques dune guerre traditionnelle semblent quasiment nuls pour la Suisse. Comme souvent, cest la politique des finances qui est à lorigine des réformes stratégiques nécessaires. On na plus les moyens de se payer une armée si grande.
Mais une armée professionnelle coûterait-elle vraiment moins cher?
Selon les calculs du Parti socialiste, ce serait environ 2,5 milliards par an, contre 4 milliards aujourdhui.
Et elle comprendrait combien dhommes?
Nous avons proposé un modèle avec 15 000 militaires professionnels sous contrat et 45 000 réservistes. Ces réservistes seraient des personnes qui, auparavant, auront été durant trois ou quatre ans professionnels. Mis à part les cadres, les autres ne seraient pas des militaires de carrière. Après quelques années sous luniforme, ils retourneraient dans le civil.
Pensez-vous quil serait facile de trouver ces hommes?
Cest le gros problème. Il faut donc pouvoir leur offrir une formation attractive qui puisse leur servir par la suite.
Ce ne serait pas plus simple de supprimer carrément larmée?
Non. Cest important que la Suisse participe aux missions de maintien de la paix. Par ailleurs, la garantie de la sûreté du territoire par larmée de lair est aussi indispensable. Pour décider, par exemple, si on veut accepter quun avion américain traverse la Suisse pour aller faire la guerre.
Ce qui peut surprendre, cest que Samuel Schmid fait cette proposition, mais affirme tout de suite quil est contre.
Cest très honnête. Je pense quil aimerait vraiment garder une armée de milice, mais il réalise quil nen a pas les moyens. VINCENT BOURQUIN
Larmée na plus besoin de tous les jeunes Suisses
Pour Samuel Schmid, ses déclarations devaient attirer lattention sur les conséquences des coupes budgétaires imposées à larmée. Leur écho dépasse ces prévisions. Elles mettent en évidence un élément que Berne sest gardé de crier sur les toits avant la votation sur Armée XXI: la défense na plus besoin de tous les jeunes Helvètes: «Former 20 000 personnes par année, cela coûte une fortune, rappelle le porte-parole du chef de larmée, Philippe Zahno. Pour linstant, la Constitution nous y oblige.» Mais en a-t-on vraiment besoin? Armée XXI est prévue pour 220 000 soldats (120 000 actifs plus 80 000 dans la réserve et 20 000 «spécialistes» qui restent disponibles). Soit de quoi occuper les soldats pendant six cours de répétition et les maintenir quatre ans dans la réserve. Les besoins réels de la nouvelle armée semblent en décalage avec cette théorie. Et cela malgré la multiplication des engagements «subsidiaires» pour la sécurité civile. En conséquence, le nombre de jeunes déclarés inaptes est en forte augmentation.
«Près de 40% des jeunes ne finissent plus leurs obligations militaires, dénonce le conservateur Bruno Frick, conseiller aux Etats schwytzois (PDC). Il ny a plus que les zélés pour servir naïvement sous les drapeaux. Quelques idéalistes font du service civil et les malins échappent à toute obligation par la voie bleue. Cest inéquitable.» A la tête de larmée, on tempère les chiffres. «Le nouveau recrutement est prévu pour débusquer tout de suite ceux qui niront pas au bout de leurs obligations», explique Philippe Zahno.
Nécessité absolue
A gauche, on prend appui sur cette situation pour tirer à boulets rouges sur «loccasion manquée dArmée XXI». «Abolir larmée de milice est une nécessité absolue», plaide la spécialiste socialiste du dossier Barbara Haering (lire interview express).
A droite, en revanche, larmée de milice est loin davoir perdu son statut de valeur intangible de la Suisse. «Labolir est hors de question, martèle le président de la Commission de politique de sécurité du National, Eduard Engelberger (PRD, NW). Le débat sur Armée XXI la montré, la Suisse veut conserver sa milice. Cest un système qui permet datteindre une grande qualité de service à bon marché.»
Le démocrate-chrétien Bruno Frick propose, lui, de créer une forme de service civil obligatoire qui intégrerait automatiquement tous ceux qui sont déclarés inaptes à larmée. «On narrive plus à financer les soins pour les personnes âgées. Profitons-en pour demander aux jeunes un geste de solidarité.»
Berne / ADRIEN BRON
Source: 24 Heures
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