3615buck a écrit :
La téléréalité, c'est connu, joue toujours plus le jeu de la télé que celui de la réalité.
Mais à ce point d'entourloupes et de bidonnages, La Ferme aurait pu s'appeler La Farce...
8.519.360 téléspectateurs français pour le premier prime time (soit un chiffre record pour le premier numéro d'une émission de real tv), 412.042 en Belgique. Une quotidienne qui grimpe en flèche, passant de 3,9 millions lors de la première à 6,8 millions trois jours plus tard.. Même si le deuxième prime n'a fait "que" 7.063.520, La Ferme célébrités fait figure de phénomène en termes d'audience et, comme tous les phénomènes, est aussi difficile à com¬prendre qu'un film d'avant-garde finlandais sous-titré en braille.
Parce que La Ferme, c'est quand même le néant emballé sous vide... Comme dans En at¬tendant Godot, comme au cirque où on espère toujours un peu que le tigre grignote le domp¬teur, le téléspectateur tout excité vit dans l'espoir d'un truc énorme - Danièle Gilbert s'étale dans la gadoue, Mouss Diouf file une claque à Mis Frye, Pascal Olmeta roule une pelle à Vinent McDoom, le loup mange les trois petits cochons réfugiés dans la cabane des toilettes.. Espoir toujours déçu: à La Ferme, célébrités ou pas, il ne se passe rien. On ne peut même pas se plaindre, on était prévenu. Le premier prime s'est résumé à 150 minutes d'impatience et quatorze VIP (very insignifiant people) qui descendent de limousine. un fameux couple de zozos.
Après l'échec de Nice people, qui a sonné la fin de l'intérêt bêta pour les gens qui se lavent les dents devant une glace sans tain, il fallait trouver une idée de génie qui relance la machine. Les célébrités, bon sang mais c'est bien sûr! Ils ont ce qu'il faut de narcissisme et d'exhibitionnisme, connaissent le jeu médiatique et savent jouer avec les caméras. Et côté public, tout le monde a envie de voir l'envers du décor, l'envers du sourire, de découvrir la vraie vie des stars qu'on aime (pour les gentils), de se payer la tête des gros privilégiés pourris (pour les méchants). D'ailleurs, ailleurs, la formule a déjà été adoptée avec succès. Dans l'm a celebrity, get me outta here, des people américains ringards sont en¬voyés sur une île pour un Koh-Lanta bien rude. En France, pas question de pousser la cruauté jusqu'à la famine, mais si on adoucit le concept, on doit pouvoir trouver des volontaires, non?
Je veux, je- ne veux pas...
Ça n'a pas été aussi simple. Les personnalités savent ce que vaut leur nom auprès du public, ce que vaut leur temps perdu et ce que valent les coups de griffe portés à leur image. Beaucoup ont donc refusé et les autres ont posé leurs conditions. II fallait en plus, comme dans un casting d'anonymes, respecter un équilibre entre les invités, pour que se créent des oppositions et des complicités, pour que le public choi¬sisse ceux qu'il veut aimer et ceux qu'il est ravi de détester. La production, déjà déstabilisée par un problème de permis de bâtir, a été obligée de baisser d'un cran ses exigences en matière de notoriété! Si Mouss Diouf, Elodie Gossuin, Da¬nièle Gilbert, Pascal Olmeta, Mia Frye et Eve Angeli peuvent se targuer d'un public certain (accros à Julie Lescaut, miss-tiques, nostal¬giques du noir et blanc, footeux, fans de Podium et de calamars, et karaokeurs qui se souvien¬nent de Avant de partir), les autres ne peuvent compter que sur une certaine frange d'un public incertain. Faute de grives, on accepte des merles et on leur dit merci. Reste alors à négocier.
On connaît les termes du contrat qui lie les guests à La Ferme: 10 semaines de jeu, 150.000 ? offerts à l'association que représente le gagnant, 15.000? par semaine de défraiement non taxable (c'est considéré comme le gain d'un concours) dont une partie, non déterminée!, va à l'oeuvre en question - à condition que le can¬didat ne quitte pas volontairement le jeu. Mais il y a tout le reste... Jean-Marc Morandini, par exemple, a expliqué que pour le compter parmi ses locataires, la production était prête à le lais¬ser quitter La Ferme tous les matins pour animer son émission sur Europe 1!
Parmi les "accommodements" accordés, on dit que Massimo Gargia et Eva Kowalewska au-raient exigé de sortir dans les trois premières semaines, que certains auraient obtenu une ga¬rantie financière de deux ou trois semaines, mê¬me s'ils sortaient avant, que d'autres refuseraient d'être filmés en pyjama, que les portables n'auraient pas été confisqués, que l'eau froide à l'extérieur ferait 20°, etc. Et si certaines rumeurs sont sûrement sans fondement, il existe tout aussi sûrement d'autres accords dont on ne sait (encore?) rien...
En dehors des compromis d'ego, la production a été obligée de transiger avec l'authenticité du concept pour de tout autres raisons. C'est bien joli de raconter que les célébrités veillent sur la chèvre et traient la vache, mais impossible de laisser sans surveillance professionnelle des animaux qui ne sont pas des jouets. C'est un coup à voir débarquer Brigitte Bardot. Un vété¬rinaire et Jean-Philippe, le fermier, assurent donc le suivi quotidien des animaux et, rassu¬rez-vous, quelle que soit l'heure de réveil des peoplofteurs, les bestiaux sont traits et nourris à temps.
Enfin, c'est facile de promettre une ferme comme au XIXe mais, à l'époque, on ne devait pas suivre les opérations des caméras et assurer l'intendance d'une équipe de tournage. Donc pas de bâtisse bicentenaire mais du béton im¬planté en quelques semaines. Pas d'électricité mais une ferme éclairée en permanence et des fils qui traînent partout. Une pompe à eau dans la cour mais alimentée par l'eau courante. Un poulet à plumer pour le repas mais une liste de courses confiée à la production. Une cabane au fond du pré mais un WC en faïence comme à la maison. Et vous voudriez qu'on y croie...
Les bonnes idées
La Ferme n'est qu'un décor de cinéma avec des comédiens cabotins qui jouent dans un film sans histoire. Les quotidiennes sont mornes, les prime time brouillons, et la présence d'autres people (Hermine de Clermont-Tonnerre, Lau¬rence Boccolini, Ray Cokes, Régine...) superflue. Mais il y a quelques trouvailles.
Le casting a permis de s'attendrir sur de très jolis couples. Ilario Calvo amoureux de sa Biquette. Eva KowalewskalSulitzer en petit chaperon rouge reparti vendredi apporter des galettes à son Paul-Loup malade. Vincent McDoom et Pascal Olmeta dans un remake cocasse du loup et de l'agneau, avec un agneau qui cherche des caresses et un grand méchant bourru qui se laisse attendrir. Et bien sûr, Christophe Decha¬vanne et Patrice Carmouze, délirants et décalés comme au bon vieux temps de Coucou c'est nous, qui transforment La Ferme en cirque et occupent les moindres moments de flottement par des meuh, des bêêê, des grron, des kotkot, des déguisements de kermesse et de l'humour à deux francs cinquante.
On apprécie l'idée d'avoir pris une mandataire politique. Elodie Gossuin, miss France, miss Europe et conseillère régionale de Picardie, a suscité la polémique - on l'accuse de piquer l'argent du contribuable puisqu'elle n'assure pas son mandat, et de manquer à ses promesses électorales en jouant les fermières au lieu d'assurer la défense de la Picardie. Une tempête dans un verre d'eau: mademoiselle la conseillère avait prévu avec TF1 de quitter La Ferme pour assister aux conseils régionaux. Dans un autre genre, on applaudit la présence de la vache et de la chèvre prêtes à mettre bas au début du jeu. Dans cette vaste caricature de la vie à la campagne, la naissance du petit veau fait figure de carte postale. Beau coup vache aussi de donner au nominé rescapé les clés du pouvoir, qui ouvrent la porte à toutes les ven¬geances et à tous les excès.
Enfin, mention spéciale à Massimo Gargia, surréaliste et grandiose, entre Salvador Dali, Louis XIV et Zaza Napoli, la paresse en plus. Poule de luxe qui ne conçoit pas les oeufs brouillés sans caviar, ex-gigolo (notamment de Garbo, paraît-il) aux mains baladeuses, mar¬chand de tapis qui propose la couverture de son journal à qui fera son lit, sa vaisselle et sa lessi¬ve, il révolte et il fait rire. Lors de la prochaine ré¬volution il sera le premier guillotiné mais, en at¬tendant, c'est lui qui fait le spectacle, autour de lui et contre lui, et à ce titre, mériterait sans dou¬te de rester jusqu'à la fin (c'est là qu'on verra s'il a vraiment négocié un départ rapide). D'autant qu'il est clair qu'il rêve de s'en aller. Le public ne s'y est pas trompé qui l'a "sauvé" vendredi et lui a donné pour la semaine le titre et la charge de régisseur. Si les téléspectateurs s'ennuient, qu'au moins les célébrités souffrent.
P.S. Ni les VIP ni TF1 ne se vantent évidem¬ment des coups de canif dans le contrat rural. Mais nous savons de source sûre qu'une cuisine équipée et une salle de bains de grand luxe ont été installées à La Ferme, à l'abri des caméras. Pour les cameramen et le vétérinaire, peut-être?
extrait de Télémoustique
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