Voici un petit raisonnement chiffré que j'ai pu mener. En assez synthétique.
On sait tous que c'est plus difficile de passer d'une retraite par répartition à une retraite par capitalisation que l'inverse.
On sait également, même si certains ont du mal à l'admettre, que la retraite par capitalisation offre un rendement très largement supérieur.
Quand la natalité du pays ralentit, la capitalisation permet de tirer bénéfice du travail de l'ensemble des travailleurs du monde et pas seulement notre propre pays.
On sait que les générations au travail actuellement et juste avant ont payé pour les retraites des retraités actuels.
On sait que les retraités sont la catégorie d'âge la plus riche en France, tant en patrimoine qu'en niveau de vie.
Si on part de ces assertions somme toute assez basiques, et qu'il nous vient l'idée de vouloir basculer sur une capitalisation, on peut mener le raisonnement qui se résume en une phrase suivante : les richesses ayant été indument transmises à la génération d'en haut, il faudrait réaliser le transfert inverse pour corriger la situation.
Les boomers vont léguer d'ici 2040 environ 8000 milliards d'euros.
Les retraites coutent 400 milliards par an environ.
Donc, si on confisque la totalité de cette somme, et qu'on la place à 5% (je néglige dans un premier temps les effets de bord, on va y revenir), il y a moyen de payer les retraites de tout le monde, avec de la capitalisation.
Ce faisant, on peut supprimer les cotisations retraite des actifs. Ils n'auront pas d'héritage, mais en contrepartie ils regagnent +30% sur leur net environ. Déjà, on note que bien des actifs auront du mal à avoir autant que leur parent à leur âge, même en mettant de côté 100% du surplus de salaire induit par cette mesure. Il faudrait faire des placements plutôt bons pour avoir mieux en moyenne que les parents.
Ensuite, vous voyez que les cohortes proches de l'âge de la retraite, c'est encore pire : s'ils partent en retraite 2-3 ans après l'entrée en vigueur de la mesure, ils n'auront vraiment pas eu assez de temps pour capitaliser un montant sérieux. Ce n'est pas grave car les cohortes plus proches du décès s'en allant, mais le capital restant, ces néo retraités peuvent prendre les pensions n'étant plus versées aux plus âgés. Avec bien sûr un pro rata selon la durée de cotisation dans l'ancien régime...
In fine, au bout de 40 ans, l'état est assis sur une montagne d'or, constituée de l'argent pris aux retraités actuels. Et les actifs aussi sont assis sur une montagne d'or : leurs propres cotisations mises de côté.
Tout le monde est plus riche car on a troqué la valeur de patrimoine mal placé pour le placer dans des actifs productifs, des parts d'entreprise...
Ce raisonnement est intéressant mais doit être raffiné. On ne peut pas exproprier les gens comme ça de toutes leurs possessions... On peut par contre le faire, ou du moins plus facilement, lors de leur décès. Dans ce cas, l'entrée en vigueur du système est progressive. La première année, on peut taxer environ 500 milliards qui produiront 25 milliards de rendement, on peut donc baisser les cotisations sociales en fonction. On peut également baisser les retraites pour ramener le niveau de vie des retraités à quelque chose de plus raisonnable par rapport aux actifs, pour aller plus vite dans la démarche.
Au bout de x années, on revient à la situation ci haut. Chaque année, la proportion des retraites financée par le capital grandit, tandis que la proportion financée par les cotisations diminue. Mais le tout sans avoir volé les gens de leur vivant.
Ensuite, pour éviter les effets de seuil, la taxation des héritages devrait être progressive. Montée en puissance sur plusieurs années. Retardant d'autant le bénéfice entier du système.
A la fin, l'état possède un fonds souverain énorme qu'il peut utiliser pour financer des tas de projets utiles pour la société, en plus des dépenses courantes comme la santé. Les cotisations sociales ayant fortement diminué, le pays retrouve beaucoup de compétitivité, et cela lance un cercle vertueux pour l'économie.
Les chiffres fonctionnent. Pour résoudre le problème du transfert indû de richesse à la génération du dessus, il faut lui reprendre cette richesse et la redistribuer comme il faut. Logique.
Est-ce que cette solution est totalement irréaliste, politiquement suicidaire, certainement inconstitutionnelle, avec un certain nombre de rétroactions négatives, effets de bord imprévisibles, avec risque d'effondrement économique en raison de fuite massive de capitaux et de cerveaux, et donc totalement débile ? Oui bien sûr.
Par contre, le fait que le problème nécessite une solution totalement débile en dit plus sur le problème que sur la solution. C'est en fait les choix ayant mené à ce problème (politique de retraites par répartition sans politique de natalité efficace...), eux, qui étaient totalement débiles.