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Auteur Sujet :

La catastrophe de la retenue du Vajont

n°6068678
FEYHOU
Posté le 11-07-2005 à 10:26:44  profilanswer
 

Reprise du message précédent :


 
 :sol: Eh ouai mec, si tu l'avais pas encore deviné, je suis rital!!! "Il racconto del Vajont" signifie en français "Le récit du Vajont". Ce livre très intéressant est de Marco Paolini un comédien italien né à Belluno, à quelques kilomètres du Vajont et dans ce bouquin il ne fait que raconter ce qu'il a vu et etendu et bien sur il a étayé tout ça en faisant un titanesque travail de recherche parfois à l'autre bout de l'Italie voire à l'étranger. Ce livre n'a jamais été traduit en français, ce qui peut-être dommage compte tenu du nombre d'émigrés italiens qui résident en France. Du coup je me suis entretenu avec Marco Paolini et lui est demandé la permission de traduire son ouvrage en français, ce qu'il a accepté sans réserve. J'attends ces prochains jours un autre ouvrage traitant du sujet du Vajont et signé d'une ancienne journaliste communiste, Tina Merlin. Toute appartenance politique mise à part, d'ailleurs je ne les partage personnellement pas, ce livre est un peu le procès avant l'heure de cette espèce de mafia qui a ordonné "involontairement" la ruine et la mort de plus de 2000 personnes. Ce livre s'intitule "Sulla pelle viva" ce qui signifie litéralement "Sur la peau vive" ce que l'on pourrait traduire avec un peu plus d'élégance par "A fleur de peau". S'il y a parmi vous des italophiles italophones qui sont intéressés par le sujet, je pense programmer en 2006 ou 2007 un voyage sur place afin de visiter le musée du site dédié à la catastrophe. :hello:

mood
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Posté le 11-07-2005 à 10:26:44  profilanswer
 

n°6072595
FEYHOU
Posté le 11-07-2005 à 18:29:51  profilanswer
 

Voici le petit épisode quotidien de la traduction du livre "Il racconto del Vajont" de Marco Paolini. Désolé pour ce week-end, suite à un grave problème d'ordinateur, je n'ai pu publier dépisode samedi et dimanche ...
 
Pour ma part, le 10 octobre 1963, j’allais à l’école, en seconde élémentaire. Je me lève, il est sept heures et demi du matin et ma mère pleure. Elle ne s’est quand même pas déjà disputée avec mon père à sept heures et demi du matin ?!! Mon père n’était même pas là. Je me souviens encore le journal à la radio : « Longarone n’existe plus » …  Longarone ? Nous n’avions pas de parents à Longarone … attendez... non … non attendez !!! Mais bien sûr je n’étais qu’un gamin mais Longarone je m’en souvenais parfaitement. Pour moi, à cette époque, Longarone était une station sur ligne des vacances. Parce que nous, nous allions toujours en vacances au même endroit et donc les gares je les avais apprises par cœur. Monter, descendre … toujours la même route, les gares je les connaissais toutes … Je les énumérais : Calalzo di Cadore ….  Tchoutchoutchou … puis ensuite venait Sottocastello où, là aussi, il y avait un barrage mais le train ne s’y arrêtait pas. Tchoutchoutchoutchou …. Perarolo …  Tchoutchoutchoutchou … Ospitale … Tchoutchoutchoutchou … Termine … Castellavazzo et Longarone. Voilà la vallée du malheur : boue, silence, solitude et comprendre immédiatement que tout ceci est définitif. Il n’y a plus rien à dire ou à faire ! Cinq villages, des milliers de personnes étaient là hier et sont aujourd’hui sous terre et ce n’est la faute à personne. Personne ne pouvait le prévoir. A notre époque dite moderne on pourrait dire que c’est un mauvais concours de circonstances, que l’être humain n’y est pour rien … Tout cela est l’œuvre de la nature qui n’est ni bonne ni mauvaise mais tout simplement indifférente, et qu’il faut de temps à autres ce genre de malheurs pour le comprendre. Je suis convaincu que si la nature l’avait réellement décidé, pauvres mouches que nous sommes, personne n’aurait survécu.
 
Quelles belles paroles, puissantes … jolies ! Et pourtant elles ne sont pas de moi. Ce sont les mots d’un des plus importants journalistes de notre république : Giorgio Bocca, dans le journal  « Le Jour » du vendredi 11 octobre 1963. Les envoyés spéciaux sur les lieux du drame étaient les journalistes les plus prestigieux du pays. Ils arrivent sur place la nuit même aux premières heures de la journée, grouillant comme des fourmis sous la digue parce, que dans cette confusion, il n’était pas aisé de se frayer un passage ni même de savoir où l’on se trouvait. Il n’y avait que de la boue ici. Ils ne savent même plus où aller parce qu’on leur jette des pierres. « Foutez le camp !!! Vous êtes en train de marcher sur ma maison ! ». « Allez au diable, il y a des morts à déterrer de là-dessous !!! ». Au beau milieu de ces messieurs il y en a un de Belluno et la digue est là, aux confins du la Vénétie et du frioul, alors pour ce monsieur c’est différent. L’histoire, lui qui est de Belluno, il la sent plus que les autres et il écrit, inspiré, sur son journal : Un caillou est tombé dans un verre, l’eau s’est répandue sur la nappe. Seulement le caillou était gros comme une montagne, le verre mesurait plusieurs centaines de mètres de haut, et en bas sur la nappe vivaient des milliers d’êtres humains qui ne pouvaient pas se défendre. Et le verre ne s’est même pas cassé. On ne peut même pas incriminer ceux qui l’on construit car il était bien fait, dans les règles de l’art, preuve de la ténacité et du courage des humains. La digue était et demeure un chef-d’œuvre même du point de vue esthétique.
Dino Buzzati, c’est lui l’auteur sur le « Corriere della Sera » du vendredi 11 octobre 1963. « La digue est et demeure un chef-d’œuvre ». Elle était et demeure ? Comment ça elle était et demeure ? Et bien oui ! Parce que la digue du Vajont n’a même pas cédé comme on aurait pu le croire. Non pensez-vous, elle était bien debout comme le sisait Buzzati.  

n°6077117
FEYHOU
Posté le 12-07-2005 à 09:12:41  profilanswer
 

Pour une petite comparaison, vue que certains d'entre vous s'intéresse au site de Malpasset près de Fréjus voici deux documents :
 
http://www.ecolo.org/documents/documents_in_french/malpasset/malpasset.jpg
Le barrage de Malpasset avant et après sa rupture.
 
 
http://www.ville-frejus.fr/hermes/patrimoine/images/malpa2.jpg
Le site de la retanue de Malpasset après la rupture du barrage.

n°6077182
simchevelu
Oui mais non...
Posté le 12-07-2005 à 09:29:46  profilanswer
 

Pour Malpasset, ce sont les études géologiques qui ont été mal réalisées.
 
En gros les géologues et ingénieurs n'avait pas prévu qu'un barrage c'est pour retenir de l'eau.
 
Je m'explique : l'eau en montant s'est infiltré dans la roche (gneiss je crois et la pression hydrostatique a induit des contraintes de cisaillement trop importantes pour le massif montagneux qui a laché.
 
En gros l'ouvrage étant bon, mais il était simplement impossible de faire le barrage à cet endroit. Réaliser un barrage n'est pas simple mais pour des ouvrages de cette ampleur, il vaudrait mieux multiplier les études préalables des sols pour réduire (et non supprimer) les risques.
 
Mais ca coute plus cher


Message édité par simchevelu le 12-07-2005 à 09:30:33
n°6078968
FEYHOU
Posté le 12-07-2005 à 13:47:23  profilanswer
 

simchevelu a écrit :

Pour Malpasset, ce sont les études géologiques qui ont été mal réalisées.
 
En gros les géologues et ingénieurs n'avait pas prévu qu'un barrage c'est pour retenir de l'eau.
 
Je m'explique : l'eau en montant s'est infiltré dans la roche (gneiss je crois et la pression hydrostatique a induit des contraintes de cisaillement trop importantes pour le massif montagneux qui a laché.
 
En gros l'ouvrage étant bon, mais il était simplement impossible de faire le barrage à cet endroit. Réaliser un barrage n'est pas simple mais pour des ouvrages de cette ampleur, il vaudrait mieux multiplier les études préalables des sols pour réduire (et non supprimer) les risques.
 
Mais ca coute plus cher


 
 
Je pense que tu as précisemment mis le doigt sur le noeud du problème. On peut dire que les données étaient un peu les mêmes dans le Vajont. Par manque de moyens mais aussi de sérieux finalement, les études préalables ont été baclées et là, ce n'est pas le barrage qui a cédé mais la montagne qui s'est écroulée. En fait lorsque l'eau du lac a commencé à monter et donc à baigner les pieds du Mont Toc, sa masse friable a entammé sont long travail de sappe et après un nombre assez impressionnant de mauvaises manipulations, un pan entier du mont Toc a sombré dans le lac (voir les photos un peu plus haut dans ce forum ...)
 
Voici l'épisode suivant de la traduction de "Il racconto del vajont".
 
A l’été 1964, la ligne de chemin de fer qui dessert Longarone était réparée et remise en service. Et ainsi nous avons recommencé à partir en vacances toujours au même endroit … jusqu’à 17 ans, jusqu’à ce que je me débarrasse du joug fatal des vacances en famille, j’allais en vacances toujours au même endroit. Et nous voilà en train avec le nez collé à la fenêtre… Tchou tchou parce qu’en 1964 nous n’avions pas encore de voiture … Tchou tchou Et puis le train c’est tranquille, relaxant, lui il roule et vous, vous vous laissez aller. On discute, on lit, on regarde le paysage … Le train n’a pas la prétention d’offrir une vision absolue, le train n’a qu’une vision latérale de la vie. Si vous vous trompez de côté, c’est foutu ! Tchou tchou avec le nez collé à la fenêtre … C’est cette vallée là ? Non attends encore un peu … Longarone !!! Quand le train entre en gare et s’arrête pendant une minute, vous la voyez : La digue blanche au milieu de ces montagnes noires. Et il vous vient deux sentiments : le sentiment « maternel » et le sentiment « machiste ». Le sentiment maternel disait « Pauvre, pauvre, pauvre Longarone ». C’était le sentiment des fondations. Ces fondations désormais sans murs parce que ceux là étaient venus se mélanger aux graviers du Piave qui avaient envahi toute la vallée. On nous avait expliqué à nous autres, enfants, que sous ces cailloux il y avait encore des morts parce que l’on avait pas réussi à tous les retrouver. Et alors j’avais ce sentiment maternel qui me disait « Pauvre pauvre pauvre Longarone »… Mais à la fois, je ne pouvais faire autrement que de ressentir aussi un sentiment plus masculin voire machiste pour cette digue. Finalement elle était restée debout. Et moi je me disais :  « Mais en fait … la montagne est tombée mais la digue a résisté ! Elle a fait son devoir. Si la digue n’avait pas non plus résisté ça aurait encore pire non ? » Et lorsqu’on pense à ceci on se sent un peu consolé. Et avec cette consolation, on se sent finalement mieux. Et oui car nous les garçons, devant nos prouesses techniques nous ne pouvons qu’exprimer notre fierté la plus vaniteuse. Tout petits on nous apprend cela. Etre admiratif devant un porte-avions, devant un avion qui décolle … ou la digue d’un barrage. Et tout n’empêche pas qu’un jour vous puissiez vous révolter contre tout ça et devenir un objecteur de conscience. Ce monde masculin où tout est bon à conquérir !!! A notre époque ce bourrage de crâne est inévitable tant les médias et même vos propres parents nous le font subir au quotidien. Alors vous ressentez le besoin de grandir très vite pour être capable de penser par vous même. Et comment fit on pour grandir ? Lisez des livres. C’est ce que l’on me disait toujours. A chaque voyage en train je lisais donc un livre. Premier voyage : « Les enfants de la rue Pal ». Bien, c’est lu. Second voyage : « Vingt milles lieux sous les mers ». Bien c’est lu. Autre voyage, autre livre : « Les pirates de Malaisie, Les tigres de Monpracem, Sandokan, Ivanhoe » vraiment très bien tout ça. On devient certainement plus grand lorsqu’on lit Ivanhoe ! Puis ensuite il y a les livres que vous vous achetez vous même avec vos sous. Le premier : Siddartha. Je n’y ai rien compris mais c’était très beau. « Cent ans de liberté » … Superbe mais je n’y ai toujours rien compris ! Puis une année à la gare de Calalzo, la sonnerie qui annonce l’arrivée du train se met à sonner, voilà que se terminent les plus ennuyeuses vacances de toute mon enfance ; mes dernières vacances en famille, je le jure ! Seulement à force de m’ennuyer j’avais lu tous les bouquins que j’avais emportés pour les vacances. Et maintenant comment vais-je faire pour le voyage du retour ? Je vais voire au point presse de la gare … Giallo Mondadori, je déteste … Urania, déjà lu … « Sulla pelle viva » (à fleur de peau) Comment se construit une catastrophe ? Le cas du Vajont.
Vajont ? ça m’intéresse ! Il n’y a rien d’autre … Le train entre en gare voie une. « Dépêche toi, achète ce livre … » Le titre m’intrigue : Comment se construit une catastrophe ? Moi je pensais qu’ils avaient construit une digue. Et on nous avait dit que la digue était justement bien construite, dans les règles de l’art … la digue était et demeure un chef-d’œuvre, vous vous souvenez ? Ce n’était la faute à personne, on ne pouvait pas prévoir etcetera etcetera …  

n°6081431
FEYHOU
Posté le 12-07-2005 à 18:46:43  profilanswer
 

Voici la suite de l'histoire ...
 
Mais cette digue n’était elle pas bien construite dans les règles de l’art ? D’ailleurs comment construit-on dans les règles de l’art ? Quoi ? Une digue ou une catastrophe ? Mais qui a écrit ce livre ? Tina Merlin. Et qui est cette Tina Merlin ? C’est Giorgio Bocca ? C’est Dino Buzzati ? C’est qui cette tina Merlin ? Hein!!! Lisons donc le résumé du quatrième de couverture ... Tina Merlin, née à Trechiana dans la province de Belluno, en 1926, morte en 1991. Elle a obtenu sa carte de presse en 1951 et a travaillé plus de trente ans à « l’Unità » Ah !!! « L’Unità » dans les années 60 n’était pas encore un quotidien mais un bulletin de parti politique. Et dans la vallée du Piave il se vendait sept copies : six pour les inscrits au parti communiste italien, et une à la taverne de Piero Corona, qui avait fait la résistance, et qui par conséquent l’achetait. Ensuite il le cachait sous la gazette mais en attendant il accomplissait son devoir chaque jour. Tina Merlin était la correspondante locale de « l’Unità » et avait participé elle aussi à la résistance en tant qu’agent de liaison. Alors j’ai tout de suite compris que je devais le respect à cette femme. Je savais que pendant la guerre, les partisans se trouvaient en montagne, dans les maquis, en groupe. Et oui bien sur, parce que seul en montagne, surtout la nuit, ça fout les jetons. Cependant, il faut bien quelqu’un pour assurer la liaison d’un maquis à l’autre … et qui envoie-t-on ? Une femme, non ? Et ceci me semble juste ! Ainsi En plus des allemands, il faut craindre tous ceux que l’on croise sur sa route. Parce qu’après tout elle reste une femme, même bourrée de documents secrets et de papiers cachés sous le chemisier, dans la petite culotte, un peu partout … Et en avant avec la bicyclette et tant pis pour la trouille de faire des mauvaises rencontres … Et où se termine la route … elle freine, elle cache le vélo derrière un gros buisson et elle continue à pieds à travers les sous-bois et puis, lorsqu’il n’y a plus de sentier, à travers les alpages et les rochers. Avez vous déjà essayé une fois … ça fiche vraiment la trouille ! Voilà en quelques traits qui était cette Tina Merlin.  
En réalité Tina Merlin ne raconte l’histoire d’une tragédie dans laquelle la nature a eu raison d’un barrage en montagne. Elle ne raconte pas non plus l’histoire de 2000 victimes. Elle raconte l’histoire de deux villages qui n’ont pas été détruit mais simplement « esquintés ». Du coup tout le monde les a oublié. Surtout que, depuis la vallée du Piave, depuis Longarone la martyre, on ne voit même pas ces deux villages. Ils sont au-dessus, sur les rives du lac derrière la digue, sur la partie Frioulane du Vajont. Et puis ce sont deux villages que l’on ne peut même pas inscrire dans des livres de classe. Parce qu’ils ont des noms tellement disgracieux que l’on ne peut même pas les citer en publique sans provoquer de scandale : Erto et Casso.  
A Erto et casso, s’est déroulé une guerre entre 1951 et 1963. D’un côté il y avait les deux villages, et de l’autre il y avait la société qui construisait la digue. Autant il est assez aisé de dire généralement quand a commencé une guerre qu’il est difficile de dire lorsqu’on commencé les prémices. A Erto et Casso de 1956 à 1963, s’est déroulée une guerre. D’un coté il y avait deux villages, de l’autre il y avait une société qui construisait un barrage. D’habitude il est assez facile de dire lorsqu’une guerre a commencé. Ce qui est compliqué c’est de dire quand ont commencé les prémices d’une guerre. Comment sont nées les prémices de la guerre entre Erto-Casso et le barrage ? Elles pourraient avoir débuter en 1929, avec le dégel, avec la réouverture de la route carrossable militaire. Sans doute commence t-elle sur un side-car. Sans doute le side-car était rouge sous une croûte de boue et de poussière. Sans doute il y avait il deux passagers à bord avec des bagages. Dans ces bagages des instruments de mesures …  et des appareils photographiques. Parmi ces deux personnages Carlo Semenza ingénieur, fait des calculs, bloc-notes, règles, calculatrice … l’autre c’est Giorgio Dal Piaz le géologue qui reccueil çà et là des échantillons de roches locales. Puis ils repartent comme ils étaient venus, par cette route, la première route dans cette vallée. Cette route, ce sont les autrichiens qui l’avait construit en 1915 pour surprendre les troupes d’alpins postées dans la vallée du Piave. Sinon à cet endroit, qui se serait enquiquiné à faire monter une route ? Qui sait combien de temps nous l’aurions encore attendue ? Et c’est justement par cette route que la SADE viens prospecter les lieux.
 
Qu’est ce que c’est que la SADE ? C’est un sigle. « Società Adriatica Di Electricità » (Société Adriatique D’Electricité). Il s’agit d’une société hydroélectrique privée propriété d’un comte. Au début du 20ème siècle les sociétés hydroélectriques sont encore toutes privées. La SADE a été fondée en 1905 par un des plus extraordinaire capitaliste du siècle. Le mot « capitaliste » est tellement démodé que même Fidel Castro ne l’utilise plus mais pour cette personne il n’y en a pas de meilleur. Il ne sortait jamais sans son monocle et son chapeau haut de forme comme ceux des caricatures. Et qui est-ce ? Le comte de Misurata, un homme extraordinaire qui reçut son titre de noblesse du roi d’Italie au mérite pour ses travaux durant la campagne d’Afrique. Mais qui est ce comte de Misurata ? Giuseppe Volpi. En plus de la société hydroélectrique qui bénéficie du quasi-monopole dans les régions du Frioul et de la Vénitie, cet homme s’occupe de mille et une choses. C’est le genre de type qui, lorsqu’il a une idée brillante, il la réalise. Parmi ses idées, celle de faire Porto Marghera au beau milieu de la lagune de venise, celle de créer la Compagnie Italienne d’hôtels de luxe, la Mostra de Venise … Il est clair que lorsqu’un type comme lui se lance dans la politique, il emploie les grands moyens. En 1922 il s’inscrit au parti fasciste et en 1923 il est déjà ministre des finances. Moi je n’en connais pas un seul qui a été plus rapide en besogne ! Il faut juger les gens pour ce qu’il font et non pour ce qu’il sont sinon il faudrait aussi considérer les femmes qui les ont mis au monde. Volpi par exemple a fait du bien. Ah oui !!! Et qu’est qu’il a fait s’il vous plait ? Comme ministre des finances par exemple, il fait adopter par le gouvernement de Mussolini une loi qui finance à fonds perdus jusqu’à 60% les sociétés qui construisent de nouvelles implantations hydroélectriques. C’est à dire lui ? Ben oui ! Du coup il fait du bien … oui à lui !!! Inaugurant comme çà une nouvelle pratique qui quand un fait de la politique il n’oublie pas d’approvisionner sa boutique. Mais vu que nous ne parlons pas de télévision mais de réservoirs, c’est d’autant plus grave tant nous en avons en Italie. Savez vous combien nous en avons dans tout le pays ? 8000.

n°6089683
FEYHOU
Posté le 13-07-2005 à 18:42:00  profilanswer
 

J'ai failli oublier de publier l'épisode quotidien :
 
Mais parlons simplement des digues hydroélectriques. On en compte un peu plus de 600 en Italie. 600 et c’est déjà bien assez ! La moitié environ appartient à l’ENEL (équivalent italien d’EDF en France) et les autres appartiennent à des gestionnaires soit privés soit publiques. Quand j’étais enfant, combien de fois sommes nous allés randonner en montagne … et au sortie d’un virage, paff, une digue !!! Mais pourtant l’an dernier il n’y avait rien ici ?!! Quel atlas avez vous étudié en classe ? Parce que c’est là dessus que se fondent les grands principes de notre pays. Je me rappelle, mon atlas avait un dessin très clair sur le sujet, limpide comme de l’eau de roche. Il y avait un fleuve qui prenait sa source dans les montagnes et qui allait se jeter dans la mer. A l’endroit où le fleuve se jette dans la mer, il y a toujours un port industriel. La haut dans les montagnes, près de la source, il y a une digue et derrière cette digue un lac. De la digue sortent des tubes qui arrivent à une centrale de laquelle partent des fils électriques comme tout le monde le sait. Sincèrement après des années d’études, je n’ai toujours pas compris comment on passe des tubes avec de l’eau à des fils électriques … c’est un mystère !!! Les fils suivent le cours du fleuve et vont alimenter le port industriel où arrivent des bateaux qui viennent du monde entier et qui choisissent l’Italie pour décharger leurs marchandises qui, une fois déchargées des bateaux, sont empilées sur des barges qui remontent les fleuves. Sur mon atlas il semble que tous les fleuves d’Italie soient navigables !!! Les barges chargées de marchandises arrivent finalement dans des villes industrielles au milieu de la plaine. Les marchandises sont à nouveau déchargées pour être travaillées dans les industries qui sont elles aussi alimentées par les fils électriques qui descendent de la montagne. Morale : Qu’est ce que ça peut nous faire à nous autres italiens si nous n’avons ni pétrole ni charbon ? En compensation nous avons les turbines !!! Je me souviens encore de cette doctrine qu’on nous rabachait tout le temps : « L’Italie est un pays pauvre en ressources naturelles mais riche en énergie ». Quelles sont elles ces énergies ? Et Bien l’eau ! Depuis tout petit, j’ai grandi avec l’idée que nous autres italiens étions tous des « Léonard De Vinci » qui, profitant du courant de nos cours d’eau, ce qui ne coûte rien, nous produisons ce qui est nécessaire. L’idée est que l’hydroélectricité est saine (pas écologique, parce qu’à l’époque ce mot n’existait pas encore).
Quand ces idées là sont elles nées ? Dans les années 30, à peu près en même temps que mon atlas. Dans cette période, pour son imprudente politique d'expansion coloniale, l'Italie est pénalisée par autres puissances qui mettent l'embargo sur les importations de charbon et du pétrole. Ainsi il faut lancer une politique alternative et autarcique pour produire rapidement des sources d’énergie alternatives à l’industrie de l’armement naissante. Durant ces années là, toutes les vallées des Alpes et des Apennins sont parcourues par des types en side-car qui cherchent l’endroit idéal pour construire une nouvelle digue. Maintenant imaginons différemment l’image de cet atlas. Mettons le sur une carte postale de la région de Vénétie. Déjà on commence à se faire une idée sur le nom du fleuve … Ajoutons maintenant quelques détails, quelques affluents et puis n’oublions pas de baptiser le port industriel : venise par exemple. Une autre ville près de la source de ce fleuve : Cortina. Puis encore une autre petite ville entre la source et l’estuaire : Longarone. A ce moment là le fleuve en question ne peut être que le Piave. Le long du Piave et de ses affluents, à partir des années 30, ces années d’autarcie, la SADE a construit sept sites hydroélectriques. Ces sept sites réunis devaient produire un quinzième des besoins du pays. C’est beaucoup pour un seul fleuve ! Mais il y a un problème. On appelle le Piave un fleuve mais en réalité il se comporte comme un torrent.  En automne l’eau ne manque pas avec l’abondance des pluies. En hiver en revanche, il est gelé. Au printemps, entre les pluies et la fonte des neiges, il y a presque trop d’eau. Mais en été il est presque toujours à sec. Et il n’est pas question pour la SADE de dire à ses clients :  «  Faites attention que je ne peux vous fournir de courant que de septembre à novembre, par contre de décembre à mars débrouillez vous … je peux vous réapprovisionner de mars à juin et puis pour l’été vous n’avez qu’à faire vos provisions ». « Qu’est ce que c’est que ces histoire ? » répond le client. J’ai besoin de courant toute l’année moi ! »  « Je suis désolé » répond la SADE, « on ne peut malheureusement pas stocker le courant électrique ». On ne peut effectivement pas stocker le courant électrique mais l’eau oui. Et alors qu’est ce que vous attendez pour faire une banque de l’eau ? Ben oui ! Pour faire tourner les turbines qui produisent le courant il faut de l’eau non !!! Mais quand l’eau a fait son travail et qu’elle a fait tourner les turbines, elle n’est pas usée. Elle ne s’évapore pas que je sache ! L’eau est encore bien là, fraîche et pure. Et qu’est ce que vous en faites ? Ben on la relâche dans le Piave. Bravo couillon ! Mais épargnez-la au contraire, stockez-la, mettez-la dans des banques. Faites des réservoirs de secours non ?!! De cette façon, lorsque le fleuve est à sec, avec l’eau mise de côté en banque, on refaire tourner les turbines de réserve de façon à compenser celles qui se sont arrêté. Et puis il y a deux bonnes raisons pour construire ces réservoirs la haut dans la montagne. Bien sur la haut le prix du terrain est dérisoire, mais surtout la déclivité accélère encore d’avantage la force des courants et donc fait tourner les turbines plus vite. De cette façon, on fait tourner d’abord les turbines qui se trouvent en haute montagne puis on récupère l’eau. Bien sur à un certain moment il faut rendre l’eau au fleuve, mais pas tout de suite ! Plus bas on trouve un bon endroit pour récupérer à nouveau l’eau déjà utilisée plus haut et on la stocke en prévision. Au moment voulu, on la remet dans le circuit et on l’exploite dans d’autres turbines. C’est comme les sous qu’on épargne, avec les intérets… Mais terminons là avec les métaphores, où puis-je trouver une vallée de moyenne montagne près du Piave qui puisse accueillir une telle banque de l’eau ? Et bien dans la vallée de Casso et Erto où court le torrent Vajont.

n°6089802
fouyaya
J'veux du soleil !!!
Posté le 13-07-2005 à 19:01:08  profilanswer
 

jp un petit conseil de lisibilité pour un forum, pourrais tu aerer le texte car ca fait tres pavé.  :D

n°6089938
FEYHOU
Posté le 13-07-2005 à 19:23:20  profilanswer
 

fouyaya a écrit :

jp un petit conseil de lisibilité pour un forum, pourrais tu aerer le texte car ca fait tres pavé.  :D


 
 :ouch:  Message bien reçu je tiendrai compte de ta remarque au prochain numéro. Merci encore!!! :jap:

n°6099688
FEYHOU
Posté le 15-07-2005 à 12:15:31  profilanswer
 

Voici l'épisode qui n'a pu être édité hier (à cause du 14 juillet).
 
Quand on y regarde bien, le Vajont est un de ces torrents dans lesquels on va se baigner en été. Il y a toujours un petit garçon qui ramasse quelques petites pierres plates, des brindilles et des feuilles mortes, et qui construite là une petite digue à la façon des castors. Comme ça l’eau monte un peu et produit une petite piscine où l’on peut faire des plongeons. Un torrent aussi pacifique n’a pourtant rien d’inquiétant ! Et pourtant !!!  
 
Un jour, pourtant quelqu’un prend le sujet du Vajont très au sérieux. Ici se construira une banque de l’eau. Dans cette gorge acérée et profonde, le Vajont a découpé un canyon pour aller se jeter dans le Piave. On projette donc de construire à cet endroit un barrage de 200 mètres de hauteur. Derrière ce barrage naîtra un lac artificiel de 58 millions de mètres cube. Imaginez 58 millions de mètres cube. Moi j’ai déjà du mal à concevoir 1 mètre cube d’eau alors pensez 58 millions … C’est beaucoup ? C’est peu ? Bohh !!! Pour celui qui est ingénieur peut-être mais moi je ne suis même pas lauréat. Alors je me suis fait expliquer, d’une façon empirique soit mais quand même.  
 
Je suis allé visiter toutes les centrales hydroélectriques déjà construites dans le massif du Cadore et les Dolomites avant le Vajont. Un jour j’arrive à Sottocastello, au cœur du Cadore, et sur la cabine de contrôle de la centrale, il y avait ce que je cherchais depuis le début, un magnifique tableau de la SADE avec toutes les retenues et les centrales représentées. Ce qui était intéressant, c’est qu’il était inscrit la contenance maximum théorique de chaque barrage. Donc, en faisant le calcul, il y avait déjà sept retenues dans cette partie des Alpes. En calculant la somme de ces sept retenues, on obtient une contenance théorique de 69 millions de mètres cube. Et c’est la que j’ai commencé à comprendre.
 
Sept retenues contiennent 69 millions de mètres cube, et eux veulent en faire une qui à elle seule puisse contenir 58 millions de mètres cube. Mais c’est presque autant ?!! Bien sur, mais comme nous l’avons dit plus haut, il s’agit d’une banque de l’eau. En fait il n’y aura pas que l’eau du Vajont qui viendra remplir le gigantesque réservoir, les autres installations en amont viendront elles aussi déverser leur trop plein ici. Pour y parvenir on va percer 35 kilomètres de galeries sous les montagnes, avec des tuyaux qui aboutiront à deux énormes robinets qui pourront être ouverts et fermés à volonté selon les besoins en électricité. Il suffit de s’imaginer une baignoire de bain à une échelle titanesque. Si vous vous rendez dans la vallée du Piave, peu en amont de Longarone, vous verrez parfaitement ces canalisations qui enjambent la route et s’enfoncent dans la montagne.  
 
Le projet de construction est baptisé « Grand Vajont » et la SADE le présente à la direction des travaux publics en 1940. Mais en 1940 le gouvernement de Mussolini a d’autres chats à fouetter et il répond à la SADE : « Non revenez l’année prochaine car en ce moment nous sommes en guerre contre la France ». L’année suivante, la SADE retente sa chance : « Non maintenant nous sommes en guerre contre l’Angleterre ». L’année d’après c’est contre la Russie puis enfin c’est contre les Etats Unis. Non mais c’est quoi ce cirque ?!!! Après toutes ces aventures belliqueuses, vient le 8 septembre 1943 et le projet « Grand Vajont » n’est toujours pas ratifié. Pendant ce temps, selon vous, qui était encore ministre des travaux publiques ? Volpi di Misurata ? Pensez-vous, il n’était même plus au gouvernement ! Le 15 octobre 1943 un miracle va se produire. Ce jour là, a lieu la quatrième session du conseil supérieur des travaux publics.  Il n’y a que 13 membres présents sur 34 prévus. Et les autres ? Ben ils font la guerre … Mais il n’y a pas le nombre légal ? Bah ! Ce n’est pas grave, ne vous occupez pas de cela, signez ! Et le projet du « Grand Vajont » est approuvé dans l’illégalité. Le comte Volpi di Misurata apprend la bonne nouvelle depuis son refuge. Et oui, il n’est plus au ministère à Rome car il s’est réfugié en Suisse et est devenu antifasciste.  
 
Ils me font rire ces gens qui retournent leur veste ! Quoi que là il y a un certain style, une certaine classe. D’abord ministre à Rome puis ensuite antifasciste en Suisse. Belle carrière ! Néanmoins, il faut reconnaître qu’à ce moment, Giuseppe Volpi passe les quinze jours les plus mauvais de sa vie. Il a été arrêté par les S.S. et Priebke est personnellement chargé de l’interroger d’une façon musclée. Puis là dessus arrive la croix rouge internationale qui obtient sa libération et le rapporte en Suisse auprès d’Alcide De Gasperi. De Gasperi est un homme déjà trop souvent compromis dans des histoires politico-mafieuses plus que douteuses. Mais lorsque sont jugés les responsables fascistes, Volpi et De Gasperi sont bien évidemment lavés de tous soupçons.  
 
Du coup la SADE est dans les starting-blocs et attend le feu vert pour la construction du barrage. Le pays doit se reconstruire et, si l’industrie de l’armement avait besoin d’électricité, la reconstruction en aura besoin d’avantage. Du coup le projet « Grand Vajont » tombe à pic. Personne n’y voit d’ailleurs d’inconvénient. Le président de la république, Luigi Eineudi en personne ratifie la concession à la SADE en 1948. Ainsi le lendemain même la SADE se présente dans les communes de Erto et Casso  et disent tout simplement : « Vous devez vendre ». De toute façon il n’y avait pas à discuter puisque c’est l’état qui donnait l’ordre aux habitants de quitter les lieux. Dans la commune de Erto tous les terrains se vendent rapidement, tellement rapidement qu’on vend même des terrains qui ne sont pas à soit. Quand les vrais propriétaires s’en aperçoivent, un premier scandale éclate et la SADE, pour étouffer l’affaire, est obligée de prêter de l’argent à la commune afin de rembourser leurs créditeurs. Avant même la construction du barrage, la commune est déjà ruinée !

mood
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Posté le 15-07-2005 à 12:15:31  profilanswer
 

n°6100743
FEYHOU
Posté le 15-07-2005 à 14:49:41  profilanswer
 

Et voici l'épisode du jour :
 
Finalement, la SADE s’implante dans la vallée en 1956 et ouvre immédiatement le chantier. Essayons de nous mettre à la place des habitants de Erto. Pour eux prononcer le mot « SADE » équivalait à dire « Venezia » (Venise). Avez une petite idée de ce que signifie prononcer Venise dans la province de Belluno ? Encore maintenant quand un de nous trouve une voiture immatriculée VE garée le long de la route dans un bois, préventivement il lui crève les quatre pneus. Pourquoi ? Parce que de cette façon ils conduisent mieux. Puis surtout parce que ces gens là lorsqu’ils vont cueillir des cyclamens, ils arrachent les racines. Bien sur, ils en font de même avec les champignons. Mais que dire lorsqu’ils pénètrent dans nos jardins et nos vergers pour nous dévaliser en s’exclamant : « Regarde tous ces fruits sauvages de la montagne !!! ». Et bien sur tout cela est gratuit ! Tu penses ! C’est vraiment du folklore. Et puis quand on y pense, pour construire Venise on a littéralement pelé les Dolomites. Chaque palais à Venise repose sur cinq à sept milles pieux en bois. A elle seule, l’église de la « Salute » repose sur 320 000 piquets de sapin et autres pins cembro. Tout d’abord ils ont pelé les Dolomites puis ensuite les Alpes Dinariques en dalmatie. Voilà pourquoi quand les vénitiens montent jusqu’à eux, les habitants de Erto les apostrophent : « Qu’est ce que vous venez faire ici ? In palais vénitien au milieu de la vallée ? ». Mais la SADE ne vient pas là pour rigoler. Elle ouvre un chantier de plus de 400 ouvriers pour une vallée qui compte à peine 2000 habitants.  
Les seuls à être content dans cette histoire, ce sont les aubergistes. Et le travail … Le chantier apporte du travail non ?!! C’est vrai, du travail il en arrive chaque jour. Recueillir des pierres pour les uns, couper des arbres pour d’autres, poser les mines … du travail ça ne manque pas. Et lorsque le chantier sera terminé, ils n’auront qu’à émigrer, de toute façon il n’y aura plus rien à faire ici. En attendant dans cette vallée perdue, quelle autre source de travail existait-il en 1956 ? Le salaire d’un ouvrier sur le chantier est presque cinq fois supérieur au revenu d’un paysan. Avec son salaire on s’achète une radio, qui ne fonctionne pas mais c’est un luxe.  
 
Il n’y avait pas de gendarmerie ni à Erto ni à Casso. Du coup, avec le chantier, la SADE a fait construire une caserne. Mais il y en avait une à Cimolais, à cinq kilomètres d’ici. A quoi ça sert d’en avoir une à Erto ? Tous les matins, une compagnie sort de la caserne et accompagne jusqu’à la porte les nouveaux expropriés. Vous devez vendre. Pourquoi ? Parce que nous construisons un ouvrage d’intérêt public. Mais moi aussi je suis d’utilité publique. Paysan ignorant, nous devons construire là un réservoir artificiel. Pourquoi n’allez-vous pas le faire ailleurs ? Bref, comment voulez-vous expliquer à ces gens ignorants qui s’opposent au progrès que parmi toutes les vallées des Dolomites, seule celle-ci a les caractéristiques requises pour devenir une banque de l’eau.
 
Et pourquoi ces gens s’opposent-ils ? Parce que la SADE ne paye pas beaucoup. Mais ce sont des terrains de montagne, ils valent trois fois rien. Mais ce qu’offre la SADE est le tiers de ce trois fois rien. Ces opposants refusent de vendre leurs terres et fondent un comité.  
 
Avez vous une petite idée de ce que représente en 1956 à Erto, l’arrivée de la démocratie directe sous la forme d’un comité ? « Bande de crapules, foutez le camp ou je vous tire comme des lapins. Arrête grand-mère range ta carabine, ce ne sont pas les Allemands, la guerre est terminée … ». Pour traiter avec la SADE il faut quelqu’un qui a fait des études. Qui a fait des études dans la vallée ? Le docteur. Le docteur de Erto s’appelle Gallo. Le docteur Gallo est le mari d’une femme qui tient le bureau de tabac et qui est aussi le maire d’Erto. Croyez moi bien qu’il n’était pas chose aisée pour une femme que d’être maire d’un village comme celui-ci en 1956. Elle aussi était une grande perdante en cas d’expropriation. Il n’empêche que par l’opération du saint esprit, le prix des terrains grimpe d’un seul coup.  
 
Cependant il reste des mécontents qui refusent toujours de vendre. Du coup la SADE abat sa dernière carte, l’expropriation forcée. Qu’est ce que c’est que ce truc ? Paysan idiot, ça veut dire que tu dois déguerpir que cela te plaise ou non et qu’ils créditent de force un compte en banque à ton nom. Bien sur pour bénéficier de cet argent, tu dois prouver par des actes officiels que cette terre est bien la tienne. Mais c’est ma terre ! Mais bien sur ! Es-tu allé chez le notaire quand le grand-père est mort ? Bah non pourquoi faire ? Tout le monde le sait que cette terre est à moi. Vas le prouver à la banque. Cela vous amuse peut-être mais au jour d’aujourd’hui, 44 de ces expropriés ont toujours leurs dédommagements bloqués en banque, soit parce qu’ils n’ont pas pu retrouver de documents officiels prouvant la légitimité de leur propriété, soit parce qu’ils sont morts lors de la catastrophe.

n°6101679
FEYHOU
Posté le 15-07-2005 à 16:51:44  profilanswer
 

Avis aux lecteurs de ce forum !!!
Depuis plusieurs jours, je publie par épisodes, ma propre traduction du livre "Il racconto del Vajont" (le récit du Vajont) de Marco Paolini, et j'ai cru m'apercevoir que le nombre de lecteurs s'accroissait un peu chaque jour. Je souhaitais simplement faire une petite enquête tout à fait personnelle destinée à savoir si il y avait des lecteurs fidèles, et si oui si le sujet les intéressait réellement? Votre avis m'est très précieux car j'ai comme projet de faire éditer une version française de cet ouvrage avec l'accord de l'auteur. Selon vous que faudrait il changer? Que faudrait il retirer ou au contraire ajouter? J'attends vos remarques. Merci d'avance :jap:

n°6103889
hpdp00
Posté le 15-07-2005 à 22:19:16  profilanswer
 

fidèle oui, moi je lis tout :) pour le moment ça m'intéresse, pour lasuite on verra ;)
faudrait changer les fautes d'orthographe, sinon pour moi ça roule. qu'est ce que t'aurais à ajouter ou retrancher? pour une traduction faut faire avec ce que tu as tel quel, en principe
éventuellement tu peux mettre des bas de pages pour le lecteur français qui ne connait pas certains trucs purement italien, mais jusqu'ici j'ai tout suivi sans problème


---------------
C'est une chose extraordinaire que toute la philosophie consiste en ces trois mots : "Je m'en fous".  
n°6104555
fouyaya
J'veux du soleil !!!
Posté le 15-07-2005 à 23:07:13  profilanswer
 

oui oui jp, personnellement je lis, je prefere lire avant tout que de commenter. Apres tout que dire apres une traduction d'un texte existant ? on verra au final :)

n°6115370
FEYHOU
Posté le 17-07-2005 à 19:26:45  profilanswer
 

hpdp00 a écrit :

fidèle oui, moi je lis tout :) pour le moment ça m'intéresse, pour lasuite on verra ;)
faudrait changer les fautes d'orthographe, sinon pour moi ça roule. qu'est ce que t'aurais à ajouter ou retrancher? pour une traduction faut faire avec ce que tu as tel quel, en principe
éventuellement tu peux mettre des bas de pages pour le lecteur français qui ne connait pas certains trucs purement italien, mais jusqu'ici j'ai tout suivi sans problème


 
 :D Merci ça me rassure un tantinet! En ce qui concerne les fautes d'orthographe (ou de frappe) je suis effectivement atteint mais je me soigne car je m'aprête à épouser une prof de français ... Je pense qu'après quelques dictées, ça devrait aller mieux. En tout cas merci et à demain pour un nouvel épisode. :hello:

n°6115392
FEYHOU
Posté le 17-07-2005 à 19:29:55  profilanswer
 

fouyaya a écrit :

oui oui jp, personnellement je lis, je prefere lire avant tout que de commenter. Apres tout que dire apres une traduction d'un texte existant ? on verra au final :)


 
En effet j'essaie de rester le plus fidèle possible à la version originale du livre même si parfois, certaines expressions typiquement italiennes restent intraduisibles. Du coup je les remplace par des expressions typiquement françaises et dont la signification est assez voisine. En tous cas merci de me lire et donc de lire Marco Paolini. :jap:

n°6115505
fouyaya
J'veux du soleil !!!
Posté le 17-07-2005 à 19:46:20  profilanswer
 

mais de rien  :jap:

n°6117798
Groumfy69
Posté le 18-07-2005 à 01:08:31  profilanswer
 

Tu pourrais peut-être mettre quelque adresses de sites sur le sujet au début de ce topic ?
 
Pour ma part j'ai trouvé une page sur Malpasset qui parle également de 2 autres catastrophes, dont celle de Vajont avec des infos qui me semblent intéressantes :
http://www.mines.inpl-nancy.fr/www [...] asset.html
 
Sur un site dont tu as mis des photos (http://www.geocities.com/Athens/Ac [...] ajont.html), on apprend en vrac :
- qu'un premier (mais petit) glissement de terrain avait eu lieu le 4 novembre 1961, et qu'il avait fait comprendre ce qui pouvait se passer
- qu'ensuite il y a eu de très nombreux signes avant coureurs pendant 2 ans, avant la catastrophe
- qu'il y a eu un tremblement de terre un mois avant
- qu'ensuite des premières mesures avaient été prises (quelques évacuations, la coupure d'une route, la baisse du niveau du lac, etc...) avaient été prises, mais au coup par coup et sous le manteau (fallait pas affoler les foules)

n°6118666
FEYHOU
Posté le 18-07-2005 à 09:25:27  profilanswer
 

Groumfy69 a écrit :

Tu pourrais peut-être mettre quelque adresses de sites sur le sujet au début de ce topic ?
 
Pour ma part j'ai trouvé une page sur Malpasset qui parle également de 2 autres catastrophes, dont celle de Vajont avec des infos qui me semblent intéressantes :
http://www.mines.inpl-nancy.fr/www [...] asset.html
 
Sur un site dont tu as mis des photos (http://www.geocities.com/Athens/Ac [...] ajont.html), on apprend en vrac :
- qu'un premier (mais petit) glissement de terrain avait eu lieu le 4 novembre 1961, et qu'il avait fait comprendre ce qui pouvait se passer
- qu'ensuite il y a eu de très nombreux signes avant coureurs pendant 2 ans, avant la catastrophe
- qu'il y a eu un tremblement de terre un mois avant
- qu'ensuite des premières mesures avaient été prises (quelques évacuations, la coupure d'une route, la baisse du niveau du lac, etc...) avaient été prises, mais au coup par coup et sous le manteau (fallait pas affoler les foules)


 
Très bonne idée pour les sites dédiés au Vajont. J'en ai trouvé effectivement de très bons mais le problème est que ceux-ci sont bien souvent en Italien. Personnellement ça ne me pose pas trop de problèmes mais je pense à mes fidèles lecteurs qui ne sont pas forcément italophones ... En ce qui concerne les évènements qui avaient précédé la catastrophe ... tu les retrouveras dans la traduction que je suis en train de faire. Pour le moment on en est encore aux préliminaires de la construction du barrage mais déjà on sent bien qu'il y a eu de colossales erreurs dès le départ. Merci encore et à très bientôt sur ce forum. :hello:

n°6122200
FEYHOU
Posté le 18-07-2005 à 18:04:11  profilanswer
 

;) Amis lecteurs, voici l'épisode quotidien avec un petit peu de rab ... Je m'accorde un peu de repos pendant le week-end!
 
Entre expropriations et achats de terrains nécessaires, le chantier de la digue avance à pas de géants. Alors, en 1957, vu que les choses vont pour le mieux, la SADE propose une variante en cours de route. Qu’est ce que ça peut être ? Si je me construis une maison, une variante en cours de route peut être le percement d’une fenêtre supplémentaire … mais sur une digue ??? Et bien tenez vous bien, la variante prévoyait d’augmenter la hauteur de la digue de 61,60 mètres. Ceci porte donc la hauteur de l’édifice à 261,60 mètres. Pensez, vous pencher à une hauteur de 200 mètres. C’est comme se pencher depuis la tour Eiffel. Non je me trompe, la tour Eiffel fait environ 300 mètres. Bah !!! ça fout les jetons quand même ! Mais bon si 200 mètres font peur, finalement 261,60 mètres ce n’est pas tellement différent. Allez c’est d’accord …
 
Et bien oui mais non … Ce n’est pas comme ça que ça marche. Parce qu’une digue ce n’est pas seulement ce qu’il y a devant, ce n’est pas seulement un mur. Une digue c’est aussi ce qu’il y a derrière, à savoir le réservoir d’eau. Derrière le mur de 200 mètres il était prévu un réservoir de 58 millions de mètres cube, mais derrière le mur de 261,60 mètres le lac contiendra environ 150 millions de mètres cube d’eau. Ceci est deux fois et demi la somme des autres barrages des Dolomites. Mais soyons optimistes, en Italie il y a des réservoirs quatre fois plus grands que celui-ci. Il y en a qui atteignent 600 millions de mètres cube. En Italie le plus grand barrage se situe au cœur des Apennins, en Basilicate et le second se trouve en Sardaigne. Généralement ce ne sont pas des réservoirs hydro-électriques mais des réservoirs d’eau potable reliés aux grandes villes par des aqueducs.  
 
Oui, oui, tout ça c’est très bien mais autant que je sache, les vallées apenniniques et les vallées des îles italiennes sont complètement différentes des vallées alpines. Si les vallées des Apennins sont peu profondes avec des fonds plats et larges, les vallées alpines, au contraire, sont très profondes avec des versants abrupts et des fonds en forme de V resserrés. Et disons les choses comme elles sont, de nos jours il existe un seul réservoir plus grand que le Vajont dans les Alpes : Santa Giustina dans le Trentino. Seulement la digue de Santa Giustina est plus basse de 100 mètres par rapport à celle du Vajont. Cela signifie que là au moins, la vallée est plus large… Morale : Personne au monde n’avait jamais osé imaginer construire une digue de ce type.
 
Les experts techniciens nous ont dit que la digue était du type à arc double. Aujourd’hui encore c’est la plus haute du monde dans sa catégorie. 266 mètres, il n’en existe pas de plus haute. Et qui est le père de cette merveille du monde moderne ? Le type en side-car, Carlo Semenza bien sur ! Vous vous en souvenez ? En 1929 il n’était qu’un jeune ingénieur qui oeuvrait pour la SADE mais en 1957 il est devenu directeur de la division « Service hydraulique ». Il a construit plusieurs digues capitales un peu partout dans le monde et il est le père de toutes les digues déjà construites dans les Dolomites. Celle du Vajont est la dernière avant son départ à la retraite. Mais pour construire un tel monument, seul l’ingénieur ne suffit pas. Il faut aussi un géologue. Et d’après vous, qui est ce géologue ? Giorgio Dal Piaz, l’autre type en side-car bien évidemment !
 
Lui aussi en 1929, il était un simple fonctionnaire du service des eaux à venise. Mais en 1957 Dal Piaz est titulaire d’un doctorat de géologie à l’université de Padoue. Autant vous dire qu’il est considéré comme un maître en la matière. Encore de nos jours, il est considéré comme un des plus brillants géologues italiens de tous les temps. Pourtant en 1957, Dal piaz est officiellement déjà à la retraite. Mais selon ses dires, sa pension ne lui suffit pas. Alors de temps à autres il faisait quelques bricoles pour ses amis. Du coup il ne pouvait pas refuser ce service à son vieil ami Semenza. L’ingénieur soumet au géologue la variante du projet de la digue et celui-ci lui répond : Je dois vous avouer que les nouveaux problèmes qui m’ont été rapportés, me font trembler de peur !!!
 
Comment puis-je vous dire une telle chose ? C’est quand même grave non d’une pipe ! De temps en temps vous devez vous demander où je vais chercher toutes ces choses.  Bien sur j’ai questionné beaucoup de personnes et recueilli presque autant de témoignages. Cependant il est évident que ça et là j’ai rajouté quelques interventions, histoire de tenir en éveil le lecteur. Néanmoins lorsque je fais parler quelqu’un avec des mots bien précis, je n’ai rien inventé. D’ailleurs ces paroles ont été ajoutées au lourd dossier présenté au procès. Il faut se dire que toutes pièces confondues, l’intégralité du dossier concernant le procès du Vajont ainsi que les procès verbaux, pesait 800 kilos. N’oublions pas qu’il s’agit d’une des pages les plus noires de l’Italie moderne. La réponse de Dal Piaz à Semenza à propos de la variante fait suite aux résultats de l’étude géologique. Le géologue a en fait écrit à l’ingénieur Semenza : J’ai essayé d’étendre la déclaration pour la haute vallée du Vajont mais je dois vous avouer que cela ne me satisfait pas trop.  
Toutefois l’ingénieur envoie le rapport géologique au géologue, et ce dernier la signe. Et c’est ce qui compte pour le ministère, la signature du géologue. A ce moment là on doit reconnaître à la SADE un certain sens de l’humour : le timbre de l’enveloppe comprenant le rapport sur « la variante » est daté du 1er avril 1957. Poisson d’avril !!! Mais le ministère tombe dans le panneau et le 15 juin le projet est approuvé : Vous pouvez commencer l’agrandissement de la digue.
Merci, c’est déjà fait ! Cependant le ministère réclame une étude supplémentaire : Il nous a été adressé un rapport géologique sur les rives où viennent s’encrer la digue mais nous souhaiterions également une étude sur l’ensemble des rives qui seront immergées. « Oui oui, nous le feront » répond la SADE. Et en attendant ? En attendant la SADE a d’autres chats à fouetter, elle a de nouvelles expropriations à gérer. Et bien oui ! Avec 66 mètres de profondeur en plus, beaucoup d’autres terrains vont être immergés. D’autant plus que, le fond de vallée est encaissé et en forme de V mais en remontant sur les versants, l’ouverture s’élargie et atteint des replats. Rehausser la digue de 66 mètre revient à provoquer un lac énorme en amont.
 
C’est un peu comme quand on remplie un lavabo pour se raser. Si on ne met que quelques centimètres d’eau, on a au final un litre ou deux … Mais le lavabo s’élargi et si on le remplit d’avantage, jusqu’au rebord, ça fait beaucoup plus. On finit par compter 400 expropriations en deux ans. Sachant qu’il y avait environ 2000 habitants au début, cela fait un cinquième de la population qui se retrouve expulsé. Mais sur les parties les plus hautes, on ne se presse pas pour s’en aller. Au fond, avant de commencer à remplir le réservoir, il faut d’abord que la digue soit terminée. Cependant, les maisons et les terrains qui se trouvent sur la ligne maximale d’immersion doivent être libérés en urgence car la SADE veut construire une route circulaire qui bordera le lac à sa cote maximale. Et bien évidemment la SADE veut la construire immédiatement.
 
En vérité, ils n’ont pas encore l’autorisation officielle de construire cette route circulaire, mais ils anticipent comme d’habitude. De toute façon ça a toujours fonctionné de la sorte : On commence à construire et l’autorisation finit toujours par arriver avec parfois quelques petits coups de pouce officieux. Mais on ne pouvait même pas considérer ceci comme un délit puisqu’à l’époque, il existait une loi permettant l’occupation temporaire de tous les terrains nécessaires à l’exercice des activités d’un chantier. Et bien entendu, la route circulaire sert à l’évolution du chantier. Alors ils peuvent de façon « provisoire » abattre les arbres d’un bois, raser entièrement un pré, détruire une maison, creuser un tunnel, faire exploser des mines ou encore bitumer une route, vue que ceci est d’utilité publique.
 
Mais au bureau du génie civil de Belluno, il y a un ingénieur zélé qui s’appelle Desidera. Il se rend sur place et, ne disposant pas de documentation suffisante sur la géologie du fond de vallée, décide de faire fermer le chantier pour plus de sécurité. Par un curieux hasard, en moins de vingt quatre heures, celui-ci est relevé de ses fonctions contre toute attente et muté à l’autre bout de l’Italie. L’ingénieur qui le remplace s’appelle Violin et naturellement il se fait fort de ne pas contredire les plans de la SADE. Mais les autochtones s’inquiètent :  « Ici on construit la plus haute digue du monde et personne ne vient contrôler le travail ! » « Paysans ignorants, bien sur qu’il y a quelqu’un pour le contrôler. Mais la personne est un peu plus bas … A Rome ».
 :hello:

n°6122468
FEYHOU
Posté le 18-07-2005 à 18:40:18  profilanswer
 

Voici quelques photos histoire de rendre le pavé de texte un peu plus digeste ...
http://www.vajont.it/img/homevajont.jpg
Vue récente de la digue depuis le centre de Longarone. Comme on le voit sur la photo le barrage surplombe littéralement la ville.
http://www.aspasso.net/vajont.jpg
Vue récente en amont du barrage. On se trouve à l'emplacement de l'ancien lac de retenue. Comme on peut le constater le glissement de terrain a très largement envahi les anciennes gorges du Vajont.
http://www.aspasso.net/vajontmappa.jpg
Extrait de la carte routière des Dolomites Frioulanes.

n°6124411
Sp3ctr Ent​ite d'Or
Il a fait : Kapouéééé !
Posté le 18-07-2005 à 22:36:21  profilanswer
 

Salut, juste un mot en passant pour remercier l'auteur de ce topic ansi que ses traductions sur la catastrophe, c'est très interéssant  :jap:  
 
Tchô' :hello:

n°6126667
FEYHOU
Posté le 19-07-2005 à 09:16:05  profilanswer
 

Sp3ctr Entite d'Or a écrit :

Salut, juste un mot en passant pour remercier l'auteur de ce topic ansi que ses traductions sur la catastrophe, c'est très interéssant  :jap:  
 
Tchô' :hello:


 
Merci pour ces marques de gratitude. Ce sujet me touche énormément même si je suis originaire d'une tout autre région de l'Italie, car depuis 1963, cette affaires a laissé des traces indélébiles dans toutes les vallées d'Italie où on trouve un barrage, quelle que soit sa taille. La tragédie du Vajont est l'histoire de l'Homme qui, une fois n'est pas coutume, pense être en mesure de dompter la nature. Bien évidemment la nature est la plus forte et elle s'empresse de le rappeler à l'Homme.

n°6130219
FEYHOU
Posté le 19-07-2005 à 17:27:30  profilanswer
 

:bounce: Voici pour les impatients un nouvel épisode de "Il racconto del Vajont"
 
C’est le ministre des travaux publics en personne qui, en 1958, nomme la « joyeuse » commission d’essais pour le barrage du Vajont. J’ai intentionnellement rajouté l’adjectif « joyeuse » car je l’ai trouvé particulièrement adapté à la situation. Elle est composée d’ingénieurs du génie civil et du service des digues, puis il y a le président de la commission des travaux publics (celle qui a approuvée quelques mois plus tôt le projet de la variante) et enfin le géologue. Je m’abstiendrai de parler des ingénieurs qui n’ont fait que signer bêtement le procès verbal de la commission sans apporter de vérifications. La cerise sur le gâteau, c’est le géologue qui, vous le verrez plus tard, revient souvent dans cette histoire. Il s’appelle Penta. Il est si réputé (c’est ironique) que la SADE s’offre ses services depuis bientôt 20 ans. On peut presque le considérer comme un consultant fixe de la SADE. Qui mieux que lui connaît les travaux qu’il est appelé à contrôler ? Personne, il connaît trop bien le Vajont et surtout la SADE qui figure en bonne place sur son livre de comptes. Si j’ai mis moi-même l’adjectif « joyeuse » devant commission, c’est le ministre qui a nommé cette commission, devinez quand ? Le premier avril 1958. La commission est nommée mais elle ne se rend pas tout de suite sur place. Le temps que ces messieurs s’organisent pour trouver une date commune ! Et en attendant, les travaux de la digue continuent puisque personne ne les contrôle et donc personne ne les arrête.  
 
Passons cependant au 22 mars 1959, dans une autre vallée voisine du Vajont où l’on procède à des essais d’urgence. Ce réservoir est celui de Pontesei à 6 kilomètres de Longarone. Le lac de retenue est un nain par rapport à celui du Vajont, il ne contient que 10 millions de mètres cube d’eau. Un nain peut-être, mais qui fonctionne. Seulement depuis quelques temps, il ne fonctionnait justement plus si bine que ça. Et qu’est ce qu’il avait ? Il faisait de drôle de bruits ! Les barrages hydro-électriques doivent en effet « chanter » comme des moteurs diesel.  Celui-ci au contraire produisait des bruits sourds au niveau de la roche d’encrage. Quand il se produit de tels bruits, il est n’est généralement pas bon de rester dans les parages, spécialement lorsque les eaux du lac commencent à se teinter de tâches jaunâtres. Ensuite apparaissent des bulles à la surface et des éboulements plus ou moins prononcés sur les rives. Et qu’est ce que cela annonce ? Ces signes trahissent des infiltrations d’eau dans les couches profondes de l’encrage du barrage et aboutissent à de graves glissements de terrains sur les rives.  
 
Que fait la SADE à ce moment là ? Elle commence à vider la retenue de façon à ce qu’il n’y quasiment plus d’eau au moment où l’éboulement se produira. De toute façon l’éboulement va se produire inéluctablement. Comme ça au moins, lorsqu’il va se produire, il y aura moins de dégâts si le lac est vide ou presque. Malheureusement les opérations vont mal se terminer. Lorsque l’on commence à vider l’eau du lac, bien évidemment la vitesse de glissement du terrain va s’accroître. Evidemment, car si les flans étaient gorgés d’eau d’infiltration, à la manière d’une éponge, c’est l’eau du lac qui les empêchait de s’effondrer. Alors si on retire cette eau …  Du coup la SADE délègue un gardien permanent dans une cabane qui surplombe la digue. Il doit donner l’alarme au moindre événement suspect dans la retenue et ses proches abords. Ce dimanche 22 mars au matin, c’est le gardien Arcangelo Tiziani qui est de garde. Et celui-ci devra effectivement donner l’alarme lorsqu’il va voir danser plusieurs dizaines de mètres de montagne. Un premier éboulement se produit … alors le gardien court autant qu’il peut pour aller téléphoner. Il réussit à donner l’alarme mais n’a plus le temps de s’enfuir pour échapper à l’éboulement. Un pan entier de montagne s’écroule dans le lac et soulève une vague de 20 mètres de haut qui avale le gardien et l’entraîne au fond du lac. On ne retrouvera jamais son corps.
 
Les habitants d’Erto s’inquiètent encore d’avantage lorsqu’ils apprennent ce qui vient de se produire Pontesei. Voyez un peu les dégâts qu’une petite retenue a pu produire ? Alors imaginez s’il se produit la même chose ici au Vajont avec un lac 15 fois plus grand. Les anciens savent parfaitement que le village n’est pas construit sur un terrain solide, mais sur d’anciennes moraines glaciaires. Mais qui sont ces gens qui construisent des villages sur des moraines ? Des Cimbri. Cimbri : peuple germanique antique … Après l’invasion de la Gaule il pénètre en Italie pour aller coloniser la plaine du Po. Finalement ils sont battus du côté de Vercelli par l’armée de Mario. Ainsi chassés avec les romains  à leurs trousses, ils redescendent la vallée du Po en longeant les Alpes. Cependant d’autres garnisons romaines les attendent vers Venise. Du coup ils sont contraints de bifurquer vers le nord et de remonter une vallée alpine. Mais les romains gagnent du terrain, alors ils empruntent une vallée très encaissée barrée par un torrent impétueux : c’est la vallée du Vajont. Là ils s’installent et se font oublier de tous. Ils s’installent certes, mais sur des terrains instables.  
 
Ce qui est curieux dans leurs constructions, c’est que les murs porteurs côté aval de la maison, servent directement de fondations au côté amont de la maison. De toute façon elle ne peut s’appuyer sur des roches instables donc … ! En fait si on retire une pierre au pied d’une maison située en bas du village, tout le village s’écroule.  
 
Mais revenons au sujet. La paroi qui s’élève à l’adret s’appelle le Mont Salta. La paroi qui lui fait face, à l’ubac donc, est celle du Mont Toc. Les cimbri qui n’étaient tout de même pas complètement ignorants ont tout de suite compris qu’il vallait mieux construire sur le Mont Salta que sur le Mont Toc. Toc dans toute la Vénétie signifie « morceau ». Généralement les toponymes sont rarement dus au hasard que ce soit pour les gens comme pour les choses. Allez donc savoir si Semenza et Dal Piaz ont consulté les Cimbri avant de choisir la vallée du Vajont pour l’implantation de leur barrage ! Ici on se trouve à la « frontière » entre la Vénétie et le frioul. Et en dialecte frioulan « Patoc » signifie « qui marche ». Les descendants des Cimbri savent pertinemment que l’on est en train de construire un barrage entre le Mont « qui saute » et le Mont « morceau qui marche ». Et pour noircir encore un peu le tableau, au fond de la vallée s’écoule le torrent « Vajont » qui en patois local signifie « qui descend ». Tout un programme donc ! Superstitieux s’abstenir ! En tous cas la science moderne fait fi de tout cela mais à l’inverse, les autochtones commencent à paniquer sérieusement.

n°6130283
FEYHOU
Posté le 19-07-2005 à 17:40:57  profilanswer
 

Les quelques photos du jour :
 
http://erewhon.ticonuno.it/arch/rivi/narrare/paolini.jpg
La couverture du livre "Il racconto del Vajont" de Marco Paolini.
 
http://www.marcopaolini.it/img/teatro/fotovajont.gif
Une photo de Marco Paoloni dans son one man show sur le Vajont.
 
http://www.erto.it/walvajont2.jpg
Schéma de coupe vu du ciel de la vallée du Vajont avec le glissement de terrain.

n°6137601
FEYHOU
Posté le 20-07-2005 à 17:28:19  profilanswer
 

Nouvel épisode du récit du Vajont :
 
Dans la vallée du Vajont ont se dit qu’un jour, au lieu de se retrouver au bord du lac, on finira par se retrouver au fond. Mais toute la différence est là : Nous nous appelons ceci un lac tandis que les ingénieurs l’appellent un réservoir. Si tout le monde ou presque rêve d’avoir un étang ou un lac dans son jardin, avec des petits canards et des poissons, peu nombreux sont ceux qui rêvent d’un barrage. D’ailleurs je vais vous expliquer la différence entre un lac et un réservoir. Un lac met des millions d’années à se creuser un lit dans le fond de la vallée, puis il lui faut encore des millions d’années pour que l’eau, la terre, la roche et la végétation trouvent un compromis. La nature prend tout son temps pour organiser un endroit foisonnant de vies. Un réservoir, quant à lui, naît en cinq ou dix ans maximum et il varie constamment. D’ailleurs il est fait pour ça ! Stocker l’eau un instant pour la restituer plus tard …  
 
L’eau entre et sort, monte et descend et les flans de la montagne subissent diverses poussées qui les fragilisent. Ce sont de véritables marées. Lorsque l’eau est haute, elle exerce une pression élevée sur les roches, puis la relâche en descendant. La digue que l’on construit doit contenir ces « marées ». C’est pour cela qu’elle est généralement composée de béton, de ciment, de chaux et de roches imperméables que viennent renforcer des barres de fer. Le mur peut être d’épaisseur variant du haut vers le bas. En général il est plus épais en bas et donc plus fin en haut. Evidemment la pression exercée par l’eau est plus importante en profondeur. Toutefois, la pression qui s’exerce sur la digue, s’exerce également sur les parois de la montagne qui entoure le lac. Dans n’importe quel cas, il faut considérer que la robustesse des parois de la montagne n’est jamais égale à celle de la digue.  
 
En plus, la digue est parfaitement imperméable puisque entièrement bétonnée, d’ailleurs elle est la pour retenir l’eau, non pour la boire ! La poussée d’une masse liquide est répartie de manière uniforme dans toutes les directions. De cette façon, vous pouvez construire la digue la plus épaisse et la plus solide du monde, si les parois de la montagne sont de piètre qualité, l’eau finit par trouver un point faible et s’infiltre dans la faille. Alors la terre boit tant qu’elle peut et finit par glisser. Voyez un peu ce qui s’est produit à Pontesei …
 
Si la vallée du Vajont n’est pas exactement comme celle de Pontesei, elle lui ressemble énormément. A Pontesei il y avait un réservoir de 10 millions de mètres cube. Lorsque le glissement de terrain s’est produit, il n’y a eu qu’une seule victime. Mais ici au Vajont ils veulent faire un réservoir de 150 millions de mètres cube. Les évènements se précipitent dans la vallée. Le 3 mai 1959, 126 chefs de familles se réunissent pour se liguer contre la SADE. Ce jour là, même la presse est de la partie. Ce qui est remarquable lorsqu’on pense que, durant les 7 années qui se sont écoulées entre le début du chantier et la catastrophe, seuls une petites dizaine de communiqués (souvent techniques) sont publiés dans la presse.  
 
C’est assez évident lorsqu’on sait que le directeur du plus important groupe de presse transalpin n’était autre que le conte de Misurata. Et oui celui-là même qui dirige la construction du barrage. Il faut dire qu’à cette époque, les grands de ce monde n’aimaient pas beaucoup que l’on parle d’eux dans la presse, même en bien. Comme quoi les choses ont bien changé : Maintenant, le jour où on oublie de parler d’eux, les « stars » nous font une crise et s’empresse de nous divulguer leur façon de vivre et leurs passe temps les plus secrets. Mais à cette époque on ne savait presque rien sur ces personnages.  
 
Au lendemain de cette réunion des malcontents du Vajont, Tina Merlin rédige un article pour le journal « L’Unità » s’intitulant « la SADE gouverne mais les montagnards se rebiffent ». La virulence de ses propos lui vaut un procès. Ce n’est d’ailleurs pas le conte Misurata, décédé entre temps, qui porte plainte, mais son successeur le conte de Monselice. Sans doute la SADE était-elle une société qui se passait de conte en conte. En tous cas Monselice est à l’origine de biens des entreprises à Venise. L’île-Saint-Georges et la moitié des écoles publiques et privées de la ville ont été fondées par ce personnage. C’est lui qui est président de la SADE lorsque Tina Merlin est traduite en justice mais il n’est pas évident que ce soit lui en personne qui est formulé la plainte. En réalité c’est un pantin. Il n’est même pas certain qu’il connaissait l’existence de Tina Merlin …  
 
Mais Tina est accusée d’avoir publié des informations calomnieuses et tendancieuses destinées à perturber l’ordre public. Mais en quoi consistait au juste cette fameuse réunion du 3 mai ? Les habitants s’étaient regroupés pour discuter du consortium pour la renaissance de la vallée du Vajont. Et qui s’intéresse à ça ? En réalité personne n’en avait strictement rien à foutre ! Le dialogue donnait à peu près ceci :
- Mais à quoi notre comité au juste ?
- A défendre notre vallée et nos terres.
- Mais les terres, nous les avons déjà vendu.
- Alors, à défendre notre vallée.
- Contre qui ?
- Contre la SADE.
 
Bah ! là au moins ils n’avaient pas tout à fait tort.
 
Pendant ce temps là, les travaux du barrage avancent sans répits. Les habitants le voient grandir chaque jour un peu plus. Lorsque la SADE avait distribué les dédommagements financiers, elle s’était également engagée à apporter certains aménagements. Par exemple elle devait construire un pont entre les deux versants du lac. Et bien oui ! Certaines habitations et surtout les cultures se trouvaient sur le versant opposé au village de Erto. Avant il n’était pas rare de voir des paysans marcher pendant une demi-heure pour rejoindre leurs champs situés de l’autre côté le matin, revenir à midi à la maison et refaire le même aller retour l’après-midi. Mais s’il y a un lac entre deux, il faut en faire le tour et c’est beaucoup plus long.  
 
Ceci dit la SADE s’était engagée par contrat à construire ce pont. Oui en effet mais cela était valable dans le premier contrat, celui signé avant l’accord pour la variante qui implique 61,60 mètres de plus. N’ayant pas stipulé la présence du pont dans le second contrat, la SADE refuse tout simplement de le construire. Cependant elle donne l’autorisation aux résidents d’emprunter la route circulaire, normalement réservée aux services d’entretien du barrage. Le seul problème c’est qu’il y a 12 kilomètres à parcourir. C’est vraiment une plaisanterie ! Sauf qu’ici elle ne fait rire personne.

n°6137768
FEYHOU
Posté le 20-07-2005 à 17:57:19  profilanswer
 

:( Ayant visiblement un petit problème de connexion internet, je n'ai pas pu trouver grand chose pour illustrer l'épisode du jour.
Désolé ce sera mieux demain!
 
http://www.progettodighe.it/reale/images/thumbs/pontesei/2005_pontesei-diga.jpg
http://www.progettodighe.it/reale/images/thumbs/pontesei/2005_pontesei-bacino_a_monte_dal_ciglio_diga.jpg
http://www.progettodighe.it/reale/images/thumbs/pontesei/2005_pontesei-camminamento.jpg
La retenue de Pontesei qui, quelques temps avant la mise en service du Vajont, rencontra un problème similaire de contreforts montagneux instables (voir l'épisode d'hier).

n°6146781
FEYHOU
Posté le 21-07-2005 à 17:45:27  profilanswer
 

Chers lecteurs, voici un nouvel épisode. Je tiens à m'excuser pour les fautes qui criblent mes textes. Je suis terriblement occupé par mon travail et j'essaie néanmoins de publier quotidiennement un épisode dans la hate. Du coup je traduit et je frappe simultanément au kilomètre sans avoir le temps de me relire. J'espère toutefois que ça ne vous dérange pas trop. Bonne lecture et à demain pour un prochain épisode. :hello:  
 
Ce qu’on ne sait expliquer aux habitants de la vallée, c’est l’apparition, durant les travaux de construction de la route circulaire, de fissures dans les couches supérieures. Ce sont des fentes qui courent le long d’un plan horizontal, sur le versant opposé aux villages d’Erto et Casso. Ces fentes sont bien visibles même d’assez loin. Qu’est ce que c’est que ce truc ? Boh ! T’occupes pas et continue à avancer. Ingénieur, encore un trou ! C’est pas grave, rebouche et continue les travaux. Ingénieur, encore trois autres trous !!! Mais ma parole c’est un vrai gruyère ici ! Apportez-moi l’étude géologique faite sur les rivages. Quelle étude ? Celle sur les versants de la vallée du Vajont évidemment ! Mais elle n’a jamais été réalisée cette étude ! Comment ça elle n’a jamais été faite ? Il y a l’étude des accotements où s’appuie la digue mais pas celle sur les rivages du réservoir. Mais le ministère nous l’avait réclamé il y a plus d’un an. Oui mais nous avions répondu que nous la ferions et en fait nous ne l’avons jamais faite. Appelons d’urgence le géologue Dal Piaz. Le problème est que Dal Piaz n’a plus trop les conditions physiques pour venir jusqu’à nous, il se fait vieux.
 
A ce moment de l’histoire, Dal Piaz a plus de 80 ans et il n’est effectivement plus en état de grimper comme une chèvre à travers la montagne pour faire des relevés. Et puis ces dernières années, les techniques géologiques ont nettement évolué. Dans le temps, un bon géologue était capable de repérer à l’œil nu les différentes roches qui composaient un terrain. On se reposait sur la science de l’observation et sur la capacité de déduction sur la nature d’un terrain. Maintenant on applique des procédés beaucoup plus scientifiques qui font appel à des technologies de pointe. On utilise la géomécanique, la géophysique, on procède à des carottages, à des forages piézométriques et à des analyses stratimétriques. Les digues sont des produits de la science moderne et Semenza tient à évoluer avec son époque. S’il est nécessaire de consulter un expert, même étranger, il le fera sans hésiter. Et justement de l’autre coté de la frontière, en Autriche, il y a un géologue dont la réputation a déjà fait le tour de la planète. Semenza le ramène à la SADE.  
 
- C’est qui ce type ?
- Quelqu’un de bien.
- Oui mais qui ?
- Müller.
- Il est allemand ?
- Non, autrichien.
- Bah ! C’est encore pire !  
 
Il faut reconnaître que les autrichiens et les vénitiens n’ont jamais été très copins.
 
- C’est quelqu’un de très bien.
- Oui mais il est autrichien.
- Cela n’empêche pas qu’il soit bien !
 
La présence de Müller ne plait pas trop à Dal Piaz. Dal piaz, il est vrai, est depuis des années une éminence parmi les experts en géologie. C’est une figure emblématique et un des principaux fondateurs de l’université de Padoue où il a enseigné durant toute sa vie. Il a lancé la revue « Mémoires des sciences géologiques » qui existe encore de nos jours. Mais si Semenza décrète que ce sera Müller, ce sera Müller un point c’est tout. Müller est issu de lécole supérieure de géologie de Salzbourg dont il est devenu depuis le directeur. Il est engagé comme consultant géotechnique auprès de la SADE.  
 
Il commence son travail avec précision, avec un projet très détaillé incluant des points critiques où seront pratiqués des carottages. Forages et analyses se succèdent sur l’ensemble des rivages du réservoir mais les résultats ne sont jamais rendus publics.  
 
Arrive l’été 1959 et tout le monde oublie ses petits soucis. Le pape Jean a annoncé la convocation du conseil écuménique de Vatican 2, Salvatore Quasimodo remporte le prix nobel et « la joyeuse commission » arrive enfin dans la vallée du Vajont. D’un seul coup le Vajont va être surmédiatisé. Dès qu’un homme politique avait besoin de se mettre en valeur, il se projetait avec la digue en construction en toile de fond. En voilà un qui emprisonne une pièce de monnaie dans le béton et un autre un morceau de papyrus … Mais la photo la plus demandée est la coupe du ruban. Couper des rubans sur la digue du Vajont est l’occupation favorite des dignitaires à la fin des années 50. Tous les deux mètres on inaugure quelque chose. S’il n’y avait plus de ruban à couper, on trouvait bien une corde ou une chaîne. On se bousculait pour venir inaugurer quelque chose au Vajont. C’était très important pour la fierté italienne de construire ici la plus haute digue du monde. Les écoles emmenaient les enfants pour visiter ce géant, les intellectuels s’enthousiasmaient publiquement et l’écrivaient dans des revues très en vogue. C’était une force incroyable, un défit en son temps, un peu comme si on construisait aujourd’hui un pont pour enjamber le détroit de Messine.  
 
La haut sur le barrage, ils sont bien équipés. Tous les matins, depuis une passerelle tendue entre les deux paroies, à 280 mètres de hauteur, Semenza et son lieutenant vont contrôler les travaux de la veille. Il faut avoir le cœur bien accroché car le vent ballote la passerelle dans tous les sens. Mais la SADE dispose de toutes les nouveautés techniques. Chaque matin le même rituel se répète, l’ingénieur arpente la passerelle pour vérifier que le béton coulé la veille ait bien pris la forme et la consistance voulue et que le soudage des blocs soit irréprochable.  

n°6147353
FEYHOU
Posté le 21-07-2005 à 18:57:04  profilanswer
 

Voici des petits documents:
 
http://www.voli.bs.it/icbreno/spalunni/lavori/esami2002/Laura/images/scienze/esterle3.jpg
L'intérieur de la salle des machines de la centrale hydroélectrique de Longarone. Destinée à l'origine à traiter les eaux du Vajont, elle sera finalement utilsée comme centrale de secours après la catastrophe.
 
http://hautes.alpes.secours.free.fr/Barrage%20serre%20pon%E7on.jpg
 
Photo du barrage de Serre-Ponçon dans les Alpes françaises. Il s'agit encore de la plus grande retenue d'Europe et elle fut longtemps la plus grande du monde. Voici à la suite quelques chiffres sur ce géant.
 
Départements : 04-05  
Rivière : Durance  
Maître d'ouvrage : EDF/UP Méditerranée
Service chargé du contrôle : DRIRE Provence-Alpes-Côte d'Azur  
Années de construction : 1955-1960
Mise en service : 1960  
Type de barrage : barrage à noyau (terre et enrochements)  
Nature des fondations : alluvions et marnocalcaires  
Hauteur sur TN : 123,50 m
Hauteur sur fondations : 124,00 m  
Longueur en crête : 630,00 m  
Altitude de la crête : 789,50 NGF  
Altitude de la RN : 780,00 NGF  
Altitude des PHE : 783,00 NGF  
Epaisseur en crête : 9,35 m
Epaisseur en pied : 650,00 m  
Fruit amont : 2,5  
Fruit aval : 2,5  
Volume du barrage : 14 000 000 m3  
Surface du bassin versant : 3 600,00 km2  
Surface de la retenue (à RN) : 29,00 km2  
Volume de la retenue (à RN) : 1 272,00 hm3
Débit de prise : 300 m3/s  
Débit d'évacuation des crues : 2 200 m3/s
Débit de vidange : 1 200 m3/s  
Evacuation des crues : 2 vannes segment de surface + 2 vannes de fond  
Vidange : 2 organes de fond avec chacun 2 vannes à chenille en série  
Coût: 50 milliards d'anciens francs.

n°6148599
FEYHOU
Posté le 21-07-2005 à 22:02:46  profilanswer
 

:??: Il y a quelques jours, en fouillant sur Google, je suis tombé un petit peu au hasard sur un site où il était inscrit les plus graves catastrophes humaines et naturelles (irruptions, tremblements de terre, cyclones et autres déraillements de trains ...). J'y avait justement trouvé la date et les chiffres d'un barrage chinois dont la digue s'était rompue et avait tué plus de 15000 personnes. Je n'arrive plus à retrouver ce site et c'est dommage car il y avait des images que j'aurais bien voulu intégrer dans ce forum pour l'illustrer. Quelqu'un aurait-il une idée pour ce site? Mieux encore pourriez-vous me communiquer son nom si vous le trouvez. Merci d'avance et à demain pour le dernier épisode de la semaine. :jap:  Et oui, 35 heures oblige, il n'y a pas de parution les samedis et dimanches ... :hello:

n°6149062
Sp3ctr Ent​ite d'Or
Il a fait : Kapouéééé !
Posté le 21-07-2005 à 23:04:53  profilanswer
 

FEYHOU a écrit :

:??: Il y a quelques jours, en fouillant sur Google, je suis tombé un petit peu au hasard sur un site où il était inscrit les plus graves catastrophes humaines et naturelles (irruptions, tremblements de terre, cyclones et autres déraillements de trains ...). J'y avait justement trouvé la date et les chiffres d'un barrage chinois dont la digue s'était rompue et avait tué plus de 15000 personnes. Je n'arrive plus à retrouver ce site et c'est dommage car il y avait des images que j'aurais bien voulu intégrer dans ce forum pour l'illustrer. Quelqu'un aurait-il une idée pour ce site? Mieux encore pourriez-vous me communiquer son nom si vous le trouvez. Merci d'avance et à demain pour le dernier épisode de la semaine. :jap:  Et oui, 35 heures oblige, il n'y a pas de parution les samedis et dimanches ... :hello:


 
 :hello:  
J'ai pour l'instant pas retrouvé ce site que j'avais aussi vu, par contre je suis tombé sur celui-ci http://www.chez.com/lucnicohug/risques.html, où en fin de page il y est mentionné 30 000 morts en Inde en 1979  :ouch:  
Je continue à chercher, merci à toi  :bounce:  
 
Edit :  j'ai aussi trouvé ça c'est très intéressant (avec des photos en +):[url]
http://www.prim.net/citoyen/defini [...] riques.htm[/url]
 
Tcho'


Message édité par Sp3ctr Entite d'Or le 21-07-2005 à 23:10:00
n°6153098
FEYHOU
Posté le 22-07-2005 à 12:03:40  profilanswer
 

Sp3ctr Entite d'Or a écrit :

:hello:  
J'ai pour l'instant pas retrouvé ce site que j'avais aussi vu, par contre je suis tombé sur celui-ci http://www.chez.com/lucnicohug/risques.html, où en fin de page il y est mentionné 30 000 morts en Inde en 1979  :ouch:  
Je continue à chercher, merci à toi  :bounce:  
 
Edit :  j'ai aussi trouvé ça c'est très intéressant (avec des photos en +):[url]
http://www.prim.net/citoyen/defini [...] riques.htm[/url]
 
Tcho'


 
 :ouch: Ouai, effectivement!!! Merci beaucoup, j'ai été visité les sites que tu me conseillais et c'est très intéressant. Je vais d'ailleurs très certainement utiliser leurs documents pour illustrer mes épisodes sur le Vajont. En fait la plus grosse catastrophe créée par la rupture d'un barrage a eu lieu non en Chine mais en Inde et les victimes étaient au nombre de 30000 environ. C'est énorme !!! :ouch:  :ouch:  :ouch:

n°6156353
FEYHOU
Posté le 22-07-2005 à 18:39:33  profilanswer
 

Voilà le dernier épisode de la semaine ... la suite lundi. Bon week-end à tous :hello:  
 
Un beau matin, la joyeuse commission arrive pour les essais de fiabilité. On les emmène sur la passerelle de contrôle vers neuf heures et demi. Leurs visages sont blêmes et d’un seul coup les voilà pris de vomissements. Il est vrai que lorsque l’on est pas habitué, la hauteur de la digue donne le vertige et l’oscillation due au vent ballotte l’ouvrage. Ah ! Ces Romains qui attrapent le mal de mer en pleine montagne. Allez ! Ramenez les sur la terre ferme. Les ouvriers pour leur part, n’y font même plus attention, ils sont habitués depuis le temps. Cependant à la fin de la journée, après le travail on en trouve qui marchent en zigzag, d’autres qui penchent comme la tour de Pise …  
 
Du coup, histoire de remettre les commissaires sur pieds, on les emmène à Cortina, la perle des Dolomites qui fut il y a quelques années de cela un haut lieu des jeux olympiques d’hiver. Un petit tour par Venise au frais de la princesse puis ces messieurs repartent rassasiés à Rome. De toute cette épopée, ils se souviennent de tout, sauf du barrage du Vajont. Deux jours plus tard, la joyeuse commission écrit à la SADE pour leur demander s’il ça ne les dérange pas de leur renvoyer un mémorandum avec les données techniques du Vajont, car ils ont perdu le leur durant le voyage de retour à Rome. Bien sur la SADE s’exécute immédiatement. Le mémorandum en question contient des données extrêmement précises sur le barrage. C’est pratiquement un bilan complet sur l’avancement des travaux. Le rapport est très bien fait. Tellement bien fait que la commission de contrôle décide de le considérer comme rapport de contrôle officiel pour la construction de la digue.
 
Les dirigeants de la SADE jubilent ! Ils peuvent être heureux, en effet, car avec cet accord signé par la commission, ils obtiennent du même coup un très gros chèque de l’état correspondant à l’aide au financement pour les travaux d’intérêt public. Il ne faut quand même pas s’imaginer qu’un gros œuvre tel que le barrage du Vajont, même s’il est construit et géré par une société privée, est financé intégralement par des fonds privés. Mais maintenant la commission de contrôle est tenue non seulement de rendre publique le rapport de contrôle, mais en prime il doit certifier que la construction de la digue justifie les milliards financés à fonds perdus à la SADE. Et cela, rappelez-vous en lorsque nous reparlerons plus tard de la nationalisation des sociétés hydroélectriques, c’est à dire lorsqu’elles seront acquises au bénéfice de l’ENEL. L’état paiera alors à la SADE l’intégralité des installations du Vajont (pour la seconde fois).
 
Cependant, la joie est de courte durée. L’autrichien (Müller) vient gâcher la fête avec un premier rapport. Il a examiné les flans du Monte Salta. De ce côté, malgré l’inquiétude des habitants de la vallée, il n’y a aucun risque. En revanche, le danger vient de l’autre côté. Sur les flans du Mont Toc, il a repéré un glissement de terrain avec un front de 2 kilomètres de long. Le tout avec un développement vertical de 600 mètres décrivant une forme en « M ». Il s’agit là d’un glissement très important qui évoluera lentement durant toute une année. La nouvelle est loin de réjouir tout le monde. « Qu’est ce qu’il en sait ce tordu d’autrichien » ! et bien évidemment celui qui a sélectionné cette vallée pour y construire le barrage, Giorgio Dal Piaz, y voit rouge. Comment se fait-il qu’un expert tel que Dal Piaz ne se soit aperçu de rien ? Alors qu’un jeune diplômé étranger trouve au même endroit un glissement aux dimensions apocalyptiques. Il faut procéder à une nouvelle expertise.
 
Une autre expertise ! Avez-vous la moindre du prix que peut coûter une expertise ? Du coup on privilégie une autre piste et on fait appel au géophysicien Pietro Caloi. Contrairement aux géologues, le géophysicien est un expert de l’élasticité de roches et des tremblements de terre. Et celui-ci fait le tour de la retenue avec un curieux marteau, avec lequel il frappe la terre à un endroit bien précis, qui produit donc un son particulier en fonction des différentes roches. Si le son se propage avec amplitude, c’est bon signe, c’est que la roche est compacte. Si au contraire le son reste sourd, cela signifie qu’il y a une fracture dans la couche et donc qu’il y a risque de rupture. Bien sur le procédé est nettement plus scientifique mais la base est comme çà. Caloi écrit une véritable partition sur les pentes de la vallée du Vajont. Il envoie finalement à la SADE un rapport disant textuellement : « La pente du Mont Toc s’appuie sur un puissant support de roches autochtones. Belle connerie ! Qu’est ce que ça veut dire roches autochtones ? De toute façon, bien sur qu’elle est autochtone cette roche ! D’où voulez-vous qu’elle soit originaire ?
 
Mais le rapport va plus loin. Caloi affirme : S’il y a glissement (petite concession à Müller) il ne concerne qu’une partie très superficielle de la couche, au maximum 20 à 30 mètres dépaisseur tandis que dessous les bases sont on ne peut plus compactes et solides.  
 
Dons vous avez entendu, il n’y a pas de danger ! C’est un peu comme si un toubib vous annonçait qu’il faut vous opérer au plus vite et que le lendemain un autre toubib vous disait : « Vous opérer ! Allons donc, mais pourquoi faire ? » Lequel des deux croiriez vous ? N’en consulteriez vous pas un troisième, histoire d’être plus sur de votre coup ? Lorsqu’il s’agit de la santé, il n’y a pas d’économie qui tienne, il faut bien se soigner non ! On irait même en consulter 4 s’il le fallait … Alors pour la santé du barrage du Vajont, on s’octroie les services d’un nouveau géologue (soit disant neutre) afin d’établir une dernière expertise. Il s’agit d’un jeune diplômé très brillant. Ah oui ! Et qui est-ce ? Je vous le donne en mille, Edouardo Semenza, le fils de Carlo Semenza l’ingénieur du barrage.
 
Pourtant le père ne voit pas cela d’un très bon œil. Son fils est d’après lui un éternel contestataire qui aurait tôt fait de ruiner le projet. Mais rien à faire la SADE embauche le fils Semenza. Avec un autre jeune diplômé, Franco Giudici, il se met à parcourir la montagne dans tous les sens. Forages par ici, carottages de l’autre … naturellement ils finissent par tomber sur l’énorme faille provoquée par le glissement de terrain.

n°6156566
FEYHOU
Posté le 22-07-2005 à 19:27:25  profilanswer
 

J'ai trouvé ce document sur un site suisse avec des catastrophes dues à des ruptures de barrages:
 
- Argentine 1970 4-1 (100 morts) Mendoza  
- Brésil 1960 28-3 (1000 morts) L’Oros  
- Chine 1993 27-8 (+240 morts) province de Qinghai  
- Colombie 1972 25-2 (60 morts) Foledon  
- Corée du Sud 1962 28-10 (163 morts) Sunchon  
- Espagne 1802 (608 morts) 1959 9-1 (144 morts) Wega de Fera  
- Etats-Unis 1874 16-5 (144 morts) Williamstown (Massachussetts) 1889 31-5 (2204 morts) Johnstown (Pennsylvania) 1928 13-3 (~700 morts) Saint Francis (California) 1972 26-2 (+450 morts) Logan (Virginia) 1976 7-6 (140 morts) Teton (Idaho)  
- France 1895 27-4 (87 morts)Bouzey (Vosges) 1959 2-12 (423 morts) Malpasset (Var)  
- Angleterre 1864 12-3 (250 morts) Sheffield  
- Inde 1979 11-8 (~30000 morts) Machhu  
- Indonésie 1967 27-11 (160 morts) Kebumen  
- Italie 1923 1-12 (600 morts) Gléno 1963 9-10 (2118 morts) Vaiont 1985 19-7 (264 morts) Tesero  
- Ukraine 1961 13-3 (145 morts) Kiev
 
Comme vous pouvez le constater les U.S.A. est le pays qui compte le plus d'accidents de barrages. Néanmoins ce sont les Indes qui détiennent le triste reccord de victimes : environ 30.000 morts pour un seul barrage...

n°6169212
FEYHOU
Posté le 24-07-2005 à 21:46:11  profilanswer
 

N'ayant pas publier d'épisode sur le Vajont ce week-end, je souhaiterais juste vous montrer cette image qu'un correspondant italien local m'a envoyé par mail ...
 
http://www.bmwmcverona.it/images05/longarone05/images/IMG_0016.JPG
Au lendemain de la catastrophe, tout le peuple italien s'est levé dans un élan de jénérosié sans précédent. Pour la première fois depuis l'unification du pays, on vit dans toutes les grandes villes, les gens défiler au son du glas dans des cortèges funestes et silencieux. On put, grace aux dons, construire ce mémorial pour les victimes du Vajont.
Il est pourtant dommage que les humains ne se soudent que lorsqu'ils sont mis à mal par la puissance de la nature.

n°6175189
FEYHOU
Posté le 25-07-2005 à 18:59:52  profilanswer
 

Episode du lundi 25 juillet 2005:
 
Comme nous sommes déjà en automne, la joyeuse commission revient faire un petit tour dans les parages, avant que l’hiver glacial n’arrive. D’ailleurs la digue est presque achevée puisqu’il ne manque qu’à installer quelques petits détails. Les voilà donc devant 360.000 mètres cube de béton armé. Trois ans de travaux qui récompense la maîtrise et la compétence de tous ceux qui ont œuvré ici … et aussi grâce au sacrifice de 10 ouvriers morts pendant les travaux. Je ne comprends d’ailleurs pas comment il se fait que les noms de ces 10 malheureux ne soient même pas inscrits sur la liste des victimes du Vajont. Peut-être fallait il taire le fait qu’ils n’avaient pas scrupuleusement respecté les règles élémentaires de sécurité.  
 
Cependant la digue semble être la grande voile d’un bateau. Depuis Longarone on l’aperçoit toute de blanc immaculée. Elle paraît presque irréelle tant elle tranche sur les parois sombres du Val de Piave. Mais bon ! A quoi servirait une telle œuvre d’art s’il n’y avait pas d’eau derrière ? Soyons tranquilles … Entre deux choses, la commission a signé l’autorisation pour effectuer le premier essai de submersion. Elle a signé le papier et hop, elle est repartie aussi sec à Rome.  
 
L’eau commence donc lentement à envahir le fond de la vallée. A propos, avez vous une idée du temps qu’il faut pour remplir ainsi un réservoir. Par exemple, lorsque vous voulez prendre un bain, vous aimez bien avoir les genoux dans l’eau et non au-dessus. Pour cela il faut laisser l’eau s’écouler pendant un certain temps. Alors imaginer cela pour un réservoir aussi gigantesque que celui du Vajont. Et bien il faut un temps certain !  
 
Pendant ce temps là, Edouardo Semenza et Franco Giudici commencent à rédiger leur propre rapport sur l’état des lieux. Ils confirment la présence du glissement de terrain détecté par Müller et semblent même aller plus loin. Ils sont certainement les premiers à comprendre ce qui est en train de se produire et surtout quelles vont en être les graves conséquences. D’après eux, dès la mise en eau, la fissure s’étendra à 2400 mètres et son développement vertical pourrait doubler voire tripler.  
 
Le études officielles ont été limitées à l’altitude d’environ 800 mètres et le lac devrait, à sa cote maximale, atteindre un peu plus de 700 mètres d’altitude. De toutes façons, personne n’a eu jusque là l’idée de lancer des études jusqu’à la cime du Mont Toc. On s’est contenté d’observer la zone où apparaissait la première fracture « superficielle ». En réalité, plus haut dans la forêt, un autre glissement encore plus important est en train d’emporter petit à petit tout un pan de montagne. Semenza et Giudici l’estiment à environ 200 millions de mètres cube.
 
Maintenant nous savons qu’ils n’étaient pas très loin de la vérité. Ils ajoutent dans leur rapport, qu’il s’agissait d’un éboulement datant probablement de la préhistoire, et qui avait subi un tassement vers le fond de la vallée, selon un plan de glissement malheureusement très difficile à déterminer. Il a complètement obstrué la vallée puis pendant des milliers d’années, le torrent Vajont, dans son entêtement, a creusé un nouveau lit au cœur de cet éboulement. Il a fini par creuser ses gorges qui s’en sans doute les plus profondes de toutes les Alpes, pour aller se jeter dans le Piave en contrebas.  
 
Mais un morceau du vieil éboulement est resté isolé du Mont Toc, sur le versant opposé. Il a donc une structure différente du Mont Salta auquel il est cependant rattaché puisqu’il a la même que celle du Mont Toc. Edouardo Semenza mettait l’accent sur le fait que le torrent avait probablement cisaillé le fond de la vallée en deux zones très différentes et instables. Ces éboulements étaient cependant restés stables pendant des milliers d’années et resteraient sans doute stables pour encore d’autres milliers d’années, à moins que …
A moins que quoi ?
A moins que quelqu’un avec un lac artificiel ne vienne lui baigner les pieds.
 
Pourquoi ces idiots là sont ils venus construire une digue à l’endroit précis où s’est produit un éboulement ? Mais tandis que je vous parle de cela, arrive un télégramme qui va provoquer beaucoup de remous dans la région. Nous sommes le 2 décembre 1959 et la digue de Malpasset, près de Fréjus dans le Var, vient de céder. Bilan : Environ 400 morts. Nom de dieu ! Quelle malchance ! Cette digue était encore neuve, elle n’avait que 4 années de service. C’était aussi un très bel ouvrage. Un bel ouvrage certes mais aux pieds d’argile. « Trop peu de fondations » disent satiriquement les ingénieurs italiens à leurs homologues français. A la première crue sérieuse, le torrent creuse autant qu’il peut le fond du lac … et il finit par déboucher de l’autre coté de la digue. Et quand le béton perd ainsi ce qu’il a de plus cher au monde : son équilibre, il éclate littéralement. L’eau, coincée depuis des jours ou des mois profite de l’occasion pour s’enfuir par le trou béant et dévale à une vitesse folle pour aller noyer la ville de Fréjus et rayer de la carte des hameaux entiers. Allez un peu demander dans le sud de la France s’ils ont oublié Fréjus. C’est une honte nationale !

n°6179907
FEYHOU
Posté le 26-07-2005 à 12:09:52  profilanswer
 

Première partie de l'épisode du mardi 26 juillet:
 
A ce moment là, l’ingénieur Carlo Semenza écrit au géologue : « J’espère vous rencontrer bientôt pour discuter du Vajont, que le désastre de Malpasset rend plus que jamais d’actualité ». Finalement il commence à avoir quelques doutes sur la solidité de son ouvrage. Peut-être que les conclusions de Müller et de son propre fils ont elles ébranlées ses certitudes ? Nous sommes le 2 janvier 1960 et l’Italie entière est consternée par la mort de son champion, Fausto Coppi. Ce n’est que le début des fameuses années 60 qui coûteront cher à l’Italie.
 
Avant de poursuivre, procédons à une petite rétrospective car à partir de maintenant, tout est question de données et de chiffres que nous devons garder en mémoire. Nous avons une vallée avec un torrent capricieux qui y coule, la vallée en question est très resserrée car les pieds des versants sont très proches les uns des autres, le Mont Toc à gauche et le Mont Salta à droite. Lorsqu’elles volent dans le ciel, les hirondelles se laissent porter par les courants ascensionnels qui surplombent deux villages : Erto et Casso qui comptent à eux deux environ 2000 habitants. Casso se trouve à 930 mètres d’altitude tandis que Erto se trouve seulement à 780 mètres d’altitude. Plus on se dirige vers l’aval, plus la vallée se resserre pour devenir les gorges les plus profondes des Alpes. Mais à l’endroit précis où la vallée ne semble plus être qu’une fissure dans la roche, il y a une puissante digue qui barre le cours d’eau. Les pieds de cette digue se trouve à 460 mètres d’altitude et le haut de son crâne, à 721,60 mètres d’altitude, soit une hauteur de 261,60 mètres. Sur le versant opposé aux villages, il y a un surplomb impressionnant où les hirondelles construisent leurs nids. C’est incroyable, on les voit voler comme des folles, tourbillonner, frôler les parois sans jamais se cogner …  
De l’autre coté du Piave, il y a une ville : Longarone. Longarone se trouve à l’altitude de 466 mètres, c’est à dire pratiquement la même que le pied du barrage.  
 
En 1960 a donc lieu la première mise en eau du barrage. Il y en aura trois en tout Avant même que le niveau maximum soit atteint, le rapport d’Edouardo Semenza et Giudici démontre que la digue du Vajont est vouée à la catastrophe. L’ingénieur Carlo Semenza écrit alors à son fils géologue :  « Cher fils, nous pensons qu’il est indispensable que tu fasses corriger ton rapport par le professeur Dal Piaz. Ainsi il te sera peut-être possible d’atténuer certaines affirmations qui ne sont pas pour plaire à tout le monde ».
 
En fait le Mont Toc peut bien s’écrouler, ce n’est pas cela qui va l’émouvoir. De toute façon son monde à lui s’appelle « profit ». D’un autre coté, il a donné toute sa vie pour ce genre de projets, et celui-ci doit être la cerise sur le gâteau puisque par la suite il prendra sa retraite. On peut même ajouter que la digue s’est faite grâce à ses compétences, à son courage, à ses sacrifices …  et maintenant ?
 
Et maintenant à cause d’un jeune géologue qui a encore tout à apprendre et qui n’est que son propre fils, il faudrait tout arrêter ? Pas de plaisanterie s’il vous plait ! Si les géologues se contentent de faire des rapports, les ingénieurs quant à eux font des calculs … des kilomètres de calculs destinés à construire quelque chose de concret, pas des liasses de papiers inutiles. On était fier de cela dans l’Italie des années 60, car personne d’autre au monde ne savait construire des barrages si importants et si modernes. La preuve, ici au Vajont, nous sommes en train de mettre en eau la plus haute digue du monde. Alors vous paraît il juste de jeter le discrédit aussi facilement sur notre savoir faire que le monde entier nous envie ? Tout cela à cause du rapport d’un jeune géologue inexpérimenté ? Alors finalement on continue la mise en eau et les différents essais d’immersion qui à petit feu vont provoquer la catastrophe que l’on sait.

n°6187796
FEYHOU
Posté le 27-07-2005 à 11:34:04  profilanswer
 

Suite à un problème informatique, je n'ai pu publier la seconde partie de l'épisode d'hier. Du coup je vais essayer de ratrapper un peu le retard aujourd'hui ...
 
 :)  
 
Mais tout le monde le sais à cette époque, le barrage du Vajont est le passeport des ingénieurs italiens pour aller construire le barrage d’Assuan en Egypte. Je vous le répète, ces dernières années, ce sont les italiens qui ont réalisé la plus haute digue du monde. Alors vous paraît-il juste que l’on puisse ainsi bloquer les grandes adjudications internationales, suprême orgueil et vanité nationale, seulement à cause d’une vulgaire dispute « de famille » ? Vous pensez sincèrement que pour de telles stupidités, nous allons jeter le discrédit sur notre industrie et que nous allons assumer la responsabilité de laisser le champ libre aux américains et aux français qui n’attendent que l’occasion pour nous ravir cette suprématie ? Voilà ca que devait dire Carlo Semenza à son fils, peut-être dans d’autres termes. Mais les rapports des géologues, lorsqu’ils ne servent pas aux ingénieurs, on les enferme dans des tiroirs où ils seront parfaitement inutiles. Et puis si les choses tournent mal, un jour ou l’autre il y aura forcément un juge pour aller fourrer son nez dans ce tiroir !
 
Alors on poursuit l’immersion de la vallée. A ce propos, savez-vous comment on remplit un tel réservoir ? Ouvre-t-on des robinets ? Et où sont ces robinets ? Les ouvre-t-on tous ensemble ? Est une inondation ? A peu de choses près, c’est ça !  Il s’agit simplement d’une inondation contrôlée. L'inondation contrôlée diffère de celle spontanée principalement pour deux caractères, un temporel l'autre psychologique. L’inondation contrôlée se fait lentement, l’eau monte progressivement, elle s’étale dans le temps au point de devenir permanente. A ce moment là, elle produit le second caractère, le psychologique. Alors que l’inondation spontanée arrive violemment, dévaste tout sur son passage et s’en va aussi vite qu’elle est venue, l’inondation contrôlée agit par épuisement. Elle devient obsédante, elle assiège petit à petit la forteresse que représente la vallée. Vivre à Casso et à Erto au moment de ces inondations contrôlées devait être comme résister dans un château fort au beau milieu du désert en proie à l’ennemi invisible. Même si finalement les effets de l’une ou l’autre inondation, contrôlée ou non, sont les mêmes, elles emportent tout sur leur passage …
 
« Mais qu’est ce qu’on aperçoit la dessous » ? « C’est la maison du grand-père » !
En réalité personne n’est resté là à regarder si la maison du grand-père ou de la tante était en train d’être noyée. Parce qu’il est dommage de gâcher, la haut en 1960, on avait pas les moyens de laisser s’en aller ainsi les choses. Avant que l’on commence à inonder la vallée, les habitants avaient déjà tout emporté, du moins ce qu’ils pouvaient. Bien évidemment tout le mobilier hérité de la famille, la vaisselle, mais aussi tous ces souvenirs qui hantent parfois tel ou tel lieu. Certains avaient même démonté les toits et une partie des murs de leur maison pour réutiliser les pierres et les « tuiles » .  Mais tandis que l’eau recouvre déjà en partie les maisons, certains naviguent sur de minuscules barques pour grappiller ça et là encore quelques petites affaires. Il faut les voir aller sur le lac. Les Cimbri n’est pas un peuple de marins, ils viennent d’Europe centrale, au beau milieu de la terre ferme.  
 
Mais la SADE voit se ballet incessant sur le lac d’un très mauvais œil. « Qu’est ce que c’est que ce bordel » ? Du coup elle rédige un décret typiquement vénitien interdisant la navigation sur le lac. Pendant ce temps l’eau continue de monter. Une interdiction de naviguer à Casso et à Erto ? Entre 700 et 900 mètres d’altitude ? Voilà une chose vraiment étonnante lorsqu’on y songe, surtout pour des montagnards qui n’étaient habitués qu’à un petit torrent capricieux. Bien évidemment, les habitant se moquent de l’interdiction et continuent à pratiquer cette activité. Et pendant ce temps, l’eau monte encore. Mais les carabiniers envoyés par la SADE commencent à verbaliser les contrevenants. Mais pensez donc ! c’est la première fois que ces gens là ont l’occasion de s’amuser un petit peu, amenant au clair de lune la « jolie blonde » dans une ballade sur la barque. Comment les priver de ce privilège ? Alors que l’eau monte encore et toujours, la SADE distribue des contraventions que personne ne paye. Et l’eau monte, monte, monte … Mais où va-t-elle s’arrêter ?
 
L’eau devrait s’arrêter de monter à la cote de 600 mètres d’altitude, soit pratiquement la moitié de la digue. Ainsi devrait s’achever le premier essai d’immersion. Il faut se dire que le premier essai d’immersion d’un barrage est aussi important que l’essai de charge pondérale pour un pont. D’ailleurs, savez-vous comment on procède à l’essai de charge pondérale d’un pont. Et bien on y fait monter plusieurs camions remplis de bloques de ciment puis on les retire. Si le pont résiste, le test est réussi. C’est un peu la même chose pour le réservoir d’un barrage. On le remplit d’eau et puis on le vide. Si la digue a tenu … du moins si elle n’a pas trop bougé, parce que bien évidemment les structures de la digue bougent, alors le test est réussi. Il faut dire que des mètres cube représentent des tonnes d’eau et ici avec un barrage, nous jouons avec des millions de mètres cube d’eau donc des millions de tonnes… En somme, si le fond de la vallée n’est pas du gruyère, si les choses se passent comme elles le doivent, alors l’essai est réussi et on peut donc mettre autant d’eau que l’on veut dans le réservoir.
 
Bien sur, on ne peut pas verser l’eau d’un seul coup dès le début, parce que s’il y a une fuite quelque part … on a de gros ennuis ! Alors bien sur pour procéder à un contrôle, pour voir le fond après un essai d’immersion, il faut retirer l’eau sinon ça ne sert à rien. C’est un travail de patience. Seulement, à chaque fois qu’on retire l’eau du réservoir, on perd du temps. Et le temps lorsque sont en jeu autant de capitaux, ce n’est pas de l’argent, c’est beaucoup d’argent ! Et puis quand on voit cette belle réussite bureaucratique …
 
Devant ce spectacle, il n’y a pas d’étude géologique qui tienne. S’il y avait encore quelques doutes, devant l’eau qui monte et la digue qui tient bon, le doute s’efface et finit par disparaître complètement. Ces contrôles ne sont que des œuvres de gratte-papiers ! Vider un réservoir après un test d’immersion n’est que temps perdu. Et comme la SADE est pressée !…
 
 :hello:

n°6189202
FEYHOU
Posté le 27-07-2005 à 14:25:58  profilanswer
 

Suite de l'épisode du mercredi 27 juillet :
 
Depuis quelques temps, en Italie, commence à apparaître dans le vocabulaire une nouvelle expression : « nationalisation des entreprises hydroélectriques ». Bien évidemment ceci implique que la SADE doivent prochainement vendre le site du Vajont à l’état avant même d’en avoir récolté les fruits. Du coup, elle n’a plus qu’une obsession : produire le plus possible avant que l’état ne rachète. La SADE obtient très rapidement l’autorisation de procéder au deuxième essai d’immersion sans même avoir vidé le réservoir après le premier. L’autorisation consent de porter directement l’eau à la cote de 660 mètres d’altitude.
 
Le second essai se fait finalement dans la continuité du premier et l’eau continue à monter tant et plus. Voilà comment on fait deux essais en un seul. Vers la fin du printemps, l’eau parvient à la cote de 650 mètres, c’est à dire plus ou moins au pieds de l’éboulement. Commence alors à se produire au Vajont la même chose qui s’était déjà produite à Pontesei, d’étranges bruits sourds dans la montagne. Du coup depuis quelques jours les « blondes en barques » sont un peu nerveuses. Des taches jaunâtres apparaissent de plus en plus nettement dans les eaux du lac, toujours aux mêmes endroits. Nombreux sont ceux qui voient la terre bouger. Et en effet un premier glissement de terrain se produit en 1960.
 
Et ce glissement n’intervient pas à n’importe quel moment. Le 4 novembre 1960, après une semaine de déluge. Ces précipitations d’apparence extraordinaire sont relativement courante dans cette partie des Alpes en automne. Voyez un peu la coïncidence des catastrophes. Le 4 novembre 1966, le fleuve Arno déborde et inonde Florence. Quelques années plus tard encore, le 4 novembre 1994, le Tanaro, affluent du Pô, inonde toute la plaine piémontaise provoquant plusieurs millions d’Euros de dégâts. Ce n’est pas réellement des coïncidences mais plus simplement des phénomènes météorologiques classiques. Bien évidemment chez nous l’automne est la saison des pluies, des inondations et donc des catastrophes …

n°6193101
FEYHOU
Posté le 27-07-2005 à 20:57:25  profilanswer
 

... Suite et fin de l'épisode de mercredi 27 juillet.
 
 
A qui vont se plaindre les habitants de Erto lorsque le premier glissement de terrain se produit ? A la seule personne qui les défend depuis le début : Tina Merlin. Le matin du 5 novembre 1960, une Ford Anglia monte la route qui porte à la digue. Tina la conduit avec son mari et son petit garçon à coté. Elle jure comme un charretier et elle a raison car sous ce déluge, ce n’est pas évident de conduire une voiture sur une route aussi pitoyable. Mais finalement ils arrivent à bon port … trop tard. Trop tard parce que la SADE est passée la veille et a fait fermer toute la zone. Et pourquoi ? Par prudence naturellement. Et depuis quand la SADE est elle prudente ?  
 
Le morceau de montagne qui est tombé dans le lac a soulevé une grosse vague certes, mais ce qui dérange d’avantage la SADE c’est l’immense fissure d’un mètre de large bien apparente qui courent entre les prés et les bois sur plus de 2,5 kilomètres. Maintenant il leur est impossible de nier plus longtemps le problème. Le mari de Tina la parcoure, accompagné de deux chasseurs. Un pan de montagne tout entier a commencé a glisser avec sur lui des maisons, des sentiers, des jardins, des bois et des torrents. Le glissement a dessiné un M à flan de montagne. C’est un peu comme un iceberg, il n’y a que la pointe qui est tombée dans le lac, le reste est encore en place pour quelques temps … ça fout vraiment les jetons !
 
Pendant qu’ils redescendent vers la digue, ils aperçoivent un vieillard. C’est Giorgio Dal Piaz avec huit autres experts de la SADE. Ils se sont rassemblé pour une « tempête de cerveau ». C’est comme ça que disent les américains : « Brain storming ». Je n’ai guère de peine à les imaginer enfermés dan un bureau à se creuser la cervelle pour trouver des solutions aux problèmes. Ils sont verts de rage sauf un, l’autrichien Müller qui jubile dans son coin. Caloi, celui qui avait sorti l’énormité « roches autochtones » comme par hasard, il aurait réalisé une nouvelle expertise révélant cette fois-ci un procédé de dégénération fulgurante de la roche suite à la montée des eaux du barrage. Ah ben oui évidemment un barrage en général ça contient de l’eau sinon je ne vois pas à quoi il sert !
 
Alors Semenza pose la question fatidique à Müller : « Peut-on désormais stopper le glissement de terrain ? Non monsieur, le processus est lancé et il est irréversible ».

n°6194989
hpdp00
Posté le 28-07-2005 à 00:58:35  profilanswer
 

hébé, y bosse le camarade :)


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C'est une chose extraordinaire que toute la philosophie consiste en ces trois mots : "Je m'en fous".  
mood
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