La queue s’étire sur plus de cent mètres dans la petite rue Fourmany, au nord-est de Moscou. Des jeunes, surtout, qui patientent sous la neige pour apporter leur signature à Boris Nadejdine, candidat à l’élection présidentielle russe prévue en mars prochain. Cet ex-député libéral à la Douma, âgé de 60 ans, est apparu récemment dans le paysage médiatique avec un discours ouvertement anti-Poutine, favorable à la paix en Ukraine et à la libération des prisonniers. Un positionnement qui détonne dans le concert atone et monocorde de la politique russe, où l’opinion est souvent jugée «apathique» et où de telles critiques exprimées publiquement peuvent vous mener tout droit à la case prison.
Onze candidats, tous peu ou prou dans l’orbe du Kremlin, sont en lice pour le scrutin des 15-17 mars, dont Vladimir Poutine lui-même, déjà donné réélu pour un cinquième mandat. Des foules se pressent néanmoins dans plusieurs villes en soutien à la candidature de Boris Nadejdine, qui doit réunir cent cinq mille signatures dans quarante régions du pays avant le 31 janvier pour obtenir une première validation. Lundi, il en avait déjà engrangé 85.000 selon son site officiel, et devrait pouvoir franchir le cap fatidique. «Nous sommes là parce que le pays a besoin de changement. L’“opération militaire spéciale” (SVO, en russe) a poussé les gens au point d’ébullition. On ne voit pas d’avenir, on ne peut rien prévoir. Cela ne peut plus durer», témoigne, anonymement, un jeune homme de 29 ans qui, dans la file, brave le froid, ce mercredi, rue Fourmany. Il avoue qu’il «ne savai(t) rien de Nadejdine jusqu’à présent». «Mais ce qu’il dit sur la SVO est pour moi le plus important, et c’est ce qui m’a décidé», dit le jeune homme. «Nous sommes venus pour observer et pour participer, pour exprimer notre opinion de cette manière», ajoute sa compagne, âgée de 28 ans.
Une trêve avec l’Ukraine
«Dès le premier jour, j’ai l’intention de libérer les prisonniers politiques et de faire appel aux dirigeants ukrainiens en leur proposant une trêve», a déclaré mardi Boris Nadejdine au site indépendant Nemoskva. Auparavant, il avait déclaré que l’intervention en Ukraine avait été une «erreur fatale» de Vladimir Poutine et proclamé que la Russie «devait élire un nouveau président».
Député libéral à la Douma, la Chambre basse du Parlement, au début des années 2000, Boris Nadejdine a été proche de l’opposant Boris Nemtsov, assassiné en 2015. Ces dernières années, il s’était rapproché de formations politiques plus proches du Kremlin, sans pour autant en suivre totalement la ligne. Il est actuellement député municipal à Dolgoproudny, une ville de la région de Moscou. S’affirmant comme un «opposant de principe à la politique du président sortant», Nadejdine souligne que «Poutine voit le monde à partir du passé et entraîne la Russie vers le passé, or le pays a besoin d’un avenir». Le problème avec l’Otan est «farfelu», une «affaire purement poutinienne», estimait-il en outre cette semaine dans Nemoskva. «S’il y avait de la confiance entre la Russie et le monde occidental, la question de l’Otan ne serait pas aussi urgente», ajoutait-il. Il affirme aussi, dans cette interview, sa volonté d’agir «conformément à la législation russe», de ne «rien céder» territorialement, en Crimée et au Donbass, et d’exclure toutes réparations de guerre pour Kiev.
Pourquoi a-t-il été autorisé à se lancer ?
Une jeune femme qui s’apprête à signer en sa faveur
L’engouement, relatif, dont bénéficie cet obscur politicien, interroge dans le contexte ultra-contrôlé des élections russes. «Pourquoi a-t-il été autorisé à se lancer?», se demande ainsi une jeune femme qui s’apprête à signer en sa faveur. Elle se raisonne : «Tout de même, il a des positions claires, et je ne crois pas qu’il s’agisse seulement de créer une apparence de concurrence.» Les spéculations ont d’emblée circulé sur un accord préalable avec le Kremlin, qui lui aurait permis de faire campagne en tant que candidat libéral et antiguerre, par pure forme, pour satisfaire un pan limité de l’électorat et renforcer Vladimir Poutine.
Selon le site Meduza, une telle offre, quoique «sans garantie claire», lui aurait été faite par l’administration présidentielle dont le chef adjoint, Sergueï Kirienko, est l’un de ses amis. Des rumeurs démenties par Nadejdine qui, fait notable, a reçu l’appui d’un large pan de l’opposition «hors système», dont celui des partisans d’Alexeï Navalny et d’Ekaterina Duntsova, une journaliste dont la candidature indépendante avait été refusée le mois dernier. L’enjeu, pour Boris Nadejdine, est désormais de savoir si la Commission électorale centrale va valider sa candidature, ce dont beaucoup doutent. Ou si, comme le souligne le politicien et journaliste d’opposition en exil Alexandre Nevzorov, «ce candidat a été utile, mais maintenant le jeu est terminé».
La queue s’étire sur plus de cent mètres dans la petite rue Fourmany, au nord-est de Moscou. Des jeunes, surtout, qui patientent sous la neige pour apporter leur signature à Boris Nadejdine, candidat à l’élection présidentielle russe prévue en mars prochain. Cet ex-député libéral à la Douma, âgé de 60 ans, est apparu récemment dans le paysage médiatique avec un discours ouvertement anti-Poutine, favorable à la paix en Ukraine et à la libération des prisonniers. Un positionnement qui détonne dans le concert atone et monocorde de la politique russe, où l’opinion est souvent jugée «apathique» et où de telles critiques exprimées publiquement peuvent vous mener tout droit à la case prison.
Onze candidats, tous peu ou prou dans l’orbe du Kremlin, sont en lice pour le scrutin des 15-17 mars, dont Vladimir Poutine lui-même, déjà donné réélu pour un cinquième mandat. Des foules se pressent néanmoins dans plusieurs villes en soutien à la candidature de Boris Nadejdine, qui doit réunir cent cinq mille signatures dans quarante régions du pays avant le 31 janvier pour obtenir une première validation. Lundi, il en avait déjà engrangé 85.000 selon son site officiel, et devrait pouvoir franchir le cap fatidique. «Nous sommes là parce que le pays a besoin de changement. L’“opération militaire spéciale” (SVO, en russe) a poussé les gens au point d’ébullition. On ne voit pas d’avenir, on ne peut rien prévoir. Cela ne peut plus durer», témoigne, anonymement, un jeune homme de 29 ans qui, dans la file, brave le froid, ce mercredi, rue Fourmany. Il avoue qu’il «ne savai(t) rien de Nadejdine jusqu’à présent». «Mais ce qu’il dit sur la SVO est pour moi le plus important, et c’est ce qui m’a décidé», dit le jeune homme. «Nous sommes venus pour observer et pour participer, pour exprimer notre opinion de cette manière», ajoute sa compagne, âgée de 28 ans.
Une trêve avec l’Ukraine
«Dès le premier jour, j’ai l’intention de libérer les prisonniers politiques et de faire appel aux dirigeants ukrainiens en leur proposant une trêve», a déclaré mardi Boris Nadejdine au site indépendant Nemoskva. Auparavant, il avait déclaré que l’intervention en Ukraine avait été une «erreur fatale» de Vladimir Poutine et proclamé que la Russie «devait élire un nouveau président».
Député libéral à la Douma, la Chambre basse du Parlement, au début des années 2000, Boris Nadejdine a été proche de l’opposant Boris Nemtsov, assassiné en 2015. Ces dernières années, il s’était rapproché de formations politiques plus proches du Kremlin, sans pour autant en suivre totalement la ligne. Il est actuellement député municipal à Dolgoproudny, une ville de la région de Moscou. S’affirmant comme un «opposant de principe à la politique du président sortant», Nadejdine souligne que «Poutine voit le monde à partir du passé et entraîne la Russie vers le passé, or le pays a besoin d’un avenir». Le problème avec l’Otan est «farfelu», une «affaire purement poutinienne», estimait-il en outre cette semaine dans Nemoskva. «S’il y avait de la confiance entre la Russie et le monde occidental, la question de l’Otan ne serait pas aussi urgente», ajoutait-il. Il affirme aussi, dans cette interview, sa volonté d’agir «conformément à la législation russe», de ne «rien céder» territorialement, en Crimée et au Donbass, et d’exclure toutes réparations de guerre pour Kiev.
Pourquoi a-t-il été autorisé à se lancer ?
Une jeune femme qui s’apprête à signer en sa faveur
L’engouement, relatif, dont bénéficie cet obscur politicien, interroge dans le contexte ultra-contrôlé des élections russes. «Pourquoi a-t-il été autorisé à se lancer?», se demande ainsi une jeune femme qui s’apprête à signer en sa faveur. Elle se raisonne : «Tout de même, il a des positions claires, et je ne crois pas qu’il s’agisse seulement de créer une apparence de concurrence.» Les spéculations ont d’emblée circulé sur un accord préalable avec le Kremlin, qui lui aurait permis de faire campagne en tant que candidat libéral et antiguerre, par pure forme, pour satisfaire un pan limité de l’électorat et renforcer Vladimir Poutine.
Selon le site Meduza, une telle offre, quoique «sans garantie claire», lui aurait été faite par l’administration présidentielle dont le chef adjoint, Sergueï Kirienko, est l’un de ses amis. Des rumeurs démenties par Nadejdine qui, fait notable, a reçu l’appui d’un large pan de l’opposition «hors système», dont celui des partisans d’Alexeï Navalny et d’Ekaterina Duntsova, une journaliste dont la candidature indépendante avait été refusée le mois dernier. L’enjeu, pour Boris Nadejdine, est désormais de savoir si la Commission électorale centrale va valider sa candidature, ce dont beaucoup doutent. Ou si, comme le souligne le politicien et journaliste d’opposition en exil Alexandre Nevzorov, «ce candidat a été utile, mais maintenant le jeu est terminé».