Papapouss,
chez nous en Catalogne nous appelons l'angélique, coscoll.
Ça se prononce « couscouil » mais en catalan ça s’écrit « coscoll ». De quoi s’agit-il ? D’une plante bisannuelle qui pousse naturellement sur les flancs du Canigou. En français c’est l’angélique officinale et elle a pour nom scientifique Angelica archangelica. Mais nous avons trouvé une autre appellation : moloposperme du Péloponnèse.
Quoi qu’il en soit le coscoll est récolté en juin par les autochtones et vendue sur les marchés catalans. Il faut monter sur les hauteurs pour la découvrir et il vaut mieux un 4 x 4 qu’une Twingo ou à pied. On peut la conserver plusieurs jours, entreposée dans la terre après avoir été cueillie.
On pèle les tiges, c’est assez long à faire, et on les consomme en salade. Ah, c’est vraiment particulier comme goût, ça ne ressemble à rien de connu. On peut utiliser les tiges et les pétioles en confiserie, c’est une spécialité de la ville de Niort. On peut aussi employer l’angélique, les graines en particulier, pour faire une liqueur qui entre dans la composition de la Bénédictine.
Bon par ailleurs le coscoll a des tas de vertus ! Tonique, stimulante, stomachique, sudorifique, emménagogue, carminative… il se peut que nous en ayons oublié ! L’herbe aux anges comme on la désigne encore pourrait concurrencer le ginseng chinois !
D’ailleurs, c’est tout dire, les médecins de la Renaissance la surnomment « Racine du Saint Esprit » Voici ce qu’on trouve dans WikipédiA : Édité en 1716, un « Dictionnaire Botanique et Pharmaceutique » à durable succès dit de l’Angélique qu’elle est « stomacale, cordiale, céphalique, apéritive, sudorifique, vulnéraire. Elle résiste au venin. On l’emploie pour la peste, pour les fièvres malignes, pour la morsure du chien enragé, à laquelle on l’applique en cataplasme. On en avale un drachme contre la peste, qui chasse le venin par la sueur. » Un Niçois qui mourut en 1759 à l’âge de 123 ans et trois mois attribuait sa longévité à son habitude de mâcher de la racine d’Angélique en guise de tabac…
Ce n’est pas tout, L’Angélique, dite encore « Herbe aux Anges », doit son nom à ses prétendues vertus magiques. Cette ombellifère géante passait en effet pour conjurer les envoûtements et les sorciers ne résistaient pas à sa bonne odeur. Accrochée au cou des enfants, elle protégerait en particulier ces derniers contre les maléfices de toute nature. Mais elle pouvait également servir d’amulette aux adultes.
ATTENTION DE NE PAS CONFONDRE AVEC L'ACONIT NAPEL LORSQUE LES PLANTES SONT JEUNES.
Cas clinique:
- Une femme de 67 ans aux antécédents d'hypertension oculaire est hospitalisée aux urgences de l'hôpital de Puigcerda pour vomissements et paresthésies buccales puis généralisées. Les symptômes ont débuté moins d'une heure auparavant, quelques minutes après l'ingestion de coscoll en salade (en compagnie d'amis).
Au décours immédiat de l'admission elle présente un malaise d'allure vagal. L'ECG montre des troubles du rythme ventriculaires à type de torsade de pointe et de tachycardie ventriculaire (Cf. Figure 1 voir en pj) motivant la prescription de cordarone ivse. L'évolution se fait rapidement vers une quinzaine d'arrêts cardio-circulatoires en fibrillation ventriculaire (FV) récupérés.
Une intoxication à l'aconit est évoquée. Le centre antipoison de Marseille* conseille l'hospitalisation vers un centre possédant la Circulation Extra Corporelle (CEC), compte tenu du risque de récidive de FV et de choc cardiogénique réfractaire.
La patiente est transférée au CH de Perpignan, intubée, ventilée sous noradrénaline 2,5 mg/h avec électrodes autocollantes reliées à un défibrillateur de type life pack.
L'artère et la veines fémorales droites sont cathétérisées par des désilets à l'arrivée en réanimation, dans l'éventualité d'une nécessité de mise en place en urgence de canule d'Extra Corporeal Membrane Oxygenation (ECMO).
L'évolution est favorable sans nécessité de mise en place d'ECMO ni de nouvelle FV. La trachée est extubée à J1. L'ECG montre un allongement du QT pendant 36 heures (figure 2). Après 68h de surveillance scopique, la patiente retourne à domicile, sans séquelles.
Discussion:
-Ce cas illustre la principale crainte des catalans amateurs de coscoll : la confusion, lors du ramassage, avec l'aconit (jeune) qui pousse à ses côtés en Cerdagne et sur les pentes du Canigou.
L'intoxication à l'aconit est surtout décrite en Asie (1). La plante est là-bas utilisée en médecine traditionnelle, généralement après décoction ce qui permet une détoxication partielle… lorsqu'elle est bien faite.
Les intoxications par erreur de plante, comme ici, semblent plus graves du fait de la quantité d'aconitine ingérée. L'aconitine est le principal alcaloïde toxique contenu dans l'aconit (toute la plante en contient). La dose estimée létale d'aconitine est de 2mg soit 1g de plante. L'aconitine peut entraîner tous les types d'arythmie ventriculaire par blocage de l'inactivation des canaux sodiques. Elle a été utilisée dans des modèle expérimentaux pour tester des anti-arythmiques.
Les principales caractéristiques de l'intoxication à l'aconit sont une latence courte (parfois inférieur à 15 minutes) avec symptomatologie cardiaque, neurologique et digestive comme dans ce cas. Il n'existe pas d'antidote et la prise en charge est symptomatique pouvant aller jusqu'à l'assistance circulatoire en cas de choc réfractaire aux amines.
Dans notre cas, le transfert au CHP illustre le partenariat avec l'Hôpital transfrontalier de Puigcerda. Il était justifié par la compétence du service de réanimation en matière de CEC de type ECMO, parfois utilisée dans les ARDS (syndrome de détresse respiratoire aiguë) grave, la grippe H1N1 ou les ACR (arrêts cardio respiratoires) réfractaires.
Rappelons pour les amateurs que l'association Rotja Festive organise chaque année fin mai la fête du Coscoll à Sahorre (2). Les secrets permettant sa consommation en toute sécurité y sont révélés.
Recette de liqueur (parmi tant d'autres) pour Doit4fun:
- 40 morceaux de coscoll effilés et fendus dans 1L d'alcool à 40°, plus 40 morceaux de sucre et une macération de 40 jour avant filtrage.
Salade de coscoll pour tout le monde:
- Préparation : On pèle les tiges sur toute la longueur et on les coupe en morceaux de 5 ou 6 cm de long.
Ces morceaux, fendus en 4, sont ensuite trempés pendant quelques heures dans de l'eau très fraîche (pour diminuer l'amertume). Ces segments de tige se recroquevillent et s'enroulent alors sur eux-mêmes.
Coscoll en salade Il suffit ensuite de les laisser égoutter et de les préparer avec une vinaigrette très épicée (huile, vinaigre, sel, poivre, moutarde ou ail)
A la votre et bon appétit
Papapouss
belle série intéressante, surtout avec l'angélique; les Géraniums ![[:segi01:3] [:segi01:3]](https://forum-images.hardware.fr/images/perso/3/segi01.gif)
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