Infos Volées au Nürburgring - Chapitre 2
Williams est sur la bonne voie pour revenir au sommet. Les changements aéro de Monte Carlo ont encore plus payé sur le Nürburgring. Heidfeld a décroché sa première Pole Position, mais cétait incontestablement le résultat dune faible charge en essence, ce qui jette une lumière crue sur le nouveau format de qualifications, le pire que la F1 ait connue. Nick a observé son premier arrêt au 12è tour, Michael Schumacher au 20è. Le pilote Ferrari avait donc environ 30 litres dessence supplémentaires, soit un déficit de près dune seconde en qualifications. Un meilleur indicateur de la performance des FW27 réside dans le chrono de Mark Webber. LAustralien était sur la même stratégie que Räikkönen. Avec la même quantité dessence, il ne lui a concédé que 0.161 seconde le Samedi après-midi. Webber était cependant en pneus durs, soit 0.3 seconde plus lent sur le papier ; sa course aurait pu être étincelante. Il était dautant plus déçu de finir dans le bac à graviers au premier virage.
Williams a planifié lintroduction dune évolution majeure pour Magny-Cours. Des radiateurs plus volumineux et donc plus efficaces, qui peuvent sintégrer dans les mêmes pontons particulièrement galbés. Les entrées des pontons pourront ainsi être significativement resserrées, ce qui améliorera le flux dair sur les éléments de laileron arrière et le diffuseur. Les données de la soufflerie de Grove promettent de sérieux progrès ce qui voudrait dire que BMW Williams pourrait se battre pour la victoire à partir du Grand-Prix de France, si ses concurrents névoluent pas autant quelle.
BMW pourrait alors coiffer le bonnet dâne si elle décide cette semaine de racheter Sauber. La réponse de Munich est : « Il faut mettre les choses en perspective. Nous en sommes à notre 6è année avec Williams et navons toujours aucune chance de remporter le championnat ». La réponse donne un indice sur la décision finale de BMW... Williams a déjà abandonné tout espoir dêtre plus quun simple numéro deux pour lentreprise bavaroise. Latmosphère sen ressent. Chez Williams, on suspecte BMW de nêtre plus intéressé par de bons résultats, qui feraient paraître la firme à lhélice ridicule après lannonce de sa fuite de Grove. Les deux FW27 bénéficiaient dun nouveau bloc propulseur sur le Nürburgring. Mais lun dentre eux était celui de la voiture de réserve dImola, lautre celui du mulet de Barcelone. Une conclusion simpose : Aucun développement na été fait. Les faibles vitesses de pointe sont le fait, selon Williams, non seulement de certaines faiblesses du package aéro, mais aussi dun déficit de puissance. Pour couronner le tout, le P85 est gourmand, pour des raisons de fiabilité. Les départs des FW27, malgré 50 simulations, ne sont pas une source de fierté. Nick sest rapidement fait déborder par Kimi, alors quil était en Pole et sur la partie propre de la piste. Lanti-patinage BMW est partiellement en cause. Le départ de Mark fut pire.
Sir Frank Williams est déçu de nêtre considéré que comme un second choix. Lécurie cherche des alternatives. Il est probable que les FW28 soient propulsées par des moteurs Honda, mais le statut de Williams vis-à-vis de Honda nest pas clair. Pour le constructeur japonais, cest une alternative séduisante à BAR. Tout dabord parce que Williams fera probablement piloter Button en 2006. Secundo car BAT veut mettre un terme à son implication en F1 à la fin de lannée. Si lécurie ne trouve pas de remplaçant, Honda devra prendre en charge la totalité du budget. Les finances de Williams sont saines, même si les partenariats de Castrol et Allianz sont liés à la présence de BMW. Le troisième facteur pouvant décider Honda est la suspension qui a frappé BAR pour deux épreuves. Les Japonais naiment rien moins que perdre la face et être déshonorés. Honda est ulcéré que son partenaire lui ait fait croire que tout était légal sur sa monoplace. Les piètres prestations de BAR sur le Nürburgring ne font quamplifier le doute et tendent à discréditer la version de lécurie de Brackley, qui se nimbait dans la robe de la probité et jouait les vierges effarouchées.
Lécurie a certes dû faire face à plusieurs obstacles. Du fait de leur suspension à Monaco, Button et Sato se sont élancés les premiers en qualifications. Un autre problème venait de lancienneté des blocs Honda ; BAR a dû utiliser ceux dImola et apporter un soin particulier aux deux V10. Lors des premiers essais libres, le régime moteur était de 1.000 tours/min en deçà des capacités des moteurs du soleil levant. Avec des positions de grille dans le ventre mou du peloton, Button et Sato se sont fatalement retrouvés au milieu de la bousculade du premier virage. Jenson était 8è à lissue du premier tour, Takuma 18è. Même en prenant en compte ses inconvénients majeurs, les performances intrinsèques des deux 007 étaient décevantes et très loin de la compétitivité affichée à Imola. Conclusion du paddock : maintenant quelles sont légales, les BAR montrent leur vrai potentiel. Il faudra attendre le Canada pour tirer des conclusions plus claires, mais le début de saison médiocre de BAR ne fait quencourager Honda à écouter le chant des sirènes Williams. Une écurie quelle connaît bien, pour avoir remporter des titres avec elle dans les années 1980.
Ferrari a répété ses expériences douloureuses des dernières courses. Des qualifications médiocres, mais une course solide. Le package est très bon, mais il lui manque un élément clef. Un bon pneu sur un tour de qualification. Les positions de grille de Rubens et Michael 7è et 10è représentaient une nouvelle fois un handicap insurmontable. Les deux F2005 ont été piégées dans la cohue du premier freinage. Barrichello sest extirpé de la mêlée en 12è position, 5 rangs devant Schumacher. Plutôt que de rester sur la trajectoire intérieur, le champion du monde a tenté le pari de la ligne extérieure, en espérant être bien placé au virage suivant. Il a dû éviter des voitures en perdition et des morceaux daileron volant en tout sens. Coulthard a pris la bonne décision. Il est resté à lintérieur jusquau point de corde et a débordé 8 concurrents. En déboulant dans larène Mercedes, le vétéran et ex-pilote McLaren Mercedes était déjà 4è !
Barrichello était en mesure de tourner aussi vite que les McLaren et Renault en course. Avec sa stratégie à trois arrêts, la dernière marche du podium est le meilleur résultat quil pouvait envisager. En théorie, cette tactique de course était 4 secondes plus lente que celle comportant un ravitaillement de moins. Mais Michael na pu bénéficier de cet avantage théorique car sa charge en essence a imposé de fortes contraintes aux pneus. Ses temps au tour étaient donc beaucoup moins rapides que ceux de Rubens, et le champion du monde en titre est en plus sorti de la piste.
Plus il faut de temps à Bridgestone pour trouver une solution, plus il devient évident quisoler Ferrari et en faire son partenaire exclusif nétait pas la bonne solution, même si lon ne peut pas reprocher grand-chose au palmarès du cheval cabré et de son partenaire pneus depuis le début du millénaire ! Michelin peut engranger plus de données en travaillant avec 7 écuries. En ne travaillant quavec un top team, Bridgestone est prisonnière de certains choix. « Nous ne pouvons prendre aucun risque » avoue un ingénieur Bridgestone. « Si nous fournissons le mauvais pneu à Ferrari, nous sommes foutus, car Jordan et Minardi ne sont pas capables de combler lécart et de relever le gant. Si Michelin propose un composé, il peut être trop tendre pour Renault, mais McLaren sen accommodera parfaitement. Ou vice-versa. »
Il y a de grandes chances que le plateau séquilibre lannée prochaine, avec 50% décurie en Bridgestone. Qui pour chausser les gommes nippones ? Red Bull Racing bien évidemment, maintenant que lécurie de Milton Keynes a passé un accord de partenariat moteur avec Ferrari. Williams envisage également le changement. Michelin craint que la perte de lexcellent Pascal Vasselon dont personne ne comprend le licenciement en fin dannée dernière se fasse sentir sur le long terme. Toyota tente également un rapprochement avec Bridgestone, que ce dernier aurait selon certaines rumeurs décliné avant le Nürburgring. Toyota aurait pourtant été un client intéressant, Pascal Vasselon officiant désormais chez Toyota...
Il faut être un chantre de loptimisme pour penser que Michael Schumacher pourra conserver son titre de champion. LAllemand accumule des résultats peu en rapport avec un pilote en mesure de jouer le titre ; quand rien ne va... son coéquipier et son frère lont sévèrement critiqué après leurs passes darmes à Monaco. Ross Brawn qualifie ses attaques verbales de « tempête dans un verre deau ». Rubens et Ralf nont en fait pas abattu une carte gagnante. Lopinion dans le paddock est que Michael est un vrai pilote de course, toujours motivé et avide de points. Barrichello a cependant tenu à expliquer pourquoi il sétait ouvert à la presse de lincident. « Les gens mont vu discuter avec Michael après la course de Monaco. Aurai-je dû leur dire quil ny avait aucun problème ? Je voulais dire à Michael quil ne peut pas compter sur moi pour meffacer sans cesse. Je suis lun de ses rivaux, comme tout autre pilote du plateau. Cela ne veut pas dire que je lai rayé de ma liste damis. Nous nous parlons toujours. »
La surprise du chef est venue de Coulthard. 4è au premier tour, leader au 19è tour. La première fois quune Red Bull se porte en tête dune course. Les temps au tour de Coulthard étaient du même calibre que ceux dAlonso, qui le suivait sans pouvoir porter la moindre attaque. Les bonnes performances de la RB1 furent une surprise pour lécurie elle-même. « Nous navions pas trouvé un bon équilibre en essais libres. Le Dimanche, soudainement, la voiture était parfaite » nous explique Günther Steiner, perplexe. « Nous sommes tombés dans la bonne fenêtre de température pour lexploitation maximale des pneus, qui offraient beaucoup de grip en course. »
Sans sa pénalité drive though, David aurait terminé sur le podium, 3è, ou même 2è. Il a perdu une quinzaine de secondes dans la pitlane pour un dépassement minime de la vitesse dans lallée des stands : 81.2 au lieu de 80. Il a relâché le limiteur de vitesse un mètre trop tôt car la Minardi de Friesacher sortait de son box. Christian Horner, patron de Red Bull Racing, était furieux : « Comment ont-ils pu libérer Friesacher en sachant que David arrivait ?! Il a dû accélérer pour ne pas heurter la Minardi ! »
David a mis de côté ses courses de Bahreïn et Imola, où il nétait pas dans le coup. La raison de sa baisse de forme réside probablement dans le fait que son châssis nétait pas assez rigide. La RB1 avait tendance à survirer. Conséquence directe : lanti-patinage pompait trop dénergie. LEcossais a inauguré un nouveau châssis à Barcelone, qui a résolu le problème. David fait désormais preuve dun bel optimisme : « A Indy, nous jouirons dune évolution moteur. Cela veut dire 30cv de plus. A Silverstone nous aurons une amélioration du package aérodynamique. »
Red Bull Racing a marqué 5 points de plus. Sauber aurait pu en récolter 3 avec Massa, mais est une fois de plus repartie en Suisse bredouille. Point derreur grossière cette fois-ci, mais une certaine malchance. A 10 tours du drapeau à damier, Felipe a ressenti une grosse vibration sur lavant gauche. La bande de roulement de la gomme sest déchirée, pour une raison encore inconnue. Michelin sest penché sur la question, car le pneu de Felipe navait aucune trace de plat, contrairement à ceux de Räikkönen et Montoya. Le Brésilien est rentré aux stands pour changer de gomme mais les points se sont envolés. « Je contrôlais Schumacher et Montoya assez facilement » explique Massa avec regret.
Pour Jordan, la situation devient critique. Lécurie doit $5 millions à des fournisseurs. Si elle ne paie pas dans les trois semaines qui viennent, elle manquera de pièces de rechange après le GP des USA. Alex Shnaider a fait mine de vouloir vendre lécurie, mais le prix demandé est trop élevé. Il réclamait $60 millions. La réaction de son compatriote, Roustam Tariko, qui travaille avec Eddie Irvine : pour cette somme je démarre ma propre écurie.