Citation :
La véritable Justice Sociale ne peut etre qu'une Justice d'équilibre et de compromis entre Liberté et Egalité...A ce titre,on a jamais mieux fait qu'un Keynesianisme dépourvu de corruption et fondé sur une éthique solide à la John Rawls (d'essence contractuelle et permettant de réparer autant que possible les inégalités de statuts et de conditions)...C'est une utopie bien plus constructive mais tout aussi difficile à réaliser que tous les délires révolutionnaires du monde...
|
Ah Rawls et son fameux principe de différence ! Pour bien faire comprendre la difficulté d'un tel principe, intéressons nous à ses conditions d?application. Rappelons ce qu?est ce dernier : " Si on prend comme bases les institutions nécessaires à la liberté égale pour tous et à la juste égalité des chances, les attentes plus élevées de ceux qui sont mieux placés sont justes si et seulement si elles fonctionnent comme une partie d?un plan qui doit améliorer les attentes des membres les moins bien placés de la société. L?idée intuitive est que l?ordre social n?est pas fait pour établir et garantir des perspectives plus favorables pour les plus avantagés, à moins que ceci ne soit à l?avantage des moins favorisés " (cf. Théorie de la justice, p. 109).
Si le principe de liberté vient avant le principe de différence (car pas de principe de différence sans liberté), le principe de différence est justifié. Celui-ci fait appel à des conditions. Le principe de différence ne se suffit pas à lui-même. Le principe doit être modulé et explicite qu?il ne prétend pas réduire les inégalités. Les inégalités ne peuvent être éliminées. Nous pouvons organiser les inégalités. Quelle est la justification rationnelle des inégalités ? Tout individu avec le voile d?ignorance peut choisir ce type d?organisation (a priori). Rappelons que le voile d?ignorance est cette méthodologie qui empêche les dérives d?une conception pragmatique. Si l?enrichissement des uns améliore la positions des autres, pourquoi pas ?
Tout un chacun fait ce choix : le but est de maximiser les attentes de la position la moins favorisée. La maximisation ne doit pas avoir lieu aux dépens des plus riches. L?estimation des gains ne peut être faite d?un point de vue a priori (car on serait dans l?a posteriori). La condition réside en l?amélioration de la condition de tout le monde. Du coup, il justifie un système qui donne 3 % aux pauvres et 30 % aux plus riches. C?est un sens où chacun est avantagé. La relation en chaîne évite un écrasement des populations moyennes. C?est le risque des gestions libérales. L?idée de Rawls est de favoriser tout le monde : Pourquoi ? Parce qu?il s?agit de faire référence ici à la politique, à la réalité et non à une position théorique a priori (" C'est une utopie bien plus constructive mais tout aussi difficile à réaliser que tous les délires révolutionnaires du monde.... " )
Mais la relation en chaîne ne dit rien quand les plus pauvres ne gagnent rien. Qu?en est-il du gain zéro pour les plus défavorisés ? La relation en chaîne conserve les inégalités. Nous avons un problème pour le degré zéro. Certains ne gagnent rien ! Des avantages sont permis mais ne doivent pas être gain zéro pour les plus défavorisés. Pour quoi ? Parce que personne dans la position initiale n?accepterait cela. La théorie de Rawls est peut-être intéressante s?il y a un progrès. Mais s?il y a récession ? On a un problème. C?est Leibniz en économie : il faut justifier les pertes. On ne peut pas accepter cela. Nous avons une solidarité fonctionnelle de la réaction en chaîne : les classes sont solidaires. Cela est lié à l?idéologie libérale (ce n?est pas l?idée de strates). Nous sommes dans le modèle ouvert où tous les composants de la société sont ouverts. Le modèle est rival de Leibniz (compensation) est ici : la réaction en chaîne.
Nous avons une seconde condition qui raffine le modèle : les attentes couplées (fin p. 111). On a l?idée d?individu représentatif. On ne raisonne pas en termes de classes sociales. On raisonne sur la base d?un principe : la liberté d?un individu. On comprend un individu représentatif d?un échantillonnage à un autre individu. On s?appuie sur une théorie statistique. Les individus sont couplés : on veut éviter le cloisonnement et donc la compensation. En filigrane il y a une théorie mathématique. Nous avons des échantillons construits. Un individu représente : quand on a à mettre en rapport, on a une stratégie de statisticiens. C?est la fin de la page 111 : les variations concomitantes. Chacun tire un bénéfice du principe. On admet :
1. Qu?on a des relations en chaîne qui interdisent un cloisonnement sociale (et donc une théorie leibnizienne de la compensation).
2. La technique du couplage (hausse et baisse des attentes des individus).
Il y a un sens où chacun tire un bénéfice :
1. Pas de sacrifié.
2. satisfaction de la maximisation chez les plus pauvres.
Cela bloque la possibilité d?un cas où toute la société évoluerait sauf le bas. On a une variation concomitante. C?est ce qui choque dans l?affaire Marks et Spencer. Le bénéfice ne se traduit plus dans le bas. La capitalisation financière est injuste car irrationnelle. On est devant un profit injustifié. On ne condamne pas tout le profit mais seulement celui qu?on ne peut pas justifier. Rawls montre que les profits doivent profiter à tout le monde.
Rawls montre que l?homme est " homo economicus " : tout est économique. Même les attentes chez Rawls sont économiques : les gains d?argent, le prestige, le statut social sont de l?économie.
C?est le problème de la situation initiale. Tout le monde n?est pas rationnel. Quand je joue au casino, je ne pense pas perdre : je ne suis pas dans la situation du plus défavorisé. On peut penser à Pareto avec sa théorie des agrégats qui est un système conservateur. Il y a des choses qui ne changent pas. C?est un choix droitier et ultra-conservateur. C?est le problème de la droite française : entre le conservatisme et le libéralisme à l?américaine. C?était le problème du corps politique fossilisé en Espagne : la société a fait, elle, la transition ! L?Espagne est dans l?antagonisme " phalange / Opus dei ". Telle est la différence entre l?habitus chez Bourdieu (structuration sociale) et l?attente chez Rawls (gains dans toutes ses dimensions).
Allons plus loin : les attentes sont aussi les biens et les services. Fonctionnent-ils sur le capital de l?industrialisation ? Si on désindustrialise, est-ce que cela va encore fonctionner ? En Afrique, l?ordinateur ne sert à rien : il faut de l?industrie pour avoir des richesses. L?ordinateur ne peut multiplier le zéro.
On peut penser à trois systèmes :
1. On attend tous la même chose d?une répartition : communisme utopique.
2. On attend tous la multiplication au sens d?un espoir : le libéralisme et la " main invisible ".
3. Le clivage de compensations.
Rawls se veut rationnel : il pense un principe de prudence. Est-ce pertinent ? est-ce psychologiquement exact ? Cela correspond-t-il à la psychologie de l?individu ? Est-il possible de penser des individus en attente et la rationalité pure ? Est-ce possible ? N?est-ce pas le problème de Rawls ? C?est un problème qu?ont connu le nazisme et Vichy : allier le passéisme (l?Age d?or) et la technisation à outrance. C?est la rationalisation d?un devenir déréglé et de l?hypertrophie de l?entendement : est-ce possible ? EST-CE POSSIBLE ?
Autre question : L?inégalité stimule t-elle vraiment les pauvres ?
Voici un article de Bernard Maris :
" Est-ce que l?inégalité est importante, dans une société ? C?est la question que se pose gravement The economist (" Faut-il se préoccuper de l?inégalité ? ", The economist, 17?23 juin 2001).
Il y a de plus en plus de riches dans le monde, dont 7 millions de millionnaires en dollars et 400 milliardaires (en dollars toujours). Certes, il y a aussi de plus en plus de pauvres, mais comme le milliardaire, devenant très milliardaire, gagne des milliards en plus, tandis que le pauvre, devenant très pauvre, ne perd que quelques dollars, l?humanité est globalement plus riche. Donc la fracture entre riches et pauvres augmente, bien que l?humanité s?enrichisse. En 1979, selon The economist, les 5 % les plus riches des Etats-Unis gagnaient 9 fois plus que les 5 % les plus pauvres, en moyenne. En 1997, C?est 15 fois plus. Sur la période, le revenu des plus pauvres a baissé en valeur absolue de 3 %. En Angleterre, l?inégalité est la plus forte depuis 40 ans. The economist note qu?en cas de récession le riche prend en général 3 années de salaire, son assurance chômage et un paquet de stock-options. Le pauvre, lui, perd son boulot.
Comment réagit le libéral ? Le libéral tendance Pareto (grand théoricien libéral qui occupa la chaire de Walras à Lausanne, qui finit malheureusement un peu mussolinien. Et cocu) dit bravo : si quelqu?un gagne 100 fois plus qu?un autre, c?est qu?il a les qualités pour ? y compris les qualités d?escroquerie, qui doivent être puissamment rémunérées. Le concept d?escroc n?appartient pas à l?économie. Un escroc est un malin. Bush est tendance Pareto. Il propose de supprimer l?impôt sur les successions, afin d?écarteler plus encore riches et pauvres. C?est tellement gros qu?une coalition de milliardaires américains a protesté et demandé que l?on laisse une petite chance aux démunis de " prendre l?ascenseur social ".
Le libéral tendance John Rawls dit bravo : car, entre une société qui donne 10 au plus pauvre et 100 au plus riche, égalitaire, et une société qui donne 20 au plus pauvre et 1000 au plus riche, très inégalitaire, on préférera toujours la seconde qui donne plus au plus pauvre. Madelin opine !
Le libéral tendance Blair?Minc dit 3 choses :
1. Il est normal que Gates gagne des milliards.
2. Il faut plus de marché. C?est parce qu?il y a des rentes, des privilèges dans l?économie, un manque de flexibilité que les pauvres n?ont pas accès à la porte de l?ascenseur social.
3. Il faut que les riches aident les plus pauvres, d?eux-mêmes, sans passer par l?impôt. Pourquoi les aider ? Parce que, sinon, ils deviennent de mauvais pauvres, brûleurs de bagnoles et fumeurs de crack.
Réponse immédiate :
1. Gates est un racketteur. Un type qui prend des royalties indues grâce à un monopole et qui poursuit de sa haine et de ses avocats toutes les tentatives de logiciel libre.
2. Plus de marché signifie toujours plus d?inégalités.
3. Les riches aident les pauvres pour les déductions fiscales.
Réponse plus profonde : tout ce qui est justice, morale, égalité, etc..., n?appartient pas au marché, pas plus que la valeur la richesse , le progrès, le bonheur, qui sont des notions philosophiques et personnelles. Le marché est par delà le bien et le mal. La morale est le dernier souci du capitalisme. Le problème d?un dollar, c?est de devenir deux dollars (c?est pas moi, c?est Marx qui dit ça). Voilà pourquoi le capitalisme est machinal, et un chef d?entreprise une machine à accumuler du dollar (ce qu?il appelle de la " valeur " ). Tu parles si le marché a quelque chose à foutre du progrès et du bonheur ! "
Message édité par l'Antichrist le 27-04-2004 à 12:49:48