Citation :
Giulietta
XXe siècle, 1993
Oeuvre en 3 dimensions
166 x 420 x 142 cm
Musée d'Art Moderne et Contemporain
Achat, 2000
Bertrand Lavier réalise depuis le début des années 70 des œuvres qui se situent dans le prolongement critique des ready-made de Marcel Duchamp ou encore des travaux des nouveaux réalistes. En effet, il place dans un environnement socialement identifié comme lieu d'exposition d'œuvres d'art, des objets empruntés à la vie courante, modifiés ou hybridés de façon à ce que leur statut même s'en trouve questionné. Ainsi, un réfrigérateur recouvert d'une peinture épaisse reproduisant les couleurs exactes qu'elle recouvre est à la fois l'image de l'objet et l'objet lui-même. Une enclume superposée à un meuble à tiroirs devient une sculpture dont la valeur esthétique surpasse celle, fonctionnelle, qui identifie les objets isolément.
Giulietta apparaît comme une œuvre emblématique de la modernité, à la fois parce qu'elle met en scène, avec une violence radicale, l'automobile comme icône de l'ère consumériste et parce que se lit à travers elle, en filigrane, une histoire de l'art moderne qui va des Crashed Cars d'Andy Warhol ou des compressions de César aux sculptures de John Chamberlain. La forte charge émotionnelle de cette œuvre, qui renvoie à tout un imaginaire du tragique contemporain (de la Porsche de James Dean à l'Alfa Roméo du Mépris de Godard) en fait un lieu commun qui dépasse le seul champ de l'objet muséal.
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