Biodiversité : pourquoi certains animaux dits « nuisibles » pourraient ne plus l’être
Cette étiquette leur colle aux poils et la Société française pour l’étude et la protection des mammifères espère que cela va changer. L’association demande au ministère de la Transition écologique que quatre mammifères carnivores soient retirés de la liste des « espèces susceptibles d’occasionner des dégâts » (ESOD). Elle met en avant leur rôle crucial dans la biodiversité.
Quel est le point commun entre la belette, la martre des pins, le renard et la fouine ? En dehors d’être des mammifères carnivores, ces quatre animaux partagent aussi le fait d’être recensés dans la liste des espèces dites « nuisibles » ou encore « espèces susceptibles d’occasionner des dégâts » (ESOD). La Société française pour l’étude et la protection des mammifères (SFEPM), association créée en 1977 et dont le siège est à Bourges (Cher), remet cette réglementation en cause. Explications.
Tous les trois ans, le ministère de la Transition écologique définit par un arrêté la liste des « espèces susceptibles d’occasionner des dégâts », plus couramment appelées « nuisibles », selon l’article R.427-6 du code de l’environnement. Cette liste est établie grâce aux informations transmises par les préfectures sur les populations d’animaux concernées sur la base des dégâts occasionnés dans les exploitations agricoles ou les jardins dans leur territoire, le risque sanitaire lié à leur présence et la protection de la faune et de la flore. « Il est à noter que seules des espèces chassables peuvent être classées ESOD, indique le ministère de la Transition écologique. Si elle est classée, les modalités de régulation de l’espèce, notamment en dehors de la période de chasse, sont alors possibles. »
Dans un communiqué du 2 février 2023, la Société française pour l’étude et la protection des mammifères (SFEPM) pointe du doigt l’établissement de cette liste qu’elle qualifie de « lacunaire et subjective » et interpelle le ministère qui doit réviser son arrêté en juillet prochain pour la période 2023-2026. « Cette liste est un peu établie au doigt mouillé, sans vraiment d’argument scientifique », avance Nathalie de Lacoste, co-animatrice du groupe petits et moyens carnivores à la SFEPM, auprès d’Ouest-France. Pour elle, il s’agit plutôt d’une liste établie par « habitude et tradition » et elle demande une refonte du système de classement actuel, voire sa suppression.
De son côté, le ministère de la Transition écologique estime qu’il tient « compte des propositions formulées par les Préfets de départements, de l’état de conservation de l’espèce, des éléments présentés justifiant le classement (préjudices économiques, risques pour la biodiversité etc.), de la jurisprudence en la matière etc. »
La SFEPM va même plus loin puisqu’elle réclame le retrait de quatre petits mammifères de cette liste : la fouine, la belette, le renard et la martre des pins. Elle met en avant leur impact positif sur la biodiversité. « Ces animaux mangent des rongeurs et des insectes invasifs pour les cultures, explique Nathalie de Lacoste. Ils jouent aussi un rôle sanitaire en consommant des carcasses d’animaux morts. » À cela, le ministère répond que « le classement d’espèces dont l’état de conservation est fragile est apprécié avec beaucoup de prudence. Les ESOD étant pour certaines des prédateurs (méso-carnivores), le classement est également apprécié au regard des impacts potentiels de ces espèces sur la biodiversité. »
Pour SFEPM, ces petits carnivores souffrent de cette mauvaise réputation de « nuisibles sans qu’on justifie pourquoi » et sont classés ainsi parce qu’ils « perturbent nos vies », que ce soit pour les cultures ou, plus prosaïquement, dans le quotidien des uns et des autres. « Beaucoup de gens ont subi des attaques de renards ou de fouines dans leur poulailler mal protégé », traduit Nathalie de Lacoste. « On les détruit et les capture pour la paix sociale et rien d’autre », estime-t-elle. C’est pour cela que la SFEPM demande également au ministère de mettre en place « des mesures d’information et de sensibilisation » pour changer le regard des populations sur ces animaux.
La crainte d’un déclin de certaines espèces
L’une des craintes de l’association est de voir, à terme, ces espèces décliner comme pour le putois d’Europe. Ce mammifère, inscrit sur la liste des ESOD jusqu’en 2021, est aujourd’hui estimé comme « quasi menacé » par l’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN).
« Pour les quatre mammifères dont on demande le retrait, nous n’avons pas vraiment de données sur l’état de leur population, souligne Nathalie de Lacoste. Peut-être que nous sommes en train de les détruire alors qu’en réalité ils sont en déclin. On sait que chaque élément de la chaîne alimentaire est important, et si l’un d’eux disparaît, cela déstabilise l’écosystème. » C’est pour cela que la SFEPM veut également voir se développer des études scientifiques pour améliorer les connaissances sur l’écologie de ces petits carnivores. Le ministère précise qu’il dispose des données pour chacune des espèces pouvant être classée ESOD et qu’il sollicitera prochainement l’expertise du Conseil National de la Protection de la Nature sur l’état de conservation des espèces afin « de disposer des données les plus récentes ».
La nouvelle liste des « espèces susceptibles d’occasionner des dégâts » doit être validée en juillet 2023 pour les trois années à venir. Nathalie de Lacoste et les autres membres de l’association espèrent qu’elle sera plus courte que d’habitude.
https://www.ouest-france.fr/environ [...] da84828b93
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PS. L’Homme ne doit plus s’arroger le droit de détruire des espèces vivantes au prétexte qu’elles pourraient nuire à ses intérêts.
A. Bougrain Dubourg