Citation :
Alain Soral, nouvelle tête pensante du FN et persona non grata à Sciences po Invité samedi 2 décembre 2006 à la 59e Journée Dédicaces de Sciences po, l%u2019écrivain Alain Soral en a été chassé par la police, sur la demande du directeur de l%u2019établissement, Richard Descoings. Alain Soral avait officialisé, quelques jours auparavant, son ralliement au Front national et à l%u2019équipe de campagne de Jean-Marie Le Pen. Compte rendu de ces événements, analyse, et petite digression personnelle. "Vous n%u2019êtes pas toléré dans cet établissement", "Vous n%u2019êtes pas désiré ici", "Vous êtes indésirable"... C%u2019est ainsi qu%u2019un policier a justifié à l%u2019écrivain Alain Soral son expulsion du salon du livre qui se tenait à Sciences po samedi dernier (vidéo de l%u2019expulsion en bas de page). Pourtant, le sulfureux pamphlétaire, connu pour ses positions républicaines et critiques à l%u2019égard de tous les communautarismes (féministes, gays, arabes, juifs...), ou encore pro-palestiniennes et critiques vis-à-vis du sionisme, avait bel et bien été invité, parmi près de cent trente personnalités. Il avait, certes, reçu, la veille, le 1er décembre, un courriel de Richard Descoings, directeur de Sciences po, qui annulait son invitation, au motif que sa venue faisait peser une menace sur sa personne et sur l%u2019ensemble des participants (lire le mail sur le site de Soral). Si menace il y avait, pourquoi ne pas avoir demandé à la police de la prévenir, en entourant Alain Soral de sa protection ? Au lieu de cela, la police a bien été appelée, mais pour chasser l%u2019homme menacé. Peut-on établir un parallèle avec la situation de Robert Redeker ? Au philosophe menacé, la police assure fort normalement une protection. Quant à Alain Soral, soi-disant menacé, il est chassé manu militari d%u2019un salon littéraire par cette même police. Etrange traitement. Richard Descoings s%u2019est expliqué - laborieusement - sur cette affaire Soral sur RSP.fm, la radio des étudiants de Sciences po. Censuré et intimidé Alain Soral est, en effet, un homme en danger, qui s%u2019est déjà fait violemment agresser. La première fois, c%u2019était le 28 septembre 2004. Lors d%u2019une séance de dédicace dans une librairie parisienne, une vingtaine d%u2019individus armés de gourdins et de bombes lacrymogènes ont fait irruption, saccageant la boutique et blessant plusieurs personnes présentes sur les lieux (article du Nouvel observateur). Soral s%u2019en est sorti sans gros dégâts. La Ligue de défense juive a été suspectée d%u2019avoir organisé cette expédition punitive. L%u2019attaque faisait suite à la diffusion sur France 2, le 20 septembre 2004, de l%u2019émission Complément d%u2019enquête, où Alain Soral avait tenu des propos jugés antisémites par certains ; l%u2019écrivain s%u2019était dit, quant à lui, piégé par les journalistes, qui n%u2019avaient retenu du long l%u2019entretien à bâtons rompus qu%u2019il leur avait accordé que les quelques secondes où il avait dérapé, où il avait outrepassé sa pensée, et "qui pouvaient provoquer", selon ses propres termes, "sa mort médiatique et aussi physique." De fait, depuis cet incident, Soral est tricard dans les médias - un vrai paria - et semble apporter le danger partout où il passe. Le 13 septembre 2006, il a reçu un autre avertissement, en se faisant de nouveau agresser par deux individus en scooter, qui l%u2019ont gazé. Cette agression faisait suite à sa visite au Liban, en compagnie de Dieudonné, de Thierry Meyssan, Marc Robert et Ahmed Moualek. Le petit groupe, qui voulait rendre compte des terribles agissements de l%u2019armée israélienne contre le peuple libanais, avait alors rencontré de très hauts dirigeants du Hezbollah. Un marxiste chez Le Pen Richard Descoings a donc officiellement exclu Soral des murs de son école par peur d%u2019incidents violents que l%u2019agitateur aurait pu attirer sur sa personne. Mais ne peut-on pas aussi relier sa décision au récent "coming out" de Soral sur son orientation politique ? En effet, même si la rumeur circulait déjà depuis quelque temps, l%u2019information n%u2019est officielle que depuis la semaine dernière : Alain Soral a annoncé, à travers deux interviews, l%u2019une donnée le 27 novembre à la webradio québecoise Rockik.com, l%u2019autre le 29 novembre au webzine Salut public, qu%u2019il avait rejoint l%u2019équipe de campagne de Jean-Marie Le Pen. Et ceci depuis plus d%u2019un an ! Information confirmée par l%u2019intéressé le 1er décembre dans l%u2019émission Les grandes gueules sur RMC. Il définit lui-même, sur Rockik.com, son rôle au sein du FN comme celui d%u2019un "conseiller technique", produisant des idées et des concepts, "en charge des affaires sociales et des banlieues". Alain Soral a déjà eu l%u2019occasion de marquer la pensée frontiste de son empreinte, à travers le fameux discours (texte ou vidéo) tenu par le président du Front national au pied du moulin de Valmy le 20 septembre dernier. La patte de Soral y était manifeste. C%u2019est d%u2019ailleurs ce discours soralien de Valmy, avec ses accents de réconciliation nationale, cette main tendue à tous les Français, notamment d%u2019origine immigrée, qui avait séduit Dieudonné, ami de Soral qui se revendique "libre-penseur-sans-a-priori-voulant-juger-par-lui-même", et qui lui a fait envisager un possible ralliement futur avec le candidat Le Pen. Le diagnostic de Soral, c%u2019est que l%u2019ultralibéralisme mondialisé et les communautarismes détruisent la France ; selon lui, il y a convergence d%u2019analyse entre les tenants du non au projet de constitution européenne, qu%u2019ils soient communistes, chevènementistes, ou lepénistes. Pourquoi alors l%u2019ancien militant du PCF, qui se réclame encore aujourd%u2019hui du marxisme, n%u2019a-t-il pas rallié l%u2019extrême gauche ou encore Jean-Pierre Chevènement (d%u2019autant qu%u2019il se dit proche des idées du "Ché" ) ? "En bon analyste marxiste, je dois admettre, dit-il sur salutpublic.fr, que les choses ne bougent pas grâce aux partis de gauche traditionnels qui ont renoncé à peu près à tout... Elles ne bougent pas à gauche ni à l%u2019extrême gauche, où ne sévit plus que la sclérose d%u2019un néo-communisme adolescent, essentialiste, esthétisant mal compris et mal digéré type LO, PT, LCR... Elles bougent dans le camp du populisme." Soral en tire cette "conclusion : je pense que l%u2019engagement à la fois raisonnable et révolutionnaire pour agir contre les dégâts de l%u2019ultralibéralisme mondialisé et du communautarisme - communautarisme qui conduit à ce clash des civilisations dont a besoin l%u2019ultralibéralisme américain pour achever sa domination - c%u2019est de s%u2019engager aux côtés de Jean-Marie Le Pen à la prochaine présidentielle. Aucun renoncement ni délire dans ce positionnement, juste le viril et sain usage de la raison dialectique..." La réconcilitation : un slogan vide et naïf ? Pour Soral, les anciens clivages politiques, vermoulus, sont à dépasser, dans une "révolution douce", qui passera par la réconciliation (mot qu%u2019il a aujourd%u2019hui constamment à la bouche, comme d%u2019ailleurs son ami Dieudonné) : "C%u2019est la réconciliation de ces deux forces révolutionnaires d%u2019essence différente mais complémentaires - réserves d%u2019énergie de la jeunesse pauvre issue de sociétés patriarcales à haute teneur morale et raison pratique des adultes de la petite et moyenne bourgeoisie française - qui permettra le saut qualitatif." Soral veut réconcilier le peuple français avec lui-même, transcender les classes et les communautés, les faire communier dans l%u2019idée de nation, dont les principes fondamentaux seraient l%u2019assimilation, le travail et la citoyenneté. C%u2019est ainsi qu%u2019il se définit lui-même comme un "national républicain", et déclare s%u2019être rallié au FN par l%u2019entremise de Marine Le Pen, qui, assure-t-il, partage ses positions nationales républicaines, sans qu%u2019on puisse dire si elles sont de gauche ou de droite. Soral croit au destin gaullien de Le Pen, qui, seul, pourra sauver la France. Car lui seul reste encore radicalement hors du système. Soral, qui joue parfois les prophètes et se targue de ne presque jamais se tromper, croit à l%u2019inéluctable accession au pouvoir du Front national, même si elle ne se produit pas en 2007. Au pire, le FN deviendra, nous annonce-t-il, le premier parti d%u2019opposition de France, et pèsera au moins 25 %... Rendez-vous dans cinq mois pour juger des pouvoirs de prédiction d%u2019Alain Soral. Cas de conscience D%u2019aucuns rappelleront à Soral les dérapages commis par Le Pen il y a dix ou vingt ans, et qui lui ont valu d%u2019innombrables condamnations judiciaires : l%u2019histoire du "détail" (les chambres à gaz sont "un point de détail de l%u2019histoire de la Seconde Guerre mondiale" ), l%u2019inégalité des races, les "sidaïques" prétendus contagieux par leur transpiration, leur salive, et assimilés à des lépreux, etc. Je lui rappellerai à mon tour ces meetings lepénistes, où des visages de gens basanés étaient projetés sur un écran géant, dans le seul but de les faire huer par le public... Ces scènes horribles ont été montrées dans de nombreux reportages. Beaucoup, je pense, s%u2019en souviennent. La question est : peut-on relativiser ces propos, les comprendre, transiger, les excuser ? Peut-on se réconcilier avec ceux qui les ont prononcés (dans le pardon christique que prône Soral) ? Peut-on leur tendre la main et les rallier ? Alain Soral, comme Dieudonné (qui, tout en restant plus distant pour le moment, semble prendre le même chemin), a choisi de tendre la main. Souhaitons-leur, dans leur candeur, qu%u2019ils ne se la fassent pas arracher ! "L%u2019espoir" Dieudo-Le Pen Soral et Dieudonné ont été au cours des dernières années diabolisés, boycottés par les médias, caricaturés, victimes de désinformation. Ils en ont souffert. Ils ont développé naturellement de la haine, ou, du moins, un peu de rancoeur envers ceux qui leur ont fait subir un tel traitement. Leur but est aujourd%u2019hui de faire sauter le système. Le Pen est devenu leur espérance, car il leur apparaît comme le seul rebelle de la scène politique française ; et puis parce qu%u2019il leur ressemble : vilipendé depuis plus de trente ans, incarnant à lui seul le mal, il a porté sa croix comme eux, a fait montre d%u2019une incroyable force de résistance, comme eux, d%u2019un entêtement acharné, sans avoir jamais plié ou rompu sous les coups... Et tout cela crée une certaine solidarité - celle des parias. Au-delà des idées, ils se rejoignent en ce qu%u2019ils s%u2019estiment humainement, se considérant comme des honnêtes hommes, pris à parti par des lâches, des vendus, le bal des hypocrites. Mais rien ne vaut la parole de Soral lui-même, qui, dans une interview filmée, déclarait espérer "une alliance objective entre tous les miséreux... Je vois se dessiner, disait-il, le rapprochement étrange entre la colère de Dieudonné et la colère des lepénistes... Est-ce que ce n%u2019est pas ça la France qui peut se sauver demain, c%u2019est un Le Pen et un Dieudonné qui se tendent la main et qui se mettent à se parler ? Ces gens-là ont peut-être les mêmes valeurs, valeurs de dignité, de travail... Le rapprochement Dieudonné-Le Pen, c%u2019est l%u2019abjection absolue de toute la boboitude standard, c%u2019est la monstruosité absolue, or pour moi c%u2019est le plus grand espoir." Un charme ambigu Les bobos ont de quoi frémir si la révolution que Soral appelle de ses voeux a lieu. Parlant, dans l%u2019interview évoquée ci-dessus, des travaux réalisés à Paris par la mairie PS et Verts de Bertrand Delanoë, et qu%u2019il juge pour le moins sévèrement, il déclare - certes avec ironie : "Dans une période révolutionnaire, les gens qui ont fait ça, ils peuvent être guillotinés, s%u2019il y a un Robespierre qui vient, il peut y avoir de la guillotine, ça mérite, largement... on en a guillotiné pour moins que ça..." Et de renchérir sur les bobos qui viennent acheter le Paris populaire, et le détruisent : "Le lieu qui serait naturellement pour eux, et peut-être un jour j%u2019en ferai un camp pour eux... un camp de... un camp de... ouaih un camp, on les mettra là... c%u2019est la Défense, c%u2019est le seul lieu qu%u2019ils méritent, c%u2019est le lieu qui leur ressemble..." Probablement n%u2019est-ce pas là à prendre au premier degré, mais c%u2019est tout de même un peu violent... Soral est un type drôle et viril, à l%u2019humour féroce, qui produit des analyses sociologiques souvent justes et courageuses, mais qui, selon certains, dérape de temps en temps. Dieudonné est, à mon sens, le comique le plus drôle et le plus percutant de sa génération, et lui aussi est souvent "borderline", trop ou pas, cela dépend des limites de chacun. Le Pen est le plus talentueux tribun actuel, il a ce charme oratoire que la plupart des politiques n%u2019ont plus, cette richesse de la langue qu%u2019il partage avec François Mitterrand, et qui lui donne un ascendant certain dans les débats sur la plupart de ses contradicteurs, rattrapé toutefois par les horreurs qu%u2019il distille avec un plaisir pervers de temps à autre. Ces trois hommes sont maltraités dans les médias dominants, mais rencontrent un écho de plus en plus fort dans la population. Cette équipe de "bras cassés" pourrait se révéler une dream team aux prochaines élections, qui sait... Sans doute le saltimbanque (certes, encore en phase d%u2019observation) et le sociologue font-ils fausse route. Mais nous devons constater que leur sympathie affichée pour le leader du FN pourrait jouer un rôle non négligeable au printemps prochain. Ce rapprochement entre un ancien militant du Parti communiste et le parti d%u2019extrême droite est le symptôme d%u2019un mouvement de fond, caractérisé par la dédiabolisation de Le Pen (symbolisée par l%u2019attitude d%u2019ouverture d%u2019un Dieudonné), couplée à un rejet de plus en plus massif du système "UMPS", et ceci jusque chez le très modéré François Bayrou. A chaque bord de l%u2019échiquier politique, on entend des appels à la révolution, ou, du moins, on diagnostique un climat pré-révolutionnaire. A l%u2019heure où chacun peut sentir un ras-le-bol populaire face au matraquage médiatique du tandem présidentiel Ségo-Sarko, doit-on craindre une révolte dans les urnes au printemps prochain ? En tout cas, les sondages récents l%u2019attestent : jamais Jean-Marie Le Pen n%u2019a été aussi proche du pouvoir.
|